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Tendances des 2 dernières semaines

Sujet: autonomie – hautes écoles

Six principes pour défendre la liberté académique dans les universités

Sarah de Rijcke, rectrice de l’Université de Leiden, estime que la liberté académique et l’autonomie des universités sont essentielles à la production d’un savoir fiable. Face aux pressions politiques, économiques et sécuritaires qui affectent la recherche dans plusieurs pays, elle propose six principes : protéger l’indépendance de la recherche, préserver la recherche fondamentale, reconnaître le rôle démocratique des universités, équilibrer sécurité et ouverture, protéger les chercheurs contre les pressions et renforcer la transparence envers la société. Selon elle, sans ces garanties, la qualité et la crédibilité des connaissances scientifiques risquent de s’affaiblir.

Comment protéger la science contre les ingérences politiques ?

Walter Rosenthal, président de la Conférence allemande des recteurs d’université, se penche sur cette question dans la perspective des prochaines élections régionales. Dans cette interview, il explique quelles mesures ont été prises face à la potentielle montée au pouvoir de l’extrême droite. Il s’inquiète notamment des atteintes annoncées à la liberté des établissements d’enseignement supérieur de déterminer leurs thèmes de recherche et leurs programmes d’enseignement constitueraient une violation de la liberté scientifique protégée par la Constitution. La suppression prévue du système licence-master nuirait durablement à la mobilité des étudiants.

«Sur le plan politique, les directions des établissements d’enseignement supérieur sont […] tenues à la neutralité, mais il y a des limites. Si, par exemple, la Loi fondamentale est bafouée ou menace de l’être, alors chacun doit adopter une position très, très claire. Nous devons sans cesse rappeler que la solidarité entre les institutions scientifiques, mais aussi la solidarité avec d’autres groupes sociaux, est un élément central. Et cela implique que nous adoptions une position claire.»

«Comment le financement de la recherche influence la gouvernance de la recherche universitaire»

«Deux réformes majeures ont été mises en œuvre dans de nombreux systèmes universitaires européens : d’une part, les universités sont censées être devenues des acteurs stratégiques autonomes ; d’autre part, le financement de la recherche s’est transformé en un mélange complexe de subventions globales, souvent liées à la performance, et de subventions accordées sur la base de projets dans le cadre d’appels à projets.»

Les auteurs et l’autrice de cette publication ont élaboré un cadre conceptuel novateur pour démontrer que les modalités de financement ont une incidence sur la marge de manœuvre stratégique dont dispose la direction des universités pour orienter la recherche selon trois axes : le lieu où s’exerce la gouvernance des activités de recherche, la manière dont les stratégies sont mises en œuvre et les orientations prises par la recherche.

Cette question est examinée dans le cadre d’une analyse comparative des modes de gouvernance de la recherche dans les universités suédoises et autrichiennes, avec une analyse systématique des effets des différentes caractéristiques du financement de la recherche sur l’orientation stratégique de celle-ci au sein des universités.

Le mouvement américain « Stand Up for Science » s’étend en Europe

Né en février 2025 aux États-Unis pour défendre la liberté académique face aux menaces politiques, le mouvement citoyen et scientifique « Stand Up for Science » s’implante en Suisse. L’objectif de cette expansion est de donner une dimension internationale à son action et d’inciter les universitaires européens à s’organiser de manière similaire.

Bien que l’Europe n’affronte pas des mesures aussi drastiques que celles de l’administration Trump, la dirigeante du mouvement, Colette Delawalla, appelle à la vigilance. Selon elle, la méfiance s’installe de manière subtile, par des coupes budgétaires progressives ou des discours anti-science. Elle appelle donc la communauté académique européenne à réagir dès les premiers signaux d’alerte pour protéger ses institutions. Si  les scientifiques européens disposent «d’un peu de temps supplémentaire pour commencer à réfléchir, à faire ces préparatifs et à renforcer la cohésion et la solidarité au sein de la communauté [ils] partiront avec cinq longueurs d’avance par rapport à là où nous en étions».

