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Tendances des 2 dernières semaines

Sujet: liens d’intérêt

Martine Rebetez: «L’industrie du pétrole a choisi de désinformer»

La célèbre climatologue Martine Rebetez, professeure à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage, regrette «[q]u’on ait pu placer le plus grand lobbyiste du pétrole, assumé et revendiqué, au Conseil fédéral», c’est à dire Albert Rösti. Cela s’exprime, notamment, «en faisant sortir la Suisse de Copernicus, le réseau européen d’observation du climat, alors que ce serait aussi intéressant financièrement. Ou en enlevant du soutien à l’adaptation des forêts aux changements climatiques.» Elle évoque également des offensives outrageantes de la part des milieux pétroliers contre les climatologues. (Blick)

Selon les recherches publiées dans le SonntagsBlick et des directives internes, sous la direction du conseiller fédéral de l’UDC Albert Rösti, certains termes tels que «changement climatique» et « réchauffement climatique » n’étaient pas toujours les bienvenus au sein du secrétariat général du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC). Ils devaient être remplacés par d’autres mots dans des rapports officiels.

Par ailleurs, il y a des indications que certaines éléments d’un rapport sur le programme d’agglomération émanant de l’Office fédéral du développement territorial auraient été supprimés d’un rapport avant la publication «afin de ne pas utiliser de mots qui fâchent», comme l’ensemble de la liste technique des mesures concrètes de réduction de la chaleur.

La porte-parole d’Albert Rösti, Franziska Ingold, souligne: «Il n’y a pas d’interdiction d’utiliser certains termes. Les termes ‘changement climatique’ et ‘réchauffement climatique’ ont été et sont toujours régulièrement utilisés au DETEC. Le conseiller fédéral Rösti et le département les emploient dans leurs interviews, mais aussi dans leurs réponses aux interventions parlementaires et dans les messages.» (SonntagsBlick)

La présidente des Vert·e·s Lisa Mazzone estime que «les méthodes de Trump n’ont pas leur place en Suisse, le déni de la science et la censure non plus» et que le «Conseil fédéral doit retirer le Département de l’environnement à Albert Rösti».

 

 

 

 

«Le lobbyiste en veste de professeur»
L’article de Republik dresse un portrait très critique de l’économiste suisse Christoph Schaltegger, professeur à l’Université de Lucerne et fondateur de l’Institut de politique économique suisse (IWP). Selon l’enquête, Schaltegger utiliserait l’apparence de neutralité scientifique pour accroître son influence politique et promouvoir un agenda économique libéral favorable aux milieux d’affaires.

L’IWP, présenté comme un institut scientifique indépendant, est financé par de riches entrepreneurs, notamment Alfred Schindler (groupe Schindler), ainsi que d’autres grandes fortunes suisses. Malgré ce financement privé, l’institut bénéficierait de la crédibilité de l’Université de Lucerne, ce qui lui permettrait de peser davantage dans les débats publics et politiques. Christopher Schaltegger et plusieurs collaborateurs de l’IWP siègent ou ont siégé dans diverses commissions d’experts fédérales influençant des sujets importants comme les retraites, la fiscalité, les dépenses publiques ou les relations avec l’UE.

L’enquête rappelle qu’avant sa carrière académique, Schaltegger a travaillé pour le Département fédéral des finances sous le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz, et puis pour l’organisation patronale Economiesuisse.

Le journaliste de Republik affirme qu’il a joué un rôle dans la promotion de la réforme fiscale dite «Réforme de l’imposition des entreprises II», dont les coûts pour les finances publiques auraient été largement sous-estimés lors de la campagne de votation de 2008. Plus tard, le Tribunal fédéral a reproché au Conseil fédéral d’avoir fourni des informations trompeuses sur les conséquences financières de cette réforme.

Plusieurs économistes reprochent à l’IWP de publier surtout des policy papers non soumis à une évaluation scientifique par les pairs (peer review), d’utiliser des méthodologies contestées et de tirer des conclusions jugées idéologiques ou insuffisamment étayées. Selon eux, l’IWP présenterait parfois des positions politiques sous couvert d’expertise scientifique.

Un co-fondateur de Palantir finance des projets de recherche spatiale en Suisse

Nathan Gettings, co-fondateur de l’entreprise Palantir, «le groupe informatique le plus controversé au monde», s’est installé en Suisse et soutient notamment des projets de l’EPFL et l’EPFZ. Selon son site web de sa fondation CHiwi, le fondateur souhaite faire progresser le savoir collectif de l’humanité dans les domaines des mathématiques avancées, des énergies alternatives et de la recherche spatiale.

