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Tendances des 2 dernières semaines

Sujet: liberté académique

Six principes pour défendre la liberté académique dans les universités

Sarah de Rijcke, rectrice de l’Université de Leiden, estime que la liberté académique et l’autonomie des universités sont essentielles à la production d’un savoir fiable. Face aux pressions politiques, économiques et sécuritaires qui affectent la recherche dans plusieurs pays, elle propose six principes : protéger l’indépendance de la recherche, préserver la recherche fondamentale, reconnaître le rôle démocratique des universités, équilibrer sécurité et ouverture, protéger les chercheurs contre les pressions et renforcer la transparence envers la société. Selon elle, sans ces garanties, la qualité et la crédibilité des connaissances scientifiques risquent de s’affaiblir.

«Avec Max Weber pour la liberté de la recherche»

Caspar Hirschi, historien à l’université de Saint-Gall, donne une conférence sur ce thème à l’Académie autrichienne des sciences (ÖAW) à Vienne. Il estime actuellement que la liberté scientifique est principalement menacée par les partis populistes de droite – comme les Républicains aux États-Unis.

Ces derniers auraient mis au point un «scénario perfide» visant à restreindre cette liberté – en prétendant en réalité la sauver. Dans leur lutte contre « l’endoctrinement moral » véhiculé par des disciplines telles que les études de genre, ils recourent eux-mêmes à des recettes très morales.  Plutôt que de prôner la moralisation, Hirschi mise donc sur la morale, et plus précisément sur une « éthique libérale de la liberté scientifique », dans la lignée du sociologue Max Weber.

La Russie élargit sa campagne de ciblage des centres de recherche européens

Des universitaires européens affirment être de plus en plus confrontés à des cyberattaques et à des actes d’intimidation de la part de la Russie, alors que les tentatives de Moscou visant à étouffer les recherches critiques s’étendent à l’Union européenne.

Plusieurs organismes de recherche européens spécialisés dans la politique et l’histoire de l’Europe de l’Est déclarent avoir été victimes de tentatives de piratage et avoir été qualifiés d’organisations «indésirables», voire «extrémistes», ce qui revient à criminaliser toute forme de coopération.

Certains chercheurs allemands ont même été avertis par les services de sécurité que des pirates informatiques pourraient tenter de dérober des documents à caractère compromettant les concernant et de les publier sur Internet.

Comment protéger la science contre les ingérences politiques ?

Walter Rosenthal, président de la Conférence allemande des recteurs d’université, se penche sur cette question dans la perspective des prochaines élections régionales. Dans cette interview, il explique quelles mesures ont été prises face à la potentielle montée au pouvoir de l’extrême droite. Il s’inquiète notamment des atteintes annoncées à la liberté des établissements d’enseignement supérieur de déterminer leurs thèmes de recherche et leurs programmes d’enseignement constitueraient une violation de la liberté scientifique protégée par la Constitution. La suppression prévue du système licence-master nuirait durablement à la mobilité des étudiants.

«Sur le plan politique, les directions des établissements d’enseignement supérieur sont […] tenues à la neutralité, mais il y a des limites. Si, par exemple, la Loi fondamentale est bafouée ou menace de l’être, alors chacun doit adopter une position très, très claire. Nous devons sans cesse rappeler que la solidarité entre les institutions scientifiques, mais aussi la solidarité avec d’autres groupes sociaux, est un élément central. Et cela implique que nous adoptions une position claire.»

Martine Rebetez: «L’industrie du pétrole a choisi de désinformer»

La célèbre climatologue Martine Rebetez, professeure à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage, regrette «[q]u’on ait pu placer le plus grand lobbyiste du pétrole, assumé et revendiqué, au Conseil fédéral», c’est à dire Albert Rösti. Cela s’exprime, notamment, «en faisant sortir la Suisse de Copernicus, le réseau européen d’observation du climat, alors que ce serait aussi intéressant financièrement. Ou en enlevant du soutien à l’adaptation des forêts aux changements climatiques.» Elle évoque également des offensives outrageantes de la part des milieux pétroliers contre les climatologues. (Blick)

Selon les recherches publiées dans le SonntagsBlick et des directives internes, sous la direction du conseiller fédéral de l’UDC Albert Rösti, certains termes tels que «changement climatique» et « réchauffement climatique » n’étaient pas toujours les bienvenus au sein du secrétariat général du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC). Ils devaient être remplacés par d’autres mots dans des rapports officiels.

