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Tendances des 2 dernières semaines

Sujet: carrière académique

UniDistance Suisse rejoint la CUSO

«Dès le 1er janvier 2027, UniDistance Suisse deviendra membre associé de la Conférence universitaire de Suisse occidentale (CUSO). Cette association offrira à ses doctorant·e·s et chercheur·euse·s un accès élargi à des formations doctorales, à des réseaux scientifiques et à de nouvelles opportunités de collaboration à l’échelle de la Suisse occidentale. Elle permettra également à l’institution de contribuer plus activement au développement de la relève académique et des échanges scientifiques interdisciplinaires.»

Pourquoi les femmes quittent le milieu universitaire?

Soumises à des exigences plus strictes, en proie aux sentiments de dévalorisation, ces expériences, plus courantes chez les femmes que chez les hommes participent à l’attrition des femmes dans le milieu universitaire. C’est ce que déclare une récente étude américaine, qui tente de repérer les tendances susceptibles d’expliquer pourquoi les femmes se sentent mises à l’écart.

L’étude indique également que les preuves de ce type de problèmes, qui concernent le climat ou la pression, sont souvent anecdotiques ou d’une portée limitée, ce qui peut compliquer leur traitement. De plus, la « trahison institutionnelle », c’est-à-dire le fait que les institutions ne prennent pas les plaintes au sérieux, était fréquemment citée par les enquêté·es. De plus, la dévalorisation semblait davantage toucher les femmes de couleurs. Les femmes blanches étaient les deuxièmes plus touchées, suivies des hommes de couleur, puis des hommes blancs.

Comment être scientifique dans un paysage de la recherche en pleine mutation

La communauté scientifique américaine traverse actuellement une période de bouleversements majeurs.  La nouvelle édition du rapport On being a Scientist : A Guide to the Responsible and Ethical Conduct of Research, aborde le contexte actuel de la science et de l’enseignement scientifique. Il prend en compte l’évolution de la pratique scientifique ainsi que de la manière dont les différentes conditions financières et géopolitiques influencent le fonctionnement de la recherche scientifique.

Cet ouvrage a pour objectif explicite de former les jeunes scientifiques à agir de manière responsable et éthique, à être de bons gardiens des fonds publics et de la confiance qui leur est accordée, et à assumer les responsabilités plus larges qui incombent à tout scientifique dans un contexte en pleine mutation.

À qui dit-on que c’est impossible ?

Selon Selon Johanna A. Joyce, professeure et codirectrice du département d’oncologie fondamentale de l’UNIL, «Le parcours des femmes dans la recherche sur le cancer a profondément évolué au cours des 25 dernières années, mais il ne faut pas confondre cette visibilité accrue avec l’égalité. Pour franchir une nouvelle étape, il faut repenser les écosystèmes scientifiques qui déterminent qui est retenu, reconnu, financé et considéré comme digne de confiance.»

« Les contrats transforment les universitaires en « sans-abri intellectuels » »

Le corps professoral mondial, notamment aux États-Unis, fait face à un affaiblissement historique de la sécurité de l’emploi. La multiplication des contrats courts et le durcissement des conditions d’accès à la titularisation redéfinissent la gestion des universités. De plus en plus d’universitaires se retrouveraient dans un situation d’instabilité et de précarité.

Le leadership, levier indispensable à la carrière universitaire au XXIe siècle?

Dans un monde académique en pleine mutation, l’excellence en recherche et les compétences pédagogiques ne suffisent plus à garantir la réussite d’une institution. Comme le souligne Karen Vandevelde pour l’Association européenne des universités (EUA), les universités doivent aujourd’hui composer avec un environnement ultra-réglementé et une compétition mondiale féroce pour obtenir des financements et attirer des talents. De plus, entre la gestion des budgets, l’encadrement des doctorants·es et les charges d’enseignement, la carrière de chercheur est de plus en plus complexe.

Face à ces défis, le leadership apparaît comme la solution indispensable pour restaurer l’attractivité des parcours académiques. L’enjeu est de transformer les institutions en profondeur et gagner en agilité en modernisant les structures administratives souvent trop lourdes et en permettant de diversifier les possibilités de carrière pour offrir des perspectives plus souples.

 

«Passons de la reconnaissance symbolique à l’inclusion significative des universitaires à la retraite»

La valorisation des universitaires au-delà de la retraite reste aujourd’hui souvent symbolique (statut de professeur·e émérite) et minimale, estiment une maître de conférences et un professeur de l’Université de Cranfield (GB). Pourtant, ces personnes apportent de nombreux bénéfices à l’institution ainsi qu’aux nouvelles générations de scientifiques. La mise en place d’un cadre structuré pour accompagner la fin de carrière offrirait des bénéfices concrets. Une telle transition permettrait non seulement d’assurer la continuité de la recherche et de l’enseignement, mais aussi de préserver la mémoire institutionnelle via le mentorat, dans un système qui a tendance à privilégier la jeunesse et la nouveauté. Plutôt que de rompre les liens, une intégration formelle reconnaîtrait officiellement leurs contributions. Enfin, ce maintien d’activité pourrait également s’avérer stratégique sur le plan financer, en optimisant les ressources et l’expertise déjà disponibles au sein de l’université.

