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Sujet: liberté académique
«Les élections de mi-mandat aux États-Unis ont permis au Parti démocrate de prendre le pouvoir dans les deux chambres du Congrès américain, ce qui laisse espérer que les législateurs s’opposeront désormais aux mesures prises par l’administration du président républicain Donald Trump qui ont nui à la science.» (Nature)
Les sciences de l’environnement, nées pendant la guerre froide au service des militaires, se sont muées en sciences d’alerte, rappelle le chargé de recherche en philosophie (CNRS, Aix-Marseille Université) Sébastien Dutreil.
«Ce n’est pas la science qui est attaquée [aux Etats-Unis et en Argentine, de la manière la plus brutale; ailleurs, y compris en France, sous d’autres formes]. Il y a des perdants – environnement, biomédecine, humanités critiques – et des gagnants – quantique, IA, matériaux critiques. Ce qui est en cause, ce n’est pas la science motrice d’innovation, de progrès technique et de l’abondance : ce sont les sciences de la limite et du contre-pouvoir ; c’est l’université dépositaire des valeurs des Lumières – tolérance, égalité, démocratie, universalisme, émancipation, discussion critique.»
La Hongrie peut à nouveau bénéficier des programmes Horizon Europe et Erasmus+ suite à la décision du Conseil de l’Union européenne de mettre fin au mécanisme de conditionnalité lié à l’État de droit. Cette décision permet également de débloquer 4,2 milliards d’euros de fonds de cohésion qui avaient été gelés suite au différend qui remonte à la fin de l’année 2022. Bruxelles avait alors interdit à plus de 30 établissements hongrois, dont 21 universités, d’accéder aux subventions de ces programmes, craignant que le transfert de leur gestion à des fondations publiques dirigées par des partisans du Premier ministre de droite Viktor Orbán ne porte atteinte aux principes de liberté académique et de transparence.
L’historien étasunien Mark Bray, spécialiste de l’antifascisme, tenait mercredi soir une conférence à l’Unil.
En 2025 la Maison-Blanche a classé les antifas comme terroristes, et le chercheur a été mis sous pression pour le choix de son domaine d’étude par la suite. «Il juge par ailleurs qu’il existe un certain conformisme au sein des institutions académiques face aux restrictions budgétaires décidées par Donald Trump à l’encontre de programmes considérés comme progressistes, notamment liés à la diversité ou au climat. «La plupart des universités sont finalement contentes de couper les fonds obtenus de haute lutte dans les années 1960 à 1980, mais qui ne sont pas profitables dans une vision néolibérale de l’université», décrypte-t-il.»
«La disponibilité d’un volume croissant de données et l’intelligence artificielle sont fantastiques», déclare le physicien climatique Reto Knutti de l’EPFZ, mais le contrôle de la qualité et la mise en perspective font souvent défaut. «Chacun a l’impression d’être lui-même un expert.» Il n’est donc pas surprenant que, selon la dernière étude PISA de l’OCDE, 43 % des jeunes fassent davantage confiance à leur propre bon sens qu’à la science.
Silke Fürst, spécialiste en sciences de la communication à l’université de Zurich, estime qu’il est important que les scientifiques veillent à ce que les modèles d’IA puissent les détecter comme expert·es. D’autre part, il est important que des informations fiables continuent à faire l’objet d’un débat public, par exemple dans les médias.
Michael Hermann, politicologue de l’Institut de recherche Sotomo, juge que pour les expertes et experts qui s’exposent et se forgent une notoriété, l’IA représente une opportunité, car les gens continuent de rechercher davantage que de simples informations anonymes générées par l’IA.
Reto Knutti regrette par ailleurs que la science soit mise sous pression par la politique, aussi en Suisse: des études seraient interprétées de manière sélective, des publications retardées ou des communiqués de presse réécrits sur ordre des responsables politiques.
