«Derrière chaque avancée scientifique se cachent des quantités colossales de données. Mais comment obtenir les données nécessaires et comment s’assurer que les chercheurs de Zurich et de Barcelone puissent utiliser les mêmes ensembles de données ? Dans un nouveau livre blanc, le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) explique comment il entend aborder ces questions de manière stratégique, renforçant ainsi son rôle de partenaire fiable et digne de confiance au sein de la communauté scientifique européenne.»
Filtres des articles
Sujet: gestion – ressources informatiques
L’auteur de l’article Mim Rahimi estime que le défi pour les universités n’est pas d’adopter l’intelligence artificielle, mais de le faire d’une manière qui inspire confiance à la génération actuelle d’étudiant·es.
«Les institutions et les leaders du secteur technologique ne cessent de présenter l’IA comme un outil incontournable pour accroître la productivité et la compétitivité, alors que les membres de la génération Z (Gen Z) — généralement définie comme les personnes nées entre 1997 et 2012, parmi lesquelles figurent de nombreux étudiant·es d’aujourd’hui — semblent la percevoir comme une force qui a un coût, notamment pour leur apprentissage. Ils et elles estiment également qu’elle s’impose plus rapidement que les systèmes sociaux et politiques qui seront nécessaires pour en gérer les conséquences.»
Il avance trois suggestions:
- Le rôle de l’université est d’enseigner la culture de l’IA, et pas seulement son utilisation.
- Les institutions devraient favoriser le développement des compétences humaines tout en garantissant une utilisation transparente de l’IA.
- Les universités devraient veiller à ce que la gouvernance de l’IA soit participative et transparente sans donner l’impression que l’adoption de l’IA leur est imposée par les administrateurs, les fournisseurs de logiciels ou certains enseignant·es.
Le Conseil d’État vaudois défend l’adoption d’une plateforme informatique commune basée sur le logiciel américain EPIC pour le CHUV ainsi que onze établissements hospitaliers cantonaux, malgré un coût supérieur à 200 millions de francs.
Ce projet suscite de vivres inquiétudes concernant des surcoûts potentiels, une solution surdimensionnée pour des petits établissements et des risques pour la souveraineté numérique, alors que le système genevois DPI+ a été écarté.
Face à des contraintes budgétaires toujours plus importantes, les conseils d’administration des hôpitaux ont le droit de se demander s’ils peuvent trouver un autre fournisseur informatique. Cependant, l’avenir de cette harmonisation cantonale, censée faciliter le suivi des patient·es, dépend désormais des décisions du Grand Conseil.
«Le Conseil suisse de la science CSS voit d’importantes opportunités de développement stratégique pour la Suisse dans le domaine de la recherche intensive en données et en calcul. Dans son rapport, le CSS souligne le potentiel d’un développement ciblé des infrastructures de calcul existantes dans le domaine académique afin de répondre durablement aux exigences croissantes, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). […] Le CSS propose une infrastructure de calcul interopérable à plusieurs niveaux, couvrant les échelons de la position régionale à la position internationale, fondée sur une stratégie nationale, dirigée par un comité stratégique et soutenue par un financement à long terme.»
«Devisé à 207 millions de francs, l’achat d’Epic pour équiper les hôpitaux vaudois cristallise les craintes de dérapage budgétaire et de vulnérabilité face à l’administration Trump. […] Les députés vaudois expriment aussi la crainte d’une perte de souveraineté numérique, alors que l’administration Trump semble aujourd’hui prête à utiliser les licences informatiques comme un levier de pression. «Dans le cadre du tribunal pénal international à la Haye, du jour au lendemain, ils leur ont coupé tous les outils Microsoft, parce qu’ils avaient attaqué Monsieur Netanyahu, ami des Etats-Unis», relève Michäel Wyssa.»
Dans un revirement stratégique majeur, la Confédération helvétique a annoncé sa volonté de « réduire progressivement et à long terme sa dépendance vis-à-vis de Microsoft », comme le rapportait la NZZ am Sonntag. Ce virage, qui va à contre-courant des décisions prises ces dernières années, marque une volonté claire de miser davantage sur les logiciels libres pour les 54’000 postes de travail de l’administration fédérale.
Cette décision est largement saluée par la classe politique, qui s’inquiète de la sécurité des données d’Etat. Le conseiller national Nicolas Kolly (UDC) exprime d’ailleurs une méfiance grandissante envers les infrastructures américaines , soulignant le besoin de protéger les informations sensibles de la Confédération.
Berne pourrait s’inspirer du modèle allemand, qui dispose déjà d’une longueur d’avance grâce à son Centre pour la souveraineté numérique, une solution indépendante et libre.
La Confédération a d’ores et déjà commandé des études complémentaires pour planifier ce remplacement graduel pour garantir, à terme, la souveraineté numérique du pays.
