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Sujet: transparence – recherche

L’Ecole hôtelière de Lausanne pourrait devoir transmettre ses contrats avec l’industrie du tabac

«Une haute école, même privée, peut-elle garder secrets ses contrats passés avec des entreprises de l’industrie du tabac? Plutôt non, estime la Cour de droit administratif et public vaudoise (CDAP), qui vient de donner un début de réponse dans une procédure qui oppose l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL) à OxySuisse, association de lutte contre le tabagisme et l’influence de son industrie.»

«Questions sur le tabac: l’EHL choisit le silence»

OxySuisse a étudié les contrats de  31 universtiés, HES, instituts fédéraux et hôpitaux universitaires suisses avec l’industrie du tabac. Le rapport montre que même si les écoles suisses ne reçoivent que peu de fonds directement liés au tabac, un tiers d’entre elles ont encore un lien avec le secteur. Plusieurs institutions, dont l’EHL et l’Hepia à Genève, ont contesté juridiquement la démarche de l’organisation.

«Les universités ont peu à gagner et beaucoup à perdre dans cette relation, au vu des scandales présents et passés», estime la directrice d’Oxysuisse. En Suisse, seule l’école d’économie et de management de l’Université de Genève dispose d’un code éthique qui exclut le tabac.

Expériences visant à instaurer la confiance dans la science

Meagan Phelan, directrice de la communication pour la famille de revues Science, souligne l’importance de la transparence dans la recherche pour améliorer la confiance publique dans la science. Elle donne cinq conseils:

  1. «Associez l’ouverture à l’explication. Le libre accès est un fondement, pas une ligne d’arrivée. Les éditeurs apportent une valeur ajoutée en aidant le public à interpréter la science, grâce au contexte, aux commentaires d’experts et au cadrage narratif.»
  2. «Montrez la science en action. Ne cachez pas les débats ni les incertitudes.» Un exemple est d’organiser une conversation entre chercheurs qui semblent être venu à des conclusions divergentes.
  3. «Donnez aux auteurs les moyens d’assurer la transparence» de leur recherche
  4. «Faites preuve d’intégrité en public»: communiquer des rétractions
  5. Communiquer sur le rôle des maisons d’édition
Promotion d’un changement de culture concernant les résultats négatifs

Des chercheurs appellent à une réforme du système scientifique pour renforcer la confiance du public, améliorer les soins aux patient·es et assurer une formation plus fiable des intelligences artificielles. Selon Stephen Curry, conseiller stratégique au Research on Research Institute (Royaume-Uni), il est urgent de lutter contre les «biais de publication», c’est-à-dire la tendance à publier uniquement les résultats positifs ou spectaculaires, au détriment des résultats négatifs ou nuls.

Un article publié dans PLOS Biology dénonce cette culture profondément enracinée, qui conduit à une perte de ressources, un ralentissement de la recherche, une distorsion des preuves scientifiques et des impacts concrets sur les soins médicaux. Les auteurs et autrices affirment que les résultats négatifs sont essentiels, car ils permettent d’éviter les impasses et d’éclairer les recherches futures.

Le texte appelle tous les acteurs de la recherche — financeurs, institutions, maisons d’édition — à s’engager pour la diffusion de toutes les données, quelles qu’en soient les conclusions. Les changements proposés incluent :

  • l’obligation pour les chercheurs de publier tous les résultats ;
  • une réforme de l’évaluation des chercheurs, axée sur la qualité des hypothèses et des méthodes plutôt que sur le prestige des revues ;
  • une ouverture des éditeurs aux résultats négatifs.

Bien que cela représente une charge de travail supplémentaire, Stephen Curry, auteur de cet article, suggère que les financeurs travaillent avec les chercheurs et chercheuses pour concevoir des formats de rapports simples.

