«Bousculées par l’intelligence artificielle, qui ringardise certains apprentissages, et face à l’inflation des diplômes, les grandes écoles de commerce font leur révolution. L’initiative de l’ESCP, qui lancera en 2027 une School of Technology parrainée par Yann Le Cun, révèle une mutation profonde, la volonté d’acquérir une dimension tech devenu indispensable.»
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Sujet: intelligence artificielle
«À la rentrée de septembre 2026, l’Université de Genève consolidera son offre de formation avec un bachelor en systèmes d’information et business analytics, rattaché à la Geneva School of Economics and Management (GSEM).
Cette nouvelle offre fait suite à la dissolution du Centre Universitaire d’Informatique (CUI), décidée en décembre 2025. Elle garantit la pérennité des formations de base, jusqu’alors dispensées par le Centre, en les inscrivant dans un cadre institutionnel stable. […] La transformation nécessaire de l’enseignement supérieur nécessite d’importantes ressources. Cela concerne tous les acteurs – de la direction des établissements d’enseignement supérieur aux enseignants et aux étudiant·es –, tout comme les Länder (régions) et l’État fédéral.»
Dans ses «Recommandations pour l’enseignement supérieur à l’ère de l’IA générative», le Conseil scientifique allemand (WR) prône la «souveraineté intellectuelle» comme principe directeur, destiné à servir de repère aux établissements d’enseignement supérieur et à tous les acteurs concernés, et à guider leur approche de l’IA générative. Il appelle à l’autonomie, à la réflexion critique et à la résistance face à la simplification.
Lancée le 1er juillet par une start-up lausannoise, Giotto.ai propose une alternative grand public axée sur la souveraineté numérique face aux géants américains.
Fondée par Aldo Podestà, cette intelligence artificielle suisse se distingue par un modèle multimodal et transparent , matérialisé par le bouton « execution trace » permettant de suivre le raisonnement de la machine.
Si l’affichage des résultats demande parfois un peu de patience, la solution proposerait des réponses concises, précises et justes.
Environ deux ans après la signature d’un accord avec la Fondation Dieter Schwarz, l’ETH Zurich inaugure un nouveau site à Heilbronn,un nouveau pôle de recherche et d’enseignement axé sur l’IA et la cybersécurité. L’objectif est de faire progresser la transformation numérique dans l’économie et la société. L’ETH Zurich s’engage à long terme à Heilbronn et renforce ainsi son réseau au sein de l’espace européen de la recherche.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, la Maison-Blanche a levé l’obligation pour Anthropic d’obtenir une licence avant d’exporter ses modèles Mythos et Fable. Cela inclut notamment un nouveau programme qui «rassemble plusieurs outils couramment utilisés par les scientifiques, dont plus de 60 bases de données spécialisées. Les scientifiques allemands, chinois ou suisses qui utiliseront Claude Science ces prochains jours auront sans doute en tête le risque qu’à tout moment Washington décide de la déconnexion de ce service», parce que «les géants américains de l’intelligence artificielle sont de plus en plus sous la coupe du gouvernement». (Le Temps)
«L’intelligence artificielle, solution miracle pour doper la productivité au travail? Pas vraiment, analyse jeudi dans La Matinale le neuroscientifique et consultant Gaëtan de Lavilléon. Il explique pourquoi l’IA ne tient pas toujours ses promesses.» (RTS : La Matinale)
Le risque d’un arrêt soudain d’accès à certains modèles d’IA américains (« kill switch ») a renforcé en Europe la crainte d’une dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis. La décision de Washington de restreindre l’accès à certains modèles d’Anthropic, pour des raisons de cybersécurité, a eu des conséquences directes sur la recherche européenne, notamment en mathématiques, en privant certains scientifiques d’outils avancés.
Cet épisode soulève des inquiétudes : les chercheurs européens pourraient devenir dépendants de technologies étrangères susceptibles d’être coupées à tout moment, créant ainsi une forme d’inégalité d’accès à la recherche selon les profils ou les collaborations internationales.
Par ailleurs, les grands modèles de langage (LLM) américains de pointe sont généralement opaques et ont été développés sans contribution scientifique indépendante, déclare Sabine Leonelli de l’Université technique de Munich. «Ce n’est pas suffisant pour la science.»
De plus, l’IA en science ne dépend pas uniquement des modèles les plus avancés. De nombreux outils scientifiques reposent surtout sur la disponibilité de données de qualité, domaine où l’Europe dispose d’atouts importants. En exploitant ses infrastructures et ses données, elle pourrait développer ses propres modèles spécialisés et compétitifs.
