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Tendances des 2 dernières semaines

Sujet: conditions de travail

Le coût caché du travail flexible dans le milieu universitaire : les femmes assument davantage les tâches parentales

«Les universités ont mis en place toutes ces politiques, et on voit tant de femmes dans les sciences», que beaucoup de gens partent du principe que les femmes peuvent s’investir autant que les hommes dans leur travail, estime Cassidy Sugimoto, spécialiste en sciences de l’information à l’université Carnegie Mellon de Pittsburgh. Mais «le problème est résolu au prix d’un fardeau extraordinaire pour les femmes».

Selon elle, «les universités peuvent aider les couples à se répartir plus équitablement les responsabilités parentales et à réduire l’impact de la parentalité sur la carrière des femmes en encourageant les hommes à s’impliquer davantage dans l’éducation des enfants. Proposer des structures d’accueil pour les enfants ou des aides financières pour prendre en charge ces frais pourrait également être utile, car cela permettrait aux femmes de passer du temps au laboratoire et de se consacrer à la recherche, […] en particulier pour les couples dont le mari ne travaille pas dans le milieu universitaire.»

Elle estime par ailleurs que les politiques actuelles mettent l’accent sur l’égalité, alors qu’elles devraient privilégier l’équité.

Pourquoi les femmes quittent le milieu universitaire?

Soumises à des exigences plus strictes, en proie aux sentiments de dévalorisation, ces expériences, plus courantes chez les femmes que chez les hommes participent à l’attrition des femmes dans le milieu universitaire. C’est ce que déclare une récente étude américaine, qui tente de repérer les tendances susceptibles d’expliquer pourquoi les femmes se sentent mises à l’écart.

L’étude indique également que les preuves de ce type de problèmes, qui concernent le climat ou la pression, sont souvent anecdotiques ou d’une portée limitée, ce qui peut compliquer leur traitement. De plus, la « trahison institutionnelle », c’est-à-dire le fait que les institutions ne prennent pas les plaintes au sérieux, était fréquemment citée par les enquêté·es. De plus, la dévalorisation semblait davantage toucher les femmes de couleurs. Les femmes blanches étaient les deuxièmes plus touchées, suivies des hommes de couleur, puis des hommes blancs.

«Le coût élevé de la maternité pour les chercheuses»

«De nombreuses docteures repoussent leur projet parental de peur de freiner leur carrière». Plusieurs scientifiques témoignent d’un climat de travail hostile aux projets de famille des jeunes chercheuses. Dans un univers universitaire hyper-concurrentiel et internationalisé, la raréfaction des postes exacerbe les inégalités de genre. Ainsi, une femme sur trois quitte la recherche académique après avoir eu un enfant, selon une étude sur le parcours de 13 000 scientifiques.

Face à ce constat, beaucoup de chercheuses attendent d’avoir un poste fixe pour essayer d’avoir un enfant, quitte à s’exposer plus tard, à l’approche de la quarantaine, à des fortes difficultés de conception. Ces freins structurels dans le monde académique peuvent se traduire jusque dans les recrutements. Selon la chercheuse Marie Janot-Caminade, des rapports de jurys de Maîtres de Conférences reprochent continuellement aux candidates le « trou » dans leur carrière, sans jamais envisager l’existence légitime d’un congé maternité.

Poussées à bout par une institution qui ne reconnaît pas leur investissement, de nombreuses scientifiques finissent par s’interroger sur le sens de leur engagement. L’abandon de la voie académique ne se fait généralement pas d’un coup, mais est souvent progressif.

 

Comment être scientifique dans un paysage de la recherche en pleine mutation

La communauté scientifique américaine traverse actuellement une période de bouleversements majeurs.  La nouvelle édition du rapport On being a Scientist : A Guide to the Responsible and Ethical Conduct of Research, aborde le contexte actuel de la science et de l’enseignement scientifique. Il prend en compte l’évolution de la pratique scientifique ainsi que de la manière dont les différentes conditions financières et géopolitiques influencent le fonctionnement de la recherche scientifique.

Cet ouvrage a pour objectif explicite de former les jeunes scientifiques à agir de manière responsable et éthique, à être de bons gardiens des fonds publics et de la confiance qui leur est accordée, et à assumer les responsabilités plus larges qui incombent à tout scientifique dans un contexte en pleine mutation.

