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Tendances des 2 dernières semaines

Sujet: rôle des universités

La science, un pilier essentiel de la démocratie

La science et la démocratie sont souvent considérées comme deux domaines distincts : la science est vue comme une source de découvertes, d’expertise et d’innovation, tandis que la démocratie est perçue comme un ensemble d’institutions, de règles et de procédures. Or, en réalité, ces deux domaines sont étroitement liés.

Les auteurs et autrices de l’article présentent trois piliers grâce auxquels la science contribue à la démocratie :

  1. l’établissement de bases factuelles communes,
  2. le renforcement de la confiance dans les institutions,
  3. la mise à disposition d’outils permettant d’adapter les politiques et les organisations en fonction de l’évolution des circonstances.

L’article met également en avant des méthodes permettant à améliorer ces trois piliers.

«Les universités doivent montrer qu’elles sont au service de la société dans son ensemble»

Dans un éditorial paru dans University World News, Brendan O’Malley, décrit comment les dirigeant·es universitaires sont confrontés à une multitude de défis complexes (IA, géopolitique, etc.) qui ont des répercussions sur de nombreux aspects de leur travail, dans un climat marqué par une perte de confiance du public et une montée en puissance, partout dans le monde, de partis politiques populistes qui défendent des programmes hostiles à l’enseignement supérieur et à la recherche.

Il nomme des exemples d’universités qui adoptent une approche globale, à l’échelle de l’établissement, en matière d’impact sur la société et de développement durable. «La transformation sociétale fait partie intégrante de leur vision et de leur mission : elle est adoptée par la direction de l’université et ancrée dans toutes les disciplines.» Elle implique de collaborer avec des communautés partenaires, tant dans le pays qu’à l’étranger, sur un pied d’égalité, afin de définir ensemble les priorités («agendas»), les problèmes et les solutions.

Brendan O’Malley souligne l’importance des valeurs inscrites dans la Magna Charta Universitatum 2020 signé par plus de 1’000 recteurs et rectrices d’université et loue le programme d’action du Nobel Joseph Stiglitz et d’autres éminents expert·es spécialisés dans les inégalités, qui ont présenté une proposition, soutenue par 1 500 universitaires et autres experts du monde entier, visant à créer un Groupe international sur les inégalités jouissant du même statut que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

«Jamais Palantir à Forum EPFL»

L’entreprise de surveillance Palantir n’a pas participé  au Forum EPFL 2026. Le SwissTech Convention Center l’a désinvité (l’entreprise s’était invité elle-même, selon la journaliste Adrienne Fichter), craignant le vandalisme et la sécurité de l’événement et des messages haineux sur les réseaux sociaux. Les organisateurs ne se sont cependant pas distanciés de Palantir. Rien n’empêche sa venue dans une future édition de Forum EPFL.

Une pétition, lancée par le collectif Étudiantxes Lausannoisxes Pacifiques (ELP), demande dans une pétition:

  1. Que jamais Palantir ne soit présente au Forum;
  2. Que soit mise en place une charte éthique par rapport aux entreprises participant au Forum;
  3. Que certains types d’entreprises soient exclus de tous les événements de l’EPFL, (celles de surveillance de masse et d’armement, celles qui sont condamnées par la justice pour corruption ou pour violation des droits humains et celles qui sont impliquées dans des écocides)
  4. «Que soit mise en place un comité d’éthique des étudiantxes chargé de rédiger la charte éthique mentionnée au second point, puis d’évaluer annuellement le respect de toutes les mesures précédentes»

Cette pétition, soutenue par la Table ronde des étudiant·es en environnement (TREE), a été signée par près de 900 personnes (état du 13.10.2026)

 

 

Événement national sur l’IA dans l’enseignement des hautes écoles

«À quoi ressemble un enseignement pérenne dans les hautes écoles à l’ère de l’intelligence artificielle ? L’événement «l’IA dans l’enseignement des hautes écoles» se consacre à cette question dans une perspective stratégique et prospective : comment l’enseignement et l’apprentissage évoluent-ils avec l’IA, comment les hautes écoles peuvent-elles façonner ce changement de manière autonome, et quelles chances et quels risques l’IA comporte-t-elle pour la mission fondamentale des hautes écoles en matière de formation et de formation continue ?

L’ETH Zurich organise l’événement en collaboration avec l’Université de Zurich et sur mandat de swissuniversities. Il aura lieu le 1er avril 2027 sur le Campus Hönggerberg à Zurich.»