Selon l’article, la fondation ne s’intéresse guère au parcours de recherche d’un candidat ; peuvent postuler toutes les personnes, qu’elles soient françaises ou étrangères, dont les domaines de recherche englobent, par exemple, les ondes gravitationnelles, la cosmologie physique ou les théories alternatives sur la matière noire, l’énergie noire et le Big Bang, ce qu’il n’est toutefois pas nécessaire de documenter. Par ailleurs, à cette fin, le ou la candidat·e est invité·e à joindre son profil LinkedIn. «Ce processus se distingue ainsi nettement de celui du Fonds national suisse, dans le cadre duquel les candidates doivent justifier de leurs étapes de recherche et de leur expertise dans une discipline donnée.»

L’ère de la transparence à l’hôpital universitaire de Zurich

Suite au licenciement du chirurgien cardiaque Francesco Maisano, l’Hopital universitaire de Zurich (USZ) a publié les liens d’intérêts et les activités accessoires des ses praticien·nes sur son site web.

«Si l’on part du principe que le renforcement des règles est souvent une réaction à des dysfonctionnements, le règlement du personnel de l’hôpital universitaire en dit long : au cours des quatre dernières années, le conseil d’administration de l’hôpital l’a renforcé autant de fois, sous la pression des responsables politiques et d’une opinion publique de plus en plus sceptique. À lui seul, le nombre de pages consacrées aux règles relatives aux activités annexes et aux conflits d’intérêts a triplé.»

Selon la responsable en chef de la conformité de l’établissement, cette démarche vise à identifier les conflits d’intérêts potentiels, comme des activités secondaires concurrentielles de l’hôpital ou des participations dans des start-ups qui l’approvisionnent. La direction a fermement rappelé l’obligation de transparence totale pour toute collaboration avec des entreprises qui fournissent des prestations à l’USZ ou qui prennent en charge ses patient·es.

Selon un porte-parole de l’hôpital universitaire, des infractions aux directives internes ont été constatées dans une dizaine de cas.

 

USA : Le sénat s’oppose à la réforme du financement de la recherche scientifique

«Des sénateurs américains des deux bords politiques ont publié le 2 août un projet de loi de finances qui, s’il était adopté, suspendrait temporairement une proposition ambitieuse et controversée de la Maison Blanche visant à réformer la recherche scientifique financée par le gouvernement fédéral. Cette proposition, qui a pour objectif déclaré d’améliorer «la transparence, la responsabilité et le contrôle» des fonds fédéraux, contient des dispositions qui redéfiniraient le paysage scientifique américain, notamment en confiant à des responsables politiques nommés l’examen des subventions fédérales et en restreignant la collaboration entre les scientifiques américains et leurs homologues internationaux. Si elle est adoptée, cette réglementation de la Maison Blanche pourrait entrer en vigueur le 1er octobre.»

Les associations de défense de la science ont salué le projet de loi de la commission sénatoriale qui permettrait d’éviter la fermeture des services publics, mais également de préserver des processus scientifiques comme par exemple l’évaluation par des pairs. (Nature)

L’éditeur du Washington Post loue la proposition de réforme, particulièrement pour réduire la bureaucratie dans les sciences, mais défend l’importance de la mobilité scientifique, ayant un impact positif sur la prospérité américaine.

 

Le canton de Zoug met quatre millions pour étudier la péréquation financière

«Pendant longtemps, les entreprises privées qui finançaient des chaires universitaires ont suscité des débats sur leur influence potentielle dans le monde académique. Désormais, un nouvel acteur entre dans l’arène: les cantons. A Zoug, le gouvernement souhaite investir près de quatre millions de francs sur dix ans dans un centre de compétences consacré à l’étude de la péréquation financière.»

France: « A Polytechnique, des étudiants perturbent la remise de diplômes et dénoncent l’emprise de certaines entreprises»

Ce vendredi 12 juin, lors de la remise des diplômes de la promotion 2021-2026 de l’École Polytechnique (Essonne – FR), un collectif étudiant a dénoncé l’influence des grands groupes industriels sur leur cursus. Les manifestant·es ont notamment ciblé la présence massive de PDG au conseil d’administration de l’établissement, certain·es arborant des masques à l’effigie de Bernard Arnault et Patrick Pouyanné.

