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Sujet: rôle des universités

L’importance des Humanités vue par le Doyen de l’Université de Bâle

Le doyen de la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Bâle, Laurent Goetschel répond aux défis et préjugés auxquels doit faire face les Humanités. Il insiste sur leur caractère innovant et leur rôle crucial face aux défis contemporains. Pour illustrer l’impact direct sur la société, il cite des recherches clés sur le pouvoir des images, l’influence des récits et les politiques environnementales.

Il rappelle également l’enjeu démocratique de ces disciplines en affirmant : « Partout où des forces autoritaires s’emparent du pouvoir, l’une de leurs premières mesures consiste à abolir les sciences humaines, car celles-ci incarnent la libre pensée même. » 

Faut-il plus d’études holistiques ?

Luc Saner, co-initiateur du Komitee für die Einheit der Wissenschaft und ein echtes Studium
generale et ancien parlementaire à Bâle-Ville (PLR) et auteur du livre «Allgemeiner Teil der Wissenschaften» (2023) et Beat Berber, membre du comité et spécialiste de communication pour les hautes écoles plaident pour plus d’unité dans la science pour répondre aux défis contemporains. Bien que les progrès scientifiques ont rarement été aussi importants qu’aujourd’hui, ils ne traduiraient pas assez en résolution de crises mondiales.

Les auteurs déclarent : « L’humanité ne tire pas suffisamment parti de la proposition désormais élevée de diplômé·es de l’enseignement supérieur occupant des postes à responsabilité. La communication au sein de la communauté scientifique est principalement guidée par des intérêts particuliers et une étroitesse d’esprit ». 

Ils citent entre autres un sondage de Nature qui indiquerait que «73 % des chercheurs n’y connaissent rien en politique ; à l’inverse, 80 % des politiciens ne comprennent pas comment fonctionne la science.»

Pour répondre à la fragmentation entre science et politique, il faudrait « un changement de paradigme vers l’unité de la science ». 

Claudio Bassetti a été choisi comme nouveau recteur de l’USI

Claudio Bassetti prendra ses fonctions le 1er septembre. Ce neurologue compte plus de 30 ans d’expérience clinique, universitaire et de gestion. Il est actuellement doyen de la Faculté de médecine de l’Université de Berne et, depuis 2024, également directeur de la recherche et de l’enseignement (DLF) à l’Inselspital de Berne, en tant que membre votant de la direction générale.

Le Corriere del Ticino évoque le prédécesseur Boas Eres (01.09.2016-09.05.2022) et Luisa Lambertini (01.07.2023 – 31.12.2025), qui auraient vécu des tensions avec le Conseil de l’université.

«Rappelons une interview datant de mai 2024, dans laquelle la rectrice elle-même définissait la notion de normalité dans le milieu universitaire et soulignait : «La normalité ? Une université dont la gestion relève entièrement du rectorat et dont le Conseil n’assure que la haute surveillance. C’est un processus, et je pense qu’il reste encore du travail à accomplir dans ce sens. Nous essayons de revenir à cette normalité.»

Par ailleurs, l’USI souligne dans son communiqué que «dans le cadre de sa double fonction de doyen et de directeur du DLF de l’Inselspital, Claudio Bassetti s’est engagé sans relâche à renforcer la collaboration entre l’université et l’hôpital, en promouvant l’excellence dans les soins, l’enseignement et la recherche».

«Cette remarque semble aujourd’hui déterminante dans le choix de l’Université de la Suisse italienne, notamment dans la perspective du développement de la recherche dans le domaine biomédical et de la mise en place d’un hôpital universitaire», estime l’auteur de l’article du Corriere del Ticino.

Dans une interview accordé à La Regione, Claudio Bassetti affirme que l’université doit en effet être indépendante [de la politique], avec une relation clairement définie par les mandats.

Selon le futur recteur, «Une université aussi petite doit optimiser les synergies : la force de cette université, comme celle des autres, devra être supérieure à la somme des capacités et des compétences individuelles.»

Par ailleurs, il souligne l’importance de l’efficacité du financement et de l’excellence, «qui ne sera pas seulement évaluée en fonction des publications et des fonds ; l’excellence, c’est aussi la capacité à collaborer, à promouvoir les jeunes et à avoir un impact. C’est une culture de l’excellence que je souhaite définir comme plus large que ce que peut être la vision originelle du «toxic performer», du charognard qui ne vit que pour lui-même. […]

Mesurer l’excellence est une tâche difficile : il ne s’agit pas simplement de formules. J’ai choisi le terme « humanisme », mais on pourrait aussi parler de «Renaissance de l’Usi», précisément parce que je m’inspire de ces principes, de ces valeurs : la place centrale de l’homme et de la personne comme fin ultime de l’effort ; le dialogue entre les sciences exactes et les sciences humaines ; une responsabilité civique vis-à-vis de ce que l’on fait.»

