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Sujet: recherche – qualité
La présidente du Conseil européen de la recherche, Maria Leptin, a déclaré que le taux de réussite prévu, qui n’est que de 4,8 % pour les candidatures soumises dans le cadre d’un récent appel à projets de l’ERC, devrait constituer «un signal d’alarme» pour l’UE quant au niveau de ses investissements dans la recherche.
L’IA serait la « principale responsable » de l’explosion du nombre de candidatures, tandis que les responsables de la recherche réclament un examen minutieux de ce taux prévu «absurde».
«Depuis début octobre 2026, le FNS met à la disposition des requérant·es les recommandations anonymisées des évaluateur·ices internes. Ainsi, l’évaluation est plus transparente et la décision plus intelligible.»
L’évaluation des résultats avant la publication s’effectue normalement à titre bénévole. Cependant, face à l’explosion du nombre de soumissions ces dernières années, cette tâche devient de plus en plus lourde. Les rédacteurs en chef des revues ont du mal à trouver des évaluateurs disposés à s’engager, et le processus s’éternise souvent. Pour certaines revues, une incitation financière constitue un moyen d’accélérer le processus d’évaluation par les pairs afin que les auteurs n’aient pas à attendre des semaines, voire des mois, avant d’obtenir une décision.
Certains éditeurs sous-traitent certaines tâches telles que la relecture, l’impression, les contrôles d’intégrité ou la gestion des flux de travail éditoriaux, parfois sans le mentionner explicitement. Mais si des revues font appel à des sociétés tierces pour effectuer l’évaluation par les pairs sans le signaler, alors certains spécialistes estiment que ce manque de transparence est préoccupant.
Matt Spick, spécialiste de l’intégrité de la recherche à l’université du Surrey à Guildford, au Royaume-Uni, explique que sa principale préoccupation est que l’externalisation de l’évaluation par les pairs à des tiers rémunérés ouvre la voie à une utilisation de l’intelligence artificielle par les évaluateurs pour produire en série des rapports d’évaluation rapides sans que cela soit divulgué.
Abel Brodeur et David Valenta de l’Université d’Ottawa, ont ensuite examiné 327 «replication packages», des dossiers de données de recherche pour la reproduction accessibles au public, correspondant à des études menées sur des sujets humains et publiées dans 11 revues de référence en économie, en sciences politiques et en psychologie.
«Quatorze pour cent contenaient au moins une donnée permettant d’identifier directement une personne, telle que son nom, son adresse, son numéro de téléphone ou l’adresse IP de l’ordinateur qu’elle a utilisé pour répondre à un sondage en ligne», indiquent Brodeur et Valenta. «Sept pour cent supplémentaires comprenaient des informations telles que l’âge, la profession et le lieu de résidence qui, une fois recoupées, peuvent permettre d’identifier une personne.
Les participant·es ont souvent divulgué ces informations en répondant à des questions «à réponse libre» dans les questionnaires, allant parfois jusqu’à fournir leur nom et leur numéro de compte bancaire pour s’assurer de recevoir la rémunération promise en échange de leur participation à l’étude. Les auteurs de l’étude ont rendu ces informations publiques par inadvertance.
Mohammad Hosseini, chercheur spécialisé en éthique et intégrité dans la recherche à l’Université Northwestern et éditeur d’un journal scientifique, observe que de plus en plus d’études suivent la même formule: les scientifiques trouvent des bases de données publiques, les donnent à une IA, et génèrent ainsi une «belle étude».
En 2021, son journal recevait 160 soumissions. Cette année, il a déjà reçu plus de 800 de demandes de publications, ce qui pose des problèmes importants pour l’évaluation de la qualité des recherches.
Il estime que «Faire valoir l’éthique et la morale, promouvoir les bonnes pratiques, cela ne fonctionne pas. Il serait plus efficace de créer des régulations basées sur des lois existantes.» Les citations inventées par l’IA pourraient par exemple être considérées comme une faute professionnelle, ce qui aurait comme conséquence des sanctions et la perte des financements, voire des diplômes.
Dans le but de renforcer les normes en matière de recherche, les gouvernements et les organismes de financement des pays dotés de systèmes de recherche émergents mettent de plus en plus en place des mesures disciplinaires à l’encontre des chercheurs qui commettent des fautes. Ces mesures comprennent notamment la suppression des primes, la restriction de l’accès aux subventions et la baisse du classement des établissements liés à des cas de mauvaise conduite.
Ces réformes interviennent alors que les cas de mauvaise conduite scientifique sont en augmentation dans le monde entier.
À mesure que les capacités de l’IA se développent, les scientifiques et les maisons d’édition étudient comment celles-ci peuvent faciliter l’évaluation par les pairs — et dans quels domaines elles présentent encore des lacunes.