«L’Etat français entend remplacer Windows par Linux sur tous ses postes de travail. Le message est clair: la France veut reprendre le contrôle de son destin numérique. En optant pour le système d’exploitation en open source, elle espère s’affranchir des outils américains.»
L’université de Genève prévoit de remplacer son application à destination des étudiant·es, UNIGE Mobile, d’ici le printemps 2027. L’objectif étant de la rendre plus attractive et de faciliter le quotidien du corps estudiantin.
La vice-rectrice chargée du numérique et de l’intelligence artificielle, Juliane Schröter, déclare que l’application conservera ses fonctionnalités actuelles, tout en proposant des services spécialisés. Avec l’accord des utilisateur·ices, elle pourra par exemple envoyer des encouragements avant un examen ou suggérer des activités sportives et culturelles ciblées.
L’application devrait également intégrer des sondages rapides ainsi que des services au personnel académique et administratif.
Aurélien G. Demaurex, membre du Grand Conseil (V’L) et startupeur, s’interroge sur la souveraineté numérique dans le Canton de Vaud. Après avoir soumis une question orale en décembre, il a écrit un article dans les 24 heures. Il y critique le choix du CHUV et de la Fédération des Hôpitaux Vaudois Informatique (FHVI) d’une solution d’Epic Systems, fournisseur américain soumis au droit des États-Unis, en particulier au Cloud Act. «Les données de santé, parmi les plus sensibles, méritent une protection inconditionnelle.»
Il note que le Conseil fédéral a pourtant souligné l’importance de la souveraineté numérique dans un rapport publié le 26 novermbre 2025. «Le Conseil d’État se réfugie derrière des garanties techniques et contractuelles. Mais l’histoire récente nous enseigne que ces protections sont fragiles: les failles de sécurité se multiplient, les législations étrangères évoluent et les risques géopolitiques s’intensifient.»
«La Commission de la concurrence a ouvert hier une enquête préalable contre l’entreprise américaine concernant le prix de ses licences, qui s’est envolé. […] Le 1er janvier dernier, un utilisateur constatait que le prix de son abonnement Microsoft 365 Personal passera de 69,95 francs par an à 99,95 francs dès mi-février, soit un bond de 43%. […] Un expert souligne la difficulté qu’auront les autorités à prendre Microsoft en défaut.
«Une expertise juridique commandée par le ministère allemand de l’Intérieur confirme ce que beaucoup redoutaient : les autorités américaines peuvent accéder aux données stockées sur des serveurs européens. La localisation physique des données ne protège en rien contre la surveillance américaine. […]
L’expertise juridique va plus loin : même le chiffrement des données ne constitue pas une protection suffisante. » (Mac4ever)
Dans une analyse récente, les avocats Stefan Hessel, Christina Ziegler-Kiefer et Moritz Schneider parviennent néanmoins à la conclusion qu’une utilisation conforme à la protection des données de la solution cloud Microsoft 365 reste en principe possible. Le risque abstrait découlant des pouvoirs extraterritoriaux des États-Unis ne justifie pas à lui seul une mise en cause automatique de la fiabilité du sous-traitant, tant qu’aucune violation systématique du droit européen n’est prouvée. […] D’autres expert·es ne partagent pas cet avis. (heise)
La Communauté de recherche allemande (DFG) a lancé une initiative visant à sécuriser les bases de données menacées, stockées sur des serveurs cloud étrangers. Elle met en garde contre le risque que ces données ne soient plus disponibles pour la science, que ce soit aujourd’hui ou à l’avenir. Il est donc important de sécuriser les données pertinentes et de les rendre accessibles en permanence aux chercheurs locaux. L’objectif principal est de renforcer la résilience des infrastructures de données dans le domaine de la recherche.
La plus importante et la plus grande organisation scientifique autonome pour la promotion de la recherche en Allemagne soutient, dans le cadre de cette initiative, des mesures telles que l’acquisition de capacités de stockage et la mise à disposition de ressources humaines pour l’exploitation, la conservation ou l’agrégation technique des données. Les vérifications juridiques nécessaires ainsi que l’intégration des stocks sécurisés dans des structures et des clouds suprarégionaux ou européens sont également éligibles à un financement. L’accent est mis sur le développement de conditions-cadres et de technologies permettant d’intégrer les référentiels correspondants dans ces réseaux européens.
En substance, la DFG se positionne ainsi en faveur de la souveraineté numérique tant vantée. Il s’agit pour elle de pouvoir disposer de ses propres données, infrastructures et technologies et d’en décider de manière autonome. Le principal problème réside dans le cadre juridique américain, en particulier le Cloud Act. Cette loi autorise les autorités américaines à accéder, dans certaines circonstances, aux données stockées par des entreprises américaines. Cela vaut également lorsque ces bits et octets se trouvent physiquement sur des serveurs situés en dehors des États-Unis.