Par ailleurs, il y a des indications que certaines éléments d’un rapport sur le programme d’agglomération émanant de l’Office fédéral du développement territorial auraient été supprimés d’un rapport avant la publication «afin de ne pas utiliser de mots qui fâchent», comme l’ensemble de la liste technique des mesures concrètes de réduction de la chaleur.

La porte-parole d’Albert Rösti, Franziska Ingold, souligne: «Il n’y a pas d’interdiction d’utiliser certains termes. Les termes ‘changement climatique’ et ‘réchauffement climatique’ ont été et sont toujours régulièrement utilisés au DETEC. Le conseiller fédéral Rösti et le département les emploient dans leurs interviews, mais aussi dans leurs réponses aux interventions parlementaires et dans les messages.» (SonntagsBlick)

La présidente des Vert·e·s Lisa Mazzone estime que «les méthodes de Trump n’ont pas leur place en Suisse, le déni de la science et la censure non plus» et que le «Conseil fédéral doit retirer le Département de l’environnement à Albert Rösti».

 

 

 

 

«Comment le financement de la recherche influence la gouvernance de la recherche universitaire»

«Deux réformes majeures ont été mises en œuvre dans de nombreux systèmes universitaires européens : d’une part, les universités sont censées être devenues des acteurs stratégiques autonomes ; d’autre part, le financement de la recherche s’est transformé en un mélange complexe de subventions globales, souvent liées à la performance, et de subventions accordées sur la base de projets dans le cadre d’appels à projets.»

Les auteurs et l’autrice de cette publication ont élaboré un cadre conceptuel novateur pour démontrer que les modalités de financement ont une incidence sur la marge de manœuvre stratégique dont dispose la direction des universités pour orienter la recherche selon trois axes : le lieu où s’exerce la gouvernance des activités de recherche, la manière dont les stratégies sont mises en œuvre et les orientations prises par la recherche.

Cette question est examinée dans le cadre d’une analyse comparative des modes de gouvernance de la recherche dans les universités suédoises et autrichiennes, avec une analyse systématique des effets des différentes caractéristiques du financement de la recherche sur l’orientation stratégique de celle-ci au sein des universités.

«La Chine, partenaire académique incontournable»

«Désormais principal fer de lance de l’innovation technologique, l’empire du Milieu s’est rendu incontournable, avec des laboratoires de recherche bien mieux dotés financièrement que les laboratoires français. Selon le ministère des affaires étrangères, la coopération universitaire entre la France et la Chine se matérialise par plus de 350 accords actifs (échanges, doubles diplômes…) et des flux soutenus de mobilité étudiante.» Le directeur de la stratégie et de la transformation de la Centrale Supélec, [Grande école d’ingénieurs française publique de l’université Paris-Saclay], Vincent Jolys, estime: «Il est important qu’on ne soit pas naïfs, il y a des enjeux de souveraineté, et chacun protège au mieux ses intérêts, mais le monde scientifique et de la formation reste ouvert.» (Le Monde)

Le mouvement américain « Stand Up for Science » s’étend en Europe

Né en février 2025 aux États-Unis pour défendre la liberté académique face aux menaces politiques, le mouvement citoyen et scientifique « Stand Up for Science » s’implante en Suisse. L’objectif de cette expansion est de donner une dimension internationale à son action et d’inciter les universitaires européens à s’organiser de manière similaire.

Bien que l’Europe n’affronte pas des mesures aussi drastiques que celles de l’administration Trump, la dirigeante du mouvement, Colette Delawalla, appelle à la vigilance. Selon elle, la méfiance s’installe de manière subtile, par des coupes budgétaires progressives ou des discours anti-science. Elle appelle donc la communauté académique européenne à réagir dès les premiers signaux d’alerte pour protéger ses institutions. Si  les scientifiques européens disposent «d’un peu de temps supplémentaire pour commencer à réfléchir, à faire ces préparatifs et à renforcer la cohésion et la solidarité au sein de la communauté [ils] partiront avec cinq longueurs d’avance par rapport à là où nous en étions».

 

USA : Le sénat s’oppose à la réforme du financement de la recherche scientifique

«Des sénateurs américains des deux bords politiques ont publié le 2 août un projet de loi de finances qui, s’il était adopté, suspendrait temporairement une proposition ambitieuse et controversée de la Maison Blanche visant à réformer la recherche scientifique financée par le gouvernement fédéral. Cette proposition, qui a pour objectif déclaré d’améliorer «la transparence, la responsabilité et le contrôle» des fonds fédéraux, contient des dispositions qui redéfiniraient le paysage scientifique américain, notamment en confiant à des responsables politiques nommés l’examen des subventions fédérales et en restreignant la collaboration entre les scientifiques américains et leurs homologues internationaux. Si elle est adoptée, cette réglementation de la Maison Blanche pourrait entrer en vigueur le 1er octobre.»