À propos de son rapport à la politique, pour lui «il est clair qu’il faut comprendre les besoins, les sensibilités, voire les critiques ; c’est pourquoi je serai à l’écoute. Mais la politique ne peut dicter les politiques universitaires : elle régit les mandats, les contrats de prestations, mais il faut préserver une indépendance fondamentale.  [..] Je ne ferai pas de politique au sens classique du terme ; je serai présent, comme je l’ai déjà dit, j’écouterai beaucoup. Et je prendrai également la parole.»

Roger Köppel invité à débattre à l’Université de Zurich

L’Association estudiantine de l’Université de Zurich (VSUZH) lance demain un nouveau format «Debate a Politician», inauguré par Roger Köppel. Un choix controversé pour entamer une série de débats visant la diversité des opinions. Si l’événement suscite des critiques virulentes sur le profil de l’invité et la normalisation de discours d’extrême droite, la VSUZH maintient son approche et promet un débat encadré.

De son côté, l’invité Roger Köppel, inspiré par le conservateur nationaliste américain Charlie Kirk qu’il qualifie de «martyr de la liberté d’expression», fustige l’évolution du milieu académique. Dans le Blick, il affirme que «la diversité d’opinions est menacée par la simplicité d’esprit» et que les universités soient devenues des «temples du progressisme de gauche et écologiste» manquant de contradiction.

 

 

« La science n’est pas un parti » déclare la présidente de swissuniversities

Face à la montée de la défiance, des « vérités alternatives » et de l’instrumentalisation politique de la recherche, la présidente de swissuniversities Luciana Vaccaro souligne l’urgence de défendre la science pour en protéger l’intégrité.

De retour de la conférence annuelle de l’European University Association (EUA), elle rappelle que cette tendance menace l’équilibre financier, administratif et intellectuel des universités. Un tel déclin risque d’impacter directement les étudiant·es et de conduire à des décisions fondées sur l’ignorance.

Retour sur l’invitation du blogueur controversé Curtis Yarvin au Symposium de Saint-Gall

La venue de Curtis Yarvin mercredi dernier au Symposium de Saint-Gall, l’événement annuel organisé par les étudiant·es de l’Université (HSG), avait été précédée d’une vague d’indignation. L’américain est figure de proue de l’extrême droite techno-libertarienne et anti-démocrate autro-proclamé a été qualifié d’«éclaireur obscur» par le média Republik, ou d’«imposteur» par Caspar Hirschi, professeur à l’Université de Saint-Gall (St. Galler Tagblatt). Ce dernier s’interroge par ailleurs sur le fait que le Symposium lui offre une si grande exposition («Bühne), le plaçant aux côtés de l’un des politologues les plus renommés d’Europe (Ivan Krastev). «Cela a conféré une légitimité académique à Yarvin, alors qu’il n’était même pas capable de respecter la règle la plus élémentaire d’un débat, à savoir répondre aux questions. »

Malgré les tensions initiales et une lettre protestataire signé par 300 membres de la communauté universitaire, le symposium est resté remarquablement calme, aucune manifestation étudiante n’ayant éclaté à l’intérieur ou aux abords de l’université.

Lundi, des scientifiques en sciences sociales et humaines de l’Université de Saint-Gall ont organisé un débat sur la manière d’aborder les penseurs extrémistes. La plupart des intervenants n’auraient pas proposé de tribune à Curtis Yarvin.

Une question restante est si le rectorat de la HSG disposera à l’avenir d’un droit de veto officiel sur les invités aux colloques lorsque, comme dans le cas de Yarvin, la réputation de l’université est en jeu.

«Résistance à l’Université de Saint-Gall (HSG) contre la venue du blogueur américain réactionnaire»

La polémique autour de la présence du blogueur américain Curtis Yarvin au Symposium de Saint-Gall ce mercredi s’amplifie. Un malaise gagne une partie du corps estudiantin, le corps professoral ainsi que la sphère politique. Une lettre ouverte circule notamment à l’université et une table ronde aura lieu demain pour débattre de la question de savoir si le fait de donner une tribune équivaut à légitimer. (Suzanne Enzerink sur LinkedIn)

Cédric Wermuth, co-président du Parti socialiste, a exprimé sa solidarité avec les employé·es de l’Université de Saint-Gall qui protestent contre la venue de Curtis Yarvin. « Lorsqu’un idéologue de premier plan d’un mouvement antidémocratique, misanthrope et néofasciste peut apparaître de manière aussi évidente dans une université suisse, une limite est franchie », déclare celui qui devait initialement participer à l’évènement. (Tagblatt)

Face aux critiques, le directeur de l’évènement, Beat Ulrich, estime que la confrontation directe et la contradiction solide sont plus efficaces que l’ignorance pour désamorcer les idées radicales. (St. Galler Tagblatt)

Curtis Yarvin participera à un débat avec le politologue bulgare Ivan Krastev,  fervent défenseur des démocraties libérales. Il prendra ensuite part à un entretien d’une heure avec Claudia Brühwiler, professeure à la HSG et spécialiste des États-Unis.