Swissuniversities a publié les données du «gender monitoring 2024»

Les données de Swissuniversities indiquent que l’augmentation du nombre de femmes professeures observée ces dernières années se maintient.

«En 2024, 46 % des embauches au niveau professoral concernaient des femmes (soit 1 point de pourcentage en moins que l’année précédente). Au 31 décembre 2024 (date de référence), les femmes représentaient 31 % des effectifs totaux de professeur·es, représentant une augmentation de 1 point de pourcentage par rapport à l’année précédente.»

«Nous avons les études mais pas l’expérience»

«Le taux de chômage des jeunes a progressé de plus de 13% en l’espace d’un an pour se fixer au-dessus des 3%. […] Le chômage des jeunes touche essentiellement les diplômés du secteur tertiaire. » Un chercheur en sociologie témoigne notamment de la précarité de la carrière académique: «Se lancer dans une carrière académique est quasi suicidaire. L’horizon est bouché car les places de travail sont très rares en Suisse.»

Diplômé·e bien formé·e mais sans expérience, «l’enfer du premier job»

Le chômage des jeunes, qui touche majoritairement les diplômé·es du secteur tertiaire, progresse à grande vitesse. «Ralentissement conjoncturel du secteur privé, concurrence de l’IA, austérité budgétaire de la Confédération et de certains cantons contribuent au stress financier.»

Un docteur en sociologie décrit le parcours académique comme extrêmement précaire : les débouchés sont très limités en Suisse, ce qui pousse nombre de chercheur·euses à s’expatrier au prix de sacrifier sa vie sociale. Le Courrier souligne qu’en Suisse 80% du travail de recherche académique est effectué par des employé·es à durée déterminée. De son côté, une diplômée en sciences sociales relève le fort déséquilibre entre le nombre de candidat·es et les postes disponibles. Les jeunes diplômé·es se retrouvent en concurrence avec des profils plus expérimentés, disposant de plusieurs années de pratique professionnelle.

Raphaël Schmid, directeur général d’Interiman Group, recommande aux personnes en recherche d’emploi de mobiliser leur réseau, de renforcer leurs compétences linguistiques et de recourir à un accompagnement professionnel. Il estime par ailleurs que des étapes transitoires, comme un stage ou un contrat à durée déterminée, peuvent constituer un passage clé vers un emploi stable.

Toujours plus de pression sur les doctorant·es et post-doctorant·es

Une nouvelle enquête d’Actionuni, l’association faîtière du corps intermédiaire universitaire, montre que 22% des personnes interrogées présentent des symptômes dépressifs et beaucoup se sentent épuisées. Selon Actionuni, environ 80% des employé·es académiques en Suisse sont engagé·es pour une durée déterminée, et parmi elles·eux 39% déclarent être très stressé·es à cause de cela. A cela s’ajoute la souffrance d’une charge de travail élevée, de la pression de la concurrence et de salaires parfois bas. De plus, une forte hiérarchie de pouvoir entre professeur·es et collaborateur·es scientifiques existe. Un tiers des personnes interrogées ont été victimes de mobbing, de discrimination ou de harcèlement; 59% ont vécu ou observé que leurs supérieurs faisaient pression pour qu’elles travaillent le soir, le week-end ou pendant les vacances; 40% affirment que leur institution ne les écoute pas lorsqu’elles expriment leurs inquiétudes. Les personnes les plus concernées seraient les femmes et les personnes non-binaires, ainsi que les employé·es étranger·ères avec un permis de travail non-permanent.

La recherche universitaire devient-elle trop compétitive ?

«Les taux de réussite des principales subventions de recherche européennes sont en baisse, certains atteignant à peine quelques points de pourcentage, car l’augmentation du nombre de demandes dépasse largement les fonds disponibles. Les données recueillies par Nature montrent que les chercheurs, en particulier ceux qui sont au début de leur carrière universitaire, sont confrontés à une concurrence de plus en plus féroce pour poursuivre leur carrière dans la recherche.»

L’intégrité de la recherche nécessite un programme de gentillesse

Madeleine Pownall, professeure associée à l’école de psychologie de l’Université de Leeds, dénonce une culture de harcèlement académique envers les jeunes chercheur·euses (ECRs) dans l’open science. Elle a pu constater dans ses recherches que de nombreux·euses jeunes chercheur·euses hésitent à participer aux pratiques d’open science en raison de ces problèmes culturels. Une expérience hostile dans ce contexte pourrait même les amener à se détourner définitivement du milieu de la recherche. Selon elle, «l’hostilité, l’exclusion et le harcèlement académique devraient être formellement reconnus comme des problèmes d’intégrité de la recherche».

