«[L]e Conseil fédéral a approuvé les modifications de l’ordonnance sur les contributions qui étaient proposées par le conseil d’administration d’Innosuisse. Cette révision simplifie les procédures et offre davantage de souplesse dans la conception des offres d’encouragement. […] En outre, les exigences relatives aux principes éthiques ainsi qu’à la sécurité de la recherche et des connaissances sont réglementées de manière plus claire.»
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Sujet: recherche – éthique
La communauté scientifique américaine traverse actuellement une période de bouleversements majeurs. La nouvelle édition du rapport On being a Scientist : A Guide to the Responsible and Ethical Conduct of Research, aborde le contexte actuel de la science et de l’enseignement scientifique. Il prend en compte l’évolution de la pratique scientifique ainsi que de la manière dont les différentes conditions financières et géopolitiques influencent le fonctionnement de la recherche scientifique.
Cet ouvrage a pour objectif explicite de former les jeunes scientifiques à agir de manière responsable et éthique, à être de bons gardiens des fonds publics et de la confiance qui leur est accordée, et à assumer les responsabilités plus larges qui incombent à tout scientifique dans un contexte en pleine mutation.
La semaine dernière, OpenAI a publié les solutions de 377 problèmes mathématiques.
Critiquant les méthodes, Moritz Kassmann de l’Université de Bielefeld, vice-président de l’Association allemande des mathématicien·nes, estime que l’entreprise chercherait toujours à attirer l’attention du public et non à favoriser une meilleure compréhension des mathématiques.
L’Association for Human Mathematics se montre encore plus sévère à l’égard d’OpenAI. Elle reproche à l’entreprise d’ignorer l’exigence fondamentale selon laquelle les modèles internes des entreprises spécialisées dans l’IA ne devraient pas être testés sur des problèmes mathématiques complexes. La publication de 377 preuves ne serait pas un gage de rigueur scientifique, mais une démonstration de pouvoir. L’association appelle les mathématicien·nes à cesser toute collaboration avec OpenAI et à revenir à une vision de la science placée au cœur de laquelle se trouve la compréhension humaine.
L’évaluation des résultats avant la publication s’effectue normalement à titre bénévole. Cependant, face à l’explosion du nombre de soumissions ces dernières années, cette tâche devient de plus en plus lourde. Les rédacteurs en chef des revues ont du mal à trouver des évaluateurs disposés à s’engager, et le processus s’éternise souvent. Pour certaines revues, une incitation financière constitue un moyen d’accélérer le processus d’évaluation par les pairs afin que les auteurs n’aient pas à attendre des semaines, voire des mois, avant d’obtenir une décision.
Certains éditeurs sous-traitent certaines tâches telles que la relecture, l’impression, les contrôles d’intégrité ou la gestion des flux de travail éditoriaux, parfois sans le mentionner explicitement. Mais si des revues font appel à des sociétés tierces pour effectuer l’évaluation par les pairs sans le signaler, alors certains spécialistes estiment que ce manque de transparence est préoccupant.
Matt Spick, spécialiste de l’intégrité de la recherche à l’université du Surrey à Guildford, au Royaume-Uni, explique que sa principale préoccupation est que l’externalisation de l’évaluation par les pairs à des tiers rémunérés ouvre la voie à une utilisation de l’intelligence artificielle par les évaluateurs pour produire en série des rapports d’évaluation rapides sans que cela soit divulgué.
«La multinationale Philip Morris aurait financé des études menées sur les enfants au sein de l’Université de Genève dans les années 1990. Selon une enquête de l’association anti-tabagisme OxySuisse parue jeudi, des centaines de mineurs dès neuf ans auraient été enrôlés à des fins marketing.»
Armasuisse souhaite multiplier par dix ses investissements annuels dans les hautes écoles ; l’EPFZ doit affecter ses meilleurs chercheurs au développement de drones, à la cybersécurité et aux technologies de surveillance.
