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Sujet: image de la science

«Les gens ont-ils cessé de faire confiance à la science ?»

«La confiance dans la science est politisée et tend à l’être de plus en plus», explique le sociologue Gordon Gauchat de l’université du Wisconsin-Milwaukee. Dans de nombreux pays, les citoyen·nes remettent également de plus en plus en question les preuves irréfutables concernant des sujets controversés tels que les vaccins, en partie parce que l’information scientifique est noyée sous le flot d’informations en ligne.

Selon les scientifiques, cela pose problème car cela sape le soutien en faveur de mesures urgentes, comme par exemple la lutte contre le changement climatique, et parce que cela peut conduire à des choix personnels préjudiciables à la santé.

Débat sur la recherche scientifique à l’ère de Donald Trump

Deux articles, un issu de la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), rédigé par Benedict Nef, et l’autre de la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), relayés et commentés sur LinkedIn par l’ancien rédacteur en chef de la Zürichsee Zeitung Ulrich E. Gut et auteur du blog PolitReflex, cristallisent un débat crucial concernant l’avenir et l’orientation de la recherche scientifique à l’ère de Donald Trump, observé par deux journaux d’orientation libérale (ou «bourgeoise», selon M. Gut).

Ce débat met en lumière deux visions profondément antagonistes du monde académique actuel :

D’un côté, Benedict Nef (NZZ) dénonce ce qu’il qualifie d' »Académie de l’intolérance » et déplore l’emprise du « wokisme » au sein des universités américaines. Selon lui, cette étroitesse d’esprit ne reste pas confinée au campus, mais se répercute sur l’ensemble de la société.

D’un autre côté, dans la Frankfurter Allgemeine, les détracteur·ices de l’administration Trump s’inquiètent d’un contrôle politique direct sur les budgets de recherche aux États-Unis. Ce fonctionnement affaiblit le système international d’évaluation par les pairs basé sur les faits. Cette ingérence menace la recherche mondiale, notamment sur les programmes océaniques européens. Un exemple marquant est la suppression par l’administration Trump de l« Endgangerment Finding » (constat de mise en danger), qui reconnaissait scientifiquement la dangerosité des gaz à effet de serre.

«Thèse plagiée : Étienne Klein perd son doctorat»

«Peu après les révélations de plagiat dans la thèse d’Étienne Klein par « Arrêt sur images » en 2024, l’Université Paris Cité avait ouvert une enquête. À la suite de 20 mois de procédure, elle a découvert des copier–coller dans deux tiers des pages. L’université a décidé de lui retirer son doctorat. La sanction lui a été notifiée il y a quelques jours.» (Arrêt sur images)

«Le physicien, âgé de 68 ans, est devenu au fil du temps un des personnages reconnus du monde scientifique au sein des médias pour sa capacité à vulgariser les sciences.» (Télérama)

Roger Köppel invité à débattre à l’Université de Zurich

L’Association estudiantine de l’Université de Zurich (VSUZH) lance demain un nouveau format «Debate a Politician», inauguré par Roger Köppel. Un choix controversé pour entamer une série de débats visant la diversité des opinions. Si l’événement suscite des critiques virulentes sur le profil de l’invité et la normalisation de discours d’extrême droite, la VSUZH maintient son approche et promet un débat encadré.

De son côté, l’invité Roger Köppel, inspiré par le conservateur nationaliste américain Charlie Kirk qu’il qualifie de «martyr de la liberté d’expression», fustige l’évolution du milieu académique. Dans le Blick, il affirme que «la diversité d’opinions est menacée par la simplicité d’esprit» et que les universités soient devenues des «temples du progressisme de gauche et écologiste» manquant de contradiction.

 

 

«La science a tenu bon»

«En 2025, la science n’a pas été épargnée. Coupes budgétaires, programmes suspendus, collaborations fragilisées, institutions attaquées ou discréditées: dans plusieurs pays, et notamment aux Etats-Unis, de nombreux chercheurs ont vu leur travail ralenti, voire stoppé net. Et pourtant. Malgré ces vents contraires, la science a tenu bon.»