Les associations de défense de la science ont salué le projet de loi de la commission sénatoriale qui permettrait d’éviter la fermeture des services publics, mais également de préserver des processus scientifiques comme par exemple l’évaluation par des pairs. (Nature)

L’éditeur du Washington Post loue la proposition de réforme, particulièrement pour réduire la bureaucratie dans les sciences, mais défend l’importance de la mobilité scientifique, ayant un impact positif sur la prospérité américaine.

 

Le canton de Zoug met quatre millions pour étudier la péréquation financière

«Pendant longtemps, les entreprises privées qui finançaient des chaires universitaires ont suscité des débats sur leur influence potentielle dans le monde académique. Désormais, un nouvel acteur entre dans l’arène: les cantons. A Zoug, le gouvernement souhaite investir près de quatre millions de francs sur dix ans dans un centre de compétences consacré à l’étude de la péréquation financière.»

États-Unis : « Se battre pour l’avenir de la science nécessite une large coalition »

L’Association des universités américaines (AAU) a indiqué la semaine dernière que les inscriptions des étudiant·es de troisième cycle dans les grandes universités de recherches, qui délivrent la moitié de tous les doctorats aux États-Unis, ont baissé de 15% par rapport à l’année dernière.

Cette nouvelle fait suite à la décision prise le mois dernier de la Fondation nationale pour la science (NSF) de réduire les subventions consacrées à la science fondamentale de 30%, voire plus. Pour Holden Thorp, chimiste et ancien chancelier de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, les Etats-Unis doivent se doter d’un plan cohérent qui définisse les étapes permettant à la science universitaire de prospérer, tout en mobilisant le soutien de l’ensemble de la communauté scientifique, qu’il déplore comme étant relativement silencieuse.

Cela intervient dans un contexte où l’administration Trump effectue des coupes significatives de subventions concernant, en partie, des recherches « politiquement sensibles ».

Une disposition dissimulée dans une modification réglementaire américaine permettrait aux citoyens de contester juridiquement les recherches fédérales « woke »

«Pensez-vous qu’une bourse fédérale de recherche particulière constitue un gaspillage de l’argent des contribuables? Toute personne suffisamment indignée pour intenter une action en justice à ce sujet pourrait bientôt pouvoir compter sur le soutien du ministère américain de la Justice (DOJ).

Cette possibilité est dissimulée dans une proposition de grande envergure visant à réécrire les règles régissant la manière dont le gouvernement américain gère des milliers de milliards de dollars de subventions de recherche et d’autres programmes fédéraux, de manière à renforcer la capacité du président Donald Trump à bloquer toute dépense qu’il considère comme «woke» ou inutile.

L’importance des Humanités vue par le Doyen de l’Université de Bâle

Le doyen de la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Bâle, Laurent Goetschel répond aux défis et préjugés auxquels doit faire face les Humanités. Il insiste sur leur caractère innovant et leur rôle crucial face aux défis contemporains. Pour illustrer l’impact direct sur la société, il cite des recherches clés sur le pouvoir des images, l’influence des récits et les politiques environnementales.

Il rappelle également l’enjeu démocratique de ces disciplines en affirmant : « Partout où des forces autoritaires s’emparent du pouvoir, l’une de leurs premières mesures consiste à abolir les sciences humaines, car celles-ci incarnent la libre pensée même. » 

Les scientifiques ripostent face aux projets de l’extrême droite visant à restreindre la liberté académique en Allemagne

Des scientifiques tirent la sonnette d’alarme face aux propositions du parti d’extrême droite  «Alternative pour l’Allemagne» (AfD), qui pourraient, selon eux, restreindre fortement les libertés académiques dans les universités et les instituts de recherche allemands.

L’AfD devrait s’imposer largement comme première force politique lors des élections qui se tiendront en septembre dans deux Länder allemands, la Saxe-Anhalt et le Mecklembourg-Poméranie occidentale. Bien que la majorité des partis allemands refusent actuellement de former une coalition avec l’AfD, que ce soit au niveau régional ou national, l’AfD pourrait former un gouvernement si elle disposait d’une avance suffisante. Le parti arrive d’ailleurs actuellement en tête des sondages auprès des électeurs au niveau national. La politique éducative en Allemagne relève presque entièrement de la compétence de ses 16 Länder.

