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Tendances des 2 dernières semaines

Sujet: conseil politique

L’expertise SSP et HEC au service du conseil scientifique national

«Désinformation, risques environnementaux pour la santé, crises sociales : comment la recherche peut-elle contribuer à éclairer les décisions publiques ?» À la Faculté des sciences sociales et politiques (SSP) et à la HEC de l’Unil, plusieurs chercheur·euses mettent leur expertise au service d’un réseau national qui rapproche sciences et autorités.

«L’UNIGE crée une nouvelle chaire dédiée aux risques naturels»

Une nouvelle chaire dédiée aux laves torrentielles a été créée par l’Université de Genève, dirigée par Markus Stoffel. «L’idée est de «mieux comprendre à quel degré le changement climatique va influencer ces processus et comment», relève-t’il.

Il s’agit aussi d’évaluer comment ces mécanismes vont impacter l’aménagement du territoire et donner à la population et aux autorités la possibilité de se préparer.

La France développe une stratégie de recherche nationale pour l’éducation

«Réduire les inégalités scolaires, mieux évaluer les pratiques pédagogiques, produire des connaissances directement mobilisables : telle est l’ambition du Programme prioritaire de recherche [PPR] Sciences pour l’éducation, qui entend structurer durablement la recherche française sur les grands défis éducatifs. […] Les recherches du PPR Sciences pour l’Éducation – qu’elles portent sur les apprentissages, les pratiques pédagogiques, l’orientation, la formation des enseignants, l’organisation scolaire ou encore le numérique éducatif – doivent contribuer à produire des solutions concrètes capables d’améliorer durablement le fonctionnement de l’ensemble du système éducatif, soit de l’école primaire à l’entrée dans l’enseignement supérieur. Chaque dispositif soutenu doit également être conçu pour mesurer précisément ses effets sur les élèves, les enseignants et les établissements scolaires.

Les retombées attendues pour la société sont nombreuses : améliorer la qualité des apprentissages et des résultats scolaires et réduire les inégalités éducatives afin de renforcer l’égalité des chances et la cohésion sociale. […]»

Martine Rebetez: «L’industrie du pétrole a choisi de désinformer»

La célèbre climatologue Martine Rebetez, professeure à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage, regrette «[q]u’on ait pu placer le plus grand lobbyiste du pétrole, assumé et revendiqué, au Conseil fédéral», c’est à dire Albert Rösti. Cela s’exprime, notamment, «en faisant sortir la Suisse de Copernicus, le réseau européen d’observation du climat, alors que ce serait aussi intéressant financièrement. Ou en enlevant du soutien à l’adaptation des forêts aux changements climatiques.» Elle évoque également des offensives outrageantes de la part des milieux pétroliers contre les climatologues. (Blick)

Selon les recherches publiées dans le SonntagsBlick et des directives internes, sous la direction du conseiller fédéral de l’UDC Albert Rösti, certains termes tels que «changement climatique» et « réchauffement climatique » n’étaient pas toujours les bienvenus au sein du secrétariat général du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC). Ils devaient être remplacés par d’autres mots dans des rapports officiels.

Par ailleurs, il y a des indications que certaines éléments d’un rapport sur le programme d’agglomération émanant de l’Office fédéral du développement territorial auraient été supprimés d’un rapport avant la publication «afin de ne pas utiliser de mots qui fâchent», comme l’ensemble de la liste technique des mesures concrètes de réduction de la chaleur.

La porte-parole d’Albert Rösti, Franziska Ingold, souligne: «Il n’y a pas d’interdiction d’utiliser certains termes. Les termes ‘changement climatique’ et ‘réchauffement climatique’ ont été et sont toujours régulièrement utilisés au DETEC. Le conseiller fédéral Rösti et le département les emploient dans leurs interviews, mais aussi dans leurs réponses aux interventions parlementaires et dans les messages.» (SonntagsBlick)

La présidente des Vert·e·s Lisa Mazzone estime que «les méthodes de Trump n’ont pas leur place en Suisse, le déni de la science et la censure non plus» et que le «Conseil fédéral doit retirer le Département de l’environnement à Albert Rösti».

 

 

 

 

«Le lobbyiste en veste de professeur»
L’article de Republik dresse un portrait très critique de l’économiste suisse Christoph Schaltegger, professeur à l’Université de Lucerne et fondateur de l’Institut de politique économique suisse (IWP). Selon l’enquête, Schaltegger utiliserait l’apparence de neutralité scientifique pour accroître son influence politique et promouvoir un agenda économique libéral favorable aux milieux d’affaires.

