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Sujet: sciences humaines et sociales

L’importance des Humanités vue par le Doyen de l’Université de Bâle

Le doyen de la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Bâle, Laurent Goetschel répond aux défis et préjugés auxquels doit faire face les Humanités. Il insiste sur leur caractère innovant et leur rôle crucial face aux défis contemporains. Pour illustrer l’impact direct sur la société, il cite des recherches clés sur le pouvoir des images, l’influence des récits et les politiques environnementales.

Il rappelle également l’enjeu démocratique de ces disciplines en affirmant : « Partout où des forces autoritaires s’emparent du pouvoir, l’une de leurs premières mesures consiste à abolir les sciences humaines, car celles-ci incarnent la libre pensée même. » 

La Maison Blanche propose une refonte en profondeur du financement de la recherche scientifique aux États-Unis

Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme face à une proposition «ambitieuse» de la Maison Blanche qui pourrait bouleverser en profondeur le fonctionnement de la recherche financée par le gouvernement fédéral. Les règles proposées confieraient aux responsables politiques le contrôle de toutes les subventions fédérales ; réduiraient l’importance de l’évaluation par les pairs ; imposeraient davantage de restrictions à la participation des bénéficiaires de subventions à des réunions ; limiteraient les collaborations entre les scientifiques américains financés par le gouvernement fédéral et leurs homologues étrangers ; et restreindraient le soutien financier fédéral à la publication des résultats des scientifiques américains dans des revues scientifiques. (Nature)

Par ailleurs, l’administration Trump a proposé de réduire de moitié le budget de l’agence National Science Foundation (NSF) et de supprimer purement et simplement la division Social, Behavioral, and Economic Sciences (SBE) au cours du prochain exercice budgétaire. Cette dernière finance environ 63 % de la recherche universitaire en sciences psychologiques et sociales. (The Atlantic)

Selon la American Geophysical Union, «des catégories entières de recherche se verraient de fait privées de financement fédéral, notamment les travaux recourant à des cadres analytiques axés sur les effets disparates — fondement méthodologique de la recherche en santé publique, de la science de la justice environnementale et des sciences sociales qui étudient la répartition inégale des risques climatiques, de la qualité de l’air et de la vulnérabilité aux catastrophes. Cette règle limiterait également tout travail que l’administration estime impliquer des pratiques DEI ou ce qu’elle qualifie d’« idéologie du genre ».  Par ailleurs, un juge fédéral a bloqué la tentative de la NSF de démanteler le National Center for Atmospheric Research NCAR. (American Geophysical Union)

La pression sur les sciences sociales s’intensifie

Confronté à une baisse de budget de 200 millions de francs de la part de la Confédération, le Fonds national suisse (FNS) va réduire de 20% son aide aux publications dès 2027 et supprimer le programme de bourses « Doc.CH ». Ce dernier est spécifiquement conçu pour les doctorant·es en sciences humaines et sociales en Suisse.

Désormais, seules les publications issues de recherches directement soutenues par le FNS seront financés, ce qui exclut les thèses de doctorat et d’habilitation, tout en imposant aux éditeur·ices une nouvelle évaluation indépendante.

Le milieu académique, à l’instar de Monika Dommann, professeure d’histoire moderne à l’Université de Zurich, ainsi que les éditeur·ices scientifiques suisses dénoncent une contrainte inutile, un ralentissement des publications au détriment des jeunes chercheur·euses et une menace directe pour l’avenir des sciences humaine et sociales en Suisse. Une pétition a été lancée pour s’opposer à ces mesures.

«NON à la disparition des livres en sciences humaines et sociales!»

Une pétition regrette une récente décision du Fonds national suisse (FNS) qui mettrait, selon les initiateurs, l’Association suisse des éditeurs de sciences humaines et sociales et LivreSuisse, en péril la publication des livres scientifiques.
«L’aide à la publication, pourtant nécessaire à une production scientifique de qualité, sera réduite de 20%. En outre, le périmètre d’éligibilité sera significativement resserré. Ainsi, dès 2027, les ouvrages n’émanant pas directement de travaux de qualification (thèses de doctorat ou d’habilitation) ou d’un projet de recherche FNS ne seront tout simplement plus financés. »

Création de 1-2 nouveaux pôles nationaux de la recherche pour les sciences humaines et sociales

Selon Katharina Fromm, Rectrice de l’Université de Fribourg, lors d’une réunion de la Chambre universitaire et la Délégation recherche de swissuniversities avec le SEFRI et le FNS, il a été confirmé qu’il y aura un appel à projet pour 1-2 pôles nationaux de la recherche dans le domaine des Sciences humaines et sociales, avec idéalement deux universités «leading houses ».»