Il y a plus de vingt ans, la Société historique suisse (SGG) a révisé son code d’éthique pour répondre aux enjeux actuels qui traverse la discipline tels que la numérisation ou l’utilisation des outils d’intelligence artificielle.
«Vingt ans plus tard, plusieurs des problématiques abordées restent néanmoins d’actualité — parfois avec une acuité renforcée. Les menaces de poursuites judiciaires visant des historien·ne·s, ainsi que les obstacles d’accès aux sources (refus de consultation au prétexte de la protection des données, caviardages, délais prolongés arbitrairement), restent des défis de taille pour les sciences historiques, comme l’illustrent plusieurs affaires récentes.»
OxySuisse a étudié les contrats de 31 universtiés, HES, instituts fédéraux et hôpitaux universitaires suisses avec l’industrie du tabac. Le rapport montre que même si les écoles suisses ne reçoivent que peu de fonds directement liés au tabac, un tiers d’entre elles ont encore un lien avec le secteur. Plusieurs institutions, dont l’EHL et l’Hepia à Genève, ont contesté juridiquement la démarche de l’organisation.
«Les universités ont peu à gagner et beaucoup à perdre dans cette relation, au vu des scandales présents et passés», estime la directrice d’Oxysuisse. En Suisse, seule l’école d’économie et de management de l’Université de Genève dispose d’un code éthique qui exclut le tabac.
Une enquête de la Schweizer Radio und Fernsehen (SRF) révèle des liaisons problématiques entre les universités suisses et l’industrie du tabac, questionnant l’indépendance de la recherche. À l’EPFL, plus de soixante étudiant·es ont réalisé leur master ou un stage chez Phillip Morris International ces dernières années, une pratique qui n’est pas encouragée mais tolérée selon l’Ecole polytechnique.
L’association de prévention du tabac OxySuisse, financée en grande partie par la Confédération, révèle que plus d’un tiers des hautes écoles suisses ont entretenu de tels liens, profitant d’un cadre législatif helvétique très favorable aux industries du tabac. Face à la confusion entre recherche indépendante et contrats privés, des voix s’élèvent pour exiger des règles de transparence uniformes afin de protéger les institutions académiques de l’influence d’une industrie controversée.
Le 28 octobre, la Commission européenne a présenté plusieurs initiatives pour renforcer la sécurité de la recherche dans l’UE. Ces mesures incluent la création d’une plateforme de diligence raisonnable destinée à aider les chercheurs à évaluer les risques liés à la coopération internationale, ainsi qu’un centre d’expertise sur la sécurité de la recherche, prévu pour mi-2026.
Selon Claire Gray (LERU), les chercheurs manquent d’outils fiables et accessibles pour évaluer les risques de collaboration internationale, les solutions existantes étant coûteuses et incomplètes. Des modèles étrangers existent, comme la plateforme américaine Secure Center soutenue par la NSF, mais leurs coûts restent incertains.
Lors d’une conférence européenne sur la sécurité de la recherche, la Commission a insisté sur la mise en œuvre d’un cadre européen adapté. Des participants, tels que Vincent Klein Ikkink (Cesaer), ont averti contre une copie du modèle américain et plaidé pour une approche européenne proportionnée, collaborative et adaptée à la diversité du système de recherche.
Les experts recommandent que le futur centre d’expertise intègre un guichet d’aide, une boîte à outils virtuelle et une plateforme d’échange sécurisée pour partager incidents, bonnes pratiques et leçons tirées.
La commissaire Ekaterina Zaharieva souhaite par ailleurs inscrire la sécurité de la recherche dans la loi, via le futur European Research Area (ERA) Act, afin de prévenir les transferts technologiques indésirables ou les atteintes à l’éthique. Cette proposition suscite des réserves, certains craignant une surréglementation.
Pour Science Europe, la loi doit seulement fixer des normes minimales communes, sans alourdir la charge administrative ni freiner la collaboration internationale.