En réaction, la directrice générale de l’école, Laura Chaubard, a affirmé partager leurs préoccupations face aux enjeux environnementaux et géopolitiques, tout en estimant que les étudiant·es se « trompaient de cible ».

Philip Morris aurait financé des recherches de l’Université de Genève sur la psychologie des enfants

«La multinationale Philip Morris aurait financé des études menées sur les enfants au sein de l’Université de Genève dans les années 1990. Selon une enquête de l’association anti-tabagisme OxySuisse parue jeudi, des centaines de mineurs dès neuf ans auraient été enrôlés à des fins marketing.»

L’Ecole hôtelière de Lausanne pourrait devoir transmettre ses contrats avec l’industrie du tabac

«Une haute école, même privée, peut-elle garder secrets ses contrats passés avec des entreprises de l’industrie du tabac? Plutôt non, estime la Cour de droit administratif et public vaudoise (CDAP), qui vient de donner un début de réponse dans une procédure qui oppose l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL) à OxySuisse, association de lutte contre le tabagisme et l’influence de son industrie.»

«Plutôt le tabac que la science»
Le Conseil fédéral souhaite pourtant supprimer le Conseil suisse de la science (CSS), affirmant que les défis actuels exigent des expertises spécialisées fournies par des groupes ad hoc plutôt que par un organisme permanent. Le CSS conteste vivement cette justification, qu’il juge floue et incorrecte, et souligne que la Suisse deviendrait un cas à part : aucun pays comparable ne renonce à un conseil scientifique indépendant.
Le CSS fait partie d’un ensemble de neuf commissions extraparlementaires que le Conseil fédéral propose de dissoudre, en partie sous pression de représentants politiques de droite. Pourtant, selon un rapport du Conseil des États, externaliser leurs tâches serait moins efficace et plus coûteux. Les économies attendues (172 000 francs) seraient probablement annulées par des dépenses plus élevées pour des mandats externes. Le SWR estime même qu’il faudrait compter au moins 50 % de coûts supplémentaires.

Le Conseil scientifique s’inquiète aussi du fait que son expertise, indépendante et à long terme, ne puisse pas être remplacée par des groupes ponctuels, plus susceptibles d’être politiquement orientés. Cette inquiétude est renforcée par une récente controverse autour du paquet d’économies fédéral, où le CSS a exprimé des critiques contraires à celles d’un groupe ad hoc mandaté par le Conseil fédéral.

Par ailleurs, une révision légale prévoit que ces commissions ne pourront plus communiquer librement avec le Parlement sans l’accord de leur département, officiellement pour éviter des activités de  lobbying». Le CSS juge cette justification injustifiée et contraire à la liberté d’expression. Cette restriction semble paradoxale, d’autant qu’elle émane de milieux politiques de la droite bourgeoise qui s’opposent généralement à un encadrement plus strict du lobbying, par exemple concernant la réglementation autour le tabac.

Pour l’auteur de l’article paru dans la Wochenzeitung WOZ, l’ensemble du projet donne l’impression que le Conseil fédéral cherche à réduire une voix indépendante parfois critique. Dans un contexte déjà marqué par les restrictions budgétaires, la méfiance envers la science et les tensions géopolitiques et technologiques, la suppression du CSS serait un «signal préoccupant».

Financement par des donateurs individuels : les enseignements tirés de l’affaire Epstein

Selon l’éditorial de Nature, les universités doivent mettre en place des équipes chargées de la compliance ayant non seulement le pouvoir d’évaluer les risques liés aux sources de financement, mais aussi de donner suite à leurs conclusions afin de garantir le respect des politiques de financement éthiques.

Science et bz Zeitung für die Region Basel mettent en lumière des scientifiques qui ont refusé des fonds du sulfureux mécène de la recherche Jeffrey Epstein.

«Questions sur le tabac: l’EHL choisit le silence»

OxySuisse a étudié les contrats de  31 universtiés, HES, instituts fédéraux et hôpitaux universitaires suisses avec l’industrie du tabac. Le rapport montre que même si les écoles suisses ne reçoivent que peu de fonds directement liés au tabac, un tiers d’entre elles ont encore un lien avec le secteur. Plusieurs institutions, dont l’EHL et l’Hepia à Genève, ont contesté juridiquement la démarche de l’organisation.

«Les universités ont peu à gagner et beaucoup à perdre dans cette relation, au vu des scandales présents et passés», estime la directrice d’Oxysuisse. En Suisse, seule l’école d’économie et de management de l’Université de Genève dispose d’un code éthique qui exclut le tabac.

