L’auteur de l’article, professeur associé à l’Université Cornell, s’inquiète des efforts de limitation de la la liberté académique aux Etat-Unis et souhaite que les institutions protègent les personnes et domaines touchés en résistant aux intimidations.
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Sujet: mobilité scientifique
La Suisse souhaite renforcer la coopération scientifique avec l’Afrique. Une réunion d’ambassadeurs de haut niveau à Berne a permis de mettre en lumière les moyens nécessaires à cette fin.
Hugues Abriel, vice-recteur pour la recherche et l’innovation de l’Université de Berne avance une proposition très concrète : «Aidez-nous à obtenir des visas, des visas pour les chercheuses et chercheurs !» Dans le cadre de l’«Initiative Afrique», l’Université de Berne entretient des relations de coopération avec plusieurs pays africains.
«Désormais principal fer de lance de l’innovation technologique, l’empire du Milieu s’est rendu incontournable, avec des laboratoires de recherche bien mieux dotés financièrement que les laboratoires français. Selon le ministère des affaires étrangères, la coopération universitaire entre la France et la Chine se matérialise par plus de 350 accords actifs (échanges, doubles diplômes…) et des flux soutenus de mobilité étudiante.» Le directeur de la stratégie et de la transformation de la Centrale Supélec, [Grande école d’ingénieurs française publique de l’université Paris-Saclay], Vincent Jolys, estime: «Il est important qu’on ne soit pas naïfs, il y a des enjeux de souveraineté, et chacun protège au mieux ses intérêts, mais le monde scientifique et de la formation reste ouvert.» (Le Monde)
«L’atelier « Science Diplomacy in Practice », organisé […] à l’Université de Berne par le DFAE et les universités de Berne et de Bâle, a réuni diplomates et scientifiques de Suisse et d’Afrique afin de renforcer les synergies entre recherche, innovation et diplomatie. Les participants ont salué la richesse des collaborations existantes et discuté de nouvelles pistes pour connecter plus étroitement l’écosystème scientifique aux réseaux diplomatiques suisses et africains.»
Uwe Brandenburg, directeur operationnel du Global Impact Institute, qui aide les universités à évaluer et à améliorer l’internationalisation de l’enseignement supérieur, y compris la formation doctorale, estime que l’Europe dispose déjà d’un outil pertinent pour promouvoir l’internationalisation des doctorats, mais que celui-ci est aujourd’hui sous-utilisé et dépassé : le label Doctor Europaeus, créé en 1991.
Ce label, qui s’ajoute à un doctorat national sans constituer un diplôme distinct, est attribué aux doctorant·es qui satisfont quatre critères :
- Un séjour de recherche d’au moins trois mois dans un autre pays européen.
- L’évaluation de la thèse par au moins deux examinateurs de pays européens différents.
- La participation d’un examinateur étranger au jury de soutenance.
- Une partie de la soutenance réalisée dans une langue européenne différente de celle du pays délivrant le diplôme.
Selon l’auteur, ces critères représentent toujours un excellent standard d’internationalisation. Pourtant, ses travaux d’évaluation montrent que, dans la majorité des universités européennes, ces pratiques restent loin d’être généralisées.
Pour tenir compte de des évolutions, Brandenburg propose de créer un Doctor Europaeus+. Les quatre critères historiques seraient conservés comme base minimale, mais complétés par :
- une formation conforme aux principes de l’Association européenne des universités (EUA) ;
- une formation à la science ouverte et à l’éthique de la recherche ;
- le développement de compétences transférables ;
- une véritable collaboration internationale ;
- une gestion des données conforme aux principes FAIR ;
- éventuellement, un badge numérique attestant ces acquis.
«Des sénateurs américains des deux bords politiques ont publié le 2 août un projet de loi de finances qui, s’il était adopté, suspendrait temporairement une proposition ambitieuse et controversée de la Maison Blanche visant à réformer la recherche scientifique financée par le gouvernement fédéral. Cette proposition, qui a pour objectif déclaré d’améliorer «la transparence, la responsabilité et le contrôle» des fonds fédéraux, contient des dispositions qui redéfiniraient le paysage scientifique américain, notamment en confiant à des responsables politiques nommés l’examen des subventions fédérales et en restreignant la collaboration entre les scientifiques américains et leurs homologues internationaux. Si elle est adoptée, cette réglementation de la Maison Blanche pourrait entrer en vigueur le 1er octobre.»
