«Plusieurs syndicats, enseignants en particulier, alertent au sujet d’un partenariat signé jeudi après-midi entre l’université de Montpellier et Total Énergies. Et pas n’importe quel partenariat puisque la multinationale va être directement impliquée dans le Master mention Énergie.»
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Sujet: enseignement – pluralité
Une chronique du Frankfurter Allgemeine Zeitung souligne que le manque de pluralisme politique en sciences sociales engendrerait des biais méthodologiques. Dans les domaines sensibles comme l’immigration, le professeur associé en migrations [de l’Université de Notre Dame] Alexander Kustov note que les résultats non conformes au consensus progressiste sont souvent minimisés.
Selon le sociologue Neill Gross [du Colby Collège], ce phénomène s’auto-alimente en attirant majoritairement des profils partageant déjà ces idées. Pour préserver l’objectivité scientifique, l’auteur de la chronique insiste sur l’idée que le milieu académique devrait intégrer la diversité des visions du monde au même titre que les diversités de genre ou d’origine. De plus, cette politisation unilatérale à gauche pourrait également alimenter, en réaction, une politisation de la droite.
La professeure en philosophie de l’Université de Tübingen Sabine Döring affirme sur LinkedIn qu’il est délicat d’affirmer que «la politique scientifique devrait prendre des mesures pour contrer cette tendance». «D’une part, il s’agit de supprimer les incitations à l’homogénéisation. D’autre part, une pluralité imposée par les pouvoirs publics constituerait une atteinte (illibérale !) à la liberté scientifique.»
Sous l’impulsion de sa présidente Maurie McInnis, l’Université de Yale a mandaté et publié un rapport d’une franchise inédite, validant les critiques majeures adressées au monde académique.
Madame McInnis y souligne l’urgence de ce virage : «Aujourd’hui, les universités du pays font face à une vague historique de demandes de changement. La confiance envers les institutions s’érode c’est un problème que nous ne pouvons ignorer. Pour que l’enseignement supérieur serve l’intérêt public, nous avons besoin de la confiance du public». Cette démarche a été saluée par le Wall Street Journal, qui y voit une rupture avec l’arrogance et la posture défensive habituelles du milieu universitaire. Le journal notant qu’ils «ne se réfugient pas derrière la ruse consistant à blâmer Donald Trump».
Le document dénonce ainsi sans détour la dérive des coûts, la bureaucratie galopante, l’inflation des notes et l’opacité des admissions. Plus frappant encore, Yale admet l’existence d’une «monoculture» idéologique qui étouffe le débat.
Pour y remédier, l’université dit imposer à ses départements, dès l’année 2026-2027, une révision de leurs programmes afin de garantir une réelle diversité des perspectives intellectuelles et le respect de la liberté académique.
[L’article est accessible via le PressReader de la BCU.]
Edouard Morena, maître de conférence en science politique à la University of London Institute in Paris, compare les a Paris Climate School de Sciences Po, inaugurée en 2025, avec la Columbia Climate School à New York; la Doerr School of Sustainability à Stanford en Californie; ou encore la Global School of Sustainability à la London School of Economics (LSE). Il estime que lorsqu’on compare des «organigrammes, partenaires financiers, compositions des conseils stratégiques et de surveillance, contenus pédagogiques, axes et produits de recherche, le moins que l’on puisse dire c’est que l’ouverture et la confrontation d’idées ne saute pas aux yeux. Au contraire on a l’impression d’un entre-soi entre acteurs dominants du débat climatique international qui partagent toutes et tous (à quelques nuances près) une même approche de la transition bas carbone […] centrée sur l’Accord de Paris et son modèle de gouvernance climatique». Edouard Morena regrette que, compte tenu des leurs ressources financières et humaines et de leur grande visibilité, ces écoles «cannibalisent l’espace des sciences humaines et sociales en rapport avec le climat», alors que et fait référence à un article du Monde qui statue qu’«à l’échelle internationale, la recherche sur le climat dans le domaine des sciences sociales ne représente que 0,18 % du total des financements.»
Le correspondant de la NZZ aux États-Unis, Christian Weisflog, a récolté plusieurs témoignages aux opinions divisées sur le campus de Harvard vis-à-vis de la politique de l’administration Trump.