L’influence de l’industrie du tabac sur la recherche académique suisse

Une enquête de la Schweizer Radio und Fernsehen (SRF) révèle des liaisons problématiques entre les universités suisses et l’industrie du tabac, questionnant l’indépendance de la recherche. À l’EPFL, plus de soixante étudiant·es ont réalisé leur master ou un stage chez Phillip Morris International ces dernières années, une pratique qui n’est pas encouragée mais tolérée selon l’Ecole polytechnique.

L’association de prévention du tabac OxySuisse, financée en grande partie par la Confédération, révèle que plus d’un tiers des hautes écoles suisses ont entretenu de tels liens, profitant d’un cadre législatif helvétique très favorable aux industries du tabac. Face à la confusion entre recherche indépendante et contrats privés, des voix s’élèvent pour exiger des règles de transparence uniformes afin de protéger les institutions académiques de l’influence d’une industrie controversée.

Une étude rétractée après 25 ans de suspicion de conflits d’intérêts

«Une influente étude affirmant que le glyphosate ne présente aucun risque grave pour la santé a été récemment retirée pour suspicion de conflits d’intérêts, 25 ans après cette publication qui a entre-temps guidé nombre de décisions politiques malgré des alertes quant à la probité de ses auteurs. Si des chercheurs ont salué cette rétractation, sa lenteur interroge quant à l’intégrité de la recherche menée autour de l’ingrédient clé du Roundup, herbicide le plus vendu dans le monde.» (Le Temps)

En 2002, soit deux ans après la publication de l’étude, une lettre signée par une vingtaine de chercheur·euses dénonçait déjà «des conflits d’intérêts, un manque de transparence et l’absence d’indépendance éditoriale» au sein de la revue scientifique. L’affaire a ensuite éclaté en 2017 lorsque des documents internes de l’entreprise en conflit d’intérêt ont été divulgués, révélant le rôle d’employé·es de l’entreprise dans l’écriture de l’étude désormais retirée.

Naomi Oreskes, historienne des sciences à l’Université Harvard et coautrice d’une publication à propos de l’influence de cette étude, déclare que «la communauté scientifique a besoin de meilleurs mécanismes pour identifier et retirer les articles frauduleux». Pour Nathan Donley, scientifique du Centre pour la diversité biologique, cet épisode n’est qu’un exemple d’«un phénomène plus large au sein de la littérature scientifique». «Je suis sûr qu’il y beaucoup articles du même genre, écrits par d’autres que leurs auteurs affichés et aux conflits d’intérêts non déclarés», déclare John Ioannidis, professeur à l’Université Stanford. «Mais ils sont très difficiles à révéler, à moins de se plonger» dans des documents d’archives, ajoute-t-il

La Chine influence les universités suédoises

Un récent rapport montre comment la Chine influence les universités suédoises. Les expert·es de la Chine en particulier auraient le sentiment d’être soumis à «une influence autoritaire généralisée», écrivent les auteur·es de l’Université de Mälardalen et du Centre national des connaissances pour la Chine. Cela aurait pour conséquences sur les étudiant·es et chercheur·euses anxiété, stress et autocensure, cette dernière influençant très directement le travail scientifique. Les personnes ayant été interrogées dans le cadre de ce rapport ont ainsi déclaré avoir modifié ou retiré des articles, ou alors changé l’orientation de leur projet de recherches par crainte de représailles. Moyens de pressions, chantage et intimidations, seraient ainsi vécus par les chercheur·euses chinois·es en Suède.

Mais la Suède ne serait pas un cas isolé. «En mai 2024, Amnesty International a publié une étude montrant comment les étudiants chinois à l’étranger sont menacés, surveillés et harcelés par les autorités locales. La pression est souvent dirigée contre les familles en Chine.»

La science suédoise dépend dans une certaine mesure de la Chine, notamment grâce aux partenariats universitaires et aux financements de recherche Durant la dernière décennie, le nombre de chercheur·euses chinois·es présent·es dans le pays a doublé, atteignant environ 700. En plus de constituer un problème pour les étudiant·es et les chercheur·euses, l’influence de la Chine comporterait un risque pour la sécurité de la Suède. En effet, le parti communiste pourrait accéder à des connaissances dans des domaines sensibles, notamment ceux liés à des projets de recherche à double usage.

