Filtres des articles

Recherche

Tendances des 2 dernières semaines

Sujet: conseil politique

La science, un pilier essentiel de la démocratie

La science et la démocratie sont souvent considérées comme deux domaines distincts : la science est vue comme une source de découvertes, d’expertise et d’innovation, tandis que la démocratie est perçue comme un ensemble d’institutions, de règles et de procédures. Or, en réalité, ces deux domaines sont étroitement liés.

Les auteurs et autrices de l’article présentent trois piliers grâce auxquels la science contribue à la démocratie :

  1. l’établissement de bases factuelles communes,
  2. le renforcement de la confiance dans les institutions,
  3. la mise à disposition d’outils permettant d’adapter les politiques et les organisations en fonction de l’évolution des circonstances.

L’article met également en avant des méthodes permettant à améliorer ces trois piliers.

Comment la science conseille-t-elle les autorités publiques?

Jacques Cornuz, ex-directeur d’Unisanté, professeur honoraire de l’Unil, et Camille Velard, responsable de recherche à Unisanté, écrivent à propos de l’importance d’un dialogue entre scientifiques et responsables politiques dans un contexte marqué par l’évolution rapide des connaissances. Les méthodes de développement de consensus comme Delphi ou Delphi rapide «ne produisent pas de nouveaux faits scientifiques, mais offrent un outil précieux pour synthétiser les connaissances disponibles et soutenir une décision politique éclairée.»

Conseil politique sur le climat

Le Conseil fédéral a renoncé à la mise en place d’un nouveau conseil pour le climat et préconise plutôt de s’appuyer sur les structures existantes et de renforcer les échanges entre la science et les responsables politiques, notamment avec ProClim.

ProClim, le forum sur le climat et les changements globaux, fait partie de l’Académie suisse des sciences naturelles SCNAT. «Du point de vue de la SCNAT, la politique climatique suisse profiterait également d’une évaluation et d’une analyse d’impact plus systématique et indépendante de ses mesures. Pour cela, il faut des conditions-cadres adaptées, des ressources suffisantes ainsi qu’un accès garanti à l’information. ProClim ne dispose pas d’un mandat en ce sens.»

La Commission européenne annonce un projet de pôle polaire visant à renforcer la coordination de la recherche

«La Commission européenne prévoit de mettre en place un pôle de recherche polaire de l’UE afin de renforcer la coordination et d’améliorer l’articulation entre la science et les politiques publiques. Selon un responsable de la Commission, l’objectif est de «mieux relier la recherche, l’observation et les infrastructures scientifiques, d’améliorer l’accès aux ressources de recherche et de renforcer la coordination avec les parties prenantes, y compris les peuples autochtones».»

Si la nouvelle stratégie arctique de l’UE met l’accent sur la sécurité, avec des engagements visant à protéger les câbles sous-marins, à renforcer la surveillance par satellite, à déployer davantage de brise-glaces et à améliorer la mobilité militaire, «la communauté polaire se réjouit de constater que les préoccupations environnementales n’ont pas été négligées».

Copernicus : les données satellitaires, sources de savoir et d’innovation, au service de la société

Michael Schaepman, recteur de l’Université de Zurich et expert en télédétection, et Wolfgang Wagner, doyen de l’Université technique de Vienne et co‑fondateur du Earth Observation Data Centre, expliquent pourquoi le programme d’observation de la terre de Copernicus est aujourd’hui un programme plus essentiel que jamais. Le premier qualifie ce programme de «meilleur de programme du monde».

Dans un post sur LinkedIn, Reto Knutti, climatologue à l’ETH contextualise cette prise de position: «Contre la volonté du Parlement, le Conseil fédéral s’est prononcé en 2024 et 2026 contre [le la participation Suisse au] Copernicus ECMWF. La motion Fivaz [«Participation dans les plus brefs délais au programme Copernicus»] remet cette question à l’ordre du jour. Le Conseil national a déjà voté en faveur de cette motion ; le Conseil des États se prononcera dans quelques semaines.»  Reto Knutti s’était également prononcé en faveur d’une participation suisse au programme.

Quel conseil scientifique au service de la Confédération?

Le 9 avril 2024, la Cour européenne des droits de l’homme a été la première instance judiciaire internationale à statuer que la protection du climat est un droit de l’homme. La Suisse, selon l’arrêt rendu par les dix-sept juges, porte atteinte aux droits fondamentaux des plaignantes à plusieurs égards. Elle reste sous la surveillance du Conseil de l’Europe et doit rendre compte régulièrement au Comité des ministres de la mise en œuvre de l’arrêt rendu dans l’affaire des «Aînées pour le climat Suisse».

