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Sujet: financement public

États-Unis : « Se battre pour l’avenir de la science nécessite une large coalition »

L’Association des universités américaines (AAU) a indiqué la semaine dernière que les inscriptions des étudiant·es de troisième cycle dans les grandes universités de recherches, qui délivrent la moitié de tous les doctorats aux États-Unis, ont baissé de 15% par rapport à l’année dernière.

Cette nouvelle fait suite à la décision prise le mois dernier de la Fondation nationale pour la science (NSF) de réduire les subventions consacrées à la science fondamentale de 30%, voire plus. Pour Holden Thorp, chimiste et ancien chancelier de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, les Etats-Unis doivent se doter d’un plan cohérent qui définisse les étapes permettant à la science universitaire de prospérer, tout en mobilisant le soutien de l’ensemble de la communauté scientifique, qu’il déplore comme étant relativement silencieuse.

Cela intervient dans un contexte où l’administration Trump effectue des coupes significatives de subventions concernant, en partie, des recherches « politiquement sensibles ».

Une disposition dissimulée dans une modification réglementaire américaine permettrait aux citoyens de contester juridiquement les recherches fédérales « woke »

«Pensez-vous qu’une bourse fédérale de recherche particulière constitue un gaspillage de l’argent des contribuables? Toute personne suffisamment indignée pour intenter une action en justice à ce sujet pourrait bientôt pouvoir compter sur le soutien du ministère américain de la Justice (DOJ).

Cette possibilité est dissimulée dans une proposition de grande envergure visant à réécrire les règles régissant la manière dont le gouvernement américain gère des milliers de milliards de dollars de subventions de recherche et d’autres programmes fédéraux, de manière à renforcer la capacité du président Donald Trump à bloquer toute dépense qu’il considère comme «woke» ou inutile.

«Hautes écoles menacées»

«Dans le cadre du gigantesque projet de désenchevêtrement des tâches, la Confédération aimerait refiler aux cantons tout le secteur des hautes écoles et universités, qu’elle finance aujourd’hui à hauteur de 30% pour les premières et 20% pour les secondes.»

«Le gouvernement cantonal [fribourgeois] estime par ailleurs que le groupe de travail «devrait mener une réflexion sur les effets dynamiques des désenchevêtrements proposés». Sa crainte est que les cantons héritent de charges en forte progression et que l’opération blanche ne le soit plus à moyen terme.»

Le Conseiller d’État valaisan et président de la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique, Christophe Darbellay, partage cette crainte.

Luciana Vaccaro, présidente de swissuniversities, regrette par ailleurs que le désengagement de la confédération qui pourrait venir avec ce projet de désenchevêtrement affaiblisse cette coordination nationale. De plus, les petits cantons comme Neuchâtel pourraient être amenés à faire des choix entre filières.

Les offres de conseil et d’information jugées trop chères à Berne pour les étudiant·es ?

La direction de l’Université de Berne défend la légitimité de ses nombreuses prestations de conseil et d’accompagnement spécifiques face aux critiques relayées par le Blick.

Menée par le nouveau conseiller d’État Reto Müller (PS), la direction de l’éducation rejette ces reproches en mettant en avant la nécessité du travail des conseiller·ères ainsi que de leurs services, qui couvrent 32 000 étudiant·es et 12 000 collaborateur·ices répartis dans quatre établissements d’enseignement supérieur.

 

Le désenchevêtrement est un danger pour la formation et la recherche

Dans cette chronique, Luciana Vaccaro, présidente de swissuniversities, critique le projet «Désenchevêtrement 27», qui vise, selon elle à confier entièrement aux cantons la planification et le financement des hautes écoles, réduisant ainsi fortement, voire supprimant, le rôle de la Confédération.

L’auteure estime que le projet représente plusieurs risques majeurs :

  • une fragmentation accrue du paysage académique, alors que les défis actuels (intelligence artificielle, concurrence internationale, évolution des parcours de formation) nécessitent davantage de coordination ;
  • un transfert de charges financières vers les cantons, malgré la promesse de neutralité des coûts ;
  • une menace pour les petites hautes écoles, dont certaines pourraient devenir non viables sans les contributions fédérales ;
  • un renforcement des inégalités régionales, avec une concentration de l’enseignement supérieur autour des grands pôles de Zurich-Bâle et de l’Arc lémanique.

Pour Luciana Vaccaro, ce projet mettrait en danger la qualité de la formation et de la recherche en Suisse ainsi que la capacité d’innovation des régions. Elle plaide donc pour le maintien d’un rôle fort de la Confédération afin de préserver l’équilibre qui a contribué au succès du système suisse de formation, de recherche et d’innovation.

La gauche vaudoise contre l’initiative à «12%»

Les partis de gauche et les syndicats ont lancé leur campagne contre l’initiative fiscale des milieux économiques. Déposé en 2023 avec le soutien de 28’000 signatures, ce texte réclame un rabais de 12% sur la facture finale de l’impôt cantonal sur le revenu et la fortune.