L’étudiante et activiste juive Tova Kapla, fondatrice du groupe Students for Freedom (mouvement qui a soutenu la direction de l’Université par des lettres ouvertes et des manifestations pour ne pas céder aux exigences du gouvernement Trump), s’inquiète des actions de la Maison Blanche envers les leaders propalestinien·nes. Selon elle, la réaction de l’administration Trump n’aide pas les étudiant·es juif·ves, au contraire: «La démocratie profite aux juifs. L’histoire juive a montré que lorsque les gouvernements répriment la liberté d’expression, nous en souffrons souvent beaucoup.»
Le professeur et historien d’Harvard juif Derek Penslar, qui a étudié l’antisémitisme à Harvard en coprésidant un groupe de travail qui a publié un rapport en avril dernier, explique que, certes «le rapport a incontestablement documenté que Harvard a un problème avec l’antisémitisme et les préjugés anti-israéliens», mais l’antisémitisme existe sur le campus d’Harvard de la même manière que dans toute la société américaine. Il relativise en précisant que seul «un très petit nombre de professeurs» sont concerné·es. Le professeur dénonce en particulier une instrumentalisation politique de l’antisémitisme destinée selon lui à affaiblir les institutions indépendantes et à restreindre la liberté d’expression. Le professeur est actuellement devenu une cible pour une partie de l’administration Trump, et ne donne ainsi des interviews qu’aux médias européens.
Eli Solomon, étudiant juif en sciences politiques âgé de 19 ans, estime au contraire que «Trump exerce les pressions nécessaires sur Harvard». Selon lui, les réformes imposées rendent l’université plus sûre pour les conservateur·ces et les juif·ves, favorisant un débat plus ouvert. Tout comme le professeur Derek Penslar, il a l’impression qu’il ne s’agit que d’une petite minorité qui rejette catégoriquement les convictions conservatrices. «Certains instituts se sont efforcés d’engager davantage de conférenciers conservateurs. Et l’Université change ses méthodes de recrutement», explique l’étudiant. Pour lui, il manque encore un institut de pensée conservatrice à Harvard, tel qu’il en existe à Yale, Princeton ou Stanford.
Anika Christensen, assistante de recherche au laboratoire de génétique évolutionnaire et membre de Students for Freedom, explique de son côté que bien que de nombreuses subventions ont été débloquées, elles risquent d’être perdues si le gouvernement transfère la décision du tribunal à l’instance suivante. En outre, les demandes de nouveaux fonds pour la recherche à Washington seraient soumises à une censure idéologique: «Si l’on veut étudier quelque chose sur des souris femelles, cela pourrait déjà être trop féministe», déclare-t-il. Harvard a notamment annoncé une réduction de 75% des postes de doctorant·es en sciences à cause du manque de fonds.
Students for Freedom souhaite empêcher tout accord avec l’administration Trump. Selon le professeur Derek Penslar, il n’y aurait aucune garantie que le gouvernement respectera un accord avec Harvard. «Au bout de six mois, ils pourraient revenir et demander encore plus; c’est comme payer de l’argent pour protéger un patron de la mafia.» A minima, les témoignages d’Harvard peuvent et semblent inspirer d’autres universités américaines.
Jacques Ehrenfreund, professeur d’histoire juive à l’Université de Lausanne, revient dans une interview sur l’occupation de l’UNIL en 2024 par des activistes pro-palestinien·nes. «L’Université de Lausanne est en quelque sorte le centre du militantisme pro-palestinien en Suisse.», avance le journaliste Rico Brandle.
Jacques Ehrenfreud décrit une atmosphère hostile sur le campus, marquée par des slogans niant le droit d’Israël à exister et un climat d’intimidation à l’encontre des étudiant·es juif·ves. Lors d’une conférence qu’il devait donner avec un collègue islamologue sur les origines du conflit, des militant·es auraient tenté d’empêcher la tenue du cours. Par la suite, ses interventions ont dû être surveillées par la sécurité.
