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Sujet: médias et universités

Débat sur la recherche scientifique à l’ère de Donald Trump

Deux articles, un issu de la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), rédigé par Benedict Nef, et l’autre de la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), relayés et commentés sur LinkedIn par l’ancien rédacteur en chef de la Zürichsee Zeitung Ulrich E. Gut et auteur du blog PolitReflex, cristallisent un débat crucial concernant l’avenir et l’orientation de la recherche scientifique à l’ère de Donald Trump, observé par deux journaux d’orientation libérale (ou «bourgeoise», selon M. Gut).

Ce débat met en lumière deux visions profondément antagonistes du monde académique actuel :

D’un côté, Benedict Nef (NZZ) dénonce ce qu’il qualifie d' »Académie de l’intolérance » et déplore l’emprise du « wokisme » au sein des universités américaines. Selon lui, cette étroitesse d’esprit ne reste pas confinée au campus, mais se répercute sur l’ensemble de la société.

D’un autre côté, dans la Frankfurter Allgemeine, les détracteur·ices de l’administration Trump s’inquiètent d’un contrôle politique direct sur les budgets de recherche aux États-Unis. Ce fonctionnement affaiblit le système international d’évaluation par les pairs basé sur les faits. Cette ingérence menace la recherche mondiale, notamment sur les programmes océaniques européens. Un exemple marquant est la suppression par l’administration Trump de l« Endgangerment Finding » (constat de mise en danger), qui reconnaissait scientifiquement la dangerosité des gaz à effet de serre.

«La science est un bien public mondial»

«À la croisée des enjeux scientifiques, sociétaux et politiques, le président et la directrice exécutive des Académies suisses des sciences reviennent, dans cet entretien croisé, sur une année marquée par de profondes transformations. Yves Flückiger et Marianne Bonvin évoquent le rôle des Académies comme espaces de dialogue, de confiance et d’expertise indépendante, les défis liés à la communication et à l’intégrité scientifiques, à l’ouverture de la recherche et à l’ancrage international de la Suisse, ainsi que la responsabilité de la science face aux attentes croissantes de la société.»

Engagement universitaire contre l’initiative contre la SSR

Plus de 1000 professeur·es issu·es de toutes les disciplines et de toutes les régions du pays ont déjà signé la déclaration en faveur d’un service public médiatique fort et contre l’initiative visant à réduire de moitié le financement de la SSR.

Manuel Puppis, professeur ordinaire en structures et gouvernance des médias à l’Université de Fribourg, explique que la motivation derrière est «ni parce que «la collaboration avec la SSR est importante» pour eux personnellement (SonntagsZeitung), ni par « romantisme de la résistance» ou «esprit moutonnier» (NZZ), mais par véritable inquiétude quant aux conséquences qu’aurait l’acceptation de cette initiative radicale pour le paysage médiatique suisse et la démocratie. Cette déclaration repose sur des connaissances scientifiques, et non sur des intuitions, des idéologies ou des intérêts personnels». […]

«Dans les pays où le service public médiatique bénéficie d’un financement solide, les connaissances politiques sont plus approfondies, les sujets qui ne sont pas lucratifs font davantage l’objet de reportages et la qualité des prestations du service public médiatique a également un effet positif sur l’offre des médias privés.

[…] Une réduction de moitié du budget et des restrictions drastiques de l’offre en ligne auraient des conséquences désastreuses pour les prestations journalistiques de la SRG SSR dans toutes les régions linguistiques. Les médias privés ne peuvent pas compenser cela. […]»

 

Les gouvernements romands et plus de 700 professeurs contre l’initiative SSR

Les gouvernements de Suisse occidentale et au moins 735 professeur·es [état du 27.01., à 10h30] ont défendu la redevance à 300 francs, contre les 200 francs prônés par l’initiative en vote le 8 mars.

«C’est la première fois qu’autant d’universitaires s’engagent politiquement en faveur d’une cause», indique un communiqué de presse des signataires. Leur déclaration est fondée sur diverses études scientifiques suisses et internationales.

«Ex-chercheur à l’UniNE, un historien est condamné pour diffamation»

Un historien de 40 ans, ancien assistant postdoctorant de l’Université de Neuchâtel, a été condamné pour diffamation envers son ancien supérieur, un Français de 64 ans ex-recteur de l’Université Lumière Lyon qui dirigeait alors l’Institut d’histoire de l’UniNE. Le coupable aurait transmis anonymement des accusations de fraude comptable finalement jugées infondées par un audit administratif commandé par l’Université. Devant la cour, le professeur victime, n’enseignant plus à Neuchâtel, a déclaré avoir été «transformé en paria» suite à la parution de l’enquête dans les médias.