Une controverse politique a éclaté autour d’une conférence donnée en mai 2026 à l’Université de Zurich par Mazin Qumsiyeh, biologiste de l’Université de Bethléem, invité par la Palestine Student Association. Lors de son intervention sur le thème de l’«écologie sous l’occupation», il a tenu des propos critiques envers Israël, qualifiant notamment Gaza de «camp de concentration» et la politique israélienne de «régime d’apartheid», accusant l’état d’Israël de délibérément empêcher les Palestinien·nes d’avoir accès à une quantité suffisante d’eau potable.
Sarah de Rijcke, rectrice de l’Université de Leiden, estime que la liberté académique et l’autonomie des universités sont essentielles à la production d’un savoir fiable. Face aux pressions politiques, économiques et sécuritaires qui affectent la recherche dans plusieurs pays, elle propose six principes : protéger l’indépendance de la recherche, préserver la recherche fondamentale, reconnaître le rôle démocratique des universités, équilibrer sécurité et ouverture, protéger les chercheurs contre les pressions et renforcer la transparence envers la société. Selon elle, sans ces garanties, la qualité et la crédibilité des connaissances scientifiques risquent de s’affaiblir.
Caspar Hirschi, historien à l’université de Saint-Gall, donne une conférence sur ce thème à l’Académie autrichienne des sciences (ÖAW) à Vienne. Il estime actuellement que la liberté scientifique est principalement menacée par les partis populistes de droite – comme les Républicains aux États-Unis.
Ces derniers auraient mis au point un «scénario perfide» visant à restreindre cette liberté – en prétendant en réalité la sauver. Dans leur lutte contre « l’endoctrinement moral » véhiculé par des disciplines telles que les études de genre, ils recourent eux-mêmes à des recettes très morales. Plutôt que de prôner la moralisation, Hirschi mise donc sur la morale, et plus précisément sur une « éthique libérale de la liberté scientifique », dans la lignée du sociologue Max Weber.
Des universitaires européens affirment être de plus en plus confrontés à des cyberattaques et à des actes d’intimidation de la part de la Russie, alors que les tentatives de Moscou visant à étouffer les recherches critiques s’étendent à l’Union européenne.
Plusieurs organismes de recherche européens spécialisés dans la politique et l’histoire de l’Europe de l’Est déclarent avoir été victimes de tentatives de piratage et avoir été qualifiés d’organisations «indésirables», voire «extrémistes», ce qui revient à criminaliser toute forme de coopération.
Certains chercheurs allemands ont même été avertis par les services de sécurité que des pirates informatiques pourraient tenter de dérober des documents à caractère compromettant les concernant et de les publier sur Internet.
Walter Rosenthal, président de la Conférence allemande des recteurs d’université, se penche sur cette question dans la perspective des prochaines élections régionales. Dans cette interview, il explique quelles mesures ont été prises face à la potentielle montée au pouvoir de l’extrême droite. Il s’inquiète notamment des atteintes annoncées à la liberté des établissements d’enseignement supérieur de déterminer leurs thèmes de recherche et leurs programmes d’enseignement constitueraient une violation de la liberté scientifique protégée par la Constitution. La suppression prévue du système licence-master nuirait durablement à la mobilité des étudiants.
«Sur le plan politique, les directions des établissements d’enseignement supérieur sont […] tenues à la neutralité, mais il y a des limites. Si, par exemple, la Loi fondamentale est bafouée ou menace de l’être, alors chacun doit adopter une position très, très claire. Nous devons sans cesse rappeler que la solidarité entre les institutions scientifiques, mais aussi la solidarité avec d’autres groupes sociaux, est un élément central. Et cela implique que nous adoptions une position claire.»