Palantir privé de Forum à l’EPFL

Palantir ne viendra pas au Forum EPFL 2026, mais les opposant·es ne décolèrent pas. Certain·es estiment qu’il est problématique que ce soit la SwissTech Convention Center, qui accueille l’événement, ait pris cette décision et non la direction de l’EPF (ni les organisateurs et organisatrices du Forum). Plusieurs personnes regrettent des nouvelles directives «coercives» contre les associations étudiant·es, empêchant la tenue de tout événement sur le campus qui «entacherait la réputation de l’EPFL et mettrait en danger la cohésion» et estiment que face à Palantir qui paie sa place, il y a «deux poids, deux mesures».

«L’école polytechnique ajoute que, concernant le salon, «la direction tient à ce que ses diplômés en quête d’emploi se voient proposer un large choix, tout en formulant ses vœux qu’elles et ils choisissent de s’orienter dans des voies qui les conduiront à œuvrer pour le bien de la société».

 

 

Pour la Présidente de swissuniversities : «Humaines et artificielles, les intelligences doivent se compléter»

Dans sa tribune pour Le Temps, Luciana Vaccaro présente les défis majeurs que l’intelligence artificielle impose aux hautes écoles. Selon elle, les milieux académiques doivent impérativement intégrer l’IA dans la formation tout en veillant à préserver les apprentissages fondamentaux que cette technologie pourrait court-circuiter.

Elle indique qu’à la HES-SO, cette démarche se traduit concrètement par l’adaptation des programmes, l’alternance de séquences d’études avec et sans IA, ainsi que par l’évolution des modes d’évaluation. L’objectif ultime est de garantir que les étudiant·es maîtrisent pleinement leurs compétences professionnelles dans toute leur complexité, en devenant capables de mobiliser les ressources appropriées en situation réelle.

«Palantir écartée du Forum EPFL»

Le Swisstech Convention center, où se déroulera le Forum EPFL, a considéré que «le risque de troubles pendant l’événement était trop élevé pour accepter la présence de l’entreprise». Une nouvelle qui réjouit les organisations qui s’étaient mobilisées sur la question.

Le centre mise sur la sécurité, et les initiateurs des mouvements de mobilisations ne sont pas convaincus, dénonçant une décision exclusivement motivée «par des intérêts sécuritaires et nullement par un sens moral», déclare Robin Augsburger du syndicat étudiant SUD-EP. Il déclare également que, pour l’heure, d’autres mobilisations en marge du Forum EPFL, qui doit se tenir du 5 au 9 octobre, ne sont pas exclues.

Associations contre la participation de Palantir au Forum EPFL

«Le CLADS [Collectif pour la liberté académique] ainsi que les associations Unipoly, Polyquity, Zero Emission Group, PSC (palestinian student association), les Irrotationnel·le·s, CLIC, Artiphys, ELP (étudiantexs lausannoisexs pacifistes) et Satellite, condamnent avec la plus ferme vigueur le Forum EFPL pour l’invitation à son édition 2026, de Palantir et d’autres entreprises liées à la surveillance de masse, à la déportation de populations vulnérables et au développement et à la production matériel militaire.»

Reproche au recteur de l’Université de Zurich d’avoir eu un comportement passible de poursuites pénales

Une controverse politique a éclaté autour d’une conférence donnée en mai 2026 à l’Université de Zurich par Mazin Qumsiyeh, biologiste de l’Université de Bethléem, invité par la Palestine Student Association. Lors de son intervention sur le thème de l’«écologie sous l’occupation», il a tenu des propos critiques envers Israël, qualifiant notamment Gaza de «camp de concentration» et la politique israélienne de «régime d’apartheid», accusant l’état d’Israël de délibérément empêcher les Palestinien·nes d’avoir accès à une quantité suffisante d’eau potable.

Des député·es du parlement cantonal zurichois, menés par Linda Camenisch (FDP/PLR), estiment que plusieurs déclarations de Qumsiyeh sont antisémites et anti-israéliennes, estimant qu’il s’agit de fausses allégations, les qualifiant de délit. Selon les député·es, cet événement pourrait constituer une infraction au titre d’une action de propagande illicite, en se référant à l’avis d’un professeur de droit pénal de l’université de Fribourg. Ainsi, non seulement les organisateurs, mais aussi le recteur Schaepman se seraient rendus coupables d’un délit.
Il est reproché au recteur, Michael Schaepman, de ne pas avoir empêché ou interrompu la conférence malgré les avertissements qui lui avaient été adressés avant l’événement.
L’Université de Zurich rejette ces accusations. Elle affirme ne pas avoir approuvé le contenu de la conférence, mais considère Qumsiyeh comme un spécialiste reconnu en biologie et durabilité. L’université décrit ses positions comme «activistes, antisionistes et anticoloniales» et défend le principe de la liberté académique, selon lequel les universités doivent aussi permettre l’expression de points de vue controversés dans un cadre critique.
L’établissement précise avoir imposé des conditions aux organisateurs en raison des polémiques entourant l’orateur, notamment l’obligation de signaler le caractère controversé de ses positions. Toutefois, selon la journaliste de la NZZ Andrea Marti, le compte rendu de la conférence du portail Fokus Israel laisse penser que ces mises en garde n’ont pas été clairement formulées pendant l’événement.
De son côté, le gouvernement cantonal estime qu’une procédure pénale ne peut être engagée qu’en présence d’indices concrets d’infraction et fait référence à l’autonomie de la haute école. Il la demande néanmoins de faire preuve d’une vigilance accrue lors de futures invitations de conférenciers·ères controversé·es.
La députée Linda Camenisch juge cette réponse insuffisante et déplore l’absence d’enquête judiciaire, considérant que cela minimise la portée des normes suisses contre le racisme et l’antisémitisme. L’affaire est pour l’instant close sur le plan politique.
Quelle présence du Big Tech dans les campus?