L’IWP, présenté comme un institut scientifique indépendant, est financé par de riches entrepreneurs, notamment Alfred Schindler (groupe Schindler), ainsi que d’autres grandes fortunes suisses. Malgré ce financement privé, l’institut bénéficierait de la crédibilité de l’Université de Lucerne, ce qui lui permettrait de peser davantage dans les débats publics et politiques. Christopher Schaltegger et plusieurs collaborateurs de l’IWP siègent ou ont siégé dans diverses commissions d’experts fédérales influençant des sujets importants comme les retraites, la fiscalité, les dépenses publiques ou les relations avec l’UE.
L’enquête rappelle qu’avant sa carrière académique, Schaltegger a travaillé pour le Département fédéral des finances sous le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz, et puis pour l’organisation patronale Economiesuisse.
Le journaliste de Republik affirme qu’il a joué un rôle dans la promotion de la réforme fiscale dite «Réforme de l’imposition des entreprises II», dont les coûts pour les finances publiques auraient été largement sous-estimés lors de la campagne de votation de 2008. Plus tard, le Tribunal fédéral a reproché au Conseil fédéral d’avoir fourni des informations trompeuses sur les conséquences financières de cette réforme.
Plusieurs économistes reprochent à l’IWP de publier surtout des policy papers non soumis à une évaluation scientifique par les pairs (peer review), d’utiliser des méthodologies contestées et de tirer des conclusions jugées idéologiques ou insuffisamment étayées. Selon eux, l’IWP présenterait parfois des positions politiques sous couvert d’expertise scientifique.
Si les évaluateurs ne sont pas en mesure de distinguer de manière fiable les meilleures demandes de bourses, pourquoi devraient-ils prétendre le contraire ? Une nouvelle vague de bailleurs de fonds, dont le FNS, se tourne vers les tirages au sort pour départager les candidatures ex æquo.
Le professeur en sociologie Jason Arday, de l’université de Cambridge en Angleterre, a démissionné. On lui reproche des cas de plagiat et d’inexactitudes dans ses travaux scientifiques.
Il a mené des recherches sur son histoire personnelle en lien avec les retards de développement et l’autisme. Caspar Hirschi, professeur d’histoire de la science à l’Université de Saint-Gall et auteur d’un livre sur l’expertise dans le débat public, estime qu’il lui manquait de distance critique par rapport à son expertise. «Les universités de pointe ont repris l’expertise d’Arday sans aucune critique, sans vérifier ce qui était vrai et ce qui ne l’était pas dans ses déclarations», affirme-t-il. L’assurance qualité de l’université n’a pas été respectée. (SRF)
Dans sa première réaction aux critiques adressées à Jason Arday, la Faculté d’éducation de l’université de Cambridge a succombé à un raisonnement erroné, caractéristique des milieux idéologiquement homogénéisés : le syndrome du «shoot-the-messenger». Au motif que l’un des détracteurs les plus virulents d’Arday, Nathan Cofnas, avait diffusé des théories racistes, on en a conclu que les accusations devaient nécessairement être fausses. (Caspar Hirschi via LinkedIn)
Par ailleurs, lorsque les premières critiques se sont fait entendre, le sociologue ne s’est pas défendu sur le plan scientifique, mais a immédiatement pris des mesures juridiques et policières à l’encontre de ses détracteurs, notamment un journaliste du Times Higher Education.
L’Université de Cambridge a ouvert une enquête sur ce professeur de sociologie «qui s’inscrira dans le cadre d’une enquête plus large sur le recrutement des universitaires de haut niveau. (Times Higher Education)
L’historien saint-gallois estime qu’«[i]l reste judicieux d’encourager la diversité des profils et des parcours de recherche au sein des universités, dans la mesure où cela contribue à renforcer la culture de la réflexion critique et du scepticisme organisé au sein des communautés scientifiques. Toutefois, si les préoccupations en matière de diversité conduisent à un abaissement des normes de qualité à l’égard de certaines personnes ou de certains groupes, ou à la formation de cloisonnements idéologiques, elles manquent alors leur objectif.» (Caspar Hirschi via LinkedIn)
Le doyen de la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Bâle, Laurent Goetschel répond aux défis et préjugés auxquels doit faire face les Humanités. Il insiste sur leur caractère innovant et leur rôle crucial face aux défis contemporains. Pour illustrer l’impact direct sur la société, il cite des recherches clés sur le pouvoir des images, l’influence des récits et les politiques environnementales.
Il rappelle également l’enjeu démocratique de ces disciplines en affirmant : « Partout où des forces autoritaires s’emparent du pouvoir, l’une de leurs premières mesures consiste à abolir les sciences humaines, car celles-ci incarnent la libre pensée même. »
La Lettonie a introduit une dimension de participation citoyenne dans l’évaluation des subventions de recherche financées par l’État. L’objectif est à la fois de renforcer les liens entre la science et la société et d’améliorer la qualité de ces évaluations.
Cette initiative intervient alors que les organismes de financement de la recherche à travers l’Europe expérimentent différentes méthodes pour améliorer les processus d’évaluation, dans un contexte où l’impact de la science sur la société fait l’objet d’une attention accrue.