Malgré cela, les nouveaux «assistants scientifiques» basés sur l’IA reposent encore largement sur des modèles américains, faute d’alternatives aussi performantes. Les options européennes ou chinoises existent, mais restent moins avancées ou plus difficiles à utiliser.
Plusieurs experts recommandent aux chercheurs européens de diversifier leurs outils et de développer des alternatives locales. L’objectif est de réduire la dépendance tout en renforçant la capacité de l’Europe à produire ses propres solutions d’IA, plus adaptées aux besoins scientifiques et plus transparentes.
La SRF a mené une enquête auprès de 31 établissements d’enseignement supérieur suisses concernant les problèmes de plagiat par l’IA. Partant du constat que les outils d’intelligence artificielle font désormais partie du quotidien des étudiant·es, les établissements gèrent leur utilisation de manière distincte, exigeant de la transparence.
Et les détecteurs d’IA? Jugés peu fiables, ils ne sont pas utilisés systématiquement. Selon l’Unil, ces logiciels peuvent également donner lieu à des faux soupçons et, dans ces cas, déprécier l’évaluation.
Les établissements tendent à s’appuyer sur l’expertise de leurs enseignant·es. Ils et elles superviseraient les travaux de près et pourraient ainsi détecter d’éventuelles anomalies.
À partir de 2028, le programme Horizon Europe [normalement appelé «FP10» pour la période 2028 – 2034] sera davantage orienté vers la compétitivité et le marché. Le Pilier 2 (recherche collaborative) sera intégré dans un nouveau Fonds européen pour la compétitivité (ECF). Pour préparer cette transition, la Commission européenne prévoit des actions « passerelles » visant à renforcer le passage de la recherche à l’innovation et à la mise sur le marché.
Un nouveau projet de programme de travail (2026-2027) inclut 12 appels « passerelles » répartis en cinq thématiques, notamment :
- La valorisation des résultats de recherche (plus de 50 M€),
- L’intelligence artificielle (55 M€), avec des projets sur les médias multilingues, la conduite autonome, les modèles d’IA ou l’énergie,
- Un soutien aux PME (30 M€) pour recruter des talents dans le domaine de l’IA,
- Les infrastructures de recherche (30,5 M€),
- Des projets liés au climat (25 M€).
Par ailleurs, un grand appel « biodiversité » de 229,5 M€ vise à atteindre l’objectif de consacrer 10 % du budget 2026-2027 à cette thématique. Il comprend notamment :
- Un projet majeur de 50 M€ pour l’observation globale des océans,
- Des recherches sur la modification du rayonnement solaire,
- Des projets sur la biodiversité et la santé, ou la lutte contre le trafic d’espèces sauvages,
- Plusieurs projets plus modestes sur la pollution, les écosystèmes et le suivi de la biodiversité.
Ces financements soulèvent toutefois des controverses, notamment sur l’utilisation des contributions des pays associés à Horizon Europe, certains craignant une réduction des fonds pour des programmes très demandés comme les actions Marie Skłodowska-Curie.
Enfin, plusieurs autres volets du programme Horizon Europe vont être mis à jour, et ces propositions doivent être discutées en juillet par les États membres et la Commission.
L’auteur de l’article Mim Rahimi estime que le défi pour les universités n’est pas d’adopter l’intelligence artificielle, mais de le faire d’une manière qui inspire confiance à la génération actuelle d’étudiant·es.
«Les institutions et les leaders du secteur technologique ne cessent de présenter l’IA comme un outil incontournable pour accroître la productivité et la compétitivité, alors que les membres de la génération Z (Gen Z) — généralement définie comme les personnes nées entre 1997 et 2012, parmi lesquelles figurent de nombreux étudiant·es d’aujourd’hui — semblent la percevoir comme une force qui a un coût, notamment pour leur apprentissage. Ils et elles estiment également qu’elle s’impose plus rapidement que les systèmes sociaux et politiques qui seront nécessaires pour en gérer les conséquences.»
Il avance trois suggestions:
- Le rôle de l’université est d’enseigner la culture de l’IA, et pas seulement son utilisation.
- Les institutions devraient favoriser le développement des compétences humaines tout en garantissant une utilisation transparente de l’IA.
- Les universités devraient veiller à ce que la gouvernance de l’IA soit participative et transparente sans donner l’impression que l’adoption de l’IA leur est imposée par les administrateurs, les fournisseurs de logiciels ou certains enseignant·es.
Le blocage brutal des intelligences artificielles américaines les plus avancées, telles que Fable 5 et Mythos 5 d’Anthropic, sous prétexte de sécurité nationale, révèle la dépendance à l’égard des modèles américains.