Les associations de défense de la science ont salué le projet de loi de la commission sénatoriale qui permettrait d’éviter la fermeture des services publics, mais également de préserver des processus scientifiques comme par exemple l’évaluation par des pairs. (Nature)
L’éditeur du Washington Post loue la proposition de réforme, particulièrement pour réduire la bureaucratie dans les sciences, mais défend l’importance de la mobilité scientifique, ayant un impact positif sur la prospérité américaine.
«Mener des recherches sur le terrain en Chine est devenu de plus en plus difficile, car les chercheurs comme moi ne peuvent plus poser de questions ouvertement ni rencontrer des informateurs et des partenaires sans être soumis à une surveillance stricte, comme c’était le cas dans les années 2000», affirme Simona Grano, chercheuse principale à l’Université de Zurich.
Depuis 2012, la Chine a adopté une série de lois visant à renforcer la surveillance des organisations et des particuliers étrangers sous prétexte de « préserver la sécurité nationale ». Une nouvelle législation en matière de protection des données par exemple fait que les autorités chinoises pourraient accéder aux données, les utiliser et les modifier sans le consentement des demandeurs et à n’importe quelle fin.
En conséquences, les recherches sur la Chine financées par la Suisse ont baissé pendant les 15 dernières années.
Etant donné l’importance du pays pour la politique et l’économie suisse, Simona Grano estime que le gouvernement suisse devrait prendre davantage de mesures, financer des programmes de recherche spécifiques axés sur les sciences sociales et humaines liées à la Chine, en mettant particulièrement l’accent sur la politique étrangère et de sécurité, la transformation numérique et la technologie. «Il pourrait également allouer des fonds fédéraux pour renforcer les enquêtes, les archives et les ensembles de données basés en Suisse, provenant de sources alternatives collectées en dehors de la Chine et archivées de manière indépendante».
Le SEFRI répond qu’en Suisse, le financement public de la recherche repose sur le principe “bottom-up” et s’applique de manière égale à toutes les disciplines universitaires». «La Confédération n’accorde pas la priorité à certains domaines thématiques ou domaines de recherche spécifiques, ni n’y affecte de manière ciblée des fonds.»
Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme face à une proposition «ambitieuse» de la Maison Blanche qui pourrait bouleverser en profondeur le fonctionnement de la recherche financée par le gouvernement fédéral. Les règles proposées confieraient aux responsables politiques le contrôle de toutes les subventions fédérales ; réduiraient l’importance de l’évaluation par les pairs ; imposeraient davantage de restrictions à la participation des bénéficiaires de subventions à des réunions ; limiteraient les collaborations entre les scientifiques américains financés par le gouvernement fédéral et leurs homologues étrangers ; et restreindraient le soutien financier fédéral à la publication des résultats des scientifiques américains dans des revues scientifiques. (Nature)
Par ailleurs, l’administration Trump a proposé de réduire de moitié le budget de l’agence National Science Foundation (NSF) et de supprimer purement et simplement la division Social, Behavioral, and Economic Sciences (SBE) au cours du prochain exercice budgétaire. Cette dernière finance environ 63 % de la recherche universitaire en sciences psychologiques et sociales. (The Atlantic)
Selon la American Geophysical Union, «des catégories entières de recherche se verraient de fait privées de financement fédéral, notamment les travaux recourant à des cadres analytiques axés sur les effets disparates — fondement méthodologique de la recherche en santé publique, de la science de la justice environnementale et des sciences sociales qui étudient la répartition inégale des risques climatiques, de la qualité de l’air et de la vulnérabilité aux catastrophes. Cette règle limiterait également tout travail que l’administration estime impliquer des pratiques DEI ou ce qu’elle qualifie d’« idéologie du genre ». Par ailleurs, un juge fédéral a bloqué la tentative de la NSF de démanteler le NCAR. (American Geophysical Union)
Audrey Leuba, rectrice de l’Université de Genève, affirme que l’initiative contre une Suisse à 10 millions d’habitants pointe des défis réels, mais met en garde contre une solution en trompe-l’œil qui affaiblirait la recherche et la formation.
«La recherche et l’innovation constituent en outre un moteur clé pour répondre aux défis liés à la sécurité, aux infrastructures, à la durabilité, aux transports ou à l’énergie. Affaiblir la mobilité académique et l’accès aux programmes européens reviendrait à réduire nos marges de manœuvre face aux défis mêmes que l’initiative entend résoudre.»