D’ailleurs, un autre symposium, organisé par ledit Ivan Krastev, a eu lieu en février 2026, avec, entre autes, Curtis Yarvin comme invité. Le magazine Die Zeit a dédié un article sur sa présence à ce symposium.

 

 

 

swissuniversities s’aligne sur la stratégie de politique de sécurité de la Suisse

La faitière des hautes écoles et universités suisses déclare dans une prise de position :

« Les hautes écoles suisses soutiennent le développement d’une stratégie politique de sécurité proposée par le Conseil fédéral et entendent assumer leur rôle. Par leur expertise et leur innovation, les hautes écoles sont des actrices centrales pour la sécurité et la résilience du pays. » 

«Ce «néofasciste» américain est invité à parler à des étudiants suisses»

Curtis Yarvin, informaticien et blogueur américain se réclamant d’une droite radicale et antidémocratique, est invité à intervenir à plusieurs reprises au St-Gallen Symposium à l’Université de Saint-Gall (HSG). Plateforme de référence mondiale, cet événement accueille chaque année de nombreuses personnalités issues de l’économie, de la politique et de la société pour débattre d’enjeux contemporains.

La présence de cette figure controversée, souvent décrite comme un «théoricien» influent de la droite autoritaire aux Etats-Unis, préoccupe certain·es étudiant·es et politiques. Les personnes organisatrices, quant à elles,  plaident pour une confrontation d’idées. La professeure Claudia Brühwiler déclare qu’il est nécessaire de débattre des dynamiques qui traversent actuellement la droite américaine.

En ce sens, Beat Ulrich, le directeur du Symposium affirme que : «Les voix idéologiquement influentes ne perdent pas de leur impact en étant ignorées, mais en étant confrontées à une contradiction argumentée, à une mise en contexte et à un débat ouvert». 

Critique du virage stratégique de Yale

Selon un article du New-York Times, l’Université de Yale envisage de supprimer de sa mission l’ambition de former des leaders dévoués au « bien commun ». Ce projet de réforme, issu du rapport mandaté par l’université sur la manière de restaurer la confiance du public dans les universités américaines, vise à recentrer l’institution sur la seule transmission du savoir. L’objectif étant de répondre aux doutes croissants sur la valeur des diplômes et aux accusations de partialité politique.

Cette orientation suscite une vive critique du président de l’Université Wesleyan (US) dans les colonnes du média américain. Ce dernier déplore la suppression de l’objectif historique de former des citoyen·nes capables de « diriger et de servir dans tous les domaines de l’activité humaine ».

Cette position de Yale est perçue comme une réaction directe aux attaques de l’administration Trump contre l’enseignement supérieur. En cherchant à se protéger des pressions politiques par une neutralité stricte, Yale sacrifierait, selon ses détracteurs, l’idéal de responsabilité sociale qui définit l’université américaine depuis ses origines.

L’institution répond dans un communiqué : « À l’heure où l’enseignement supérieur est mis à rude épreuve, il est impératif de comprendre notre raison d’être et ce que les universités font de mieux. Cela exige une vision claire, et non diffuse, de nos objectifs. »

swissuniversities suit la stratégie de politique de sécurité de la Suisse

«Les hautes écoles suisses soutiennent le développement d’une stratégie de politique de sécurité telle que proposée par le Conseil fédéral et entendent assumer leur rôle. Par leur expertise et leur innovation, les hautes écoles sont des actrices centrales pour la sécurité et la résilience du pays. […] Elles apportent en particulier une contribution décisive sur les thématiques de l’information et de la désinformation, de l’analyse de risques et de la gestion de crises, de la cybersécurité, du développement technologique, du renforcement de la sécurité des connaissances (Knowledge Security) ou encore de la recherche et de l’innovation dans des domaines pertinents pour la sécurité.» (swissuniversities)

«Comment l’économie suisse peut prospérer dans un monde plus hostile»

«À l’heure des tensions idéologiques et de l’avènement de l’IA, la Suisse doit miser sur son atout clé: l’excellence académique. Investir dans la recherche et préserver la liberté scientifique est essentiel pour attirer les talents et éviter un déclin aux conséquences durables.», écrit le professeur d’économie à l’Université de Lausanne Dominic Rohner. 

