«La Fondation nationale pour la science des États-Unis (NSF) est l’un des principaux bailleurs de fonds de la recherche en économie et en archéologie, mais en 2026, elle n’a accordé aucune nouvelle subvention dans ces disciplines.»
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Sujet: sciences humaines et sociales
«Alertée au sujet d’un éventuel changement de priorités au sein du CNRS Sciences humaines et sociales, susceptible d’affecter les projets de recherches relatives au genre et aux discriminations, la CNCDH a eu un échange particulièrement fructueux avec son directeur.»
«Il fut un temps où le nombre élevé d’inscriptions en sciences humaines et sociales était considéré comme un problème. Aujourd’hui, alors que leur proportion diminue par rapport aux autres filières, on parle d’une perte d’importance. Que peut-on réellement conclure de ces chiffres ?» Christian Weibel, collaborateur scientifique à l’ASSH, affirme que les effectifs étudiants permettent de rendre visibles certaines évolutions sociétales.
Abel Brodeur et David Valenta de l’Université d’Ottawa, ont ensuite examiné 327 «replication packages», des dossiers de données de recherche pour la reproduction accessibles au public, correspondant à des études menées sur des sujets humains et publiées dans 11 revues de référence en économie, en sciences politiques et en psychologie.
«Quatorze pour cent contenaient au moins une donnée permettant d’identifier directement une personne, telle que son nom, son adresse, son numéro de téléphone ou l’adresse IP de l’ordinateur qu’elle a utilisé pour répondre à un sondage en ligne», indiquent Brodeur et Valenta. «Sept pour cent supplémentaires comprenaient des informations telles que l’âge, la profession et le lieu de résidence qui, une fois recoupées, peuvent permettre d’identifier une personne.
Les participant·es ont souvent divulgué ces informations en répondant à des questions «à réponse libre» dans les questionnaires, allant parfois jusqu’à fournir leur nom et leur numéro de compte bancaire pour s’assurer de recevoir la rémunération promise en échange de leur participation à l’étude. Les auteurs de l’étude ont rendu ces informations publiques par inadvertance.
Selon un rapport publié mardi par l’Académie américaine des arts et des sciences, les établissements d’enseignement supérieur américains ont délivré 164 847 licences en sciences humaines en 2025, soit le chiffre le plus bas depuis 1991. Ce total représente une baisse de 30,4 % par rapport à 2012, année où les diplômes en sciences humaines connaissaient leur apogée.
«Longtemps considéré comme une garantie de qualité scientifique, ce mode d’évaluation montre aujourd’hui ses limites, en particulier dans les sciences humaines et sociales. Entre biais, lourdeurs de procédure et crise de confiance, ce dispositif doit être repensé.»
Deux chroniques du journal allemand Die Zeit,mettent en lumière le débat qui divise les sciences sociales entre les écoles de Munich et de Francfort.
D’un côté, les sociologues de l’Université Ludwig Maximilian de Munich Armin Nassehi et Irmhild Saake dénoncent une politisation de la discipline qui menace sa scientificité du domaine. Un problème du domaine serait que tout est étudié avec les lunettes qui s’intéressent à l’égalité, sans questionner le souhait sous-jacent d’effacer toute asymétrie. «Le travail des sociologues serait de poser des questions plus rigoureuses sur le plan méthodologique et théorique, et non pas seulement de cultiver son propre folklore. De nombreuses nouvelles questions passionnantes se posent dès lors que l’on va au-delà de la plausibilité des attentes en matière d’égalité.»
[Les étudiant-es] «maîtrisent parfaitement le filtrage des réseaux sociaux, mais ne parviennent pas à évaluer les conséquences d’une schématisation extrême.»
De l’autre coté, les sociologues Stephan Lessenich (de la même université) et Sarah Nies (Université de Göttingen) estiment que la discipline subit des attaques injustifiées dans un contexte démocratique déjà fragilisé. Il et elle estiment que les sociologues munichois politisent sous le couvert de la neutralité et au nom de «questions purement scientifiques».
Face à ces tensions, le professeur en éthique de l’économie Thomas Beschorner (Université de Saint-Gall), regrette un débat trop passionné et verbeux, manquant de sérieux.