 

USA : Le sénat s’oppose à la réforme du financement de la recherche scientifique

«Des sénateurs américains des deux bords politiques ont publié le 2 août un projet de loi de finances qui, s’il était adopté, suspendrait temporairement une proposition ambitieuse et controversée de la Maison Blanche visant à réformer la recherche scientifique financée par le gouvernement fédéral. Cette proposition, qui a pour objectif déclaré d’améliorer «la transparence, la responsabilité et le contrôle» des fonds fédéraux, contient des dispositions qui redéfiniraient le paysage scientifique américain, notamment en confiant à des responsables politiques nommés l’examen des subventions fédérales et en restreignant la collaboration entre les scientifiques américains et leurs homologues internationaux. Si elle est adoptée, cette réglementation de la Maison Blanche pourrait entrer en vigueur le 1er octobre.»

Les associations de défense de la science ont salué le projet de loi de la commission sénatoriale qui permettrait d’éviter la fermeture des services publics, mais également de préserver des processus scientifiques comme par exemple l’évaluation par des pairs. (Nature)

L’éditeur du Washington Post loue la proposition de réforme, particulièrement pour réduire la bureaucratie dans les sciences, mais défend l’importance de la mobilité scientifique, ayant un impact positif sur la prospérité américaine.

 

Le canton de Zoug met quatre millions pour étudier la péréquation financière

«Pendant longtemps, les entreprises privées qui finançaient des chaires universitaires ont suscité des débats sur leur influence potentielle dans le monde académique. Désormais, un nouvel acteur entre dans l’arène: les cantons. A Zoug, le gouvernement souhaite investir près de quatre millions de francs sur dix ans dans un centre de compétences consacré à l’étude de la péréquation financière.»

États-Unis : « Se battre pour l’avenir de la science nécessite une large coalition »

L’Association des universités américaines (AAU) a indiqué la semaine dernière que les inscriptions des étudiant·es de troisième cycle dans les grandes universités de recherches, qui délivrent la moitié de tous les doctorats aux États-Unis, ont baissé de 15% par rapport à l’année dernière.

Cette nouvelle fait suite à la décision prise le mois dernier de la Fondation nationale pour la science (NSF) de réduire les subventions consacrées à la science fondamentale de 30%, voire plus. Pour Holden Thorp, chimiste et ancien chancelier de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, les Etats-Unis doivent se doter d’un plan cohérent qui définisse les étapes permettant à la science universitaire de prospérer, tout en mobilisant le soutien de l’ensemble de la communauté scientifique, qu’il déplore comme étant relativement silencieuse.

Cela intervient dans un contexte où l’administration Trump effectue des coupes significatives de subventions concernant, en partie, des recherches « politiquement sensibles ».

Les scientifiques ripostent face aux projets de l’extrême droite visant à restreindre la liberté académique en Allemagne

Des scientifiques tirent la sonnette d’alarme face aux propositions du parti d’extrême droite  «Alternative pour l’Allemagne» (AfD), qui pourraient, selon eux, restreindre fortement les libertés académiques dans les universités et les instituts de recherche allemands.

L’AfD devrait s’imposer largement comme première force politique lors des élections qui se tiendront en septembre dans deux Länder allemands, la Saxe-Anhalt et le Mecklembourg-Poméranie occidentale. Bien que la majorité des partis allemands refusent actuellement de former une coalition avec l’AfD, que ce soit au niveau régional ou national, l’AfD pourrait former un gouvernement si elle disposait d’une avance suffisante. Le parti arrive d’ailleurs actuellement en tête des sondages auprès des électeurs au niveau national. La politique éducative en Allemagne relève presque entièrement de la compétence de ses 16 Länder.

En Saxe-Anhalt, où les récents sondages ont montré que le parti dépassait les 40 % d’intentions de vote, l’AfD a présenté dans son programme électoral des propositions de réformes en profondeur du système universitaire du Land, en réponse à ce qu’elle considère comme une «crise profonde» de la science allemande.

Le programme de l’AfD avance 12 propositions qui concernent les sciences en particulier, comme la sortie du système de Bologne, l’abolition des sciences de genre et des études postcoloniales, ainsi que la création d’une chaire en démographie et migration («Bevölkerungswissenschaft») et la création d’un institut de recherche critique sur l’islam.

«Comme l’ont montré les politiques climatiques et celles liées au coronavirus, même les sciences exactes ne sont plus en mesure de produire des connaissances exemptes d’idéologie. Quant aux sciences humaines, elles sont quant à elles enlisées jusqu’au cou dans un marécage de «genderisme», de postcolonialisme et d’autres discours poststructuralistes creux.» Par ailleurs, «un politiquement correct qui prend des proportions démesurées et se fait de plus en plus intransigeant étouffe les derniers vestiges de liberté d’esprit.»