Cette loi représente un risque considérable pour la recherche allemande, car les informations et les résultats sensibles sont théoriquement exposés à l’accès par des autorités étrangères. Elles pourraient également ne plus être disponibles du jour au lendemain pour des raisons politiques ou réglementaires. La dimension politique entre ici en jeu, notamment sous la forme du président américain Donald Trump. Sa ligne imprévisible et protectionniste, qui pourrait remettre en cause les accords transatlantiques existants, y compris en matière d’échange de données, est considérée comme un signal d’alarme pour les aspirations actuelles à la souveraineté.
Les actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA) viennent de publier une mise à jour complète de la Charte verte des MSCA. Des documents d’orientation accompagnent la charte et proposent des recommandations concrètes, des exemples et des outils destinés à aider les chercheurs et les organisations à aligner leurs pratiques de recherche sur les objectifs de durabilité.
Les préconisations couvrent des domaines tels que:
- les déplacements, les événements et les réunions,
- les environnements de recherche gourmands en ressources,
- l’utilisation du matériel, des logiciels et des données,
- les installations, les infrastructures et les achats.
Le leader mondial de l’IA OpenAI et le plus grand groupe européen de logiciels SAP souhaitent à partir de 2026 fournir des applications d’intelligence artificielle aux administrations, écoles, universités et autres institutions publiques en Allemagne. «L’Allemagne aura ainsi accès aux meilleures technologies aux conditions allemandes», a déclaré Julie Lavet, directrice européenne d’OpenAI.
Des millions d’employés dans l’administration, les instituts de recherche et les institutions publiques devraient ainsi pouvoir utiliser l’IA de manière sûre et responsable afin d’accomplir plus rapidement leurs tâches quotidiennes, d’automatiser la gestion des dossiers et d’améliorer les services aux citoyens, et ainsi gagner plus de temps pour se consacrer aux personnes plutôt qu’à la paperasse », ont promis les entreprises.
«Le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) et les institutions partenaires concernées s’emploient à créer les meilleures conditions possibles pour les infrastructures de recherche. Alors que la Feuille de route pour les infrastructures de recherche 2027 est en cours d’élaboration, des activités sont déjà menées en prévision de la Feuille de route 2031. […] S’agissant de l’encouragement à venir des infrastructures de recherche, le SEFRI a chargé le FNS d’élaborer, d’ici l’été 2026, un concept dans lequel il définira les lignes directrices et les principes de son encouragement et précisera son rôle dans le système d’encouragement et dans le financement de différents établissements de recherche.»
«À l’UNIGE, le programme «Infrastructures et services numériques pour la recherche» propose depuis cette rentrée académique plusieurs nouveautés. En s’appuyant sur les standards des humanités numériques en matière de partage des ressources visuelles, le service hedera facilite désormais l’analyse de données sémantiques, leur interopérabilité et leur partage ainsi que leur traitement éventuel par l’IA.»
«Des ordinateurs qui s’éteignent abruptement, des problèmes de connexion et de sauvegarde: le déroulement de l’examen d’avocature qui se tenait […] à Genève a tourné au chaos. Une situation qui a provoqué l’annulation de l’épreuve.»
Marc Oehler, directeur de la société genevoise Infomaniak, estime que les autorités fédérales n’ont toujours pas avancé sur le dossier du cloud public. Il dénonce un manque d’implication politique. «Aujourd’hui, la Confédération pourrait décider de s’appuyer sur l’économie locale pour développer un partenariat public-privé qui intègre aussi les milieux académiques afin de créer un cercle vertueux. Cela permettrait à l’argent de rester en Suisse, tout en formant des spécialistes qui pourront trouver des débouchés ici.»
Par ailleurs, il trouve «effarant» que les EPF aient annoncé un partenariat avec des multinationales comme Microsoft, Google et Amazon pour favoriser la création d’IA sûres. «En tant que contribuable, je suis abasourdi de voir que l’argent des impôts sert à renforcer des entreprises américaines. Ces institutions académiques auraient mieux fait de développer un tel partenariat dans l’open source. Et si vraiment elles veulent faire des donations à des privés, elles auraient pu choisir de le faire pour des sociétés suisses, ou au moins européennes…»
«Le Biomedical Data Science Center (BDSC) – une plateforme commune du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et de la Faculté de biologie et de médecine (FBM) de l’Université de Lausanne – et le Swiss Data Science Center (SDSC) – une joint-venture de l’EPFL, de l’ETHZ et du Paul Scherrer Institute spécialisée en science des données –, ont signé un accord cadre en vue de renforcer leur collaboration portant sur différents projets basés sur la science des données dans le domaine de la santé.»