Mandaté par L’Académie suisse des sciences humaines et sociales (ASSH), un rapport analyse l’évolution du nombre d’étudiant·e·s dans les domaines des sciences humaines et sociales en Suisse entre les années 1980 et 2024. Bien que le nombre total d’étudiant·es ait augmenté, l’effectif de ces filières diminue face aux sciences techniques.
Le rapport constate une hausse pour les sciences sociales (28 % en 2023/24), une stagnation des sciences humaines et un recul marqué pour les Langues et Littératures (qui passent de 13 % à 4 % des étudiants).
Basé sur des analyses quantitatives et des entretiens réalisés avec des spécialistes de l’orientation, l’enquête révèle que l’intérêt personnel reste la motivation principale dans ces filières mais que les questions d’argent et de débouchés professionnels pèsent de plus en plus lourd dans la décision, surtout depuis la pandémie du Covid-19.
Le doyen de la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Bâle, Laurent Goetschel répond aux défis et préjugés auxquels doit faire face les Humanités. Il insiste sur leur caractère innovant et leur rôle crucial face aux défis contemporains. Pour illustrer l’impact direct sur la société, il cite des recherches clés sur le pouvoir des images, l’influence des récits et les politiques environnementales.
Il rappelle également l’enjeu démocratique de ces disciplines en affirmant : « Partout où des forces autoritaires s’emparent du pouvoir, l’une de leurs premières mesures consiste à abolir les sciences humaines, car celles-ci incarnent la libre pensée même. »
«En janvier, la Confédération a lancé six nouveaux Pôles de recherche nationaux (PRN) et a réservé des fonds pour au moins un autre PRN en SHS. La mise au concours pour la procédure de sélection supplémentaire est ouverte.»
Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme face à une proposition «ambitieuse» de la Maison Blanche qui pourrait bouleverser en profondeur le fonctionnement de la recherche financée par le gouvernement fédéral. Les règles proposées confieraient aux responsables politiques le contrôle de toutes les subventions fédérales ; réduiraient l’importance de l’évaluation par les pairs ; imposeraient davantage de restrictions à la participation des bénéficiaires de subventions à des réunions ; limiteraient les collaborations entre les scientifiques américains financés par le gouvernement fédéral et leurs homologues étrangers ; et restreindraient le soutien financier fédéral à la publication des résultats des scientifiques américains dans des revues scientifiques. (Nature)
Par ailleurs, l’administration Trump a proposé de réduire de moitié le budget de l’agence National Science Foundation (NSF) et de supprimer purement et simplement la division Social, Behavioral, and Economic Sciences (SBE) au cours du prochain exercice budgétaire. Cette dernière finance environ 63 % de la recherche universitaire en sciences psychologiques et sociales. (The Atlantic)
Selon la American Geophysical Union, «des catégories entières de recherche se verraient de fait privées de financement fédéral, notamment les travaux recourant à des cadres analytiques axés sur les effets disparates — fondement méthodologique de la recherche en santé publique, de la science de la justice environnementale et des sciences sociales qui étudient la répartition inégale des risques climatiques, de la qualité de l’air et de la vulnérabilité aux catastrophes. Cette règle limiterait également tout travail que l’administration estime impliquer des pratiques DEI ou ce qu’elle qualifie d’« idéologie du genre ». Par ailleurs, un juge fédéral a bloqué la tentative de la NSF de démanteler le NCAR. (American Geophysical Union)
Confronté à une baisse de budget de 200 millions de francs de la part de la Confédération, le Fonds national suisse (FNS) va réduire de 20% son aide aux publications dès 2027 et supprimer le programme de bourses « Doc.CH ». Ce dernier est spécifiquement conçu pour les doctorant·es en sciences humaines et sociales en Suisse.
Désormais, seules les publications issues de recherches directement soutenues par le FNS seront financés, ce qui exclut les thèses de doctorat et d’habilitation, tout en imposant aux éditeur·ices une nouvelle évaluation indépendante.
Le milieu académique, à l’instar de Monika Dommann, professeure d’histoire moderne à l’Université de Zurich, ainsi que les éditeur·ices scientifiques suisses dénoncent une contrainte inutile, un ralentissement des publications au détriment des jeunes chercheur·euses et une menace directe pour l’avenir des sciences humaine et sociales en Suisse. Une pétition a été lancée pour s’opposer à ces mesures.