Les discussions ont mis en avant la difficulté d’équilibrer ouverture et protection, chaque État membre ayant ses propres priorités. L’objectif n’est pas d’isoler l’Europe, mais de mieux gérer les risques dans un contexte géopolitique complexe.
Enfin, plusieurs intervenants, dont Julien Chicot (The Guild), ont insisté sur la nécessité d’un changement culturel : les outils techniques et juridiques ne suffisent pas. Il faut développer une culture de la sécurité de la recherche fondée sur la confiance, la responsabilité et la sensibilisation, sans opposer science ouverte et sécurité.
De nouvelles lois sur la sécurité de la recherche seront intégrées dans le futur Acte sur l’Espace européen de la recherche (ERA Act), a annoncé la commissaire européenne à la recherche, Ekaterina Zaharieva.
Ces lois auront pour objectif de protéger l’Union européenne contre des risques tels que le transfert non souhaité de technologies sensibles, les influences étrangères malveillantes ou encore les violations éthiques ou d’intégrité provenant de pays tiers.
L’ERA Act vise à instaurer des obligations juridiques et des incitations pour les États membres afin de créer un marché unique de la recherche. La Commission européenne avait déjà laissé entendre, en juin, qu’elle pourrait y inclure des mesures de sécurité, et la déclaration d’Ekaterina Zaharieva confirme désormais cette intention. Les détails concrets de la loi ne devraient cependant être dévoilés qu’en 2026, lors de la présentation officielle de l’Acte.
Lors de la première conférence de la Commission consacrée à la sécurité de la recherche, le 28 octobre à Bruxelles, Zaharieva a également annoncé trois nouvelles initiatives prévues pour 2024 :
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La création d’un centre européen d’expertise en sécurité de la recherche ;
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La mise en place d’une plateforme d’évaluation des risques liés aux coopérations internationales ;
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L’élaboration d’une méthodologie commune permettant aux États membres de tester la résilience de leurs organisations de recherche.
Jan Palmowski, secrétaire général de la Guilde des universités européennes à forte intensité de recherche, estime qu’il existe de meilleures façons pour l’Union européenne de financer la recherche militaire que d’intégrer celle-ci au programme Horizon Europe.
La Commission européenne propose en effet qu’à partir de 2026, le programme Accelerator du Conseil européen de l’innovation (EIC) puisse financer des technologies de défense. Cela mettrait fin à quarante ans de financement strictement civil dans les programmes européens de recherche. La Commission envisage aussi d’ouvrir le prochain programme-cadre (FP10, dès 2028) à la recherche à double usage (civil et militaire).
Jan Palmowski identifie cinq problèmes majeurs :
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Risque de détournement de budget : la recherche militaire et duale coûte plus cher et absorberait des fonds destinés à la recherche civile. De plus, des instruments comme le Fonds européen de défense (FED) ou le futur Fonds européen de compétitivité (ECF) existent déjà pour soutenir ces activités.
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Exclusions internationales : les projets de défense seraient limités aux entités de l’UE, de l’EEE et de l’Ukraine, excluant des pays partenaires comme le Royaume-Uni ou la Suisse. Cela réduirait l’ouverture scientifique et la coopération internationale.
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Atteinte à la science ouverte : les projets dual-use pourraient restreindre la publication des résultats au nom de la sécurité, remettant en cause dix ans d’efforts pour une recherche ouverte et transparente.
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Déséquilibre entre recherche fondamentale et appliquée : Horizon Europe est déjà très orienté vers l’innovation appliquée. Intégrer la défense accentuerait encore ce déséquilibre, au détriment de la recherche fondamentale.
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Impact sur la communauté scientifique : la participation à des projets explicitement militaires pourrait bouleverser l’identité et les valeurs des chercheurs européens.