En Saxe-Anhalt, où les récents sondages ont montré que le parti dépassait les 40 % d’intentions de vote, l’AfD a présenté dans son programme électoral des propositions de réformes en profondeur du système universitaire du Land, en réponse à ce qu’elle considère comme une «crise profonde» de la science allemande.

Le programme de l’AfD avance 12 propositions qui concernent les sciences en particulier, comme la sortie du système de Bologne, l’abolition des sciences de genre et des études postcoloniales, ainsi que la création d’une chaire en démographie et migration («Bevölkerungswissenschaft») et la création d’un institut de recherche critique sur l’islam.

«Comme l’ont montré les politiques climatiques et celles liées au coronavirus, même les sciences exactes ne sont plus en mesure de produire des connaissances exemptes d’idéologie. Quant aux sciences humaines, elles sont quant à elles enlisées jusqu’au cou dans un marécage de «genderisme», de postcolonialisme et d’autres discours poststructuralistes creux.» Par ailleurs, «un politiquement correct qui prend des proportions démesurées et se fait de plus en plus intransigeant étouffe les derniers vestiges de liberté d’esprit.»

La Conférence des recteurs des universités allemandes HRK collabore avec les universités afin de se préparer à l’éventualité d’une arrivée au pouvoir de l’AfD, tant au niveau régional que national. Cela implique notamment de remédier aux faiblesses des fondements juridiques et des budgets des universités, ainsi que de consulter des universitaires qui ont dû quitter des pays comme les États-Unis, où certains domaines de recherche, tels que les études de genre, font l’objet de vives critiques.

Des initiatives visent également à créer des fonds de solidarité destinés à venir en aide aux chercheurs allemands qui pourraient être contraints de quitter leur université ou leur domaine de recherche.

«Vers un verrouillage définitif des données fiscales vaudoises»

Le canton travaille actuellement à une mise à jour de la loi cantonale sur l’archivage. Celle-ci pourrait désormais garder secrètes, de manière illimitée, les données fiscales relevant du secret fiscal.

Cela pourrait avoir des «conséquences désastreuses sur la recherche, la transparence et la démocratie», avance l’auteur de l’article Benno Tuchschmid. Les Archives cantonales vaudoises s’opposent à une durée de protection illimitée.

« C’est une atteinte à la liberté scientifique », déclare Franziska Zaugg, présidente de la Société suisse d’histoire (SGG).

L’économiste Marius Brülhart de l’Université de Lausanne qui mène des recherches sur le thème de la succession, déplore également ce projet législatif. Il déclare : « J’ai déjà dû abandonner des projets de recherche en raison du manque de transparence des données dans ce canton. […] « La recherche basée sur les données fiscales est essentielle pour la démocratie. »

Le canton de Vaud avait autrefois envisagé de commander une étude sur la politique fiscale, mais lorsque Marius Brülhart a précisé qu’il avait besoin d’accéder aux données fiscales pour réaliser une estimation statistique fiable, «y compris des informations sur l’application du «bouclier fiscal»», le projet a été abandonné. (Tages-Anzeiger)

La Maison Blanche propose une refonte en profondeur du financement de la recherche scientifique aux États-Unis

Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme face à une proposition «ambitieuse» de la Maison Blanche qui pourrait bouleverser en profondeur le fonctionnement de la recherche financée par le gouvernement fédéral. Les règles proposées confieraient aux responsables politiques le contrôle de toutes les subventions fédérales ; réduiraient l’importance de l’évaluation par les pairs ; imposeraient davantage de restrictions à la participation des bénéficiaires de subventions à des réunions ; limiteraient les collaborations entre les scientifiques américains financés par le gouvernement fédéral et leurs homologues étrangers ; et restreindraient le soutien financier fédéral à la publication des résultats des scientifiques américains dans des revues scientifiques. (Nature)

Par ailleurs, l’administration Trump a proposé de réduire de moitié le budget de l’agence National Science Foundation (NSF) et de supprimer purement et simplement la division Social, Behavioral, and Economic Sciences (SBE) au cours du prochain exercice budgétaire. Cette dernière finance environ 63 % de la recherche universitaire en sciences psychologiques et sociales. (The Atlantic)