Expériences visant à instaurer la confiance dans la science

Meagan Phelan, directrice de la communication pour la famille de revues Science, souligne l’importance de la transparence dans la recherche pour améliorer la confiance publique dans la science. Elle donne cinq conseils:

  1. «Associez l’ouverture à l’explication. Le libre accès est un fondement, pas une ligne d’arrivée. Les éditeurs apportent une valeur ajoutée en aidant le public à interpréter la science, grâce au contexte, aux commentaires d’experts et au cadrage narratif.»
  2. «Montrez la science en action. Ne cachez pas les débats ni les incertitudes.» Un exemple est d’organiser une conversation entre chercheurs qui semblent être venu à des conclusions divergentes.
  3. «Donnez aux auteurs les moyens d’assurer la transparence» de leur recherche
  4. «Faites preuve d’intégrité en public»: communiquer des rétractions
  5. Communiquer sur le rôle des maisons d’édition
Accord extrajudiciaire entre la rédaction de la NZZ et l’historien Bernhard C. Schär

En septembre dernier, le journaliste Rico Bandle de la NZZ a remis en question la qualité scientifique d’une étude du chercheur Bernhard C. Schär, accusant notamment ce dernier d’avoir «à plusieurs reprises fait l’objet de graves erreurs scientifiques». Le chercheur s’est opposé fermement à ces accusations, qu’il qualifie d’«insoutenables» et d’«attaque grave» contre sa réputation. Pour rappel, face à cela, quelques 670 professeur·es, chercheur·euses et personnes privées de Suisses et d’ailleurs l’ont soutenu à travers deux lettres ouvertes.

Suite à un accord extrajudiciaire, la NZZ s’est engagée à publier une réponse le 16 octobre dernier. Il y précise qu’il n’est pas possible de prouver qu’il y a une «erreur scientifique» à propos de l’étude en question. Les «erreurs scientifiques graves sont des manipulations de données avérées, le plagiat ou la falsification délibérée de résultats de recherche. Rien de comparable ici». L’affirmation selon laquelle «ce n’est pas la première fois que des erreurs scientifiques graves sont prouvées» à l’encontre du chercheur est également qualifiée de fausse. «Il est vrai que des erreurs scientifiques ne lui ont jamais été prouvées».

La NZZ n’a pas commenté cette réponse.

La rédactrice en chef de Nature plaide pour une science ouverte sur le monde

Magdalena Skipper, rédactrice en chef de Nature, estime que la science passe une période «difficile». Mais elle estime que «malgré la défiance et les faits alternatifs, les chercheurs restent parmi les professionnels les plus dignes de confiance. Il est donc important de se concentrer sur cette confiance et de la renforcer, en montrant non seulement ce que la science découvre, mais comment elle est faite. La transparence est la clé. Autre levier: la représentation. Les gens auront plus facilement confiance en des chercheurs qui leur ressemblent. Mettre en avant les femmes, les personnes de couleur et celles issues de milieux sous-représentés est essentiel pour renforcer la crédibilité et la légitimité de la science dans le contexte actuel.»

«Le diplôme du Premier ministre français Sébastien Lecornu au cœur d’une controverse»
«Le syndicat français des agents publics de l’Education nationale a déposé plainte contre le Premier ministre Sébastien Lecornu, l’accusant de se prévaloir d’un master de droit public sans avoir validé sa deuxième année de diplôme, ce que conteste le chef du gouvernement qui annonce porter plainte à son tour.»
Dans une déclaration, l’avocat Me Vincent Brengarth souligne: «L’absence de transparence sur le niveau d’études acquis, par un ministre d’État, est de nature à porter atteinte à la crédibilité de la certification par les universités publiques françaises, à l’égalité républicaine, à l’honneur des enseignants-chercheurs et, plus généralement, à la mission de service public confiée aux établissements d’enseignement supérieur». (RTS)
Des historien·nes critiquent une «diffamation personnelle»

Après la décision du Tribunal fédéral autorisant la Ville de Zurich à recouvrir deux enseignes contenant le mot «Mohr» (jugé raciste), la controverse refait surface. La NZZ critique sévèrement l’étude de l’ETH Zürich qui avait servi de base à la décision et s’appuie pour cela sur un rapport inédit de l’historien indépendant Martin Illi, mandaté par le Patrimoine zurichois. Ce dernier reproche aux auteurs du rapport, Bernhard C. Schär de l’UNIL et Ashkira Darman, d’avoir parfois interprété les sources de manière unilatérale, même s’il ne nie pas le caractère discriminatoire des inscriptions.