L’effondrement du village de Blatten, survenu il y a un an, a provoqué un véritable électrochoc dans le monde scientifique. En mai 2026, quatre institutions de recherche lancent simultanément des projets dédiés à la prévention des dangers naturels en montagne.
L’Université de Genève crée une chaire spécialisée, le Swiss Polar Institute noue un partenariat avec la Fondation Lombard Odier et le Canton du Valais, et la HES-SO Valais s’allie au Crealp. Ces initiatives réunissent au total deux écoles polytechniques, trois universités et plusieurs instituts de recherche.
Un article de la revue Nature alerte sur la menace croissante que font peser les modèles de langage (LLM) sur l’intégrité scientifique. Depuis 2022, les « hallucinations bibliographiques » explosent, avec plus de 140 000 fausses citations recensées pour 2025, touchant particulièrement les sciences sociales.
Le problème met également en lumière la vulnérabilité des serveurs de prépublications (comme SSRN ou arXiv) dont la modération limitée facilite la diffusion de contenu non vérifiés. Face à l’absence de méthodes de détection standardisées, les institutions et plateformes improvisent des mesures de contrôle, comme les déclarations d’usage obligatoire.
Signataire depuis 2023 de l’accord international Agreement of Reforming Research Assessment (CoARA), l’Unil veut moderniser ses pratiques d’évaluation scientifique. Ce plan vise à accentuer la diversité et la transparence des contributions académiques, en valorisant une approche dynamique collective et participative.
Engagée au sein du Swiss Chapter pour partager ses ressources, l’université détaille désormais ce projet sur une nouvelle page web dédiée.
Les sondages en ligne qui ont contribué à transformer la recherche moderne en sciences sociales sont menacés par l’intelligence artificielle. «Des chercheurs avertissent qu’une vague de chatbots se faisant passer pour des personnes pourrait corrompre ou invalider les enquêtes en ligne qui alimentent chaque année des milliers d’études. Ils exhortent les entreprises qui mènent ces enquêtes à prendre davantage de mesures pour remédier à ce problème.»
«Depuis le 1er janvier 2026, la Suisse dispose d’un Centre de compétence pour l’intégrité scientifique, dont la présidence est assurée par le professeur émérite Edwin Constable et la direction par Viviane Premand, docteure en droit. Le Centre de compétence enregistre d’une part les procédures, les sanctions et les mesures relatives à l’intégrité scientifique en Suisse annoncées par les hautes écoles et les institutions du domaine et, d’autre part, épaule les hautes écoles en matière d’intégrité scientifique.»
«Pour faire face à la forte hausse de la demande de subsides, le FNS prévoit des restrictions dans l’Encouragement de projets. Le but est de préserver la qualité de la procédure d’évaluation et de stabiliser les taux de succès.»
Le FNS mène une réflexion sur des nouvelles mesures à introduire en 2026, comme:
- une limitation à deux subsides par scientifique au maximum, l’un d’entre eux devant concerner un projet Lead Agency / Weave / ICIS.
- une limitation à une requête par chercheur·e sur une période de 12 mois
- une exclusion des requérant·es à l’étranger en dehors des projets Lead Agency / Weave / ICIS.
- une revue à la baisse des plafonds budgétaires des projets soumis
«Une influente étude affirmant que le glyphosate ne présente aucun risque grave pour la santé a été récemment retirée pour suspicion de conflits d’intérêts, 25 ans après cette publication qui a entre-temps guidé nombre de décisions politiques malgré des alertes quant à la probité de ses auteurs. Si des chercheurs ont salué cette rétractation, sa lenteur interroge quant à l’intégrité de la recherche menée autour de l’ingrédient clé du Roundup, herbicide le plus vendu dans le monde.» (Le Temps)
En 2002, soit deux ans après la publication de l’étude, une lettre signée par une vingtaine de chercheur·euses dénonçait déjà «des conflits d’intérêts, un manque de transparence et l’absence d’indépendance éditoriale» au sein de la revue scientifique. L’affaire a ensuite éclaté en 2017 lorsque des documents internes de l’entreprise en conflit d’intérêt ont été divulgués, révélant le rôle d’employé·es de l’entreprise dans l’écriture de l’étude désormais retirée.
Naomi Oreskes, historienne des sciences à l’Université Harvard et coautrice d’une publication à propos de l’influence de cette étude, déclare que «la communauté scientifique a besoin de meilleurs mécanismes pour identifier et retirer les articles frauduleux». Pour Nathan Donley, scientifique du Centre pour la diversité biologique, cet épisode n’est qu’un exemple d’«un phénomène plus large au sein de la littérature scientifique». «Je suis sûr qu’il y beaucoup articles du même genre, écrits par d’autres que leurs auteurs affichés et aux conflits d’intérêts non déclarés», déclare John Ioannidis, professeur à l’Université Stanford. «Mais ils sont très difficiles à révéler, à moins de se plonger» dans des documents d’archives, ajoute-t-il