La Conférence des recteurs des universités allemandes HRK collabore avec les universités afin de se préparer à l’éventualité d’une arrivée au pouvoir de l’AfD, tant au niveau régional que national. Cela implique notamment de remédier aux faiblesses des fondements juridiques et des budgets des universités, ainsi que de consulter des universitaires qui ont dû quitter des pays comme les États-Unis, où certains domaines de recherche, tels que les études de genre, font l’objet de vives critiques.

Des initiatives visent également à créer des fonds de solidarité destinés à venir en aide aux chercheurs allemands qui pourraient être contraints de quitter leur université ou leur domaine de recherche.

La Maison Blanche propose une refonte en profondeur du financement de la recherche scientifique aux États-Unis

Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme face à une proposition «ambitieuse» de la Maison Blanche qui pourrait bouleverser en profondeur le fonctionnement de la recherche financée par le gouvernement fédéral. Les règles proposées confieraient aux responsables politiques le contrôle de toutes les subventions fédérales ; réduiraient l’importance de l’évaluation par les pairs ; imposeraient davantage de restrictions à la participation des bénéficiaires de subventions à des réunions ; limiteraient les collaborations entre les scientifiques américains financés par le gouvernement fédéral et leurs homologues étrangers ; et restreindraient le soutien financier fédéral à la publication des résultats des scientifiques américains dans des revues scientifiques. (Nature)

Par ailleurs, l’administration Trump a proposé de réduire de moitié le budget de l’agence National Science Foundation (NSF) et de supprimer purement et simplement la division Social, Behavioral, and Economic Sciences (SBE) au cours du prochain exercice budgétaire. Cette dernière finance environ 63 % de la recherche universitaire en sciences psychologiques et sociales. (The Atlantic)

Selon la American Geophysical Union, «des catégories entières de recherche se verraient de fait privées de financement fédéral, notamment les travaux recourant à des cadres analytiques axés sur les effets disparates — fondement méthodologique de la recherche en santé publique, de la science de la justice environnementale et des sciences sociales qui étudient la répartition inégale des risques climatiques, de la qualité de l’air et de la vulnérabilité aux catastrophes. Cette règle limiterait également tout travail que l’administration estime impliquer des pratiques DEI ou ce qu’elle qualifie d’« idéologie du genre ».  Par ailleurs, un juge fédéral a bloqué la tentative de la NSF de démanteler le National Center for Atmospheric Research NCAR. (American Geophysical Union)

Claudio Bassetti a été choisi comme nouveau recteur de l’USI

Claudio Bassetti prendra ses fonctions le 1er septembre. Ce neurologue compte plus de 30 ans d’expérience clinique, universitaire et de gestion. Il est actuellement doyen de la Faculté de médecine de l’Université de Berne et, depuis 2024, également directeur de la recherche et de l’enseignement (DLF) à l’Inselspital de Berne, en tant que membre votant de la direction générale.

Le Corriere del Ticino évoque le prédécesseur Boas Eres (01.09.2016-09.05.2022) et Luisa Lambertini (01.07.2023 – 31.12.2025), qui auraient vécu des tensions avec le Conseil de l’université.

«Rappelons une interview datant de mai 2024, dans laquelle la rectrice elle-même définissait la notion de normalité dans le milieu universitaire et soulignait : «La normalité ? Une université dont la gestion relève entièrement du rectorat et dont le Conseil n’assure que la haute surveillance. C’est un processus, et je pense qu’il reste encore du travail à accomplir dans ce sens. Nous essayons de revenir à cette normalité.»

Par ailleurs, l’USI souligne dans son communiqué que «dans le cadre de sa double fonction de doyen et de directeur du DLF de l’Inselspital, Claudio Bassetti s’est engagé sans relâche à renforcer la collaboration entre l’université et l’hôpital, en promouvant l’excellence dans les soins, l’enseignement et la recherche».

«Cette remarque semble aujourd’hui déterminante dans le choix de l’Université de la Suisse italienne, notamment dans la perspective du développement de la recherche dans le domaine biomédical et de la mise en place d’un hôpital universitaire», estime l’auteur de l’article du Corriere del Ticino.

Dans une interview accordé à La Regione, Claudio Bassetti affirme que l’université doit en effet être indépendante [de la politique], avec une relation clairement définie par les mandats.