« Lorsque l’on dépend entièrement d’infrastructures étrangères pour ses technologies fondamentales, on est à la merci de leurs priorités géopolitiques », déclare Markus Leippold, professeur en mathématiques financières à l’Université de Zurich.
En ce qui concerne l’IA suisse souveraine, Apertus, elle semble être à la traîne face aux modèles américains de pointe.
La capacité croissante de l’intelligence artificielle à passer au crible les ensembles de données ouvertes inquiète certains scientifiques, qui craignent de perdre le contrôle de leurs informations.
Certains scientifiques affirment que le potentiel de la science automatisée à servir la « bonne cause » scientifique — en accélérant, par exemple, la découverte de nouvelles cibles thérapeutiques — justifie que les données ouvertes restent accessibles à tous. D’autres, en revanche, soulignent que les robots qui extraient des ensembles de données complexes peuvent contribuer à une recherche de mauvaise qualité et à des erreurs d’IA («AI slop»), tout en permettant l’extraction de données sensibles, notamment des informations sur les patients. Ils estiment que de nouvelles règles et de nouveaux systèmes techniques sont nécessaires pour restreindre l’accès des robots aux bases de données.
Un article paru dans Nature se penche aux défis pour les sciences sociales face à l’intelligence artificielle. Son auteur affirme que «cette technologie peut générer des résultats erronés et fausser les réponses aux enquêtes, mais elle pourrait également rendre la recherche plus rigoureuse.»
La soutenance d’une thèse du laboratoire de recherche en informatique a été annulé 15 jours avant par le Collège des écoles doctorales, en délégation du président de l’université Grenoble-Alpes. La raison avancée: «Le contenu de la recherche présenté ne relève pas des mathématiques appliquées, la discipline d’inscription de la thèse.» La thèse porte sur la question suivante: « Face à l’accroissement continu du numérique dans nos vies et à ses conséquences sociales et écologiques dramatiques, comment lutter contre ce déferlement depuis les laboratoires de recherche en informatique ?
Le directeur de thèse Romain Couillet, professeur des universités et chercheur en mathématiques appliquées, affirme: « Cette thèse ne se limite pas à mesurer l’empreinte carbone du numérique : elle en questionne les fondements, les finalités et les implications politiques dans une université qui encourage de plus en plus les recherches en intelligence artificielle, en physique quantique et dans les technologies de pointe. Forcément, ça ne plaît pas. »
Les soutiens sont venus en nombre pour assister à cette soutenance «sauvage».
Sabine Seufert, professeure de pédagogie économique et directrice de l’Institut de gestion et de technologies de l’éducation à l’Université de Saint-Gall, est membre du Conseil suisse de la science (CSS) et a largement contribué à l’élaboration des présentes recommandations sur la gouvernance de l’IA dans l’enseignement supérieur. Au cours de l’entretien, elle explique où se situent les principales lacunes en matière de gouvernance, quel est le rapport entre un «bac à sable» et l’éducation, et pourquoi un cadre réglementaire coordonné est nécessaire pour que les établissements d’enseignement supérieur puissent mener des recherches, tester et utiliser l’IA de manière responsable.
La conférence allemande des recteurs et rectrices universitaires a mis en place le service KI-LOTSE qui a pour but d’aiguiller les hautes écoles sur les questions liées à l’intelligence artificielle.
Celui-ci «intervient là où de nombreuses offres s’arrêtent : au niveau de la gestion des systèmes et de la direction, en s’appuyant sur les valeurs, les profils et les besoins des établissements d’enseignement supérieur. Au lieu de juxtaposer des solutions individuelles, KI-LOTSE offre une vue d’ensemble structurée des thèmes et des défis communs, des évolutions en matière d’infrastructures et de législation, ainsi que des options stratégiques qui en découlent. Sur cette base, KI-LOTSE propose des services et des ressources exploitables, offrant ainsi aux directions des établissements d’enseignement supérieur et aux autres acteurs du monde universitaire et de l’administration un point d’entrée fiable dans ce domaine parfois complexe et en constante évolution.» (KI-LOTSE)
Le Monde a publié un dossier d’articles sur l’impact de l’IA sur les sciences, avec des titres «Comment l’intelligence artificielle bouleverse déjà la science» et «Le métier de chercheur est à repenser».
«Dans les universités suisses, de nombreux étudiants ont recours à l’IA pour rédiger et réviser leurs travaux. Les enseignants constatent une amélioration du style, mais guère d’idées plus pertinentes.»