La participation de l’entreprise Palantir au 44eme Forum EPFL, salon estudiantin de recrutement prévu du 5 au 9 octobre, a suscité des tensions.

L’association faîtière des étudiants de l’EPFL, l’AGEPoly, s’oppose notamment à la participation de cette entreprise. Selon cette dernière, plus de 900 réponses à un sondage sur ce sujet ont montré que les étudiants étaient mécontents de la présence de l’entreprise sur le campus. «Nous avons reçu de nombreuses questions et préoccupations de la part des étudiant·es», affirme l’association.

Les organisateurs du salon de l’emploi soulignent que Palantir s’est inscrit « de sa propre initiative » et n’a pas été invité et que la participation d’une entreprise ne doit pas être interprétée comme un soutien à ses activités ou à ses positions.

L’EPFL prend note des réactions des étudiants, mais affirme ne pas pouvoir intervenir dans le processus d’organisation du forum.

A l’occasion d’une conférence «AI Surveillance and Freedom of Speech» à l’EPFL, le lanceur d’alerte Edward Snowden, [qui avait alerté sur les systèmes de surveillance du gouvernement américain,] s’est adressé au public. Il met en garde contre une érosion du contrôle démocratique et s’interroge sur le fait qu’un nombre croissant de tâches gouvernementales sont externalisées à des entreprises de Tech privés comme Palantir, risquant ainsi de brouiller les responsabilités.

Il donne comme conseil aux futurs ingénieur·es de prendre conscience de leurs propres convictions:
«Notez ce en quoi vous croyez et pourquoi vous y croyez avant de commencer à y travailler.» Et : «Un appareil ne doit jamais aller à l’encontre des intérêts de son utilisateur.»

[La maison d’édition du SonntagsBlick, Ringier, a un partenariat avec Palantir et utilise plusieurs de ses produits.]

 

Six principes pour défendre la liberté académique dans les universités

Sarah de Rijcke, rectrice de l’Université de Leiden, estime que la liberté académique et l’autonomie des universités sont essentielles à la production d’un savoir fiable. Face aux pressions politiques, économiques et sécuritaires qui affectent la recherche dans plusieurs pays, elle propose six principes : protéger l’indépendance de la recherche, préserver la recherche fondamentale, reconnaître le rôle démocratique des universités, équilibrer sécurité et ouverture, protéger les chercheurs contre les pressions et renforcer la transparence envers la société. Selon elle, sans ces garanties, la qualité et la crédibilité des connaissances scientifiques risquent de s’affaiblir.

«Rima Hassan à l’Uni de Genève: le rectorat défend sa décision»

«Devant comparaître en octobre en France pour «apologie du terrorisme», la militante pro-palestinienne Rima Hassan participera à une table ronde le 23 septembre à l’Unige. Thème de la rencontre annoncée: «Médias et Palestine: la bataille des récits». Un membre du corps enseignant relaie des critiques de ses collègues sur la tenue de cet événement», notamment  «l’absence de tout membre académique de l’Unige à cette table ronde, «alors que beaucoup parmi eux ont une expertise sur le sujet», et que «des propos flirtant avec l’antisémitisme fusent au cours de la rencontre». Les organisateurs·rices de la table ronde affirment qu’«aucun propos discriminatoire, raciste, antisémite, islamophobe, xénophobe, sexiste ou haineux ne sera toléré».

«Nous confions de plus en plus la réflexion aux machines»
L’auteur de l’article, le journaliste Reto U. Schneider, estime que l’université traverse une crise majeure. L’IA remet en question la valeur des mémoires, des thèses et même des diplômes, puisqu’il devient difficile de distinguer les compétences réelles de la capacité à utiliser efficacement les outils d’IA. Le véritable danger ne serait pas seulement la tricherie, mais la perte progressive de l’habitude de penser, d’écrire et d’apprendre par soi-même. Selon l’auteur, nous assistons peut-être au début d’une transformation radicale, voire à la fin du modèle universitaire tel qu’il a existé depuis deux siècles.
La science et le bien commun

La science invoque régulièrement l’idée de servir l’intérêt général, ne serait-ce que pour justifier, en partie, son financement public. Pourtant, on reconnaît de plus en plus que les structures et les mécanismes d’incitation actuels en matière de recherche font obstacle à la réalisation de cet idéal.