Il regrette par ailleurs «la chute drastique de la liberté académique à l’échelle planétaire».

Les universités, de simples « usines à diplômes »? Rapport critique de l’Unesco

L’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture UNESCO a publié un rapport critique sur le rôle des universités encourageant ces établissement à se repositionner comme de «véritables acteurs de l’employabilité, en phase avec les besoins réels du marché du travail».

«Une focalisation excessive sur les programmes de diplômes traditionnels et les structures de qualification risque de réduire le rôle des universités à de simples usines à diplômes», indique l’UNESCO, qui appelle à «intégrer pleinement l’apprentissage personnel et social qui se déroule pendant les études supérieures ».

Le rapport suggère «un dialogue étroit avec les économies locales en transition». L’organisation souligne également que la simple interaction avec le marché du travail ne suffit pas et que les universités doivent favoriser l’esprit d’entreprendre et l’innovation.

«La propagande antisioniste continue à l’université de Lausanne»

Un article publié dans la Revue Juive revient sur les débats suscités par la situation au Moyen-Orient à l’Unil et dans les politiques locales : «La Romandie et Lausanne, tout particulièrement depuis le 7 octobre 2023, sont l’épicentre de l’antisionisme en Suisse», avec l’Unil comme «un bastion de cette militance». 

Les deux points de critiques concernent premièrement la venue, le 28 janvier, dernier, de l’Israélienne Maya Wind, autrice du livre «Towers of Ivory and Steel : How Israeli Universities Deny Palestinian Freedom», et la lettre ouverte du Clads qui demande la rupture d’un accord entre le Fonds national suisse (FNS) et l’Israel Science Foundation (ISF).

«Genève, cité du refuge académique»

La directrice de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève, Marie-Laure Salles, commente la polarisation croissante sur les campus, par exemple autour de la guerre à Gaza. «Aujourd’hui, diriger une université est un métier de plus en plus difficile.» Dans un contexte de tensions politiques et académiques aux Etats-Unis, elle rapporte une hausse de 80% des candidatures américaines au sein de l’institut.

 

 

 

Les angles morts de la Suisse

La Fondation Mercator Suisse, économiesuisse et le Conseil EPF ont développé une communication sur les 10 angles morts de la Suisse. Point 6, 9 et 10 concernent les universités:

6.: Plus d’investissements dans les technologies du futur sont nécessaires (ia, données, énergies)

9.: «La distance entre l’économie, la science et la politique entraîne des réactions tardives en cas de crise et empêche toute planification prévisionnelle. Il faut raccourcir les voies de communication et mener des expériences communes.»

10.: La liberté académique est menacée. Les universités doivent se positionner encore plus activement comme des institutions inébranlables, uniquement dévouées à la connaissance scientifique.

Questions géopolitiques : deux poids, deux mesures?

Dans le contexte des conflits géopolitiques actuels, les groupes d’intérêt demandent de plus en plus souvent aux universités de prendre position. L’Université de Fribourg a formalisé en octobre 2025 que son rectorat actuel ne prend pas position sur les questions géopolitiques. Deux doctorants dénoncent dans une lettre «un manque de cohérence» de l’institution, qui avait condamné l’invasion russe en Ukraine mais ne souhaite pas se formaliser sur l’intervention des Etats-Unis au Vénézuela.

La porte-parole de l’Université a relevé que «l’Unifr et ses entités organisent régulièrement des échanges traitant de toutes sortes de sujets d’actualité et de conflits», dont des cafés scientifiques.

«Censure à l’université» de Neuchâtel ?

«L’université de Neuchâtel a refusé de mettre à disposition une salle pour deux conférences sur la Palestine du professeur et chercheur Joseph Daher. Si l’UniNe se défend de toute censure, mettant en avant l’application du règlement, les associations organisatrices, tout comme le principal intéressé, y voient une décision politique.» L’UniNe explique que «les conférences données dans ses murs sont autorisées si elles sont organisées par une entité de type chaire ou institut et sous la responsabilité d’un·e professeur·e UniNE expert·e du domaine». Une membre de l’Association anti-impérialisme étudiante (AAIE) estime elle que le rectorat ne tient pas ses engagements pris lors de l’occupation estudiantine de mai 2024, à savoir de «laisser [l’association] organiser des événements afin d’aborder la question palestinienne».

En mars 2024, l’Université avait déjà refusé en ses murs la tenue d’une conférence de Salah Hammouri concernant le système judiciaire carcéral israélien, invoquant «un manque de personnel». Les évènements actuels se tiendront finalement  à l’Hôtel des associations, un lieu d’intégration sociale.