L’IWP, présenté comme un institut scientifique indépendant, est financé par de riches entrepreneurs, notamment Alfred Schindler (groupe Schindler), ainsi que d’autres grandes fortunes suisses. Malgré ce financement privé, l’institut bénéficierait de la crédibilité de l’Université de Lucerne, ce qui lui permettrait de peser davantage dans les débats publics et politiques. Christopher Schaltegger et plusieurs collaborateurs de l’IWP siègent ou ont siégé dans diverses commissions d’experts fédérales influençant des sujets importants comme les retraites, la fiscalité, les dépenses publiques ou les relations avec l’UE.

L’enquête rappelle qu’avant sa carrière académique, Schaltegger a travaillé pour le Département fédéral des finances sous le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz, et puis pour l’organisation patronale Economiesuisse.

Le journaliste de Republik affirme qu’il a joué un rôle dans la promotion de la réforme fiscale dite «Réforme de l’imposition des entreprises II», dont les coûts pour les finances publiques auraient été largement sous-estimés lors de la campagne de votation de 2008. Plus tard, le Tribunal fédéral a reproché au Conseil fédéral d’avoir fourni des informations trompeuses sur les conséquences financières de cette réforme.

Plusieurs économistes reprochent à l’IWP de publier surtout des policy papers non soumis à une évaluation scientifique par les pairs (peer review), d’utiliser des méthodologies contestées et de tirer des conclusions jugées idéologiques ou insuffisamment étayées. Selon eux, l’IWP présenterait parfois des positions politiques sous couvert d’expertise scientifique.

La science neutre face aux décisions politiques ? Regard du climatologue Reto Knutti

Dans un entretien accordé au Tages-Anzeiger, Reto Knutti, climatologue et professeur à l’ETH Zurich, questionne la frontière entre science et politique face à l’urgence climatique.

Selon lui, les scientifiques ne peuvent plus se contenter de livrer des chiffres bruts, ils doivent expliciter les conséquences et éclairer les différents choix politiques. Il rappelle que la Suisse est le seul pays à avoir validé l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050 par une votation populaire.

Il déclare : «Les faits scientifiques ne dictent ni décisions politiques ni actions sociales. Chaque action est le résultat d’un processus de négociation politique. Mais la science du climat et la politique se sont longtemps accrochées à l’idée fausse que si les faits sont suffisamment clairs, la politique et la société feront ce qu’il faut. C’était une erreur fatale. Au plus tard lors de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Copenhague en 2009, il est devenu clair que les faits sont parfaitement clairs, mais qu’un accord mondial ne se fait pas par hasard. Aujourd’hui, nous n’avons pas principalement un problème de connaissance, mais un problème de mise en œuvre. Il s’agit de communication, de psychologie perceptuelle, de politique, de diplomatie, de coûts et d’avantages. Nous avons inclus tous ces aspects et disciplines bien trop tard.» (Tages-Anzeiger)

«Pourquoi la science doit renforcer son contrat social»

Face à la défiance croissante envers la science, Peter Gluckman, président du International Science Council (ISC), appelle à renforcer le contrat social de la science en améliorant la communication avec les politiques et en explicitant ses contributions à la société.

Il préconise un engagement accru des scientifiques auprès des ministères, de la société civile et des entreprises pour garantir le bien-être humain et environnemental.

«Six façons de placer le public au cœur de la science et de la politique»

L’article de Nature présente six methodes pour impliquer les citoyen·nes dans la recherche et l’élaboration des politiques. Car, selon les auteurs et autrices, «ce sont les gouvernements, sur les conseils des scientifiques, qui décideront de la manière dont les pays réagiront faces aux défis actuels impliquant les sciences et la technologie [IA, transition énergétique, préparations à des futures pandémies]. Pourtant, le public est rarement consulté sur les décisions qui conditionnent la vie de nombreuses personnes.»

«À l’heure où la confiance envers les gouvernements s’effrite dans de nombreuses démocraties et où les populistes présentent les scientifiques et les institutions universitaires comme des «élites» indignes de confiance, il est essentiel d’associer le grand public à la recherche et à l’élaboration des politiques. Cela permettrait de renforcer la confiance et de conférer davantage de légitimité à la recherche universitaire et aux politiques gouvernementales. Les citoyens sont en effet plus enclins à soutenir — et à défendre — les avis scientifiques auxquels ils ont contribué. […] But first, academic and policy elites need to trust the public.»