Pour enclencher ce changement de culture, les scientifiques derrière l’étude estiment qu’il faudrait le soutien de quelques financeurs ou institutions influentes, comme UK Research and Innovation ou le Conseil européen de la recherche. Ce mouvement s’inscrit par ailleurs dans la continuité des initiatives telles que la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (DORA) et la Coalition européenne pour l’avancement de l’évaluation de la recherche (CoARA).

Enfin, ils et elles soulignent que la communauté scientifique semble prête à engager cette transformation, et qu’un soutien institutionnel fort pourrait accélérer le passage à une science plus transparente et complète.

Des historien·nes critiquent une «diffamation personnelle»

Après la décision du Tribunal fédéral autorisant la Ville de Zurich à recouvrir deux enseignes contenant le mot «Mohr» (jugé raciste), la controverse refait surface. La NZZ critique sévèrement l’étude de l’ETH Zürich qui avait servi de base à la décision et s’appuie pour cela sur un rapport inédit de l’historien indépendant Martin Illi, mandaté par le Patrimoine zurichois. Ce dernier reproche aux auteurs du rapport, Bernhard C. Schär de l’UNIL et Ashkira Darman, d’avoir parfois interprété les sources de manière unilatérale, même s’il ne nie pas le caractère discriminatoire des inscriptions.

Cependant, la NZZ transforme cette critique méthodologique en attaque personnelle : son rédacteur culturel Rico Bandle accuse Bernhard Schär d’idéologie, allant jusqu’à suggérer un lien indirect avec des mouvements pro-palestiniens accusés d’antisémitisme. La Weltwoche reprend et durcit ces attaques, mettant en cause la légitimité académique de Schär et laissant planer la question d’un retrait de son titre de professeur. Dans les commentaires, la polémique dérive en discours haineux.

Face à cela, près de 300 chercheurs et de nombreux professeur·es d’histoire de l’Université et de l’ETH Zurich prennent publiquement la défense de Schär. Dans une lettre ouverte à la NZZ, ils et elles dénoncent une tentative de délégitimation personnelle au lieu d’un débat scientifique transparent, soulignant que le recours à un rapport non publié comme base d’attaques médiatiques est contraire à l’éthique journalistique. Il y a également un appel de chercheur·es de l’UNIL.

Selon la professeure Monika Dommann, cette affaire dépasse le cas individuel : elle remet en cause le fonctionnement même de la recherche et vise à discréditer des approches critiques comme la théorie postcoloniale. La science, rappelle-t-elle, n’aboutit pas à des vérités figées, mais à des débats ouverts – ce que des attaques ad personam fragilisent.

Par ailleurs, certaines accusations à propos de M. Schär sont complètement fausses, par exemple le fait qu’il écrit 100 fois M*** dans son expertise, au lieu de «Mohr».

Selon la WOZ, Bernard Schär souhaite déposer plainte contre la NZZ auprès du Conseil de la presse. Rico Bandle ne lui aurait pas fait part des accusations avant de publier l’article.

Manque de transparence sur les expérimentations animales avec contraintes sévères

L’émission «Kassensturz» de la SRF a enquêté sur les expériences qui sont très pénibles sur des animaux dans la recherche. En vertu de la loi sur la transparence, l’émission a demandé à consulter cinq expériences récentes impliquant des animaux soumis à des contraintes sévères. La production a reçu les demandes d’expérimentation déposées auprès de l’Office fédéral de la santé publique et de la sécurité alimentaire, mais certaines étaient caviardées au point d’être presque illisibles. Pour Gieri Bolliger, directeur général de la fondation Tier im Recht, ce secret est «incompréhensible», il rend donc impossible la formation d’une opinion à propos de l’utilité de ces expérimentations.