Cependant, la NZZ transforme cette critique méthodologique en attaque personnelle : son rédacteur culturel Rico Bandle accuse Bernhard Schär d’idéologie, allant jusqu’à suggérer un lien indirect avec des mouvements pro-palestiniens accusés d’antisémitisme. La Weltwoche reprend et durcit ces attaques, mettant en cause la légitimité académique de Schär et laissant planer la question d’un retrait de son titre de professeur. Dans les commentaires, la polémique dérive en discours haineux.

Face à cela, près de 300 chercheurs et de nombreux professeur·es d’histoire de l’Université et de l’ETH Zurich prennent publiquement la défense de Schär. Dans une lettre ouverte à la NZZ, ils et elles dénoncent une tentative de délégitimation personnelle au lieu d’un débat scientifique transparent, soulignant que le recours à un rapport non publié comme base d’attaques médiatiques est contraire à l’éthique journalistique. Il y a également un appel de chercheur·es de l’UNIL.

Selon la professeure Monika Dommann, cette affaire dépasse le cas individuel : elle remet en cause le fonctionnement même de la recherche et vise à discréditer des approches critiques comme la théorie postcoloniale. La science, rappelle-t-elle, n’aboutit pas à des vérités figées, mais à des débats ouverts – ce que des attaques ad personam fragilisent.

Par ailleurs, certaines accusations à propos de M. Schär sont complètement fausses, par exemple le fait qu’il écrit 100 fois M*** dans son expertise, au lieu de «Mohr».

Selon la WOZ, Bernard Schär souhaite déposer plainte contre la NZZ auprès du Conseil de la presse. Rico Bandle ne lui aurait pas fait part des accusations avant de publier l’article.

Manque de transparence sur les expérimentations animales avec contraintes sévères

L’émission «Kassensturz» de la SRF a enquêté sur les expériences qui sont très pénibles sur des animaux dans la recherche. En vertu de la loi sur la transparence, l’émission a demandé à consulter cinq expériences récentes impliquant des animaux soumis à des contraintes sévères. La production a reçu les demandes d’expérimentation déposées auprès de l’Office fédéral de la santé publique et de la sécurité alimentaire, mais certaines étaient caviardées au point d’être presque illisibles. Pour Gieri Bolliger, directeur général de la fondation Tier im Recht, ce secret est «incompréhensible», il rend donc impossible la formation d’une opinion à propos de l’utilité de ces expérimentations.

Le nombre total d’animaux de laboratoire a chuté l’année dernière pour arriver à un demi-million. Néanmoins, le niveau de gravité 3 (niveau maximal) a augmenté de 990 pour atteindre plus de 27’000. La comparaison sur dix ans du niveau de gravité 3 montre que le nombre d’animaux utilisés pour les tests a plus que doublé. À l’EPFZ, ce nombre s’est même multiplié par cinq en dix ans. Annette Oexenius, vice-présidente pour la recherche, avance pour cela deux raisons: l’augmentation du nombre de chercheurs et chercheuses dans la recherche fondamentale bio-médicale qui a augmenté et la révision en 2018 de la classification des degrés de gravité des expériences.

Nicole Disler, membre du comité de direction de la Protection Suisse des Animaux PSA, doute que toutes les expériences lourdes soient utiles.