Par ailleurs, plusieurs étudiant·es juif·ves de l’Université de Lausanne lui auraient confié qu’ils (ou elles) ne souhaitaient plus étudier dans certaines facultés. Il existerait un problème fondamental dans les universités, en particulier dans les sciences sociales : le manque de diversité politique. «On insiste toujours sur l’importance de la diversité en termes de couleur de peau, d’origine ou d’orientation sexuelle. Mais le problème réside dans le manque de diversité des opinions politiques. Dans certains domaines universitaires, celle-ci a complètement disparu au cours des dernières décennies.» Il mentionne par exemple les études post-coloniales, «idéologie centrale de la gauche occidentale», qui ignoraient l’histoire juive et l’islamisme. Il avance qu’il serait urgent de remédier à ce manque de diversité idéologique, tout en respectant l’autonomie de l’université.
Alors que la moitié des universités françaises ont mis en place des formations sur la transition écologique, les scientifiques Jean Jouzel et Luc Abbadie, auteurs d’un rapport de référence sur le sujet, saluent les progrès accomplis mais mettent en garde contre la dépendance aux financements privés.
En effet, un rapport du Observatoire des multinationales publié mercredi pointe l’omniprésence des multinationales à l’école Politechnique (aussi appelé l’X), dans les chaires, les partenariats et la vie étudiante. «Un entrisme qui retarderait l’arrivée de contenus liés à la protection de l’environnement dans les cursus et enfermerait les futurs ingénieurs vers un seul modèle de réussite.»
L’unique filière universitaire en Suisse qui proposait la tibétologie va fermer. Officiellement, l’Université de Berne a décidé d’arrêter ce cursus en raison du manque d’étudiant·es (5 à 10 personnes par cours, 1 master par an). La décision suscite l’inquiétude auprès d’associations tibétaines en Suisse et en Europe, qui y voient une atteinte à la visibilité de la diaspora tibétaine en Suisse, dans un contexte de communauté actuellement fragilisée.
«Pour sauver l’étude de la tibétologie en Suisse, plusieurs pistes sont évoquées. L’Université de Lausanne pourrait reprendre le programme, d’autant plus que sa bibliothèque possède déjà une riche collection sur le Tibet. Mais un tel programme représente un coût important. Par ailleurs, une motion politique a été déposée au Grand Conseil bernois.»
Le Conseil d’Etat bernois a refusé de faire pression sur l’Université de Berne afin qu’elle maintienne son offre d’études en langue et culture tibétaines. Il rejette une motion en ce sens de Regula Bühlmann (Les Verts/Berne). Le Conseil d’État estime qu’il «faut faire preuve de retenue lorsqu’il s’agit d’imposer à l’université des prescriptions concernant certaines filières ou disciplines. Il serait tout à fait déplacé d’émettre des directives sur certains cours de langue.» Cette décision marque la fin des études tibétaines en Suisse, après leur suppression à l’Université de Lausanne.
Durant l’année académique 2023-2024, 1,1 millions d’étudiant·es étrangers·ères se sont inscrits dans les universités américaines, plus de quatre fois qu’en 1979-80. (Le nombre d’étudiant·es globaux a augmenté de 50% pendant la même période.)
Selon David A. Bell, professeur d’histoire à l’Université de Princeton, les universités ont été contentes de les accueillir puisqu’ils et elles requièrent moins souvent l’assistance financière, venant de milieux très aisés et privilégiés. Ce clivage avec les étudiants locaux, voire avec des habitant·es des villes universitaires susciterait des tensions et des jalousies, d’autant plus que l’admission dans les universités de pointe devient de plus en plus compétitive.
L’auteur avance que si les universités sont comprises comme outils de soft power et de compréhension internationale, les bénéfices des échanges sont évidents. Mais d’un point de vue de la mobilité sociale, il devient de plus en plus difficile pour les étudiant·es américain·es d’être admis·es dans une université, d’autant plus s’ils et elles n’ont pas eu les moyens d’aller dans des écoles préparatoires. «Ainsi, ces étudiant·es font paraître les universités américaines encore plus élitistes et peut-être déconnectées, à un moment où le ressentiment populiste à l’égard de ces institutions a facilité l’assaut destructeur de l’administration Trump contre la recherche scientifique qu’elles mènent. En outre, si les étudiant·es étrangers·ères apportent une certaine diversité aux universités américaines, cette diversité n’est peut-être pas aussi importante que celle apportée par les Américains d’origines sociales différentes. Un diplômé d’une école privée d’élite en Grèce ou en Inde peut avoir plus en commun avec un diplômé d’Exeter ou de Horace Mann qu’avec un Américain de la classe ouvrière de l’Alabama rural. Devons-nous transformer les départements d’économie des universités en mini-Davos où les futurs fonctionnaires du Fonds monétaire international de différents pays renforcent les opinions des uns et des autres sur le commerce mondial ?»