 

Valais : nouveau partenariat dans l’enseignement supérieur

Quatorze institutions académiques et de recherche du Valais (incluant la HES-SO, l’EPFL, la HEP, les universités de Lausanne et de Genève et plusieurs instituts spécialisés) s’unissent au sein d’un nouveau partenariat stratégique.

« La conférence vise à renforcer la coopération entre les établissements d’enseignement supérieur et de recherche valaisans et à souligner leur contribution au développement du canton », a déclaré François Seppey, directeur de la HES-SO Valais-Wallis et président du comité de cette alliance stratégique.

Ce rapprochement soutient notamment un projet de financement de 151,5 millions de francs pour la période 2026-2028, qui sera examiné par le Grand Conseil en mai.

La conférence a déjà publié une première déclaration s’opposant à la suppression envisagée du Conseil suisse de la recherche scientifique. Elle est convaincue qu’une telle mesure affaiblirait l’expertise scientifique indépendante au niveau national.

L’ensemble du comité consultatif scientifique de la NSF a été limogé par l’administration Trump

Les 22 membres du comité consultatif chargé de superviser la Fondation nationale pour la science (NSF) des États-Unis, l’un des principaux bailleurs de fonds de la recherche fondamentale, ont été démis de leurs fonctions le 24 avril sans aucune explication.

«Ce n’est pas la première fois que l’administration Trump limoge en masse des conseillers scientifiques fédéraux. L’année dernière, elle a licencié les 17 membres du Comité consultatif sur les pratiques de vaccination, qui jouait un rôle crucial dans la politique américaine en matière de vaccins, et a supprimé 14 comités consultatifs au sein de la NSF. Toujours l’année dernière, Trump a signé un décret supprimant plusieurs comités consultatifs, dont un consacré au COVID long, afin de réduire les dépenses publiques et de «promouvoir la liberté et l’innovation américaines». (Nature)

«Cette décision est préoccupante, car le Conseil national des sciences joue un rôle essentiel en matière de contrôle, de responsabilité et de transparence dans la manière dont la principale agence de recherche scientifique du pays prend ses décisions, qu’il s’agisse des investissements majeurs dans la recherche, des partenariats internationaux ou des critères d’attribution des subventions.» (Union of Concerned Scientists)

Le Conseil des EPF rejette l’abolition du Conseil suisse de la science (CSS)

L’organe stratégique de direction du Domaine des EPF s’oppose à  la proposition du Conseil fédéral d’abolir le Conseil suisse de la science (CSS).

Il souligne que « La suppression du CSS priverait la Suisse d’un organe consultatif et d’évaluation reconnu pour la qualité de ses services et son coût modique. »

En affirmant également que la pénalisation de la Suisse par ses partenaires internationaux nuirait à sa réputation de pays engagé dans la science, la recherche et l’innovation.

La suppression du Conseil suisse de la science, toujours incomprise

Deux expertes, membres du Conseil suisse de la recherche scientifique (CSR), mettent en lumière des contradictions dans la décision du Conseil fédéral de dissoudre celui-ci.

Elles souligne d’abord le caractère soudain des cette mesure : «Cette proposition nous a pris totalement par surprise; nous n’avons été consultés nullement au préalable.» Elles poursuivent en disant pouvoir se fier qu’au rapport explicatif officiel. Celui-ci soutient que l’évolution des besoins et des défis dans le domaine de la recherche et de l’innovation a entraîné des changements fondamentaux.

Selon les autorités, les critères d’évaluation, de diffusion et de l’information et de formulation de recommandations politiques nécessiteraient une expertise plus rapide et spécialisée.

swissuniversities suit la stratégie de politique de sécurité de la Suisse

«Les hautes écoles suisses soutiennent le développement d’une stratégie de politique de sécurité telle que proposée par le Conseil fédéral et entendent assumer leur rôle. Par leur expertise et leur innovation, les hautes écoles sont des actrices centrales pour la sécurité et la résilience du pays. […] Elles apportent en particulier une contribution décisive sur les thématiques de l’information et de la désinformation, de l’analyse de risques et de la gestion de crises, de la cybersécurité, du développement technologique, du renforcement de la sécurité des connaissances (Knowledge Security) ou encore de la recherche et de l’innovation dans des domaines pertinents pour la sécurité.» (swissuniversities)

«Invitation au dialogue: Comment favoriser les échanges entre science, politique et société?»