Après plusieurs cycles d’examen, une recommandation essentielle n’a toujours pas été mise en œuvre : la Confédération devrait désormais s’appuyer sur les conseils d’un comité scientifique national indépendant pour élaborer sa politique climatique.

Le gouvernement fédéral envisage plutôt d’instaurer à l’avenir un échange régulier par le biais d’un forum sur le climat et le changement global intitulé «Pro Clim». Le chef du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication – c’est-à-dire le conseiller fédéral Albert Rösti, qui, selon Republik, ne considère pas que la canicule dévastatrice de cet été ni, d’une manière générale, la crise climatique soient si graves – est censé rencontrer régulièrement un réseau scientifique. Sans aucun engagement et sans que l’organisation «consultative» ne dispose d’une indépendance, d’un mandat légal, de responsabilités et de compétences clairement définies, ni d’un budget pour cette nouvelle mission.

Plusieurs spécialistes estiment qu’il faudrait un organisme permanent, institutionnellement indépendant, composé de représentants de divers horizons scientifiques et doté d’un financement suffisant – et d’un mandat légal clair.

La science subit une pression croissante de la part de l’IA et du monde politique

«La disponibilité d’un volume croissant de données et l’intelligence artificielle sont fantastiques», déclare le physicien climatique Reto Knutti de l’EPFZ, mais le contrôle de la qualité et la mise en perspective font souvent défaut. «Chacun a l’impression d’être lui-même un expert.» Il n’est donc pas surprenant que, selon la dernière étude PISA de l’OCDE, 43 % des jeunes fassent davantage confiance à leur propre bon sens qu’à la science.

Silke Fürst, spécialiste en sciences de la communication à l’université de Zurich, estime qu’il est important que les scientifiques veillent à ce que les modèles d’IA puissent les détecter comme expert·es. D’autre part, il est important que des informations fiables continuent à faire l’objet d’un débat public, par exemple dans les médias.

Michael Hermann, politicologue de l’Institut de recherche Sotomo, juge que pour les expertes et experts qui s’exposent et se forgent une notoriété, l’IA représente une opportunité, car les gens continuent de rechercher davantage que de simples informations anonymes générées par l’IA.

Reto Knutti regrette par ailleurs que la science soit mise sous pression par la politique, aussi en Suisse: des études seraient interprétées de manière sélective, des publications retardées ou des communiqués de presse réécrits sur ordre des responsables politiques.

L’expertise SSP et HEC au service du conseil scientifique national

«Désinformation, risques environnementaux pour la santé, crises sociales : comment la recherche peut-elle contribuer à éclairer les décisions publiques ?» À la Faculté des sciences sociales et politiques (SSP) et à la HEC de l’Unil, plusieurs chercheur·euses mettent leur expertise au service d’un réseau national qui rapproche sciences et autorités.

«L’UNIGE crée une nouvelle chaire dédiée aux risques naturels»

Une nouvelle chaire dédiée aux laves torrentielles a été créée par l’Université de Genève, dirigée par Markus Stoffel. «L’idée est de «mieux comprendre à quel degré le changement climatique va influencer ces processus et comment», relève-t’il.

Il s’agit aussi d’évaluer comment ces mécanismes vont impacter l’aménagement du territoire et donner à la population et aux autorités la possibilité de se préparer.

La France développe une stratégie de recherche nationale pour l’éducation

«Réduire les inégalités scolaires, mieux évaluer les pratiques pédagogiques, produire des connaissances directement mobilisables : telle est l’ambition du Programme prioritaire de recherche [PPR] Sciences pour l’éducation, qui entend structurer durablement la recherche française sur les grands défis éducatifs. […] Les recherches du PPR Sciences pour l’Éducation – qu’elles portent sur les apprentissages, les pratiques pédagogiques, l’orientation, la formation des enseignants, l’organisation scolaire ou encore le numérique éducatif – doivent contribuer à produire des solutions concrètes capables d’améliorer durablement le fonctionnement de l’ensemble du système éducatif, soit de l’école primaire à l’entrée dans l’enseignement supérieur. Chaque dispositif soutenu doit également être conçu pour mesurer précisément ses effets sur les élèves, les enseignants et les établissements scolaires.