Le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche a décidé de réserver des fonds pour un PRN supplémentaire et d’organiser une procédure de sélection compétitive axée sur les sciences humaines et sociales.
Une pétition regrette une récente décision du Fonds national suisse (FNS) qui mettrait, selon les initiateurs, l’Association suisse des éditeurs de sciences humaines et sociales et LivreSuisse, en péril la publication des livres scientifiques.
«L’aide à la publication, pourtant nécessaire à une production scientifique de qualité, sera réduite de 20%. En outre, le périmètre d’éligibilité sera significativement resserré. Ainsi, dès 2027, les ouvrages n’émanant pas directement de travaux de qualification (thèses de doctorat ou d’habilitation) ou d’un projet de recherche FNS ne seront tout simplement plus financés. »
Selon Katharina Fromm, Rectrice de l’Université de Fribourg, lors d’une réunion de la Chambre universitaire et la Délégation recherche de swissuniversities avec le SEFRI et le FNS, il a été confirmé qu’il y aura un appel à projet pour 1-2 pôles nationaux de la recherche dans le domaine des Sciences humaines et sociales, avec idéalement deux universités «leading houses ».»
La lauréate du Prix du frère et sœur Scholl 2025 Carolin Amlinger, professeure en Sociologie à l’Université de Bâle. Ses ouvrages, rédigés dans une perspective résolument de gauche, traitent des courants sociaux actuels, notamment à l’extrême droite de l’échiquier politique.
«Une «perspective à long terme» lui permettant de rester à l’université de Bâle ne s’est pas concrétisée, malgré des assurances verbales initiales allant dans ce sens.» (bzb du 16.03.2026)
La députée Barbara Heer (PS, Bâle-Ville) soulève dans une interpellation des questions fondamentales concernant l’orientation de l’Alma mater bâloise. Elle y voit «un mépris potentiel des sciences humaines et sociales», «tel qu’il s’est également manifesté dans la récente attribution des pôles de recherche nationaux. […] Cela donnerait l’impression que les sciences sociales et humaines, tout comme leur visibilité au sein de l’université, sont considérées comme un simple alibi et sont de plus en plus marginalisées.» (bzb du 10.04.2026)
Dans une interview accordée au St-Galler Tagblatt, Zeno Staub, président du conseil de l’Université de Saint-Gall (HSG), réaffirme l’ambition d’excellence et de compétitivité internationale de l’institution. Face aux critiques sur les rémunérations élevées de certains professeur·es, il justifie ces salaires par la nécessité d’attirer les meilleurs talents pour garantir une recherche de pointe.
Alors que les négociations budgétaires avec le canton pour la période 2027-2030 approchent, Zeno Staub souligne l’importance stratégique des fonds tiers. Enfin, il défend le rôle de l’HSG dans la promotion de l’égalité des chances et répond aux inquiétudes concernant la place des sciences humaines et sociales au sein de l’université.
Les récentes décisions du rectorat en place depuis deux ans à l’Université de Saint-Gall soulèvent des questionnements quant à la potentielle « marginalisation » des sciences humaines et sociales.
Des critiques concernent notamment la mise en avant des ses cursus en droit, économie, relations internationales et informatique pour préserver son rayonnement international et la suppression d’un cursus sur le développement durable. Le rectorat affirme cependant défendre les intérêts généraux de l’ensemble de l’université.
«Alors que l’intelligence artificielle a bouleversé les méthodes d’apprentissage des étudiants, les universitaires s’inquiètent pour l’avenir des sciences humaines – et de la société dans son ensemble».
Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), les effectifs des étudiant·es en Sciences humaines et sociales restent stables en Suisse, voire en légère hausse à l’Unil, avec environ 45 000 personnes inscrites (hors droit et économie). La situation internationale pourrait même jouer en faveur des disciplines.
Le doyen de la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’UniFR Dominik Schöbi, estime que «Les sciences humaines donnent aux étudiants des instruments comme la logique, la pensée critique, une compréhension historique, très utiles notamment à l’ère de la révolution numérique».
Pour l’Association des étudiant-e-x-s en études de genre de l’Université de Genève (AEEG), «ce qui se passe aux Etats-Unis» pourrait susciter une «prise de conscience de l’importance d’étudier les sciences sociales avec cette dimension critique ».