Le nombre total d’animaux de laboratoire a chuté l’année dernière pour arriver à un demi-million. Néanmoins, le niveau de gravité 3 (niveau maximal) a augmenté de 990 pour atteindre plus de 27’000. La comparaison sur dix ans du niveau de gravité 3 montre que le nombre d’animaux utilisés pour les tests a plus que doublé. À l’EPFZ, ce nombre s’est même multiplié par cinq en dix ans. Annette Oexenius, vice-présidente pour la recherche, avance pour cela deux raisons: l’augmentation du nombre de chercheurs et chercheuses dans la recherche fondamentale bio-médicale qui a augmenté et la révision en 2018 de la classification des degrés de gravité des expériences.

Nicole Disler, membre du comité de direction de la Protection Suisse des Animaux PSA, doute que toutes les expériences lourdes soient utiles.

Klaus Schwab est accusé d’avoir falsifié des rapports scientifiques

«Selon les premières conclusions de l’enquête, le fondateur du Forum économique mondial (WEF) aurait envoyé des messages obscènes et bloqué la publication de certaines études», comme celle du Global Competitiveness Report» (GCR). «L’une des principales accusations formulées par le lanceur d’alerte à l’origine de la démission de Klaus Schwab est que ce dernier aurait transmis des résultats provisoires et confidentiels au représentant d’un pays arabe, et empêché la publication d’un GCR défavorable à ce pays.»

Un chercheur en informatique condamné pour avoir suspecté un professeur d’augmenter artificiellement le nombre de ses citations

L’ancien doctorant de l’EPFL et chercheur en informatique Solal Pirelli a été condamné par le Tribunal de police pour diffamation envers le professeur Shadi Aljawarneh de l’Université jordanienne des sciences et technologies. Il avait dénoncé des incohérences dans plusieurs articles édités par l’Association for Computing Machinery (ACM) et suspectait le professeur de l’Université jordanienne d’augmenter de manière artificielle le nombre de citations de ses travaux afin d’accroitre sa réputation dans le domaine.

Solal Pirelli compte faire appel. Son avocat parle d’un verdict «difficilement compréhensible», soulignant la transparence de son client et son action «dans un but d’intérêt public». Solal Pirelli se considère à ce propos comme un «lanceur d’alerte».

L’avocat de Shadi Aljawarneh indique de son côté vouloir se tourner avec son client vers la justice civile, notamment afin de «déterminer la responsabilité de l’EPFL dans cette affaire. Celle-ci a toléré la présence d’activistes et non pas de scientifiques dans les rangs de ses collaborateurs. C’est une posture pour le moins ambiguë», explique l’avocat.

«La politique zurichoise exigent plus de transparence de la part des professeur·es d’université»

Afin d’éviter tout conflit d’intérêts, la Commission de formation du canton de Zurich aimerait que les professeur·es soient tenu·es de publier leurs participations dans des entreprises. La proposition étant difficile à mettre en œuvre sur le plan juridique, les politiques étudient actuellement des solutions qui pourraient être mises en place. Depuis 8 ans, un registre où les professeur·es doivent déclarer leurs activités annexes, leurs fonctions publiques ou leurs activités indépendantes existe à l’Université de Zurich. Toutefois, les participations dans des entreprises n’y figurent pas.
Contactée par le journal, l’Université de Zurich dit ne pas voir la nécessité d’agir, arguant que rien n’indique une mauvaise tenue possible du registre. Par ailleurs, un·e professeur·e doit se récuser en cas de conflit d’intérêts dans la pratique de son activité professionnelle.

«Je dirige une université – les personnes comme moi devraient soutenir le droit des étudiant-es à protester contre Gaza»

Patrizia Nanz, Présidente du Euorpean University Institute de Florence, s’exprime sur la question des manifestations pro-palestiniennes dans les universités du monde entier. Madame Nanz pense que «les gens comme [elle] devraient soutenir le droit des étudiants à protester contre Gaza». Selon Madame Nanz «[l]a répression brutale des manifestations étudiantes, d’Amsterdam à Los Angeles, met en lumière les défaillances au cœur de nos universités [et le fait que] la plupart des institutions universitaires se [soient] éloignées de leur principale clientèle».