«Le premier sommet national sur la recherche et l’innovation, qui s’est tenu à Berne, l’a clairement montré: les échanges doivent s’intensifier. Les participantes et participants ont débattu de leurs attentes, de nouveaux formats et de recommandations. Un message central est ressorti de toutes les interventions: seule une recherche intelligible peut avoir un impact.»

«Le Swiss Polar Institute fait rayonner l’engagement scientifique helvétique»

«Plus d’une centaine de personnes issues des milieux politiques, diplomatiques et scientifiques se sont réunies mercredi à quelques pas du Palais fédéral à Berne pour discuter des enjeux climatiques mondiaux du point de vue des sciences polaires. En jeu: la contribution suisse en matière de recherches sur les pôles via son institut polaire, le Swiss Polar Institute, basé à Sion depuis dix ans.»

«Plutôt le tabac que la science»
Le Conseil fédéral souhaite pourtant supprimer le Conseil suisse de la science (CSS), affirmant que les défis actuels exigent des expertises spécialisées fournies par des groupes ad hoc plutôt que par un organisme permanent. Le CSS conteste vivement cette justification, qu’il juge floue et incorrecte, et souligne que la Suisse deviendrait un cas à part : aucun pays comparable ne renonce à un conseil scientifique indépendant.
Le CSS fait partie d’un ensemble de neuf commissions extraparlementaires que le Conseil fédéral propose de dissoudre, en partie sous pression de représentants politiques de droite. Pourtant, selon un rapport du Conseil des États, externaliser leurs tâches serait moins efficace et plus coûteux. Les économies attendues (172 000 francs) seraient probablement annulées par des dépenses plus élevées pour des mandats externes. Le SWR estime même qu’il faudrait compter au moins 50 % de coûts supplémentaires.

Le Conseil scientifique s’inquiète aussi du fait que son expertise, indépendante et à long terme, ne puisse pas être remplacée par des groupes ponctuels, plus susceptibles d’être politiquement orientés. Cette inquiétude est renforcée par une récente controverse autour du paquet d’économies fédéral, où le CSS a exprimé des critiques contraires à celles d’un groupe ad hoc mandaté par le Conseil fédéral.

Par ailleurs, une révision légale prévoit que ces commissions ne pourront plus communiquer librement avec le Parlement sans l’accord de leur département, officiellement pour éviter des activités de  lobbying». Le CSS juge cette justification injustifiée et contraire à la liberté d’expression. Cette restriction semble paradoxale, d’autant qu’elle émane de milieux politiques de la droite bourgeoise qui s’opposent généralement à un encadrement plus strict du lobbying, par exemple concernant la réglementation autour le tabac.

Pour l’auteur de l’article paru dans la Wochenzeitung WOZ, l’ensemble du projet donne l’impression que le Conseil fédéral cherche à réduire une voix indépendante parfois critique. Dans un contexte déjà marqué par les restrictions budgétaires, la méfiance envers la science et les tensions géopolitiques et technologiques, la suppression du CSS serait un «signal préoccupant».

Le Conseil suisse de la science reçoit le soutien du Réseau européen des conseillers scientifiques

Heinz Fassmann, président de l’European Science Advisors Forum (ESAF) et ancien Ministre autrichien de l’Éducation – affirme dans une de ses prises de position adressée au Conseil fédéral que «Le Conseil suisse de la science (CSS) est indispensable à une nation scientifique de premier plan comme la Suisse.»

Il souligne que des institutions comparables en Allemagne et en Autriche sont structurées de manière similaire. Le CSS apporte une contribution essentielle à une politique de recherche et d’innovation rationnelle.

Il adresse une demande pressante au Conseil fédéral : reconsidérer sa décision de dissoudre le CSS : «Les institutions sont rapidement dissoutes. Reconstruire des institutions performantes représente un processus long et coûteux.»

Le renforcement de la compréhension et du dialogue entre la science, la politique et la société doit se poursuivre

«Lors du premier Swiss Research and Innovation Summit qui s’est déroulé le 17 mars 2026 à Berne, les expertes et experts de la science, la politique, l’administration, l’économie et la société civile ont échangé sur le rôle de l’expertise scientifique pour la politique et la société. Le but de la manifestation était de renforcer la compréhension des conditions relatives au conseil scientifique et au dialogue mutuel entre la science et la société.»