Objectivité scientifique mise en doute dans une thèse financée par le FNS

Le journaliste de la NZZ Rico Bandle interroge l’objectivité scientifique d’une thèse de doctorat acceptée au Geneva Graduate Institute cet automne, et la lie à «la montée d’idéologies dans de nombreuses universités en Europe et aux États-Unis». Le sujet de la thèse traite du trafic de sperme issu des prisons israéliennes, afin que le liquide soit livré aux femmes des prisonniers pour qu’elles puissent tomber enceintes par insémination artificielle.

L’anthropologue remis en question, Izzeddin Ara, a interrogé une cinquantaine de mères, qui sont tombées enceintes à la suite d’un trafic de sperme, et qui «voient leur maternité comme faisant partie de la résistance, qu’elles ont surmonté les épreuves non seulement pour elles-mêmes mais surtout pour la communauté palestinienne». Le journaliste voit plusieurs problématiques dans l’écriture de cette thèse. Il met notamment en avant la «grande probabilité» que ce travail glorifie des gens qualifiés de «prisonniers politiques» alors qu’ils auraient «planifié ou même exécuté des assassinats d’innocents». Il note également l’utilisation par l’auteur, lui-même d’origine palestinienne, du terme «Palestine historique» à la place de «Israël». Le journaliste se demande ainsi: «Pourquoi les professeurs responsables ne l’ont-ils pas informé des lacunes? Pourquoi une université reconnue accepte-t-elle une thèse aussi unilatérale qui peut être interprétée comme glorifiant le terrorisme ?» Selon lui, l’acceptation de cette thèse est directement liée à la montée actuelle d’idéologies dans les universités occidentales.

Le journaliste relève par ailleurs l’existence de liens étroits entre le Geneva Graduate Institute et le Qatar, le pays qui a financé le Hamas et dont les revenus pétroliers favorisent la diffusion de l’idéologie des Frères musulmans dans le monde entier. Marie-Laure Salles, directrice du Geneva Graduate Institute, précise néanmoins que la coopération avec le Qatar n’a aucune incidence sur le contenu de la recherche: «il n’y a absolument aucun financement du fonds qatarien pour nos activités de recherche ou notre programme de doctorat». Le doctorat d’Izzeddin Araj a été financé par une bourse d’excellence du FNS pour trois ans et par un financement interne de l’institut (qui est lui-même financé par la Confédération à hauteur de 18 millions de francs par an, ainsi que par le canton de Genève). Interrogé, le SEFRI déclare que la demande de recherche qui a servi de base à la décision concernant la bourse d’Izzeddin Araj en 2020 «est très différente du contenu de la thèse publiée en 2025», et renvoie la responsabilité à l’institut qui a supervisé le travail.

Sécurité des connaissances : la CSHE adopte le rapport de swissuniversities

«Face à un contexte géopolitique en mutation et à l’intensification des collaborations internationales en recherche, le président du groupe de travail mis en place par swissuniversities fin 2024 sur mandat de la CSHE a présenté aujourd’hui une stratégie globale pour renforcer la sécurité des connaissances dans les institutions suisses, tout en préservant leur excellence scientifique et leur ouverture.»

Le rapport s’adresse aux hautes écoles et aux instances gouvernementales.

L’UE va inscrire la sécurité de la recherche dans la législation

De nouvelles lois sur la sécurité de la recherche seront intégrées dans le futur Acte sur l’Espace européen de la recherche (ERA Act), a annoncé la commissaire européenne à la recherche, Ekaterina Zaharieva.

Ces lois auront pour objectif de protéger l’Union européenne contre des risques tels que le transfert non souhaité de technologies sensibles, les influences étrangères malveillantes ou encore les violations éthiques ou d’intégrité provenant de pays tiers.

L’ERA Act vise à instaurer des obligations juridiques et des incitations pour les États membres afin de créer un marché unique de la recherche. La Commission européenne avait déjà laissé entendre, en juin, qu’elle pourrait y inclure des mesures de sécurité, et la déclaration d’Ekaterina Zaharieva confirme désormais cette intention. Les détails concrets de la loi ne devraient cependant être dévoilés qu’en 2026, lors de la présentation officielle de l’Acte.

Lors de la première conférence de la Commission consacrée à la sécurité de la recherche, le 28 octobre à Bruxelles, Zaharieva a également annoncé trois nouvelles initiatives prévues pour 2024 :

  1. La création d’un centre européen d’expertise en sécurité de la recherche ;

  2. La mise en place d’une plateforme d’évaluation des risques liés aux coopérations internationales ;

  3. L’élaboration d’une méthodologie commune permettant aux États membres de tester la résilience de leurs organisations de recherche.