L’Université de Bâle tourne le dos à une sociologue renommée

La lauréate du Prix du frère et sœur Scholl 2025 Carolin Amlinger, professeure en Sociologie à l’Université de Bâle. Ses ouvrages, rédigés dans une perspective résolument de gauche, traitent des courants sociaux actuels, notamment à l’extrême droite de l’échiquier politique.

«Une «perspective à long terme» lui permettant de rester à l’université de Bâle ne s’est pas concrétisée, malgré des assurances verbales initiales allant dans ce sens.» (bzb du 16.03.2026)

La députée Barbara Heer (PS, Bâle-Ville) soulève dans une interpellation des questions fondamentales concernant l’orientation de l’Alma mater bâloise. Elle y voit «un mépris potentiel des sciences humaines et sociales», «tel qu’il s’est également manifesté dans la récente attribution des pôles de recherche nationaux. […] Cela donnerait l’impression que les sciences sociales et humaines, tout comme leur visibilité au sein de l’université, sont considérées comme un simple alibi et sont de plus en plus marginalisées.» (bzb du 10.04.2026)

HSG: « Les meilleur·es ne doivent pas partir »

Dans une interview accordée au St-Galler Tagblatt, Zeno Staub, président du conseil de l’Université de Saint-Gall (HSG), réaffirme l’ambition d’excellence et de compétitivité internationale de l’institution. Face aux critiques sur les rémunérations élevées de certains professeur·es, il justifie ces salaires par la nécessité d’attirer les meilleurs talents pour garantir une recherche de pointe.

Alors que les négociations budgétaires avec le canton pour la période 2027-2030 approchent, Zeno Staub souligne l’importance stratégique des fonds tiers. Enfin, il défend le rôle de l’HSG dans la promotion de l’égalité des chances et répond aux inquiétudes concernant la place des sciences humaines et sociales au sein de l’université.

« Ambitions et craintes à l’Université de Saint-Gall »

Les récentes décisions du rectorat en place depuis deux ans à l’Université de Saint-Gall soulèvent des questionnements quant à la potentielle « marginalisation » des sciences humaines et sociales.

Des critiques concernent notamment la mise en avant des ses cursus en droit, économie, relations internationales et informatique pour préserver son rayonnement international et la suppression d’un cursus sur le développement durable. Le rectorat affirme cependant défendre les intérêts généraux de l’ensemble de l’université.

 

« Les sciences humaines et sociales résistent »

Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), les effectifs des étudiant·es en Sciences humaines et sociales restent stables en Suisse, voire en légère hausse à l’Unil, avec environ 45 000 personnes inscrites (hors droit et économie).  La situation internationale pourrait même jouer en faveur des disciplines.

Le doyen de la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’UniFR Dominik Schöbi, estime que «Les sciences humaines donnent aux étudiants des instruments comme la logique, la pensée critique, une compréhension historique, très utiles notamment à l’ère de la révolution numérique».

Pour l’Association des étudiant-e-x-s en études de genre de l’Université de Genève (AEEG), «ce qui se passe aux Etats-Unis» pourrait susciter une «prise de conscience de l’importance d’étudier les sciences sociales avec cette dimension critique ».

 

Quelle pluralité de recherche sur des questions de durabilité et climat?

Edouard Morena, maître de conférence en science politique à la University of London Institute in Paris, compare les a Paris Climate School de Sciences Po, inaugurée en 2025, avec la Columbia Climate School à New York; la Doerr School of Sustainability à Stanford en Californie; ou encore la Global School of Sustainability à la London School of Economics (LSE). Il estime que lorsqu’on compare des «organigrammes, partenaires financiers, compositions des conseils stratégiques et de surveillance, contenus pédagogiques, axes et produits de recherche, le moins que l’on puisse dire c’est que l’ouverture et la confrontation d’idées ne saute pas aux yeux. Au contraire on a l’impression d’un entre-soi entre acteurs dominants du débat climatique international qui partagent toutes et tous (à quelques nuances près) une même approche de la transition bas carbone […] centrée sur l’Accord de Paris et son modèle de gouvernance climatique». Edouard Morena regrette que, compte tenu des leurs ressources financières et humaines et de leur grande visibilité, ces écoles «cannibalisent l’espace des sciences humaines et sociales en rapport avec le climat», alors que et fait référence à un article du Monde qui statue qu’«à l’échelle internationale, la recherche sur le climat dans le domaine des sciences sociales ne représente que 0,18 % du total des financements.»