Antoine Flahault: « L’UE et la Suisse sont de grosses puissances scientifiques qui doivent rappeler les faits »

«Après les propos de Donald Trump établissant un lien infondé entre paracétamol, vaccins et autisme, l’OMS a dû rappeler qu’aucune étude n’allait en ce sens. Invité mercredi de La Matinale, l’épidémiologiste Antoine Flahault, qui s’apprête à quitter la direction de l’Institut de santé globale de Genève, s’est dit préoccupé par cette défiance envers la science. […]

« Les Européens sont une sorte de dernier rempart de la démocratie pour la science.» L’Union européenne, la Suisse, la Grande-Bretagne sont de très grosses puissances scientifiques et «devraient donner de la voix et rappeler les faits», estime-t-il.

«La moitié de la population suisse se méfie lorsque l’IA rend compte de la science»

«La majorité des Suisses soutiennent la recherche scientifique et condamnent les attaques contre la science, selon le Baromètre scientifique 2025 mené par l’Université de Zurich. La plupart des habitants de la Suisse utilisent l’intelligence artificielle, mais beaucoup l’abordent avec prudence. La population suisse continue de manifester un soutien massif à la science et à la recherche scientifique.»

La chasse aux «wokes» a épuisé les universitaires

Depuis l’«affaire de Grenoble» en 2021, les universités françaises sont régulièrement accusées d’être infiltrées par une supposée idéologie «woke» ou «islamo-gauchiste». Ces polémiques, largement relayées par certains médias, responsables politiques et essais à succès, alimentent un climat de suspicion et fragilisent les libertés académiques.

Les campagnes médiatiques et politiques se traduisent par des pressions financières (coupures de subventions), du harcèlement en ligne et parfois des menaces de mort visant enseignant·es et responsables d’établissements. Plusieurs chercheurs et chercheuses décrivent un «travail de sape» qui épuise les équipes, entraîne de l’autocensure, voire pousse certains universitaires à l’exil.

L’article mentionne deux études indiquant qu’il n’existe pas de «submersion woke» : les thématiques liées au genre ou aux questions raciales restent marginales dans la recherche française. Mais les attaques, souvent construites sur des anecdotes et amplifiées médiatiquement, constituent un levier politique efficace, utilisé désormais au-delà de l’extrême droite.

Résultat : un climat de peur et de démoralisation s’installe dans le monde académique, où l’on forme désormais les scientifiques à se protéger juridiquement et sur les réseaux sociaux. Cette mise en cause répétée de l’université menace sa légitimité et provoque un risque de fuite des talents.

Conseil de communication pour les universités

En début septembre, swissuniversities avait communiqué sur l’importance de la collaboration avec les institutions de recherche européenne et s’est prononcé en faveur des accords-cadres visant à stabiliser et développer les relations bilatérales entre la Suisse et l’Union européenne.

L’ancien rédacteur en chef de la Zürichsee Zeitung, Ulrich Gut, observe que les parties prenantes opposées aux accords arguent souvent que les universités suisses devraient plutôt miser sur des collaborations avec des universités américaines ou asiatiques, sous prétexte que l’Union européenne est un «navire en perdition».

Il estime que les Suisses manquent d’information concernant l’importance de la collaboration avec la recherche européenne du programme Erasmus+. Un éloignement de l’Union européenne reviendrait à la création de dépendances avec des états et leurs dirigeants Donald Trump et Xi Jinping, «de plus en plus imprévisibles et agressifs».

«Reconstruisons les interactions entre scientifiques, politiques et citoyens» pour les crises écologiques

Dans le contexte actuel de crises environnementales multiples, les biologistes Gilles Boeuf et Marc-André Selosse plaident pour de nouvelles interactions entre scientifiques, politiques et citoyen·nes. Ils invitent les scientifiques à mieux se former dans la communication de leurs découvertes, et le public à être plus réceptif envers le vivant et mieux entendre les sciences. «Les sciences n’ont pas vocation à gouverner la société, mais celle-ci ne saurait être menée sans science. Demain, une vulgarisation repensée doit rencontrer une génération plus réceptive.»