La juge qualifie la culpabilité du chercheur de «moyennement élevée», condamnant un mobile «égoïste»: «il a agi dans un esprit de pure vengeance», «très affecté par le non-renouvellement de son contrat de travail». L’historien accusé a été condamné à une peine pécuniaire de 1800 francs avec sursis. Il doit également verser 1000 francs à la victime pour tort moral, ainsi que s’acquitter des frais de justices (5235 francs) et des honoraires des avocats (27’000 francs). L’accusé a fait appel.

Réélection du recteur de l’Université de Zurich Michael Schaepman

Selon le média insideparadeplatz.ch, le recteur de l’Université de Zurich Michael Schaepman aurait obtenu un résultat mitigé lors de sa réélection il y a deux semaines: «environ 100 des quelque 700 professeurs» n’auraient pas voté pour son nouveau mandat. Selon les critiques, le recteur ne s’opposerait pas suffisamment à l’interdiction de l’expérimentation animale. La porte-parole de l’Université à déclaré aux professeur·es qui ne souhaitaient pas donner de nouveau mandat au recteur que «Michael Schaepman a été nommé par le Sénat avec plus de 73 % des voix».

Entretien d’Anna Fontcuberta i Morral avec 52 minutes

52 minutes, l’émission d’actualité humoristique de la RTS animée par Vincent Kucholl et Vincent Veillon, a invité la présidente de l’EPFL pour un entretien.

Ils et elles abordent, entres autres, les finances «critiques» de l’EPFL, la ré-adhésion de la Suisse au programme de recherche Horizon Europe, la proportion d’étudiantes en sciences «dures», les enjeux autour de l’intelligence artificielle et les candidatures américaines à l’EPFL.

Expériences visant à instaurer la confiance dans la science

Meagan Phelan, directrice de la communication pour la famille de revues Science, souligne l’importance de la transparence dans la recherche pour améliorer la confiance publique dans la science. Elle donne cinq conseils:

  1. «Associez l’ouverture à l’explication. Le libre accès est un fondement, pas une ligne d’arrivée. Les éditeurs apportent une valeur ajoutée en aidant le public à interpréter la science, grâce au contexte, aux commentaires d’experts et au cadrage narratif.»
  2. «Montrez la science en action. Ne cachez pas les débats ni les incertitudes.» Un exemple est d’organiser une conversation entre chercheurs qui semblent être venu à des conclusions divergentes.
  3. «Donnez aux auteurs les moyens d’assurer la transparence» de leur recherche
  4. «Faites preuve d’intégrité en public»: communiquer des rétractions
  5. Communiquer sur le rôle des maisons d’édition
«Les statisticiens doivent s’engager pour une meilleure littératie des données»

Deux scientifiques de l’UNIL, Fabienne Crettaz von Roten, professeure, et Esther Eustache, première assistante de l’ ISSUL, ont écrit: «Il est essentiel que les statisticiens poursuivent et renforcent leurs efforts pour rendre les données accessibles et compréhensibles par tous. Mais encore faut-il leur en donner les moyens, la formation et la reconnaissance. Universités, administration, institutions de recherche: toutes doivent soutenir ces démarches, les valoriser dans les carrières, et encourager les collaborations entre statisticiens, journalistes et acteurs de la société civile. Il est de la responsabilité des scientifiques, mais aussi des décideurs, des médias et du système éducatif, de construire les conditions d’un dialogue entre les données et la population.»

Accord extrajudiciaire entre la rédaction de la NZZ et l’historien Bernhard C. Schär

En septembre dernier, le journaliste Rico Bandle de la NZZ a remis en question la qualité scientifique d’une étude du chercheur Bernhard C. Schär, accusant notamment ce dernier d’avoir «à plusieurs reprises fait l’objet de graves erreurs scientifiques». Le chercheur s’est opposé fermement à ces accusations, qu’il qualifie d’«insoutenables» et d’«attaque grave» contre sa réputation. Pour rappel, face à cela, quelques 670 professeur·es, chercheur·euses et personnes privées de Suisses et d’ailleurs l’ont soutenu à travers deux lettres ouvertes.

Suite à un accord extrajudiciaire, la NZZ s’est engagée à publier une réponse le 16 octobre dernier. Il y précise qu’il n’est pas possible de prouver qu’il y a une «erreur scientifique» à propos de l’étude en question. Les «erreurs scientifiques graves sont des manipulations de données avérées, le plagiat ou la falsification délibérée de résultats de recherche. Rien de comparable ici». L’affirmation selon laquelle «ce n’est pas la première fois que des erreurs scientifiques graves sont prouvées» à l’encontre du chercheur est également qualifiée de fausse. «Il est vrai que des erreurs scientifiques ne lui ont jamais été prouvées».