En 2020, les spécialistes en sciences cognitives Olivia Guest et Kirsty Whitaker avaient inventé le concept de «bropen science» afin de critiquer la façon dont le mouvement des open sciences «renforçait plutôt que démantelait les hiérarchies existantes dans l’enseignement supérieur», remplaçant l’inclusion dans les conversations ouvertes sur la recherche par la performance, l’hostilité et l’exclusivité. Aujourd’hui, «cette réalité n’est toujours pas prise au sérieux», regrette Madeleine Pownall.

La professeure estime alors que l’intégrité de la recherche a besoin d’urgence d’un «programme de bienveillance», qui comprend des mesures incitatives locales afin de favoriser une culture académique de la gentillesse. «Cela impliquerait l’élaboration de politiques et de pratiques, à tous les niveaux, qui soutiennent non seulement la recherche rigoureuse mais aussi des interactions humaines et compatissantes envers les uns et les autres : les valeurs de collégialité, de soin et de réflexion que la recherche ouverte prétend promouvoir. Il pourrait s’agir, comme point de départ, d’établir des protections claires contre l’intimidation et le harcèlement, d’avoir des procédures transparentes de signalement et de dénonciation pour les ECRs, et de récompenser la collaboration et le soutien mutuel.»

Critiques de la politique du FNS

Ces dernières années, le Fonds national suisse (FNS) a fait l’objet de nombreuses critiques («trop woke, trop à gauche, trop sciences naturelles»). Cependant, il n’avait peu connu de pressions financières jusqu’à aujourd’hui. En début d’année, le Conseil fédéral a déclaré vouloir économiser 412 millions de francs suisses au FNS entre 2027 et 2029, soit environ 11% du budget annuel. En 2027 et 2028, l’entité devra ainsi probablement «rejeter au moins 500 excellents projets». Les coupes concerneront principalement le soutien aux projets ainsi que la promotion des carrières des jeunes chercheurs et chercheuses.

Alors qu’il y a dix ans le FNS pouvait approuver environ 50% des demandes, aujourd’hui ce chiffre est d’environ 35%. Et ce taux diminuera avec les coupes prévues par le Conseil fédéral. Annalena Müller, journaliste auteure de l’article, estime que même avec ces coupes le FNS serait encore en bonne position au regard, par exemple, de la Deutsche Forschungsgemeinschaft qui a un taux de 29,5 % d’acceptation.

La journaliste relève également plusieurs critiques structurelles adressées au FNS: un manque de transparence sur les critères d’excellence scientifique. «Ce système fait régulièrement l’objet de critiques, car il gonfle les effectifs du corps intermédiaire universitaire et éloigne les jeunes adultes hautement qualifiés du marché du travail libre, sans qu’il y ait pour autant de postes à long terme ou de besoin durable pour ces spécialistes universitaires.»

Enfin, la journaliste relève des critiques contre les projets individuels, «dont la valeur informative et l’utilité économique ne sont pas toujours évidentes».

Précarité des enseignant·es des établissements supérieurs

«Pour assurer des cours, les universités françaises recourent massivement au recrutement d’enseignant·es vacataires: des intervenant·es payé·es à l’heure, mal rémunéré·es, sans statut ni reconnaissance spécifiques. Malgré l’introduction en 2022 d’une loi visant à réguler ces pratiques, la situation reste pour l’heure inchangée.»

Bien qu’une telle situation n’existe pas en Suisse, la précarité des enseignant·es des établissements supérieurs existe aussi. Des chargé·es de cours, postdoctorant·es ou doctorant·es assurent une part significative de l’enseignement, «dans des conditions contractuelles qui se révèlent bien souvent fragiles». En 2022, 48% du corps intermédiaire à l’Université de Genève été engagée en CDD ou contrat de suppléance. Le passage par la précarité reste alors aujourd’hui souvent perçu comme un sacrifice nécessaire avant une meilleure situation.

«Les jeunes chercheurs craignent pour leur existence»

A l’occasion de la réunion des prix Nobel à Lindau, en Allemagne, de nombreux·euses jeunes chercheur·euses expriment leurs craintes pour leur avenir dans la recherche, en raison des coupes budgétaires imposées par l’administration Trump. Les financements accordés par les autorités américaines sont actuellement incertains. La lauréate du prix Nobel et ancienne conseillère présidentielle Frances Arnold s’attend à ce que de nombreux·euses doctorant·es et post-doctorant·es n’obtiennent pas de prolongation de leurs subventions et de leur emploi aux Etats-Unis. Plusieurs post-doctorant·es seraient retourné·es dans leur pays d’origine, en Chine, en Corée du Sud ou au Japon, afin d’y poursuivre leurs recherches.

Selon une analyse de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS), le budget de l’administration Trump pour 2026 prévoit de réduire le financement de la recherche de 22%, la recherche fondamentale d’un tiers.