  • Former et entraîner les scientifiques aux médias: «Vulgariser n’est pas dire ce qu’on sait, mais ce que l’auditeur ne sait pas.» Les scientifiques doivent apprendre à dire ce qu’ils et elles souhaitent dire dans leurs réponses aux questions qu’on leur pose, «comme les politiques le font». Il faudrait ainsi qu’ils et elles rendent «désirables les alternatives qu’offrent les sciences, comme les publicitaires savent le faire».
  • Former l’auditoire à entendre le message: la formation au vivant et à l’environnement devrait devenir plus centrale, de l’école primaire au secondaire. «Les sciences du vivant doivent construire l’esprit de tous dès le départ, désarmant ainsi les propos et les raisonnements qui les dénient.» Les biologistes précisent que la Fédération BioGée, à laquelle ils appartiennent, défend cette idée de mieux former la jeunesse au vivant, afin que les futures générations soient plus réceptives aux sciences.
Les perturbateurs dans l’enseignement supérieur et la recherche

Orla Feely, présidente de l’University College Dublin et de l’association universitaire CESAER, donne son point de vue sur les perturbateurs actuels qui menacent les universités et défend également les bénéfices sociétaux du modèle universitaire moderne à forte intensité de recherche.

Orla Feely, qui a nommé ces perturbateurs sur le signe de la lettre D («D is for disruption»), précise que ces éléments ne sont pas tous vécus par toutes les universités, mais que celles-ci en vivent au moins toutes une combinaison.

«Demographics»: la chute du taux de natalité actuel signifie un bouleversement démographique dans l’enseignement supérieur. La génération actuelle d’étudiant·es travaille souvent à temps partiel à coté des études, fait des longs trajets et des problèmes de santé mentale sont une réalité pour beaucoup d’entre eux (et elles). Nées avec le numérique et les réseaux, ces personnes auraient une vision et des attentes en matière d’enseignement et d’apprentissage très différentes des générations précédentes.

«Deglobalisation»: la mobilité des personnes et des idées, dont dépend la santé des universités, est actuellement souvent remise en question, avec un éloignement croissant de l’«open innovation, open science», au profit d’un accent mis sur la compétitivité industrielle. Le financement croissant dans la «Defence» a également des implications pour le financement et la nature des recherches.

«Digitalisation»: les technologies numériques de l’intelligence artificielle ont un profond impact sur l’enseignement, la recherche et l’innovation. Mais aussi sur le monde du travail et les sociétés de manière plus générale, pour lesquels les universités ont «un rôle très important à jouer dans notre réponse collective».

«Deficits»: de nombreuses universités rencontrent actuellement des problèmes financiers, qui menacent leur indépendance. Les pressions financières sur les gouvernements ainsi que sur les potentiel·les étudiant·es sont également des éléments-clés.

«Distrust»: la confiance envers les expert·es et les universités diminue au sein de la société. Les universités sont souvent accusées d’éloignement ou même de divergence par rapport aux communautés qu’elles servent.

«Division»: des questions de divisions et de colère se sont manifestées sur les campus. Les activités et valeurs des universités sont devenues le centre de débats sociétaux très polarisés. «L’équilibre entre l’engagement institutionnel en faveur d’un échange ouvert de points de vue et la dignité et le respect est souvent précaire.»

«Pour y remédier avec succès, il faut tout d’abord comprendre ce qui pourrait être perdu. Il faut ensuite s’engager à trouver des solutions, être capable de changer et savoir motiver, communiquer et susciter un large soutien en faveur des nombreuses façons dont l’enseignement supérieur et la recherche engagés peuvent transformer le monde.»

«La science indépendante n’a jamais eu autant de valeur»

Dans les colonnes du Courrier, le sociologue Vincent Kaufmann, du Laboratoire de sociologie urbaine de l’EPFL, relève l’attitude critique entretenue par nombre d’acteurs économiques et politiques à l’égard de la science depuis quelques années, aux Etats-Unis comme en Suisse. Selon lui, il est important de ne pas se laisser intimider par ces tentatives de déstabilisation, rappelant que «si la position des scientifiques est souvent combattue, c’est bien parce que le savoir scientifique est un pouvoir en tant que tel. Ce pouvoir qui dérange, c’est celui de l’administration de la preuve indépendante des rapports de force en présence. Un pouvoir associé à une responsabilité d’intégrité.» Il conclut: «Le meilleur rempart face aux attaques de la science, c’est la garantie d’une recherche pleinement indépendante.»