Selon la American Geophysical Union, «des catégories entières de recherche se verraient de fait privées de financement fédéral, notamment les travaux recourant à des cadres analytiques axés sur les effets disparates — fondement méthodologique de la recherche en santé publique, de la science de la justice environnementale et des sciences sociales qui étudient la répartition inégale des risques climatiques, de la qualité de l’air et de la vulnérabilité aux catastrophes. Cette règle limiterait également tout travail que l’administration estime impliquer des pratiques DEI ou ce qu’elle qualifie d’« idéologie du genre ».  Par ailleurs, un juge fédéral a bloqué la tentative de la NSF de démanteler le National Center for Atmospheric Research NCAR. (American Geophysical Union)

Un chercheur en informatique pénalisé pour sa thèse sur la «désescalade numérique»

La soutenance d’une thèse du laboratoire de recherche en informatique a été annulé 15 jours avant par le Collège des écoles doctorales, en délégation du président de l’université Grenoble-Alpes. La raison avancée: «Le contenu de la recherche présenté ne relève pas des mathématiques appliquées, la discipline d’inscription de la thèse.» La thèse porte sur la question suivante: « Face à l’accroissement continu du numérique dans nos vies et à ses conséquences sociales et écologiques dramatiques, comment lutter contre ce déferlement depuis les laboratoires de recherche en informatique ? 

Le directeur de thèse Romain Couillet, professeur des universités et chercheur en mathématiques appliquées, affirme: « Cette thèse ne se limite pas à mesurer l’empreinte carbone du numérique : elle en questionne les fondements, les finalités et les implications politiques dans une université qui encourage de plus en plus les recherches en intelligence artificielle, en physique quantique et dans les technologies de pointe. Forcément, ça ne plaît pas. »

Les soutiens sont venus en nombre pour assister à cette soutenance «sauvage».

«Les sciences sociales penchent à gauche, et c’est un problème»

Une chronique du Frankfurter Allgemeine Zeitung souligne que le manque de pluralisme politique en sciences sociales engendrerait des biais méthodologiques. Dans les domaines sensibles comme l’immigration, le professeur associé en migrations [de l’Université de Notre Dame] Alexander Kustov note que les résultats non conformes au consensus progressiste sont souvent minimisés.

Selon le sociologue Neill Gross [du Colby Collège], ce phénomène s’auto-alimente en attirant majoritairement des profils partageant déjà ces idées. Pour préserver l’objectivité scientifique, l’auteur de la chronique insiste sur l’idée que le milieu académique devrait intégrer la diversité des visions du monde au même titre que les diversités de genre ou d’origine. De plus, cette politisation unilatérale à gauche pourrait également alimenter, en réaction, une politisation de la droite.

La professeure en philosophie de l’Université de Tübingen Sabine Döring affirme sur LinkedIn qu’il est délicat d’affirmer que «la politique scientifique devrait prendre des mesures pour contrer cette tendance». «D’une part, il s’agit de supprimer les incitations à l’homogénéisation. D’autre part, une pluralité imposée par les pouvoirs publics constituerait une atteinte (illibérale !) à la liberté scientifique.»

Jugement concernant la liberté d’expression et la liberté académique à l’Université de Sussex

La loi sur la liberté d’expression (Freedom of Speech Act), entrée en vigueur en août 2025, impose aux universités et aux établissements d’enseignement supérieur d’Angleterre de promouvoir la liberté académique afin de garantir que les débats puissent se dérouler sur les campus sans crainte de censure à l’encontre des étudiants, du personnel ou des intervenants exprimant des opinions conformes à la loi.

La Haute Cour anglaise a récemment statué sur un cas de potentielle violation de la liberté d’expression  au sein de l’Université Sussex.

Ce cas concerne une ancienne professeure, Kathleen Stock, qui a démissionné en 2021 suite aux manifestations suscitées par ses prises de positions sur l’identité de genre et les droits des personnes transgenres. L’Office for Students (organisme de surveillance de l’enseignement supérieur en Angleterre) avait initialement fait condamner l’université à une amende de £585,000.

Mais la Haute cour a trouvé que l’organisme de surveillance était biaisé, s0uhaitant faire un exemple de l’Université de Sussex.

Le secrétaire général de l’alma mater a déclaré: «Cette décision constitue un camouflet pour les responsables politiques qui ont utilisé l’OfS comme une arme politique dans les guerres culturelles sur les campus. L’organisme de régulation a perdu la confiance du secteur, et le gouvernement doit désormais repenser en profondeur la manière dont il entend œuvrer pour protéger l’enseignement supérieur.»