«Si l’administration Trump maintient ses politiques actuelles en matière de frontières et de visas et poursuit ses tentatives de détention et d’expulsion des étudiant·es étrangers·ères qui expriment des opinions controversées, les inscriptions étrangères pourraient diminuer considérablement d’elles-mêmes. Mais dans la perspective de l’après-Trump, il sera important que les universités américaines reconnaissent les tensions et les compromis réels liés aux inscriptions internationales et qu’elles équilibrent leur augmentation par une plus grande ouverture à un plus grand éventail [«range»]» de candidatures nationales.
«La Suisse est confrontée à un défi croissant : un manque flagrant d’expertise académique sur les relations internationales de l’Asie. Alors que l’importance économique et géopolitique du continent ne cesse de croître, cette pénurie devient de plus en plus importante.», estiment Simona Grano, responsable du domaine de recherche « Relations Chine-Taïwan » et maître de conférences («senior lecturer») à l’Université de Zurich et Lionel Fatton, professeur assistant et responsable du programme de bachelor en relations internationales au Campus Webster de Genève et collaborateur de recherche à l’Institut de recherche sur l’histoire des transferts d’armes à l’échelle mondiale de l’Université Meiji [à Tokyo]. «Sans une expertise solide, le pays risque de devenir simplement réactif face aux crises futures, plutôt que de façonner les résultats dans son propre intérêt.»
«Si plusieurs universités suisses proposent des cours de langue et de culture liés à l’Asie, très peu se concentrent sur la politique internationale ou la dynamique stratégique de la région. Seules deux institutions – l’Institut d’études asiatiques et orientales de l’Université de Zurich et le Master en études asiatiques de l’Université de Genève – proposent des programmes complets en études asiatiques. Même là, l’expertise en matière de géopolitique et de relations internationales est limitée et souvent concentrée entre les mains d’une poignée de chercheurs [et chercheuses].»
Donald Trump a diminué les budgets des universités et de la recherche scientifique de plusieurs milliards de dollars, créant de l’inquiétude au sein du monde universitaire américain.
L’Université Johns Hopkins de Baltimore a, par exemple, perdu plus de 800 millions de dollars de subventions, ce qui a conduit au licenciement de 2200 employé·es, dont 250 aux Etats-Unis. «Il y a une incompréhension de la raison pour laquelle cela se produit, du moins de la manière dont cela se produit», explique Paul Spiegel, épidémiologiste à la tête d’un département, au micro de la RTS. «Je pense qu’il y aura des décennies de conséquences négatives, en termes de sciences, mais aussi pour l’avenir des jeunes chercheurs», ajoute-il.
La communauté scientifique a déposé plusieurs recours en justice, mais se heurte à une politique «du fait accompli» qui a déjà entrainé la fermeture de plusieurs projets de recherche, conclut le journaliste.
L’Université américaine de Columbia, qui avait reçu un ultimatum pour se conformer aux exigences de la Maison-Blanche, a décidé d’engager les réformes demandées par le gouvernement. Elle l’a fait savoir à ce dernier en lui envoyant une lettre vendredi. N’évoquant jamais la question financière dans sa lettre, l’université se dit prête à «revoir totalement sa gestion des mouvements de protestation étudiants» et «à formaliser une définition de l’antisémitisme». L’université annonce se doter d’un nouveau service d’ordre de «36 agents spéciaux» qui auront la possibilité d’«arrêter» des personnes ou de les expulser du campus quand cela sera jugé «approprié». (Bluewin.ch)
Alors que le gouvernement avait ordonné à l’université de placer les études sur le Proche-Orient, l’Asie du Sud et l’Afrique sous administration forcée pendant cinq ans, privant ainsi la faculté de tout contrôle, l’alma mater n’a pas explicitement répondu à cette mesure drastique, mais a annoncé qu’elle nommerait un responsable chargé de veiller à ce que les programmes d’enseignement soient équilibrés. La direction a également promis une plus grande neutralité institutionnelle, ce qui signifie qu’elle se gardera à l’avenir de toute prise de position politique. (Neue Zürcher Zeitung)
Todd Wolfson, professeur à l’université Rutgers et président de l’American Association of University Professors, a déclaré qu’il s’agissait de la plus grande atteinte à l’autonomie académique et à la liberté d’expression depuis la croisade de McCarthy contre les communistes dans les années 50. (Neue Zürcher Zeitung)
«Cette décision est considérée comme déterminante, car elle pourrait servir de précédent pour d’autres universités de pointe comme Harvard ou Stanford, qui font également l’objet d’une enquête.» (Neue Zürcher Zeitung) Le gouvernement a par exemple menacé mercredi l’Université de Pennsylvanie d’une réduction de 175 millions de dollars car l’université avait admis une femme transgenre dans l’équipe féminine de natation en 2022.