Selon Madame Nanz, en outre, les étudiant·es «ont raison de prendre les administrateurs à partie lorsqu’ils demandent la transparence sur les liens financiers et corporatifs de leur université. Il devrait s’agir d’une pratique courante et non d’une discussion suscitée par une crise. [Elle est] frappée de constater qu’il n’y a pratiquement pas de débat lorsque les universités européennes acceptent un financement de la part d’un donateur extérieur, contrairement à l’agitation qui règne lorsque les étudiants demandent sa suspension. Il est également dans l’intérêt des établissements universitaires d’avoir une vision globale de leur «économie politique». Le mouvement étudiant nous donne également l’occasion de surmonter les tensions entre la liberté académique et les politiques de diversité, d’égalité et d’inclusion (DEI). Ironiquement, les universités ont exigé un «espace sûr» pour justifier la répression des manifestations des étudiants à Gaza et pour restreindre leur liberté d’expression [ …] [mais] lorsque nous disons que les universités doivent être un «espace sûr», cela n’est pas seulement vrai en termes d’intégrité physique et émotionnelle (qui sont primordiales), mais également en termes d’intégrité intellectuelle : une université est un espace dans lequel on peut, et doit, être remis en question en toute sécurité, plutôt que d’être conforté dans ses convictions.»

«Comment le privé s’invite dans les unis»

«A l’Université de Neuchâtel (Unine), «Ni les thèses réalisées par des employés de Philip Morris, ni les cours donnés par des spécialistes, non rémunérés, n’impliquent de relation financière entre Philip Morris et l’Université de Neuchâtel. Pourtant, cette affaire le montre, l’absence de questions d’argent ne met pas l’université à l’abri de toute polémique.»

Les institutions scientifiques sont garantes de l’utilisation des fonds dont elles bénéficient, dont le financement tiers, et elles sont garantes de l’indépendance des scientifiques.

«A Neuchâtel, c’est l’article 5 de la Loi sur l’Université qui matérialise ce principe: «L’indépendance des activités d’enseignement, de recherche et de publication doit être assurée et elle doit impérativement être sauvegardée par écrit en cas d’engagements contractuels.» Ce qui permet notamment d’assurer que les résultats de recherche, librement publiables, bénéficient à toute la communauté scientifique sans être réservés à l’entreprise qui les a financés. Le hic, c’est que les universités ne contrôlent pas l’activité professionnelle de leurs thésards. «Sur 600 doctorants actuels, l’Université en emploie environ 300, qu’ils soient payés par elle ou par une institution de soutien à la recherche», indique Fabian Greub, secrétaire général de l’Unine. Les autres doctorants peuvent occuper n’importe quel emploi public ou privé, y compris dans un domaine proche de leur domaine de recherche, et même dans le but de publier une thèse, dont les sujets sont toutefois décidés avec un professeur, et validés par le conseil des professeurs de la faculté.»

L’Université de Neuchâtel collabore avec des chercheurs payés par Philip Morris

«L’Université de Neuchâtel entretient des liens avec des chercheurs de Philip Morris. Comme l’a appris le pôle enquête de la RTS, l’un d’entre eux donne un cours au sein de l’alma mater neuchâteloise. Deux autres employés du cigarettier ont pu y réaliser leur thèse. Ces collaborations scientifiques heurtent les milieux de la prévention. Philip Morris et l’université estiment de leur côté être dans leur bon droit.»

Interview avec le nouveau recteur de l’Université de Saint-Gall Manuel Ammann

Le professeur en banques Manuel Amman, le nouveau recteur de l’Université de Saint-Gall dès février, aimerait renforcer la promotion de talents en attirant les meilleur-es étudiant-es au niveau international et il souhaite mieux soutenir les étudiant-es dans le développement de leurs idées commerciales. Pour rétablir la confiance dans l’université, un nouveau projet de supervision/surveillance sera établi qui clarifiera les responsabilité du conseil de l’université et des comités directeurs par rapport aux instituts. Ceci inclut un meilleur contrôle des dépenses et les instituts seront incités à être plus transparent avec le rectorat.