Selon le futur recteur, «Une université aussi petite doit optimiser les synergies : la force de cette université, comme celle des autres, devra être supérieure à la somme des capacités et des compétences individuelles.»

Par ailleurs, il souligne l’importance de l’efficacité du financement et de l’excellence, «qui ne sera pas seulement évaluée en fonction des publications et des fonds ; l’excellence, c’est aussi la capacité à collaborer, à promouvoir les jeunes et à avoir un impact. C’est une culture de l’excellence que je souhaite définir comme plus large que ce que peut être la vision originelle du «toxic performer», du charognard qui ne vit que pour lui-même. […]

Mesurer l’excellence est une tâche difficile : il ne s’agit pas simplement de formules. J’ai choisi le terme « humanisme », mais on pourrait aussi parler de «Renaissance de l’Usi», précisément parce que je m’inspire de ces principes, de ces valeurs : la place centrale de l’homme et de la personne comme fin ultime de l’effort ; le dialogue entre les sciences exactes et les sciences humaines ; une responsabilité civique vis-à-vis de ce que l’on fait.»

À propos de son rapport à la politique, pour lui «il est clair qu’il faut comprendre les besoins, les sensibilités, voire les critiques ; c’est pourquoi je serai à l’écoute. Mais la politique ne peut dicter les politiques universitaires : elle régit les mandats, les contrats de prestations, mais il faut préserver une indépendance fondamentale.  [..] Je ne ferai pas de politique au sens classique du terme ; je serai présent, comme je l’ai déjà dit, j’écouterai beaucoup. Et je prendrai également la parole.»

«Les sciences sociales penchent à gauche, et c’est un problème»

Une chronique du Frankfurter Allgemeine Zeitung souligne que le manque de pluralisme politique en sciences sociales engendrerait des biais méthodologiques. Dans les domaines sensibles comme l’immigration, le professeur associé en migrations [de l’Université de Notre Dame] Alexander Kustov note que les résultats non conformes au consensus progressiste sont souvent minimisés.

Selon le sociologue Neill Gross [du Colby Collège], ce phénomène s’auto-alimente en attirant majoritairement des profils partageant déjà ces idées. Pour préserver l’objectivité scientifique, l’auteur de la chronique insiste sur l’idée que le milieu académique devrait intégrer la diversité des visions du monde au même titre que les diversités de genre ou d’origine. De plus, cette politisation unilatérale à gauche pourrait également alimenter, en réaction, une politisation de la droite.

La professeure en philosophie de l’Université de Tübingen Sabine Döring affirme sur LinkedIn qu’il est délicat d’affirmer que «la politique scientifique devrait prendre des mesures pour contrer cette tendance». «D’une part, il s’agit de supprimer les incitations à l’homogénéisation. D’autre part, une pluralité imposée par les pouvoirs publics constituerait une atteinte (illibérale !) à la liberté scientifique.»

Bilan des Hautes Ecoles et Université de Suisse italienne

Le bilan des Hautes Écoles de Suisse italienne affiche des résultats globalement positifs, bien que ces institutions se trouvent actuellement au coeur d’un bras de fer politique concernant leur gouvernance et l’accueil des étudiant·es étranger·ères.

La Ligue et l’UDC émettent des critiques à l’égard de la gestion actuelle. Une minorité politique a d’ailleurs refusé d’approuver le message officiel, dénonçant une proportion jugée trop élevée d’étudiant·es étranger·ères et de personnel non résident. Pour l’Université de la Suisse italienne (USI), ces oppositions pointent du doigts des problèmes managériaux ayant entrainé le départ prématuré de deux recteurs. De plus, les chiffres révèlent que le personnel frontalier représente 16% du corps académique et 13% du personnel administratif.

Malgré ces tensions, le bilan de la Haute École spécialisée de la Suisse italienne (SUPSI) reste positif, alors même qu’elle est l’institution la moins financée par son canton à l’échelle nationale.

Critique du virage stratégique de Yale

Selon un article du New-York Times, l’Université de Yale envisage de supprimer de sa mission l’ambition de former des leaders dévoués au « bien commun ». Ce projet de réforme, issu du rapport mandaté par l’université sur la manière de restaurer la confiance du public dans les universités américaines, vise à recentrer l’institution sur la seule transmission du savoir. L’objectif étant de répondre aux doutes croissants sur la valeur des diplômes et aux accusations de partialité politique.