L’Université de Genève prend note du cadre réglementaire chinois concernant la protection des données personnelles (PIPL) et la sécurité des données considérées comme importantes ou essentielles pour la nation (Loi sur la sécurité nationale de la République populaire de Chine).
«Dans le cas d’importation de données depuis la Chine ou l’élaboration de projets de recherche bilatéraux, il est nécessaire d’obtenir l’autorisation des autorités chinoises. Les chercheurs-euses peuvent anticiper les difficultés éventuelles en évaluant les risques liés aux données dès la phase de conception du projet, notamment en identifiant soigneusement les types de données, les flux de données prévus et leur classification éventuelle en vertu de la législation chinoise. […]
Afin d’orienter ses chercheurs-euses, l’Université de Genève a établi des recommandations dédiées à la collaboration scientifique avec la Chine, ainsi qu’un questionnaire d’auto-évaluation sur une base volontaire» et une séance d’information concernant également les contrôles d’exportation, les embargos et les sanctions («Check before you collaborate»).
Les responsables des subventions de deux des plus grands organismes de financement de la recherche scientifique du gouvernement américain ont récemment imposé des restrictions sans précédent à la capacité des scientifiques américains à publier des articles en collaboration avec des coauteurs d’autres pays.
Ni le National Institutes of Health (NIH) ni la NASA ont publié de nouvelles directives officielles décrivant ces exigences. Au lieu de cela, les responsables informent les bénéficiaires individuellement, ce qui sème la confusion et suscite l’inquiétude chez les chercheurs.
«D’après le Conseil suisse de la science CSS, une évaluation objective de la situation est nécessaire: que révèlent les données disponibles concernant le domaine de la formation, de la recherche et de l’innovation (FRI)? Cet article de blog s’appuie notamment sur les prises de position du Fonds national suisse (FNS), des Académies suisses des sciences a+ et de swissuniversities, ainsi que sur une étude de scienceindustries et un avis juridique d’Astrid Epiney.»
«A l’occasion de la cérémonie des remises des flammes des soins infirmiers vaudois, Frédéric Borloz, Chef du Département de l’enseignement et de la formation professionnelle, souligne l’excellence de la formation dans le Canton de Vaud et son importance dans des professions essentielles.
Cette excellence serait menacée par l’initiative «Pas de Suisse à dix millions», dont des conséquences pénaliseraient les hautes écoles aussi bien dans leur rayonnement que dans leur capacité à attirer des chercheurs et des enseignants qualifiés et reconnus à l’international.»
L’UNES réitère également son opposition à l’initiative, qui menacerait la collaboration internationale et [une future association à] Erasmus+, tout comme la FAE.
Alors que l’UE maintient son accord d’association avec Israël ce mardi 21 avril, le milieu universitaire israélien dénonce un boycott croissant qu’il juge être une «double peine». Entre annulation de conférences et exclusions de programmes européens, les scientifiques, peuvent se retrouver isolé·es. De plus, la recherche israélienne a également été touchée par le départ d’étudiant·es internationaux après le début de la guerre à Gaza.
Lee chercheur Sarel Fleishman, membre du mouvement israélien pour la paix, dont la collaboration avec l’université de Delft a été rompue, ce boycott affaiblit la société civile : «Je comprends le sentiment qui anime les auteurs de boycott» affirme-t-il. «Mais la société civile elle-même est attaquée par le gouvernement. Elle est la seule à pouvoir mettre fin à cette horrible guerre en le renversant; le boycott international ne l’aide pas.» (Le Temps)
«Invité à intervenir à la prestigieuse université de Yale sur ses travaux autour de la «néofascisation», le chercheur en sciences sociales Mathieu Rigouste s’est vu refuser l’entrée sur le territoire américain par le Department of Homeland Security, sans justification officielle. Une décision qui empêche sa venue et plusieurs interventions prévues, et qui constitue, selon lui, une illustration concrète des mécanismes qu’il analyse depuis plusieurs années. […] Mathieu Rigouste souligne que ce type de situation ne se limite pas aux États-Unis.» L’article mentionne d’autres restrictions d’entrée de scientifiques en France, au Canada, à Israël et aux Etats-Unis.