Pour ou contre le «positionality statement» ?

Le positionality statement (ou en français, la déclaration de position) est une pratique qui est en augmentation et qui divise le monde scientifique, selon le journal de Science. Ajouter à un article scientifique «[…] la race, l’ethnicité, la situation géographique, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, le statut de handicap et le niveau de carrière […] sont déjà une pratique établie dans de nombreuses sciences sociales, telles que la sociologie et l’anthropologie.» Cette tendance semble également s’étendre aux autres domaines de la science et devient même un critère pour certains journaux.

Certain∙es chercheur∙es saluent le procédé tandis que d’autres le décrient. Pour Alejandra Núñez-de la Mora, anthropologue biologique à l’université de Veracruz, «[i]l s’agit d’une invitation à réfléchir plus largement au rôle du chercheur dans le travail qu’il tente de comprendre.» Patricia Nayna Schwerdtle, «qui étudie la santé publique mondiale à l’université de Heidelberg», n’est pas du même avis. «[Elle] trouve étonnant que [la publication de déclarations de position] soit si répandue sans qu’il soit prouvé qu’elle permette réellement d’atteindre les objectifs fixés.» Sa principale inquiétude est «[…] que les déclarations de position ne servent qu’à donner des signaux de vertu et passent sous silence des questions plus profondes, telles que la crise de la reproductibilité dans le domaine scientifique.»

«Au moins une équipe de chercheurs étudie si ces déclarations ont l’effet escompté. Rose Oronje, chercheuse à l’African Institute for Development Policy, et ses collègues de la Liverpool School of Tropical Medicine évaluent les résultats de la publication de déclarations de réflexivité – une pratique similaire qui encourage les chercheurs engagés dans des collaborations mondiales à réfléchir à la manière dont leur travail reconnaît les communautés impliquées.»

Un «premier pas» vers une législation de l’IA

«La Chine, les Etats-Unis, l’UE et une vingtaine de pays ont signé mercredi au Royaume-Uni la déclaration de Bletchley pour un développement «sûr» de l’intelligence artificielle (IA), lors du premier sommet international sur l’essor fulgurant de cette technologie.»

«Face au potentiel grandissant des modèles comme ChatGPT, la déclaration de Bletchley «montre que pour la première fois, le monde se réunit pour identifier le problème et mettre en avant ses opportunités» a souligné la ministre britannique de la Technologie Michelle Donelan à l’AFP. Cette réunion «n’a pas pour objectif de poser les bases d’une législation mondiale, elle doit servir à tracer une voie à suivre», a-t-elle précisé.» (Blick.ch)

«L’EPFZ dans la ligne de mire des grandes puissances»

«Aucune autre haute école suisse n’entretient des contacts aussi intenses avec la Chine que l'[Ecole polytechnique fédérale] : elle a des contrats de coopération avec quatre universités de l’Empire du Milieu. Mais selon la «NZZ am Sonntag», les demandes de chercheurs chinois qui souhaitent venir à l’école polytechnique sont examinées de plus en plus intensivement, notamment en raison de soupçons d’espionnage. Des chercheurs ont déjà été refusés pour cette raison.»

Suite à la décision de l’ex-président américain, Donald Trump, de «[…] [déclarer] l’état d’urgence national dans le domaine des télécommunications «pour se protéger des ennemis étrangers »», l’EPFZ a dû prendre certaines mesures. Leur décision a été de ne «[…] mettre aucune technologie américaine à disposition de Huawei […].» Pourtant, «[s]elon la Confédération, les contrôles à l’exportation des États-Unis ne sont pas juridiquement valables. Les hautes écoles suisses décident de manière autonome avec quelles institutions étrangères elles coopèrent et à quelles conditions.»