Pour les opposant·es, ce projet est trompeur. Ils et elles dénoncent une mesure inégalitaire qui profitera avant tout aux contribuables les plus riches, tout en faisant peser une menace directe sur le financement et la qualité des prestations publiques.

Le Syndicat des services publics Vaud regrette les coupes fédérales et cantonales, notamment dans le domaine des hautes écoles

«Le Conseil fédéral se félicite d’un excédent budgétaire. Or celui-ci repose notamment sur les coupes sévères dans la formation et la recherche. Le SSP demande la suspension immédiate des coupes dans le domaine des hautes écoles.» (SSP Vaud)

Après la mobilisation provoquée par les mesures d’économie dans le canton Vaud, le Conseil d’état avait promis qu’il prendrait le temps de négocier le budget 2027, des consultations avec le syndicat du service public ne sont pas prévues «alors même que le gouvernement annonce un budget qui sera guidé par le principe d’austérité».

L’«absence totale d’ouverture [du gouvernement] nous font parvenir à la conclusion que nous allons devoir, pour nous faire entendre, préparer, une nouvelle fois, la mobilisation dès la rentrée», avance le syndicat des services publics vaudois.

Les dépenses de recherche et développement de la Confédération ont nettement augmenté en 2025

«En 2025, les dépenses de la Confédération consacrées à la réalisation ou au soutien d’activités de recherche et développement ont atteint un niveau inédit pour s’élever à 3,2 milliards de francs, en progression de 644 millions de francs par rapport à l’année précédente (+25%). Cette forte hausse s’explique par la réassociation de la Suisse au programme‑cadre de recherche et d’innovation de l’Union européenne « Horizon Europe ». Ces résultats se basent sur l’exploitation de données administratives effectuée par l’Office fédéral de la statistique (OFS).»

Le Conseil fédéral ne prévoit pas de nouvelles coupes pour 2027, mais maintient le plan d’allègement

«De nouvelles coupes dans les finances fédérales ne seront pas nécessaires pour 2027, indique le Conseil fédéral mercredi. Il annonce des recettes 1,8 milliard supérieures à ce qui avait été estimé en février.» (RTS)

Le gouvernement fédéral annonce également des perspectives plus favorables pour les exercices budgétaires 2028 à 2030. (SRF)

«Le plan d’allègement 2027-2029 est toutefois maintenu.» (RTS)

Martin Pfister, Conseiller fédéral en charge de l’armée, propose en conséquence une augmentation de la TVA de 0,5% (au lieu de 0,8%) pour financer des achats d’armement. «Rien qu’entre 2027 et 2032, le budget de l’armée devrait passer de sept à dix milliards de francs. Toutefois, le financement de cette augmentation ne sera assuré que si le conseiller fédéral Pfister parvient à faire adopter son projet d’augmentation de la TVA par le Parlement, puis par référendum.» (Tages-Anzeiger)

 

La France fait un pas vers la création d’un nouvel organisme dédié à l’innovation

Selon un nouveau rapport, le pays devrait suivre l’exemple de l’Allemagne, du Royaume-Uni et des Pays-Bas et créer une nouvelle entité «d’ici quelques mois», inspirées de celles mises au point par l’Agence américaine pour les projets de recherche avancée de défense (DARPA).

Selon les auteurs de l’article, «de nouvelles agences chargées de l’innovation voient le jour un peu partout en Europe, alors que les gouvernements s’inquiètent de la faiblesse de la croissance, de la dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis et de la lenteur des systèmes actuels de subventions à la recherche.»

La Lettonie lance un projet pilote visant à associer les citoyens à l’évaluation des subventions de recherche

La Lettonie a introduit une dimension de participation citoyenne dans l’évaluation des subventions de recherche financées par l’État. L’objectif est à la fois de renforcer les liens entre la science et la société et d’améliorer la qualité de ces évaluations.

Cette initiative intervient alors que les organismes de financement de la recherche à travers l’Europe expérimentent différentes méthodes pour améliorer les processus d’évaluation, dans un contexte où l’impact de la science sur la société fait l’objet d’une attention accrue.

Agroscope supprimera 58 postes à temps plein

Le centre de recherche de la Confédération en matière d’agronomie a décidé d’abandonner certaines activités de recherche, comme l’alimentation saine ou des cultures alternatives de niche, supprimant 58 postes à temps plein. Ces mesures d’économie rentreront en vigueur dès 2027.

Le centre continuera d’assurer la recherche sur la production primaire, les impacts environnementaux de l’agriculture, le conseil aux politiques et les tâches légales d’exécution, a indiqué le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR).

Le Parlement valide un budget pour les programmes UE

« Le Conseil fédéral demandait initialement 67,3 millions pour les programmes de recherche. Le National l’a réduit de 9 millions, supprimant une réserve devenue caduque.