L’industrie des recherches truquées

Lundi 4 août, une étude publiée dans PNAS, la revue de l’Académie nationale des sciences des États-Unis, fait état d’un nombre croissant de falsifications et pratiques frauduleuses dans les revues de recherche scientifique. Les auteur·ices constatent une forme d’industrialisation de la fraude par le biais d’usines à articles («paper mills») et mettent en avant la complicité des rédacteur·ices en chef de revues dans la publication de faux articles.

Afin de réaliser leur recherche, les auteur·ices ont analysé la revue américaine PLOS One. Dans un premier temps, les auteur·ices ont analysé les éditeur·ices au taux anormalement élevé de publications acceptées. L’étude relève que 45 des éditeur·ices de la revue ont vraisemblablement été impliqué·es dans des pratiques frauduleuses. Dans un deuxième temps, les auteur·ices se sont intéressé·es aux graphiques ou photos d’expériences dupliqués dans une ou plusieurs publications différentes. Ces images ayant été publiées dans un court laps de temps et par des éditeur·ices voisin·es, laissent penser l’existence de formes d’industrialisation de la fraude. Ils et elles notent également que lorsque certaines revues scientifiques dites «prédatrices» (publiant des articles sans véritable contrôle) se font exclure des bases de données reconnues, les auteur·ices peu scrupuleux·euses passent simplement à une autre revue du même type selon le phénomène appelé «journal hopping». (Le Monde)

La détection des réseaux d’éditeurs telle que pratiquée par cette équipe de chercheur·euses «est tout à fait nouvelle», avance Alberto Ruano Raviña, de l’Université de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne (The Economist).

Selon les estimations, environ 1 à 2 % de toutes les études publiées aujourd’hui sont falsifiées, et avec l’intelligence artificielle, les contrefaçons devraient devenir de plus en plus indétectables (NZZ). «Le nombre d’articles rétractés et d’articles commentés par PubPeer double respectivement tous les 3,3 et 3,6 ans, tandis que le nombre total de publications double tous les quinze ans. Et les articles suspectés d’être issus d’usines à papier doublent tous les 1,5 an», écrivent ainsi les auteur·ices de l’étude (Le Monde).

Selon les informations de la NZZ, «une grande partie des usines à articles et de leurs clients se trouvent en Chine, en Russie ou en Inde. Et la plupart des contrefaçons sont publiées dans des revues inconnues ou déjà réputées pour leur mauvaise qualité». Toutefois, «ce qui se passe avec PLOS One est alarmant, car cela montre que même les revues basées aux Etats-Unis, et celles dans lesquelles nous publions nous-mêmes, peuvent être touchées», explique Thomas Stoeger, enseignant-chercheur en biologie moléculaire et coauteur de l’article (Le Monde). Ces fraudes créent de plus un nouveau problème généralisé difficilement contrôlable. Les revues systématiques, qui résument les résultats de nombreuses études, risquent d’être polluées par ces articles et études frauduleux.

Ce nombre croissant de fraudes serait dû aux incitations créées par le système scientifique actuel, le nombre d’articles publiés et leur fréquence étant des critères importants pour l’attribution de postes, de promotions et de fonds de recherche (logique du «publish or perish»). Actuellement peu de mesures sont en place pour lutter contre ce phénomène. Généralement, ces détections de publications falsifiés sont faites par des bénévoles qui laissent des commentaires sur des plateformes en ligne telles que Pubpeer.

Selon la journaliste de la NZZ, «les incitations dans le système scientifique doivent changer. Si la qualité de la recherche prime sur le nombre de publications, l’achat de contrefaçons ne vaut plus la peine». De plus en plus d’initiatives vont dans ce sens. Depuis 2022, les scientifiques souhaitant solliciter des fonds au Fonds national suisse «doivent présenter un CV narratif, au lieu d’un CV classique accompagné d’une longue liste de publications».