Les retombées attendues pour la société sont nombreuses : améliorer la qualité des apprentissages et des résultats scolaires et réduire les inégalités éducatives afin de renforcer l’égalité des chances et la cohésion sociale. […]»

Martine Rebetez: «L’industrie du pétrole a choisi de désinformer»

La célèbre climatologue Martine Rebetez, professeure à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage, regrette «[q]u’on ait pu placer le plus grand lobbyiste du pétrole, assumé et revendiqué, au Conseil fédéral», c’est à dire Albert Rösti. Cela s’exprime, notamment, «en faisant sortir la Suisse de Copernicus, le réseau européen d’observation du climat, alors que ce serait aussi intéressant financièrement. Ou en enlevant du soutien à l’adaptation des forêts aux changements climatiques.» Elle évoque également des offensives outrageantes de la part des milieux pétroliers contre les climatologues. (Blick)

Selon les recherches publiées dans le SonntagsBlick et des directives internes, sous la direction du conseiller fédéral de l’UDC Albert Rösti, certains termes tels que «changement climatique» et « réchauffement climatique » n’étaient pas toujours les bienvenus au sein du secrétariat général du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC). Ils devaient être remplacés par d’autres mots dans des rapports officiels.

Par ailleurs, il y a des indications que certaines éléments d’un rapport sur le programme d’agglomération émanant de l’Office fédéral du développement territorial auraient été supprimés d’un rapport avant la publication «afin de ne pas utiliser de mots qui fâchent», comme l’ensemble de la liste technique des mesures concrètes de réduction de la chaleur.

La porte-parole d’Albert Rösti, Franziska Ingold, souligne: «Il n’y a pas d’interdiction d’utiliser certains termes. Les termes ‘changement climatique’ et ‘réchauffement climatique’ ont été et sont toujours régulièrement utilisés au DETEC. Le conseiller fédéral Rösti et le département les emploient dans leurs interviews, mais aussi dans leurs réponses aux interventions parlementaires et dans les messages.» (SonntagsBlick)

La présidente des Vert·e·s Lisa Mazzone estime que «les méthodes de Trump n’ont pas leur place en Suisse, le déni de la science et la censure non plus» et que le «Conseil fédéral doit retirer le Département de l’environnement à Albert Rösti».

 

 

 

 

«Le lobbyiste en veste de professeur»
L’article de Republik dresse un portrait très critique de l’économiste suisse Christoph Schaltegger, professeur à l’Université de Lucerne et fondateur de l’Institut de politique économique suisse (IWP). Selon l’enquête, Schaltegger utiliserait l’apparence de neutralité scientifique pour accroître son influence politique et promouvoir un agenda économique libéral favorable aux milieux d’affaires.

L’IWP, présenté comme un institut scientifique indépendant, est financé par de riches entrepreneurs, notamment Alfred Schindler (groupe Schindler), ainsi que d’autres grandes fortunes suisses. Malgré ce financement privé, l’institut bénéficierait de la crédibilité de l’Université de Lucerne, ce qui lui permettrait de peser davantage dans les débats publics et politiques. Christopher Schaltegger et plusieurs collaborateurs de l’IWP siègent ou ont siégé dans diverses commissions d’experts fédérales influençant des sujets importants comme les retraites, la fiscalité, les dépenses publiques ou les relations avec l’UE.

L’enquête rappelle qu’avant sa carrière académique, Schaltegger a travaillé pour le Département fédéral des finances sous le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz, et puis pour l’organisation patronale Economiesuisse.

Le journaliste de Republik affirme qu’il a joué un rôle dans la promotion de la réforme fiscale dite «Réforme de l’imposition des entreprises II», dont les coûts pour les finances publiques auraient été largement sous-estimés lors de la campagne de votation de 2008. Plus tard, le Tribunal fédéral a reproché au Conseil fédéral d’avoir fourni des informations trompeuses sur les conséquences financières de cette réforme.

Plusieurs économistes reprochent à l’IWP de publier surtout des policy papers non soumis à une évaluation scientifique par les pairs (peer review), d’utiliser des méthodologies contestées et de tirer des conclusions jugées idéologiques ou insuffisamment étayées. Selon eux, l’IWP présenterait parfois des positions politiques sous couvert d’expertise scientifique.

La science neutre face aux décisions politiques ? Regard du climatologue Reto Knutti

Dans un entretien accordé au Tages-Anzeiger, Reto Knutti, climatologue et professeur à l’ETH Zurich, questionne la frontière entre science et politique face à l’urgence climatique.

Selon lui, les scientifiques ne peuvent plus se contenter de livrer des chiffres bruts, ils doivent expliciter les conséquences et éclairer les différents choix politiques. Il rappelle que la Suisse est le seul pays à avoir validé l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050 par une votation populaire.