La NZZ n’a pas commenté cette réponse.

Des historien·nes critiquent une «diffamation personnelle»

Après la décision du Tribunal fédéral autorisant la Ville de Zurich à recouvrir deux enseignes contenant le mot «Mohr» (jugé raciste), la controverse refait surface. La NZZ critique sévèrement l’étude de l’ETH Zürich qui avait servi de base à la décision et s’appuie pour cela sur un rapport inédit de l’historien indépendant Martin Illi, mandaté par le Patrimoine zurichois. Ce dernier reproche aux auteurs du rapport, Bernhard C. Schär de l’UNIL et Ashkira Darman, d’avoir parfois interprété les sources de manière unilatérale, même s’il ne nie pas le caractère discriminatoire des inscriptions.

Cependant, la NZZ transforme cette critique méthodologique en attaque personnelle : son rédacteur culturel Rico Bandle accuse Bernhard Schär d’idéologie, allant jusqu’à suggérer un lien indirect avec des mouvements pro-palestiniens accusés d’antisémitisme. La Weltwoche reprend et durcit ces attaques, mettant en cause la légitimité académique de Schär et laissant planer la question d’un retrait de son titre de professeur. Dans les commentaires, la polémique dérive en discours haineux.

Face à cela, près de 300 chercheurs et de nombreux professeur·es d’histoire de l’Université et de l’ETH Zurich prennent publiquement la défense de Schär. Dans une lettre ouverte à la NZZ, ils et elles dénoncent une tentative de délégitimation personnelle au lieu d’un débat scientifique transparent, soulignant que le recours à un rapport non publié comme base d’attaques médiatiques est contraire à l’éthique journalistique. Il y a également un appel de chercheur·es de l’UNIL.

Selon la professeure Monika Dommann, cette affaire dépasse le cas individuel : elle remet en cause le fonctionnement même de la recherche et vise à discréditer des approches critiques comme la théorie postcoloniale. La science, rappelle-t-elle, n’aboutit pas à des vérités figées, mais à des débats ouverts – ce que des attaques ad personam fragilisent.

Par ailleurs, certaines accusations à propos de M. Schär sont complètement fausses, par exemple le fait qu’il écrit 100 fois M*** dans son expertise, au lieu de «Mohr».

Selon la WOZ, Bernard Schär souhaite déposer plainte contre la NZZ auprès du Conseil de la presse. Rico Bandle ne lui aurait pas fait part des accusations avant de publier l’article.

La chasse aux «wokes» a épuisé les universitaires

Depuis l’«affaire de Grenoble» en 2021, les universités françaises sont régulièrement accusées d’être infiltrées par une supposée idéologie «woke» ou «islamo-gauchiste». Ces polémiques, largement relayées par certains médias, responsables politiques et essais à succès, alimentent un climat de suspicion et fragilisent les libertés académiques.

Les campagnes médiatiques et politiques se traduisent par des pressions financières (coupures de subventions), du harcèlement en ligne et parfois des menaces de mort visant enseignant·es et responsables d’établissements. Plusieurs chercheurs et chercheuses décrivent un «travail de sape» qui épuise les équipes, entraîne de l’autocensure, voire pousse certains universitaires à l’exil.

L’article mentionne deux études indiquant qu’il n’existe pas de «submersion woke» : les thématiques liées au genre ou aux questions raciales restent marginales dans la recherche française. Mais les attaques, souvent construites sur des anecdotes et amplifiées médiatiquement, constituent un levier politique efficace, utilisé désormais au-delà de l’extrême droite.

Résultat : un climat de peur et de démoralisation s’installe dans le monde académique, où l’on forme désormais les scientifiques à se protéger juridiquement et sur les réseaux sociaux. Cette mise en cause répétée de l’université menace sa légitimité et provoque un risque de fuite des talents.

«Reconstruisons les interactions entre scientifiques, politiques et citoyens» pour les crises écologiques

Dans le contexte actuel de crises environnementales multiples, les biologistes Gilles Boeuf et Marc-André Selosse plaident pour de nouvelles interactions entre scientifiques, politiques et citoyen·nes. Ils invitent les scientifiques à mieux se former dans la communication de leurs découvertes, et le public à être plus réceptif envers le vivant et mieux entendre les sciences. «Les sciences n’ont pas vocation à gouverner la société, mais celle-ci ne saurait être menée sans science. Demain, une vulgarisation repensée doit rencontrer une génération plus réceptive.»