Le syndicat SSP dénonce l’abus de pouvoir et violences sexistes et sexuelles dans le monde académique

Le syndicat SSP a adressé une lettre ouverte à swissuniversities pour exiger des mesures urgentes et transparentes contre les violences sexistes, sexuelles et les abus de pouvoir dans les hautes écoles. Le texte souligne la précarité et l’insécurité de l’emploi du corps intermédiaire, qui dépend fortement d’un corps professoral représentant moins de 10% du personnel.

Cette situation critique est confirmée par une enquête d’Actionuni publiée en 2025, révélant que 18% des membres du corps intermédiaire ont subi du mobbing, des discriminations ou du harcèlement en un an.

Face à ce constat, le syndicat interpelle directement swissuniversities sur ses intentions et son calendrier pour remédier à ces abus subis par le personnel et les étudiant·es.

France : «Les jeunes chercheurs amers envers l’université»

En France, «Ils sont tous les ans des milliers de jeunes chercheurs à s’acharner et à se poser les mêmes questions face à une entrée dans la carrière universitaire extrêmement difficile depuis près de quinze années. Après une baisse vertigineuse du nombre de postes de MCF [maître ou maîtresse de conférences] ouverts au concours entre 2009 et 2021 (passant d’environ 2 200 à 1 100, alors que le nombre d’étudiants augmentait), une embellie était pourtant survenue entre 2022 et 2024 (1 630 postes ouverts) en raison de nombreux départs à la retraite. Mais «la période récente est caractérisée par une nouvelle dynamique : alors que les départs s’accélèrent, les ressources disponibles pour recruter recommencent à baisser», analyse la Conférence des praticiens de l’enseignement supérieur et de la recherche.

«Gare à nos annuités!»

«Au début de l’été, une fraction significative de la droite parlementaire a déposé une motion particulièrement hostile contre le personnel de l’Etat de Vaud. À l’initiative de la députée Florence Gross (PLR), cette motion demande au Conseil d’Etat de geler le versement des annuités en cas de comptes déficitaires.» Le Syndicat qualifie cela de «totalement inacceptable» :«La mobilisation contre cette attaque est indispensable. Dans l’immédiat, SUD a proposé à la FSF et au SSP de demander que les syndicats soient auditionnés par la commission parlementaire en charge de l’examen de cette motion.»

« Les contrats transforment les universitaires en « sans-abri intellectuels » »

Le corps professoral mondial, notamment aux États-Unis, fait face à un affaiblissement historique de la sécurité de l’emploi. La multiplication des contrats courts et le durcissement des conditions d’accès à la titularisation redéfinissent la gestion des universités. De plus en plus d’universitaires se retrouveraient dans un situation d’instabilité et de précarité.

« Une femme sur trois abandonnerait sa carrière scientifique après la naissance de son premier enfant »

Bien qu’elles soient sous-représentées dans certaines disciplines, les femmes restent minoritaires aux postes les plus élevés du monde académique, des mathématiques aux sciences sociales. Selon une enquête menée au Danemark, une femme sur trois abandonnerait sa carrière scientifique après la naissance de son premier enfant.

En effet, concilier l’idéal d’une « chercheuse totale », productive, mère et compagne dévouée, se heurte à la réalité des conditions de travail et de la maternité. Les femmes doivent également faire face à des mécanismes de disqualification qui opposent constamment leur rôle professionnel à leur vie de famille.

Pour endiguer ce phénomène, les initiatives ciblées sont utiles, mais insuffisantes. Dès lors, il serait indispensable de repenser globalement les critères de titularisation.

L’Allemagne face aux harcèlements dans le milieu universitaire

Le milieu académique allemand est confronté aujourd’hui à une crise systémique où l’abus de pouvoir et le harcèlement semblent s’accommoder de structures devenues obsolètes.

Entre hiérarchies rigides et précarité, le système actuel protège trop souvent les professeur·es titulaires au détriment des jeunes scientifiques. Ces derniers·ères, dans une situation plus précaire, peuvent être exposés à plusieurs dérives graves, comme du chantage au renouvellement de contrat, des blocages arbitraires de diplômes par les directeurs et directrices de thèse, ou encore des comportements misogynes et violents.