«La Suisse se trouve dans une position typique de pays tiers, celle de devoir choisir l’un ou l’autre côté. Le savoir-faire des hautes écoles suisses est convoité au niveau international, en particulier celui de l’EPF. L’école polytechnique souhaite maintenir les échanges scientifiques avec la Chine, mais en même temps, la situation géopolitique mondiale s’aggrave. Et la Confédération reste à l’écart, elle n’affirme pas ses propres valeurs et n’a pas défini de limites claires.»

Point de la situation sur la sécurité dans les universités

Irna van der Molen, Conseillère politique senior pour la sécurité des connaissances et le contrôle des exportations à l’université de Twente, «exhorte à poursuivre et à élargir le dialogue ouvert entre les universités et les autorités afin d’anticiper et d’atténuer les éventuels effets secondaires des mesures de sécurité» qui entrent de plus en plus souvent en vigueur.

«Il y a tout juste huit ans […], [l]e caractère collaboratif, international et ouvert de la science et de l’innovation a été présenté comme un instrument pour le développement de nouvelles idées et des investissements durables dans l’avenir de l’Europe». Néanmoins, au vu des derniers événements, à partir du COVID-19 jusqu’à la question du Moyen-Orient, «la pression croissante exercée […] par les gouvernements occidentaux pour renforcer la sécurité de la recherche n’a pas manqué d’affecter la science et les universités […]. Face à ces défis mondiaux, l’UE est passée d’une triple ouverture à une «ouverture équilibrée» en adoptant le mantra «aussi ouverte que possible, aussi fermée que nécessaire».»

Cela a certainement des effets «sur les partenariats internationaux, sur l’accès des scientifiques des pays à haut risque à travailler sur des technologies sensibles dans l’université de leur choix, mais surtout sur la prise de conscience parmi les universités que les temps ont changé et que l’ouverture n’est plus aussi absolue». En effet, «[l]es autorités réclament régulièrement davantage de restrictions», et «les universités sont confrontées à l’interprétation, l’opérationnalisation et à la mise en œuvre de cet équilibre dans leur fonctionnement quotidien». En plus, les universités «ne sont pas sourdes» face à l’opinion publique et au débat public, et certaines sont confrontées à une perte de confiance «en raison des rythmes et des choix différents qu’elles font en matière de sécurité des connaissances».

La récente stratégie de sécurité économique de l’Europe proposant «d’améliorer la sécurité de la recherche en garantissant une application systématique et rigoureuse des instruments existants et en identifiant et en comblant les lacunes qui subsistent […]» préoccupe certaines personnes du milieu scientifique et académique: «une telle approche, sous prétexte de sécurité, les limitera de plus en plus dans leurs choix académiques et scientifiques, dans leurs choix d’admission et de recrutement, sur ce qu’ils publient ou ne publient pas».

Exercice de reproductibilité : 246 biologistes obtiennent des résultats différents

«Dans le cadre d’un vaste exercice d’examen de la reproductibilité, plus de 200 biologistes ont analysé les mêmes ensembles de données écologiques et ont obtenu des résultats très divergents. La première étude de grande ampleur de ce type en écologie montre à quel point les résultats sur le terrain peuvent varier, non pas en raison de différences dans l’environnement, mais à cause des choix analytiques des scientifiques.»

«La variation des résultats n’est peut-être pas surprenante, mais la quantification de cette variation dans une étude formelle pourrait catalyser un mouvement plus large visant à améliorer la reproductibilité, selon Brian Nosek, directeur exécutif du Center for Open Science à Charlottesville, en Virginie […]. «Cet article pourrait contribuer à consolider ce qui est une communauté relativement petite et réformatrice en écologie et en biologie évolutive en un mouvement beaucoup plus important, de la même manière que le projet de reproductibilité que nous avons mené en psychologie», déclare-t-il.»