Cette orientation suscite une vive critique du président de l’Université Wesleyan (US) dans les colonnes du média américain. Ce dernier déplore la suppression de l’objectif historique de former des citoyen·nes capables de « diriger et de servir dans tous les domaines de l’activité humaine ».

Cette position de Yale est perçue comme une réaction directe aux attaques de l’administration Trump contre l’enseignement supérieur. En cherchant à se protéger des pressions politiques par une neutralité stricte, Yale sacrifierait, selon ses détracteurs, l’idéal de responsabilité sociale qui définit l’université américaine depuis ses origines.

L’institution répond dans un communiqué : « À l’heure où l’enseignement supérieur est mis à rude épreuve, il est impératif de comprendre notre raison d’être et ce que les universités font de mieux. Cela exige une vision claire, et non diffuse, de nos objectifs. »

Déclaration de solidarité avec la communauté de l’éducation supérieure en Serbie

«À la suite de l’intervention des forces de police à l’Université de Belgrade le 31 mars 2026, le comité de l’Association européenne des universités (EUA) souhaite exprimer sa profonde inquiétude face à ces développements et à leurs effets néfastes sur les universités en Serbie. swissuniversities est membre de l’EUA et soutient cette déclaration.»

«Comment l’économie suisse peut prospérer dans un monde plus hostile»

«À l’heure des tensions idéologiques et de l’avènement de l’IA, la Suisse doit miser sur son atout clé: l’excellence académique. Investir dans la recherche et préserver la liberté scientifique est essentiel pour attirer les talents et éviter un déclin aux conséquences durables.», écrit le professeur d’économie à l’Université de Lausanne Dominic Rohner. 

Il regrette par ailleurs «la chute drastique de la liberté académique à l’échelle planétaire».

L’UE envisage des contrats types pour les chercheurs universitaires et la publication en libre accès par défaut

La Commission européenne étudie la possibilité de publier des contrats de travail types pour les chercheurs européens, afin de favoriser la mobilité et de rendre les carrières dans la recherche plus attrayantes. Ces contrats types constitueraient «une référence commune que les institutions pourraient librement choisir d’offrir pour une carrière plus prévisible et plus attrayante», a déclaré la commissaire à la recherche Ekaterina Zaharieva.

Cette politique est envisagée dans le cadre de la prochaine proposition de loi sur l’Espace européen de la recherche (EER, ou ERA en anglais), prévue pour le troisième trimestre de cette année. Il s’agit de l’une des nombreuses options étudiées pour favoriser des carrières plus stables et plus sûres dans le domaine de la recherche.

D’autres mesures sont à l’étude, notamment la reconnaissance mutuelle des diplômes de doctorat dans toute l’UE, la simplification de la mise en place de programmes de doctorat communs et l’assouplissement de l’accès aux talents non européens, conformément à l’initiative «Choose Europe» et à la nouvelle stratégie de l’UE en matière de visas.

Afin de renforcer la valorisation et l’impact de la recherche européenne, la Commission envisage également de rendre la recherche financée par des fonds publics «librement accessible par défaut».

La loi EER visera également à renforcer l’harmonisation entre les instruments européens et nationaux, à consacrer la liberté scientifique dans le droit européen et à promouvoir l’égalité entre les sexes.

La proposition est encore en cours d’élaboration, et les détails ne sont pas encore connus. Conçu en 2000, l’EER représente l’ambition de l’UE de créer un marché unique pour la recherche, l’innovation et la technologie, mais jusqu’à présent, il s’est appuyé sur des engagements volontaires des États membres.

«La coopération volontaire a permis de réaliser certains progrès, mais soyons francs, l’histoire de notre marché unique montre que la coordination seule ne suffira pas à lutter contre la fragmentation», a déclaré Ekaterina Zaharieva. «Nous avons besoin d’une initiative législative ambitieuse pour établir une véritable cinquième liberté [du marché unique, pour la recherche et l’innovation].»

«Genève, cité du refuge académique»

La directrice de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève, Marie-Laure Salles, commente la polarisation croissante sur les campus, par exemple autour de la guerre à Gaza. «Aujourd’hui, diriger une université est un métier de plus en plus difficile.» Dans un contexte de tensions politiques et académiques aux Etats-Unis, elle rapporte une hausse de 80% des candidatures américaines au sein de l’institut.