 

Les sciences humaines et sociales écartées de projets scientifiques ?

Aucun projet relevant spécifiquement des sciences humaines et sociales ne figure dans les six projets nationaux liés à la recherche scientifique (PRN), premiers instruments du soutien à la recherche. Une lettre ouverte signé par plus de 1000 universitaires exprime une incompréhension et un sentiment d’exclusion, déplorant un rejet des thématiques étudiées et soulevant des questions de gouvernance scientifique. L’Académie suisse des sciences humaines et sociales a pris position.

«Interrogé à ce sujet par Le Temps, le service de presse [du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche] DEFR indique que, à la fin de la procédure de sélection, «cinq projets, qui n’avaient pas bénéficié d’une évaluation aussi positive que les six PRN qui ont été lancés, ont dû être refusés, dont celui portant sur les SHS». Il explique aussi que les fonds réservés «permettront de lancer de nouveau un projet dans le domaine des SHS, qui sera de la même envergure que les six autres PRN, ou tout au moins de lancer deux petits PRN.»»

Les sciences sociales et humaines font-elles l’objet d’une discrimination ?

En fin janvier, six nouveaux pôles de recherche nationaux ont été lancés, et aucun ne concerne les sciences humaines ou sociales. Une lettre ouverte signée par plus d’un millier de professeurs et de membres du corps intermédiaire universitaire.

«Les accusations sont lourdes : seuls les projets économiquement exploitables seraient soutenus, et le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) serait soupçonné de discriminer thématiquement la recherche sur le genre.» (SRF)

Le SEFRI a annoncé qu’il allait mettre des fonds de côté et organiser un deuxième tour séparé pour les sciences humaines et sociales. Lea Haller, Secrétaire générale de l’Académie suisse des sciences sociales et humaines (ASSH), commente : «Cela donne l’impression comme si la procédure a été suivie, mais que [les acteurs] se sont rendu compte à la fin qu’il manquait quelque chose et qu’il fallait maintenant corriger le tir.»

Caspar Hirschi, professeur d’histoire à l’Université de Saint-Gall, ajoute que ce type d’encouragement de recherche défavorise les sciences humaines et sociales, qui se considèrent comme une instance critique qui remet en question la société et la politique. «Le principal obstacle pour eux était la politique, c’est-à-dire le SEFRI et le Conseil fédéral, qui n’ont pas pris en considération les projets.»

Parmi les onze projets retenus pour la dernière phase figurait un projet de recherche intitulé « Gender and Justice » : il portait sur la violence à l’égard des femmes, la prévention des maladies dans une perspective de genre ou les questions de fertilité en Suisse. Ce projet a été jugé excellent, mais il a néanmoins été écarté par le SEFRI. Les signataires de la lettre ouverte y voient une « discrimination thématique inquiétante à l’égard de la recherche sur le genre».  Interrogé à ce sujet, le SEFRI répond : « L’évaluation a été effectuée indépendamment de l’appartenance disciplinaire. L’excellence scientifique était au premier plan. »

Par ailleurs, le nombre d’étudiants en sciences du langage a chuté de près de moitié au cours des dix dernières années.  Caspar Hirschi estime qu’il s’agit d’une perte d’importance et de prestige, ce qui est paradoxal pour lui, car «d’autre part, les bouleversements considérables que nous traversons actuellement et les incertitudes politiques et économiques montrent que les connaissances en sciences humaines sont très demandées par le grand public».

 

Histoire et Cité fédère désormais les quatre universités romandes

Après les universités de Genève, Lausanne et Neuchâtel, l’Université de Fribourg rejoint le festival dédié aux sciences historiques Histoire et Cité. Les autres partenaires sont UniDistance, le Musée romain de Nyon, le Château de Nyon , le Château de Prangins, le Musée cantonal d’archéologie et d’histoire (MCAH) de Lausanne et la Bibliothèque cantonale et universitaire (BCU) de Lausanne.

«Ouverte à toutes et tous et gratuite, la manifestation a l’ambition de nourrir la réflexion et le dialogue autour d’un thème faisant écho à l’actualité, replacé dans une large perspective temporelle et transculturelle. Unique en Suisse romande, elle est reconnue dans le monde francophone comme l’une des grandes rencontres consacrées à l’histoire, à l’instar des Rendez-vous de l’histoire à Blois ou de L’histoire à venir à Toulouse.»