  • Former et entraîner les scientifiques aux médias: «Vulgariser n’est pas dire ce qu’on sait, mais ce que l’auditeur ne sait pas.» Les scientifiques doivent apprendre à dire ce qu’ils et elles souhaitent dire dans leurs réponses aux questions qu’on leur pose, «comme les politiques le font». Il faudrait ainsi qu’ils et elles rendent «désirables les alternatives qu’offrent les sciences, comme les publicitaires savent le faire».
  • Former l’auditoire à entendre le message: la formation au vivant et à l’environnement devrait devenir plus centrale, de l’école primaire au secondaire. «Les sciences du vivant doivent construire l’esprit de tous dès le départ, désarmant ainsi les propos et les raisonnements qui les dénient.» Les biologistes précisent que la Fédération BioGée, à laquelle ils appartiennent, défend cette idée de mieux former la jeunesse au vivant, afin que les futures générations soient plus réceptives aux sciences.
En France, une pétition dénonce la confusion entre sciences et pseudosciences dans les librairies

«En France, des professionnels s’inquiètent de la confusion, dans les rayons des librairies, entre ouvrages sérieux sur la santé mentale et livres inspirés du développement personnel, voire de l’ésotérisme. Dans une lettre ouverte, ils réclament un meilleur balisage pour une meilleure clarté de l’offre.»

«Non, il n’y a pas de climat de terreur à l’Unil»

Dans une lettre ouverte publié dans Le Temps, plus de 300 signataires dénoncent l’article du Temps du 18 juin 2025 qui faisait état d’un «climat de terreur» au sein de l’institution, «un article à charge qui oublie d’être factuel, et s’appuie sur des témoignages isolés, anonymes, voire littéralement des «échos» de politiques que nous n’avons d’ailleurs pas eu le plaisir de croiser dans ces «couloirs de la terreur».

Les signataires témoignent «pour restaurer l’équilibre des faits sur l’ambiance actuelle à l’Unil, au titre de cette masse silencieuse, mais heureuse d’y travailler, que Le Temps a omis de questionner». La lettre remercie  la direction «pour avoir su faire preuve d’audace et de vision dans une période qui en a plus que jamais besoin.»

«L’Unil, c’est une institution inspirante, qui peut être dérangeante, ou bouleversante, mais, à paraphraser Michael Schaepman, président de l’Université de Zurich, c’est son rôle et sa mission.»

«Au-delà de ces désaccords, l’Unil, c’est l’exemple d’une université responsable qui, en plus d’une excellente recherche scientifique et d’un haut niveau d’enseignement, s’est haussée au sommet des hautes écoles suisses en matière de durabilité. C’est un laboratoire d’expérimentation sociétale de la transformation socioécologique nécessaire, une université qui fait le choix d’être proche des enjeux et préoccupations de l’ensemble des citoyens. […]»

Des scientifiques américain·es lancent la contre-attaque

Un certain nombre de chercheur·es américain·es ont lancé une campagne «Stand up for Science» en réaction à la politique de Donald Trump, avec la stratégie de «noyer sa propre zone», à l’image de la stratégie de communication du président américain.

Selon l’émission, dans le monde scientifique, beaucoup auraient peur d’agir. Les jeunes scientifiques, les entreprises de biotechnologie, les organisations de patients, les sociétés médicales spécialisées et les grandes entreprises pharmaceutiques n’ont guère pris position publiquement jusqu’à présent.

«Un guide pour accompagner l’expression publique des scientifiques du CNRS»

«Afin d’aider les personnels scientifiques qui le souhaitent dans leurs prises de parole médiatiques, le CNRS leur propose un guide de l’expression publique. Véritable boîte à outils, ce document s’appuie sur les recommandations du Comité d’éthique du CNRS et sur les attentes de ses communautés scientifiques exprimées à l’occasion d’une enquête réalisée en mars 2024.»

«Le nouveau logo de l’UNIL suscite la polémique»

Alors qu’«une cinquantaine de députés de tous bords ont interpellé le Conseil d’État, dénonçant les coûts de la nouvelle identité visuelle» de l’UNIL, des professionnel·les de la communication, interrogé·es par le 24 heures, défendent les qualités du nouveau logo et la nécessité du changement.

D’autres articles sur le sujet sont disponibles sous l’entrée suivante: [30.05.2025 – Réflexions sur le nouvel logo de l’UNIL].

Réflexions sur le nouvel logo de l’UNIL

Dans l’émission Foutu pour Foutu, Benjamin Decosterd se moque de la vague de critique autour du nouveau logo de l’UNIL, relativisant son importance et aussi les coûts du changement par rapport au budget global de l’institution. Il s’interroge aussi sur l’interpellation de David Vogel sur ce sujet, indiquant que le dernier n’est pas graphiste.