Il déclare : «Les faits scientifiques ne dictent ni décisions politiques ni actions sociales. Chaque action est le résultat d’un processus de négociation politique. Mais la science du climat et la politique se sont longtemps accrochées à l’idée fausse que si les faits sont suffisamment clairs, la politique et la société feront ce qu’il faut. C’était une erreur fatale. Au plus tard lors de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Copenhague en 2009, il est devenu clair que les faits sont parfaitement clairs, mais qu’un accord mondial ne se fait pas par hasard. Aujourd’hui, nous n’avons pas principalement un problème de connaissance, mais un problème de mise en œuvre. Il s’agit de communication, de psychologie perceptuelle, de politique, de diplomatie, de coûts et d’avantages. Nous avons inclus tous ces aspects et disciplines bien trop tard.» (Tages-Anzeiger)

«Pourquoi la science doit renforcer son contrat social»

Face à la défiance croissante envers la science, Peter Gluckman, président du International Science Council (ISC), appelle à renforcer le contrat social de la science en améliorant la communication avec les politiques et en explicitant ses contributions à la société.

Il préconise un engagement accru des scientifiques auprès des ministères, de la société civile et des entreprises pour garantir le bien-être humain et environnemental.

«Six façons de placer le public au cœur de la science et de la politique»

L’article de Nature présente six methodes pour impliquer les citoyen·nes dans la recherche et l’élaboration des politiques. Car, selon les auteurs et autrices, «ce sont les gouvernements, sur les conseils des scientifiques, qui décideront de la manière dont les pays réagiront faces aux défis actuels impliquant les sciences et la technologie [IA, transition énergétique, préparations à des futures pandémies]. Pourtant, le public est rarement consulté sur les décisions qui conditionnent la vie de nombreuses personnes.»

«À l’heure où la confiance envers les gouvernements s’effrite dans de nombreuses démocraties et où les populistes présentent les scientifiques et les institutions universitaires comme des «élites» indignes de confiance, il est essentiel d’associer le grand public à la recherche et à l’élaboration des politiques. Cela permettrait de renforcer la confiance et de conférer davantage de légitimité à la recherche universitaire et aux politiques gouvernementales. Les citoyens sont en effet plus enclins à soutenir — et à défendre — les avis scientifiques auxquels ils ont contribué. […] But first, academic and policy elites need to trust the public.»

 

Valais : nouveau partenariat dans l’enseignement supérieur

Quatorze institutions académiques et de recherche du Valais (incluant la HES-SO, l’EPFL, la HEP, les universités de Lausanne et de Genève et plusieurs instituts spécialisés) s’unissent au sein d’un nouveau partenariat stratégique.

« La conférence vise à renforcer la coopération entre les établissements d’enseignement supérieur et de recherche valaisans et à souligner leur contribution au développement du canton », a déclaré François Seppey, directeur de la HES-SO Valais-Wallis et président du comité de cette alliance stratégique.

Ce rapprochement soutient notamment un projet de financement de 151,5 millions de francs pour la période 2026-2028, qui sera examiné par le Grand Conseil en mai.

La conférence a déjà publié une première déclaration s’opposant à la suppression envisagée du Conseil suisse de la recherche scientifique. Elle est convaincue qu’une telle mesure affaiblirait l’expertise scientifique indépendante au niveau national.

L’ensemble du comité consultatif scientifique de la NSF a été limogé par l’administration Trump

Les 22 membres du comité consultatif chargé de superviser la Fondation nationale pour la science (NSF) des États-Unis, l’un des principaux bailleurs de fonds de la recherche fondamentale, ont été démis de leurs fonctions le 24 avril sans aucune explication.

«Ce n’est pas la première fois que l’administration Trump limoge en masse des conseillers scientifiques fédéraux. L’année dernière, elle a licencié les 17 membres du Comité consultatif sur les pratiques de vaccination, qui jouait un rôle crucial dans la politique américaine en matière de vaccins, et a supprimé 14 comités consultatifs au sein de la NSF. Toujours l’année dernière, Trump a signé un décret supprimant plusieurs comités consultatifs, dont un consacré au COVID long, afin de réduire les dépenses publiques et de «promouvoir la liberté et l’innovation américaines». (Nature)

«Cette décision est préoccupante, car le Conseil national des sciences joue un rôle essentiel en matière de contrôle, de responsabilité et de transparence dans la manière dont la principale agence de recherche scientifique du pays prend ses décisions, qu’il s’agisse des investissements majeurs dans la recherche, des partenariats internationaux ou des critères d’attribution des subventions.» (Union of Concerned Scientists)

Le Conseil des EPF rejette l’abolition du Conseil suisse de la science (CSS)

L’organe stratégique de direction du Domaine des EPF s’oppose à  la proposition du Conseil fédéral d’abolir le Conseil suisse de la science (CSS).

Il souligne que « La suppression du CSS priverait la Suisse d’un organe consultatif et d’évaluation reconnu pour la qualité de ses services et son coût modique. »

En affirmant également que la pénalisation de la Suisse par ses partenaires internationaux nuirait à sa réputation de pays engagé dans la science, la recherche et l’innovation.