Dès la rentrée d’automne, les cours de tibétain et de mongol seront supprimés à l’Université de Berme. «Le service de presse justifie cette réorientation par une baisse du nombre d’étudiant·es. De plus, l’apprentissage du tibétain ou du mongol est «très difficile». Il y aura cependant toujours un pôle de recherche sur l’histoire des idées du bouddhisme indo-tibétain.» «L’Internationale Vereinigung für Tibetische Studien a réagi dans une lettre avec une «profonde inquiétude» : selon l’association, les institutions académiques devraient résister à la «pression politique» de la Chine visant à réduire la présence du Tibet dans le discours académique international. L’Université de Berne, quant à elle, nie que la pression chinoise ait joué un rôle dans l’abandon de la tibétologie.» Depuis peu pourtant, l’université propose à ses étudiant·es «Langue et société chinoises» comme branche secondaire.
Ulrike Roesler, professeur d’études tibétaines et himalayennes à l’université d’Oxford, refuse l’argument de la difficulté de la langue. «Enfin, il serait impensable que des universités proposent des cursus en sciences islamiques sans l’arabe ou en histoire chinoise sans le chinois, car ces langues sont trop difficiles. En somme, la décision est «extrêmement myope» et «particulièrement décevante» pour un pays qui a été un pionnier dans le soutien et l’étude de la culture tibétaine».
Engagé par HEC Lausanne au mois d’octobre dernier, l’économiste Timothée Parrique, expert de la décroissance, revient sur la polémique entourant sa prise de fonction.
Trois d’étudiant·es dénoncent un manque d’éthique dans leurs études à la faculté HEC de l’Université de Lausanne, en particulier concernant le greenwashing, de la maximisation du profit sans remise en question, et du manque de proposition d’alternatives à une croissance infinie. «Quand je sors des cours, je me dis souvent que l’on ne parle pas de l’impact que tu as sur les gens, mais uniquement de celui que tu as sur ton profit dans dix ans», avance une étudiante.
La HEC explique, pour sa part, travailler à une meilleure intégration de la durabilité dans les cours, notamment en collaboration avec des associations étudiantes. «L’école indique également plancher sur l’organisation d’événements, d’échanges, et d’offres de stage pour des ONG avec un objectif durable. «Ce qui est fondamental pour notre école, c’est de fournir des outils économiques, financiers, de comptabilité et de management, qui permettent à nos étudiants de travailler dans un environnement capitaliste, comme dans un environnement postcapitaliste – les outils de base ne changent pas. Nous n’enseignons pas de l’idéologie, mais des outils.»»
Le recrutement d’un chercheur en économie écologique, spécialiste de la décroissance et du post-capitalime, à la faculté HEC de l’UNIL a suscité des critiques. «Une personne haut placé» de HEC parle d’un climat très à gauche à l’UNIL, et sous l’anonymat, «plusieurs professeurs jugent que l’idéologisation de la recherche et les restrictions de voyages en avion ou de matériel informatique demandées par l’Unil sont autant de freins à l’excellence académique.»
Unisanté a publié les résultats principaux d’une enquête (en cours de publication) mené l’hiver passé auprès des 396 médecins formé-es depuis 2011 à la Policlinique médicale universitaire (PMU)/Unisanté.