Face à ce constat, une analyse de la revue Nature souligne l’urgence de réformes profondes pour assainir l’ensemble du milieu universitaire. Au niveau national, la communauté scientifique accentue sa pression pour obtenir des contrats d’une durée minimale de quatre ans, garantissant une stabilité pour la durée d’un doctorat.

Parallèlement, certains départements proposent de redistribuer le pouvoir en aplanissant les rapports de force et en multipliant les postes permanents.

«Des employés de la HEP vaudoise dénoncent un climat de peur et une gouvernance incompétente»

«La Haute école pédagogique vaudoise semble faire face à une crise de gouvernance. Une enquête de la RTS révèle un climat de travail tendu, marqué par des décisions opaques et un manque d’écoute. La direction souligne la complexité de gérer une institution en croissance et qui se réorganise.»

« Que signifie façonner l’IA de manière responsable au sein d’une université ? »

Dans un entretien croisé paru dans le rapport annuel de l’Université de Zurich, la présidente du Conseil de l’université, Silvia Steiner, et le président de l’université, Michael Schaepman, ont présenté leurs futurs projets et orientations.

Au cœur de la stratégie de l’institution académique figure le développement du pôle dédié à l’intelligence artificielle. Ce centre n’a pas seulement pour but de connecter les expertises techniques des différentes facultés, mais vise surtout à promouvoir une innovation responsable. L’objectif est d’explorer l’IA comme un enjeu sociétal et humain, afin que cette technologie serve directement la science et la collectivité à travers un partage ouvert des connaissances.

Silvia Steiner le rappelle : « L’IA n’est qu’un outil parmi d’autres et ne remplace pas la réflexion personnelle, d’autant plus importante face à un accès élargi aux connaissances et à l’information ». 

Parallèlement, les deux dirigeant·es reviennent sur la politique professoral en privilégiant les compétences en leadership ainsi que l’encouragement des candidatures féminines. La compétitivité de l’établissement, l’interconnexion avec les autres universités ainsi que les conditions de travail des doctorant·es et postdoctorant·es sont également abordées.

«Doctorats en Suisse: une croissance soutenue et de bonnes perspectives professionnelles»

«Entre 2010 et 2024, le nombre de docto­rants dans les hautes écoles suisses a augmenté de 29%. Cette hausse est presque exclusivement due à une augmentation du nombre de doctorants dans les domaines de la médecine, des sciences techniques et des sciences exactes et naturelles. Les hautes écoles universitaires sont en mesure de faire face à cette augmentation tout en garantissant à leurs doctorants de bonnes conditions de réalisation de leur thèse. Enfin, sur le marché du travail, les personnes titulaires d’un doctorat ont en moyenne un taux de chômage plus faible et des revenus plus élevés que les personnes ayant obtenu un diplôme de bachelor ou de master.»

Deux mille salarié·es en grève à Harvard

Les membres et représentants du syndicat des étudiant·es diplômé·es de Harvard (regroupant notamment les salarié·es étudiant·es et chercheur·euses) sont en négociation depuis plus d’une année avec l’université. L’augmentation des salaires, une protection accrue des étudiant·es internationaux à risque de déportation, dans un contexte de forte tension entre les universités américaines et l’administration Trump ainsi qu’une amélioration de la lutte contre les discriminations sont défendus.

Deux dirigeant·es de l’université (John Manning et Meredith Weenick) ont affirmé que l’université a proposé, lors des négociations, une augmentation de 10% des salaires de tout le personnel recruté, étalée sur quatre ans.

Les leaders du syndicat étudiant précise que cette augmentation ne suffira probablement pas à compenser l’inflation annuelle et rappelle que Harvard est dépendante du travail de ses membres.

HSG: « Les meilleur·es ne doivent pas partir »

Dans une interview accordée au St-Galler Tagblatt, Zeno Staub, président du conseil de l’Université de Saint-Gall (HSG), réaffirme l’ambition d’excellence et de compétitivité internationale de l’institution. Face aux critiques sur les rémunérations élevées de certains professeur·es, il justifie ces salaires par la nécessité d’attirer les meilleurs talents pour garantir une recherche de pointe.

Alors que les négociations budgétaires avec le canton pour la période 2027-2030 approchent, Zeno Staub souligne l’importance stratégique des fonds tiers. Enfin, il défend le rôle de l’HSG dans la promotion de l’égalité des chances et répond aux inquiétudes concernant la place des sciences humaines et sociales au sein de l’université.