La célèbre climatologue Martine Rebetez, professeure à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage, regrette «[q]u’on ait pu placer le plus grand lobbyiste du pétrole, assumé et revendiqué, au Conseil fédéral», c’est à dire Albert Rösti. Cela s’exprime, notamment, «en faisant sortir la Suisse de Copernicus, le réseau européen d’observation du climat, alors que ce serait aussi intéressant financièrement. Ou en enlevant du soutien à l’adaptation des forêts aux changements climatiques.» Elle évoque également des offensives outrageantes de la part des milieux pétroliers contre les climatologues. (Blick)
Selon les recherches publiées dans le SonntagsBlick et des directives internes, sous la direction du conseiller fédéral de l’UDC Albert Rösti, certains termes tels que «changement climatique» et « réchauffement climatique » n’étaient pas toujours les bienvenus au sein du secrétariat général du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC). Ils devaient être remplacés par d’autres mots dans des rapports officiels.
Par ailleurs, il y a des indications que certaines éléments d’un rapport sur le programme d’agglomération émanant de l’Office fédéral du développement territorial auraient été supprimés d’un rapport avant la publication «afin de ne pas utiliser de mots qui fâchent», comme l’ensemble de la liste technique des mesures concrètes de réduction de la chaleur.
La porte-parole d’Albert Rösti, Franziska Ingold, souligne: «Il n’y a pas d’interdiction d’utiliser certains termes. Les termes ‘changement climatique’ et ‘réchauffement climatique’ ont été et sont toujours régulièrement utilisés au DETEC. Le conseiller fédéral Rösti et le département les emploient dans leurs interviews, mais aussi dans leurs réponses aux interventions parlementaires et dans les messages.» (SonntagsBlick)
La présidente des Vert·e·s Lisa Mazzone estime que «les méthodes de Trump n’ont pas leur place en Suisse, le déni de la science et la censure non plus» et que le «Conseil fédéral doit retirer le Département de l’environnement à Albert Rösti».
L’auteur de l’article, professeur associé à l’Université Cornell, s’inquiète des efforts de limitation de la la liberté académique aux Etat-Unis et souhaite que les institutions protègent les personnes et domaines touchés en résistant aux intimidations.
«Deux réformes majeures ont été mises en œuvre dans de nombreux systèmes universitaires européens : d’une part, les universités sont censées être devenues des acteurs stratégiques autonomes ; d’autre part, le financement de la recherche s’est transformé en un mélange complexe de subventions globales, souvent liées à la performance, et de subventions accordées sur la base de projets dans le cadre d’appels à projets.»
Les auteurs et l’autrice de cette publication ont élaboré un cadre conceptuel novateur pour démontrer que les modalités de financement ont une incidence sur la marge de manœuvre stratégique dont dispose la direction des universités pour orienter la recherche selon trois axes : le lieu où s’exerce la gouvernance des activités de recherche, la manière dont les stratégies sont mises en œuvre et les orientations prises par la recherche.
Cette question est examinée dans le cadre d’une analyse comparative des modes de gouvernance de la recherche dans les universités suédoises et autrichiennes, avec une analyse systématique des effets des différentes caractéristiques du financement de la recherche sur l’orientation stratégique de celle-ci au sein des universités.
«Désormais principal fer de lance de l’innovation technologique, l’empire du Milieu s’est rendu incontournable, avec des laboratoires de recherche bien mieux dotés financièrement que les laboratoires français. Selon le ministère des affaires étrangères, la coopération universitaire entre la France et la Chine se matérialise par plus de 350 accords actifs (échanges, doubles diplômes…) et des flux soutenus de mobilité étudiante.» Le directeur de la stratégie et de la transformation de la Centrale Supélec, [Grande école d’ingénieurs française publique de l’université Paris-Saclay], Vincent Jolys, estime: «Il est important qu’on ne soit pas naïfs, il y a des enjeux de souveraineté, et chacun protège au mieux ses intérêts, mais le monde scientifique et de la formation reste ouvert.» (Le Monde)
Né en février 2025 aux États-Unis pour défendre la liberté académique face aux menaces politiques, le mouvement citoyen et scientifique « Stand Up for Science » s’implante en Suisse. L’objectif de cette expansion est de donner une dimension internationale à son action et d’inciter les universitaires européens à s’organiser de manière similaire.