Les autrices de cette publication proposent une conception en réseau qui considère la science comme inhérente au bien commun et constitutive de celui-ci, inspiré de la tradition aristotélicienne.

Comment protéger la science contre les ingérences politiques ?

Walter Rosenthal, président de la Conférence allemande des recteurs d’université, se penche sur cette question dans la perspective des prochaines élections régionales. Dans cette interview, il explique quelles mesures ont été prises face à la potentielle montée au pouvoir de l’extrême droite. Il s’inquiète notamment des atteintes annoncées à la liberté des établissements d’enseignement supérieur de déterminer leurs thèmes de recherche et leurs programmes d’enseignement constitueraient une violation de la liberté scientifique protégée par la Constitution. La suppression prévue du système licence-master nuirait durablement à la mobilité des étudiants.

«Sur le plan politique, les directions des établissements d’enseignement supérieur sont […] tenues à la neutralité, mais il y a des limites. Si, par exemple, la Loi fondamentale est bafouée ou menace de l’être, alors chacun doit adopter une position très, très claire. Nous devons sans cesse rappeler que la solidarité entre les institutions scientifiques, mais aussi la solidarité avec d’autres groupes sociaux, est un élément central. Et cela implique que nous adoptions une position claire.»

Comment l’Europe peut-elle renforcer la recherche sur le climat et les partenariats dans ce domaine ?

«C’est l’occasion pour l’Europe de se mobiliser et de travailler à la coopération et aux accords en matière de climat», note Katja Matthes, directrice du Centre Helmholtz de recherche océanographique GEOMAR, . «Le changement climatique est un problème international et une menace réelle, et nous devons accélérer l’action climatique par rapport à ce que nous faisons actuellement.»

Elle estime que ses collègues scientifiques doivent faire comprendre que le changement climatique n’est pas seulement une menace, mais aussi une opportunité de trouver des solutions. «Nous devons changer notre discours et élargir nos alliances stratégiques avec ceux qui sont disposés à agir», déclare-t-elle, «et heureusement, il y a beaucoup de personnes et de pays prêts à s’engager.»

Les priorités des hautes écoles suisses (2029–2032 )

«Dans son nouveau document «Coordination de la politique des hautes écoles à l’échelle nationale 2029–32», swissuniversities fixe un cap commun pour les hautes écoles. Elle place au premier plan l’excellence de l’enseignement, de la recherche et du transfert de savoir, qui constituent leur mission fondamentale. Elle définit aussi six priorités thématiques et esquisse les investissements nécessaires à leur mise en œuvre»: «La souveraineté technologique, l’espace, l’enseignement, les infrastructures de recherche, la santé et la sécurité.» «Ces domaines répondent à des enjeux qui dépassent le seul cadre des hautes écoles. Ils touchent à la capacité de la Suisse à maîtriser les transformations qui façonnent son environnement.»

 

Des Palestiniens prennent des actions légales contre l’Université Columbia

Selon le «New York Times», cinq étudiants d’origine palestinienne de l’université Columbia ont désormais porté plainte contre l’établissement reprochant à la direction de l’université d’avoir défavorisé des étudiants palestiniens dans le cadre des manifestations contre la guerre à Gaza. Dans leur plainte, ils affirment que l’université n’a pas pris suffisamment de mesures pour les protéger d’un environnement hostile. Elle aurait participé «activement au harcèlement à caractère raciste, ethnique et politique» dont ont été victimes des étudiants, des membres du personnel et des enseignants palestiniens.

Un rapport sur les incidents racistes publié l’année dernière par l’université de Harvard mentionne également des cas de discrimination antimusulmane et anti-palestinienne entre étudiants. L’auteur de l’article de la Neue Zürcher Zeitung estime qu’il s’agit toutefois de «cas isolés. Cela n’a pas donné lieu à un climat antipalestinien généralisé. L’antisémitisme, en revanche, était systémique. À Harvard comme à Columbia.»

«Pourquoi les scientifiques devraient être à l’origine de la transition visant à abandonner les méga-centres de données dédiés à l’IA»

«À mesure que l’on prendra conscience des coûts environnementaux et économiques liés à l’utilisation [de l’IA], la demande en solutions alternatives plus durables, plus respectueuses de la vie privée et plus adaptables ne manquera pas de croître.» Les auteurs et l’autrice de l’article paru dans Nature estiment que les universités et les instituts de recherche ont un rôle crucial à jouer dans cette transition.