Des scientifiques tirent la sonnette d’alarme face aux propositions du parti d’extrême droite «Alternative pour l’Allemagne» (AfD), qui pourraient, selon eux, restreindre fortement les libertés académiques dans les universités et les instituts de recherche allemands.
L’AfD devrait s’imposer largement comme première force politique lors des élections qui se tiendront en septembre dans deux Länder allemands, la Saxe-Anhalt et le Mecklembourg-Poméranie occidentale. Bien que la majorité des partis allemands refusent actuellement de former une coalition avec l’AfD, que ce soit au niveau régional ou national, l’AfD pourrait former un gouvernement si elle disposait d’une avance suffisante. Le parti arrive d’ailleurs actuellement en tête des sondages auprès des électeurs au niveau national. La politique éducative en Allemagne relève presque entièrement de la compétence de ses 16 Länder.
En Saxe-Anhalt, où les récents sondages ont montré que le parti dépassait les 40 % d’intentions de vote, l’AfD a présenté dans son programme électoral des propositions de réformes en profondeur du système universitaire du Land, en réponse à ce qu’elle considère comme une «crise profonde» de la science allemande.
Le programme de l’AfD avance 12 propositions qui concernent les sciences en particulier, comme la sortie du système de Bologne, l’abolition des sciences de genre et des études postcoloniales, ainsi que la création d’une chaire en démographie et migration («Bevölkerungswissenschaft») et la création d’un institut de recherche critique sur l’islam.
«Comme l’ont montré les politiques climatiques et celles liées au coronavirus, même les sciences exactes ne sont plus en mesure de produire des connaissances exemptes d’idéologie. Quant aux sciences humaines, elles sont quant à elles enlisées jusqu’au cou dans un marécage de «genderisme», de postcolonialisme et d’autres discours poststructuralistes creux.» Par ailleurs, «un politiquement correct qui prend des proportions démesurées et se fait de plus en plus intransigeant étouffe les derniers vestiges de liberté d’esprit.»
La Conférence des recteurs des universités allemandes HRK collabore avec les universités afin de se préparer à l’éventualité d’une arrivée au pouvoir de l’AfD, tant au niveau régional que national. Cela implique notamment de remédier aux faiblesses des fondements juridiques et des budgets des universités, ainsi que de consulter des universitaires qui ont dû quitter des pays comme les États-Unis, où certains domaines de recherche, tels que les études de genre, font l’objet de vives critiques.
Des initiatives visent également à créer des fonds de solidarité destinés à venir en aide aux chercheurs allemands qui pourraient être contraints de quitter leur université ou leur domaine de recherche.