Le supplément doit servir à verser la contribution obligatoire pour participer aux programmes européens tels que Horizon Europe et Euratom. La Suisse est à nouveau associée à ces programmes depuis 2025, après plusieurs années de froid. »

« Le Conseil d’Etat vaudois rappelle que l’équilibre financier du CHUV reste le fruit d’une action permanente »

Les revenus cliniques de l’Hôpital universitaire lausannois (CHUV) ont progressé de 34,2 millions de francs en 2025 par rapport à l’exercice précédent.

Selon un communiqué de l’établissement, dont les comptes ont été approuvés par le Conseil d’État vaudois, cette hausse s’explique notamment par une augmentation des activités d’hospitalisation et de soins ambulatoires. L’institution a également enregistré une hausse de sa masse salariale liée au renforcement des effectifs.

Le Conseil d’État vaudois souligne l’action permanente pour maintenir un équilibre financier.

SHS : les maisons d’éditions suisses peinent à se maintenir à flot

Suite à la baisse des subventions prévue pour janvier 2027 par le Fonds national suisse (FNS), plus de dix maisons d’édition spécialisées en sciences humaines et sociales, dont Epistémé ou Antipodes à Lausanne, se retrouvent en grande difficulté. Cette décision laisse également des dizaines de chercheurs et chercheuses sans solution pour publier leurs travaux.

Le FNS affirme que ce soutien était une « mesure temporaire » destinée à favoriser la transition vers l’open access. En 2014 déjà, le FNS avait tenté de couper son aide financière lors du passage au libre accès sur internet des livres publiés.

Ce qui choque particulièrement les maisons d’éditions, c’est le contraste avec le traitement réservé aux sciences exactes.

Une solution de repli émerge alors : « Les universités pourraient compenser tout ou partie le manque, comme c’est le cas à Fribourg qui intervient à défaut d’un autre fonds pour financer l’open acess », déclare Christian Dandrès, Conseiller national socialiste genevois.

La Maison Blanche propose une refonte en profondeur du financement de la recherche scientifique aux États-Unis

Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme face à une proposition «ambitieuse» de la Maison Blanche qui pourrait bouleverser en profondeur le fonctionnement de la recherche financée par le gouvernement fédéral. Les règles proposées confieraient aux responsables politiques le contrôle de toutes les subventions fédérales ; réduiraient l’importance de l’évaluation par les pairs ; imposeraient davantage de restrictions à la participation des bénéficiaires de subventions à des réunions ; limiteraient les collaborations entre les scientifiques américains financés par le gouvernement fédéral et leurs homologues étrangers ; et restreindraient le soutien financier fédéral à la publication des résultats des scientifiques américains dans des revues scientifiques. (Nature)

Par ailleurs, l’administration Trump a proposé de réduire de moitié le budget de l’agence National Science Foundation (NSF) et de supprimer purement et simplement la division Social, Behavioral, and Economic Sciences (SBE) au cours du prochain exercice budgétaire. Cette dernière finance environ 63 % de la recherche universitaire en sciences psychologiques et sociales. (The Atlantic)

Selon la American Geophysical Union, «des catégories entières de recherche se verraient de fait privées de financement fédéral, notamment les travaux recourant à des cadres analytiques axés sur les effets disparates — fondement méthodologique de la recherche en santé publique, de la science de la justice environnementale et des sciences sociales qui étudient la répartition inégale des risques climatiques, de la qualité de l’air et de la vulnérabilité aux catastrophes. Cette règle limiterait également tout travail que l’administration estime impliquer des pratiques DEI ou ce qu’elle qualifie d’« idéologie du genre ».  Par ailleurs, un juge fédéral a bloqué la tentative de la NSF de démanteler le National Center for Atmospheric Research NCAR. (American Geophysical Union)

Comment diminuer la bureaucratie liée aux fonds pour la recherche

Les candidats aux fonds de recherche sont exaspérés de devoir soumettre des dossiers qui semblent interminables pour une chance infime de succès. Une étude britannique récente a estimé le temps passé sur les aspects bureaucratiques des demandes de financement à 13 %, mais selon une étude américaine, il atteignait jusqu’à 50%.

En parallèle, les évaluateurs sont submergés par un déluge de candidatures, générées de plus en plus souvent par l’intelligence artificielle.

En réponse à cela, les organismes de financement de la recherche du monde entier tentent toutes sortes d’expériences pour rendre le processus plus fluide et plus rapide, mais il est difficile de savoir qui tente quoi et s’il existe des preuves de l’efficacité de ces mesures.

Une récente analyse d’une équipe de l’Institut de recherche sur la recherche de l’University College London a fait le tri dans ce paysage confus. Les auteurs et l’autrice craignent, outre le fait que le fonctionnement actuel représente une perte de temps et d’énergie, qu’il pourrait rendre la science bien plus conservatrice, suggérant que la concurrence actuelle pour l’obtention de subventions dissuade les candidats d’explorer des idées audacieuses qui pourraient ne pas aboutir.

Science Business évalue dans cet article quatre idées pour réduire la bureaucratie liée aux subventions, entre autres avec la question si l’Union européenne essaie cette approche.