Méta-chercheuse en écologie à l’université de Melbourne en Australie et co-auteur de l’étude, Hannah Fraser affirme que «[m]algré la grande diversité des résultats, aucune des réponses n’est erronée.» Pour elle, «[l]’écart reflète plutôt des facteurs tels que la formation des participants et la façon dont ils ont établi la taille des échantillons.» N’ayant pas encore été examinée, «[l]’étude a été publiée sous forme de preprint le 4 octobre.»

Ils oublient de déclarer l’utilisation de ChatGPT, l’éditeur retire leur article

Dans un article publié dans la revue Physica Scripta, la phrase «Régénérer la réponse» a été détectée par Guillaume Cabanac, informaticien à l’université de Toulouse et limier scientifique. Ainsi, un fort doute que les auteurs de l’article aient utilisé ChatGPT a ensuite été confirmé par les auteurs eux-mêmes. Néanmoins ils ne l’avaient pas déclaré au moment de la soumission, raison pour laquelle l’éditeur a décidé de retirer cet article. Kim Eggleton, responsable de l’évaluation par les pairs et de l’intégrité de la recherche chez IOP Publishing, l’éditeur de Physica Scripta à Bristol, au Royaume-Uni, déclare qu’«[il] s’agit d’une violation de [leurs] politiques éthiques».

Toutefois, il ne s’agit pas d’un cas isolé. En effet, nombreux sont les articles qui échappent aux évaluations des pairs: Monsieur Cabanac déclare avoir «repéré plus d’une douzaine d’articles de revues contenant les phrases révélatrices de ChatGPT «Régénérer la réponse» ou «En tant que modèle linguistique de l’IA, je…»» depuis avril 2023.  Un autre problème qui se pose lorsqu’on fait une «utilisation malhonnête de ChatGPT» ce sont les références générées par ce logiciel: elles peuvent être fausses ou même ne pas exister lorsqu’on les recherche.

La chercheuse accusée de plagiat n’est plus professeure à l’Université de Zurich

En janvier 2023 un article de la NZZ relatait qu’une professeure titulaire de l’Université de Zurich était accusée de plagiat, notamment dans une publication qui a été financée par le FNS et dans le site web de son institut à la faculté des sciences humaines et sociales. En février 2023 on apprenait que l’Université de Zurich et le FNS, qui ont financé ses multiples publications et projets de recherche, ont ouvert des enquêtes.

Depuis août, la chercheuse ne détient plus le titre de professeure de l’Université de Zurich. L’institution «écrit que le poste de professeur titulaire de la chercheuse a expiré fin juillet et n’a pas été prolongé […] [et] ne donne aucune information sur les raisons de ce non-renouvellement «pour des raisons de droit de la personnalité».» Néanmoins, comme on l’apprenait en février, «deux enquêtes sont actuellement en cours contre la professeure – une de l’université et une du FNS […]. [L]e FNS a fait savoir que la procédure était «confidentielle et très complexe», raison pour laquelle on ne sait pas combien de temps elle durera encore. Le FNS n’exclut pas de demander le remboursement des fonds perçus par la professeure. Dans le cadre d’un audit régulier, il sera en outre examiné si, à l’avenir, «l’auto-édition doit être un critère d’exclusion pour l’encouragement [à la publication] de livres».»

La chercheuse continue de rejeter les accusations de plagiat et affirme que «la fin de son poste de professeur titulaire n’a rien à voir avec les accusations de plagiat, mais avec le fait qu’elle n’a plus donné de cours à Zurich au cours des six dernières années […]. En revanche, elle ne semble pas avoir entendu parler de l’enquête menée par le FNS sur ces accusations, connue depuis le début de l’année. Son site web personnel sur les serveurs de l’université de Zurich a été désactivé. Cette mesure a été prise à sa propre demande, comme elle l’indique elle-même ainsi que l’université».