Bien que l’Europe n’affronte pas des mesures aussi drastiques que celles de l’administration Trump, la dirigeante du mouvement, Colette Delawalla, appelle à la vigilance. Selon elle, la méfiance s’installe de manière subtile, par des coupes budgétaires progressives ou des discours anti-science. Elle appelle donc la communauté académique européenne à réagir dès les premiers signaux d’alerte pour protéger ses institutions. Si les scientifiques européens disposent «d’un peu de temps supplémentaire pour commencer à réfléchir, à faire ces préparatifs et à renforcer la cohésion et la solidarité au sein de la communauté [ils] partiront avec cinq longueurs d’avance par rapport à là où nous en étions».
«Des sénateurs américains des deux bords politiques ont publié le 2 août un projet de loi de finances qui, s’il était adopté, suspendrait temporairement une proposition ambitieuse et controversée de la Maison Blanche visant à réformer la recherche scientifique financée par le gouvernement fédéral. Cette proposition, qui a pour objectif déclaré d’améliorer «la transparence, la responsabilité et le contrôle» des fonds fédéraux, contient des dispositions qui redéfiniraient le paysage scientifique américain, notamment en confiant à des responsables politiques nommés l’examen des subventions fédérales et en restreignant la collaboration entre les scientifiques américains et leurs homologues internationaux. Si elle est adoptée, cette réglementation de la Maison Blanche pourrait entrer en vigueur le 1er octobre.»
Les associations de défense de la science ont salué le projet de loi de la commission sénatoriale qui permettrait d’éviter la fermeture des services publics, mais également de préserver des processus scientifiques comme par exemple l’évaluation par des pairs. (Nature)
L’éditeur du Washington Post loue la proposition de réforme, particulièrement pour réduire la bureaucratie dans les sciences, mais défend l’importance de la mobilité scientifique, ayant un impact positif sur la prospérité américaine.
«Pendant longtemps, les entreprises privées qui finançaient des chaires universitaires ont suscité des débats sur leur influence potentielle dans le monde académique. Désormais, un nouvel acteur entre dans l’arène: les cantons. A Zoug, le gouvernement souhaite investir près de quatre millions de francs sur dix ans dans un centre de compétences consacré à l’étude de la péréquation financière.»
L’Association des universités américaines (AAU) a indiqué la semaine dernière que les inscriptions des étudiant·es de troisième cycle dans les grandes universités de recherches, qui délivrent la moitié de tous les doctorats aux États-Unis, ont baissé de 15% par rapport à l’année dernière.
Cette nouvelle fait suite à la décision prise le mois dernier de la Fondation nationale pour la science (NSF) de réduire les subventions consacrées à la science fondamentale de 30%, voire plus. Pour Holden Thorp, chimiste et ancien chancelier de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, les Etats-Unis doivent se doter d’un plan cohérent qui définisse les étapes permettant à la science universitaire de prospérer, tout en mobilisant le soutien de l’ensemble de la communauté scientifique, qu’il déplore comme étant relativement silencieuse.
Cela intervient dans un contexte où l’administration Trump effectue des coupes significatives de subventions concernant, en partie, des recherches « politiquement sensibles ».
«Pensez-vous qu’une bourse fédérale de recherche particulière constitue un gaspillage de l’argent des contribuables? Toute personne suffisamment indignée pour intenter une action en justice à ce sujet pourrait bientôt pouvoir compter sur le soutien du ministère américain de la Justice (DOJ).
Cette possibilité est dissimulée dans une proposition de grande envergure visant à réécrire les règles régissant la manière dont le gouvernement américain gère des milliers de milliards de dollars de subventions de recherche et d’autres programmes fédéraux, de manière à renforcer la capacité du président Donald Trump à bloquer toute dépense qu’il considère comme «woke» ou inutile.