Un des résultats est que 18 % des 150 personnes dorénavant installées en pratique ambulatoire ont déclarés s’être formés en médecine manuelle ou en médecine psychosomatique psychosociale et 7 % ont suivi une autre formation, telle que la médecine d’urgence, la médecine de l’addiction ou l’acupuncture. «Le fait qu’un quart de nos collègues décident d’acquérir au terme de leur cursus d’autres compétences devrait nous inciter à inclure ces disciplines attractives plus tôt dans la formation», estiment les auteurs-rices de cet éditorial, dont le directeur d’Unisanté.
«Sur la débâcle du CS, les banques de l’ombre et les opérations risquées sur les produits dérivés, la plupart des professeurs de finance restent silencieux. […] La dépendance financière vis-à-vis du SFI [Swiss Finance Institute] peut avoir pour conséquence que l’intégrité scientifique et la responsabilité sociale soient reléguées au second plan.»
«Un documentaire du réalisateur suisse Piet Baumgartner a suivi de 2015 à 2021 le parcours de cinq étudiantes et étudiants de l’Université de Saint-Gall promis à une carrière au sommet. Pour un résultat à la fois sobre et marquant.»
Pour la journaliste Laure Lugon Zugravu, les mouvements pro-palestiniens «ont mis en lumière un activisme très présent dans les facultés romandes et des enseignants de plus en plus politisés.»
Un professeur de l’Université de Neuchâtel avance: «[l]’anthropologie, la sociologie, les sciences politiques, une partie de la géographie sont gagnées par l’idéologie. Cela arrive lorsque vous mettez ensemble des gens qui pensent tous pareil. Sans être soumis à des points de vue contradictoires, ils radicalisent leurs positions.» Selon ce professeur il y aurait «[l]a disparition de traditions entières de pensées» dans les sciences politiques ou dans les études de genre. Pour le Professeur de l’UNIL Philippe Gonzalez, certain·es de ses collègues «[mélangent] la science et la politique», ce qui a produit une «propension actuelle à ne plus enseigner aux étudiants comment penser, mais ce qu’il faut penser». Si la politisation des professeur·es n’est pas nouvelle, le professeur de l’Université de Neuchâtel explique qu’«[être politisé] ce n’est pas grave s’il y a une masse critique suffisante de chercheurs de différents bords qui peuvent se corriger mutuellement. «Mais la sous-représentation de la droite s’accroît. […] La diversité la plus menacée dans nos universités n’est pas celle hommes-femmes, mais la diversité idéologique».
A propos de la perception quant à un croissant militantisme au sein de l’UNIL, un scientifique affirme qu’«[o]n n’a plus le droit d’avoir l’esprit critique qui doit nécessairement présider à la science. En lieu et place, il faut s’aligner sur la doxa climatique et écologiste.» Le Professeur Alain Macaluso souligne que «[c]hacun a le droit d’être militant à titre personnel. Le problème surgit quand le militantisme s’institutionnalise, soit que l’institution adopte elle-même une attitude militante, ce qui divise nécessairement sa communauté, soit que certains de ses membres cherchent à imposer leurs combats au sein de l’institution.»
Le Professeur de sciences politiques Bernard Voutat refuse les accusations selon lesquelles «[les] cours [au sein de la faculté des sciences sociales et politiques de l’UNIL] sont imprégnés de wokisme, d’islamo-gauchisme ou de théorie des genres […].» Si le professeur admet «qu’une majorité de ses collègues sont de gauche» il souligne que l’intégrité scientifique est respectée et les professeur·es doivent respecter certaines limites : «L’une d’elles est de ne pas user de sa position d’enseignant pour imposer ses points de vue aux étudiants. On doit aussi respecter l’intégrité scientifique.» Par contre, il ne voit pas de problèmes en ce que 400 professeur·es aient signé la pétition de soutien aux mobilisations pour la Palestine : «selon lui, la question […] renvoie à la liberté d’opinion et d’expression qui est reconnue à tout un chacun, y compris aux professeurs de l’Unil.»
Dans un article d’opinion, Laure Lugon Zugravu regrette que des activistes pro-palestiniennes à l’UNIL ont récemment publié une liste des «collabos», soit des professeurs qui conçoivent des projets de recherche avec des universités israéliennes, cela lui rappelle le maccarthysme.