Interview avec le recteur de l’Université de Zurich Michael Schaepman

Trouver un logement abordable à Zurich est pratiquement impossible pour de nombreux étudiant·es. Michael Schaepman exige désormais que les autorités tiennent davantage compte des étudiants dans leur planification du logement.

Par ailleurs, il s’attend à ce que la demande en spécialistes des sciences humaines et sociales augmente à l’avenir: «Le développement fulgurant de l’intelligence artificielle rendra les compétences éthiques et normatives beaucoup plus importantes dans notre société. Cette évolution ne doit pas être laissée aux mains des entreprises technologiques. L’État doit jouer un rôle important à cet égard, c’est pourquoi le débat sur la prétendue surcharge administrative me dérange.»

Plaidoyer de Luciana Vaccaro pour l’innovation sociale

Luciana Vaccaro, rectrice de la HES-SO et présidente de swissuniversities plaide pour l’innovation dans le domaine social, souvent dans l’ombre de l’innovation technologique de la «tech» et des sciences dures. Elle cite la plateforme Innovation Booster, mise sur pied par l’Association suisse pour la promotion de l’innovation sociale, qui a soutenu «des projets originaux» axés sur le thème «Innover ensemble les services à la personne».

Selon elle, une «caractéristique constante» de l’innovation sociale est «la notion de partage, non seulement d’expérience mais aussi de responsabilités, de prises de décision et de point de vue», notamment les interactions entre personnes issue de la société civile et chercheur·euses, à propos de projets conceptuels ou concrets. Elle écrit: «Cette nouvelle manière d’envisager l’interaction sociale touche aussi à la manière de former – notamment au niveau universitaire ou des hautes écoles. On ne construit plus un cours de haut en bas, mais on le fait avec celles et ceux qui vont en bénéficier.»

«La valeur des diplômes s’est effondrée. L’IA change tout. »

«Dans un livre-choc, le chirurgien et conférencier français Laurent Alexandre plaide pour «l’arrêt des études». Selon lui, les universités doivent changer pour intégrer l’intelligence artificielle dans les cursus.» Il avance: «Il est essentiel de connaître l’histoire pour avoir une capacité prospective. Les jeunes doivent apprendre à entreprendre, à réfléchir, à devenir les entrepreneurs de l’IA.»

Critique aux appels à projets collaboratifs en sciences sociales dans le programme Horizon Europe

Pour la période de financement 2028–2034, la Commission européenne prévoit d’allouer 7,6 milliards d’euros à la recherche sur la « société » dans le cadre du Pilier II d’Horizon Europe. Malgré cette générosité, le système de financement présente de graves défauts structurels, surtout dans les sciences sociales : bureaucratie excessive, eurocentrisme, et constitution artificielle de consortiums répondant à des critères administratifs plutôt qu’à des logiques scientifiques.

L’auteur, Andreas Schedler, chargé de recherche senior à l’Institut pour la démocratie de l’Université d’Europe centrale, Budapest, illustre ces problèmes à travers un appel à projets intitulé « The autocratic appeal: nature, drivers and strategies », qui a reçu 45 propositions pour seulement 3 financées. Cet appel, typique selon lui, souffre de thèmes trop vastes et confus, demandant aux chercheurs de tout étudier à la fois : régimes politiques, acteurs, données descriptives et prédictives, causes structurelles et psychologiques, comparaisons historiques, approches pluridisciplinaires, etc.

En plus de cette surcharge thématique, l’appel accumule des sous-thèmes disparates (autocratie numérique, égalité de genre, minorités, arts, médias, etc.), reflétant davantage des priorités politiques que scientifiques. Les questions posées sont souvent naïves et ignorent l’état actuel de la recherche, comme si rien n’avait encore été étudié sur l’autoritarisme ou la résistance démocratique.

L’auteur critique également la naïveté technocratique d’Horizon Europe, qui exige des chercheurs qu’ils produisent des recommandations « scientifiquement robustes » pour « sauver la démocratie » ou « améliorer le bien-être des citoyens », alors même que les problèmes politiques sont fondamentalement conflictuels et incertains.

Au final, ces projets deviennent souvent des simulations : chercheurs et Commission font semblant que les objectifs sont atteints tant que les cases administratives sont cochées. Pour l’auteur de l’article, il faudrait mettre fin à cette farce, car les ressources limitées de la recherche devraient être utilisées de manière plus sensée.

Il conclut par une métaphore : le système européen du financement de la recherche ressemble à un empereur nu — somptueux en apparence, mais dépourvu de substance réelle.