«Postdoc.Mobility et Ambizione seront remplacés dès 2028 par un nouvel instrument. Le FNS prend des mesures pour assurer la transition lors des dernières mises au concours», notamment en adoptant les conditions d’admission.
[Voir aussi le comme le communiqué 17.03.2026.]
Louise Drogoul, conseillère principale en innovation et développement durable au sein de l’association universitaire Cesaer, estime qu’appliquer une «préférence européenne» aux sciences et technologies de pointe ne fera qu’accroître les vulnérabilités stratégiques de l’Europe.
«Il est très difficile, d’un point de vue stratégique, de justifier un traitement plus restrictif à l’égard des collaborateurs originaires des pays membres de l’Espace économique européen (Islande, Liechtenstein et Norvège), ou de la Suisse et du Royaume-Uni. Il s’agit en effet de partenaires profondément ancrés dans l’écosystème européen de la recherche et de l’innovation. Par ailleurs, l’Europe devrait continuer à s’opposer à toute exclusion par défaut et privilégier plutôt une évaluation au cas par cas.»
Des recherches montrent que des personnes issues de familles appartenant à l’élite de l’appareil du pouvoir iranien – y compris des proches de membres des services secrets et du gouvernement – ont à plusieurs reprises suivi des études dans des universités suisses.
Par le passé, les transferts de technologie de l’Occident vers l’Iran se faisaient souvent par l’intermédiaire de scientifiques et d’ingénieur·es qui, après avoir suivi une formation et exercé leur métier à l’étranger, rapatriaient de manière ciblée les connaissances acquises dans leur pays d’origine.
Mais le régime iranien ne cherche pas seulement à acquérir un savoir-faire : selon le SRC, les services iraniens surveillent également les Iranien·nes en exil membres de l’opposition qui vivent en Suisse. Les opposant·es au régime sont ainsi parfois menacé·es, intimidé·es et soudoyé·es. Et le SRC affirme qu’il y a un risque que des iraniens·nes proche du pouvoir organisent des attaques sur des cibles juifs.
En février, le député vaudois David Vogel (Verts-libéraux) a fait une interpellation sur la présence de Gardiens de la Révolutions iraniens dans le Canton Vaud et à l’Unil.
Soumise au vote populaire en juin, l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» propose de plafonner la population.
Une étude menée par l’UNIGE et la HEG Genève, mandaté par la Fédération des entreprises romandes, analyse les conséquences pour les finances publiques, les entreprises, l’économie, l’environnement et, par rebondissement, le monde académique.
En plus du gouvernement suisse qui s’oppose à l’initiative de l’UDC «Suisse à 10 millions!», l’organisation faîtière des hautes écoles et universités suisses, swissuniversities, rejette fermement l’initiative visant à plafonner la population à 10 millions d’habitants d’ici 2050. Pour atteindre cet objectif, elle préconise des mesures radicales, allant jusqu’à la dénonciation de l’accord sur la libre circulation avec l’UE.
Dans une interview accordée au SonntagsBlick, Luciana Vaccaro, présidente de swissuniversities, explique pourquoi ce projet menace la recherche et les hôpitaux. Elle souligne qu’une telle mesure porterait un « préjudice énorme » à l’économie et à la science, en compromettant définitivement l’accès aux programmes vitaux tels qu’Horizon Europe et Erasmus+. L’impact sera immédiat pour les universités et les hôpitaux, une grande partie du corps professoral étant issue de l’immigration. En freinant la mobilité, l’initiative affaiblirait la compétitivité du pays et pourrait inquiéter les partenaires. swissuniversities a publié une prise de position officielle qui préconise que la Suisse doit pouvoir « attirer et retenir les talents », avoir un « accès essentiel aux programmes de recherche européens » et qu’elle doit « rester compétitive ».
swissuniversities se base par ailleurs sur l’avis juridique d’Astrid Epiney, selon Luciana Vaccaro, la «meilleure spécialiste en droit européen de Suisse», [qui était par ailleurs rectrice de l’Université de Fribourg (2015-2024)].
Le syndicat étudiant UNES s’oppose également à l’initiative populaire, craignant que les jeunes ne «paient les pots cassés». Entre le retour des visas, l’augmentation potentielle des taxes d’études et l’incertitude sur la reconnaissance mutuelle des diplômes, c’est tout le parcours académique des étudiant·es suisses qui risque d’être entravé.