M. Palmowski conclut que, dans un contexte géopolitique tendu, il est compréhensible que la Commission mette en avant la dimension militaire. Mais il regrette qu’elle n’affirme pas aussi fortement la valeur civile de la recherche européenne. Il appelle donc à préserver le caractère civil de Horizon Europe et à ouvrir un débat urgent sur les implications d’un virage vers la recherche duale ou militaire.
«Le Département fédéral de la défense participe de plus en plus à des projets de recherche menés par les universités, les écoles polytechniques fédérales et les hautes écoles spécialisées, a relevé hier la NZZ am Sonntag. En 2016, armasuisse n’avait investi que 4,9 millions de francs dans ce type de recherche, contre plus de 9,85 millions de francs cette année, un record.» (Le Temps) D’ici à 2030, le budget de l’armée consacré à la recherche et au développement en Suisse devrait plus que doubler comparé à aujourd’hui, pour atteindre 2% du budget total. Cet objectif avait été fixé par le Conseil fédéral à propos de la stratégie en matière de politique d’armement.
Dans un éditorial, le rédacteur en chef de la NZZ am Sonntag Daniel Foppa, plaide pour cette coopération. «Elle réduit la dépendance de l’armée vis-à-vis du savoir-faire étranger et permet aux universités de bénéficier d’investissements supplémentaires.» Selon lui, «les éventuelles craintes d’une militarisation de la recherche sont exagérées. Les drones de reconnaissance peuvent également être utilisés par des organisations à but non lucratif ou pour des missions en faveur des autorités civiles», cite-il en exemple.
Les domaines de recherche soutenus par l’armée s’élargissent: non seulement la robotique, mais aussi les technologies de camouflage des véhicules, le cryptage numérique, le développement de nouveaux systèmes radar et bien plus. Armasuisse affirme que des produits finis pour une utilisation militaire ne sont en général pas le but final. Les contrats de recherche porteraient en générale uniquement jusqu’à un essai effectué en laboratoire ou sur le terrain. Le développement de prototypes serait plutôt repris par un spin-off dans un second temps. (NZZ am Sonntag)
Afin de lutter contre l’espionnage, notamment dans le domaine des technologies à double-usage civil et militaire, l’EPFZ l’indique qu’elle a contrôlé, depuis la mise en place il y a un an de son service de sécurité systématique, environ 1250 dossiers, dont 80 candidatures ont été rejetées: 38 de Chine, 13 d’Iran, 11 de Russie, 5 du Pakistan et 13 d’autres pays. La plupart des refus concernaient des programmes de master: sur 6781 candidatures, 758 ont été contrôlées et 50 rejetées.
L’EPFL a également récemment mis en place de nouvelles procédures d’évaluation de la sécurité. Cette année 48 candidatures ont été rejetées dans ce cadre. L’Université de Bâle effectue depuis un an des examens systématiques des candidatures à partir du niveau de doctorat. L’Université de Berne vérifie depuis juillet les nouvelles embauches de personnes provenant de pays sanctionnés par les États-Unis, l’UE ou la Suisse, et la procédure sera étendue aux étudiant·es de master l’an prochain. (NZZ am Sonntag)
Swissuniversities a récemment mis en place un groupe de travail sur le thème Knowledge Security. «Celle-ci doit élaborer des critères nationaux pour aider les hautes écoles suisses à mettre en place leurs processus de contrôle de la sécurité des connaissances et des personnes», explique Martina Weiss, secrétaire générale. (NZZ am Sonntag)
Madeleine Pownall, professeure associée à l’école de psychologie de l’Université de Leeds, dénonce une culture de harcèlement académique envers les jeunes chercheur·euses (ECRs) dans l’open science. Elle a pu constater dans ses recherches que de nombreux·euses jeunes chercheur·euses hésitent à participer aux pratiques d’open science en raison de ces problèmes culturels. Une expérience hostile dans ce contexte pourrait même les amener à se détourner définitivement du milieu de la recherche. Selon elle, «l’hostilité, l’exclusion et le harcèlement académique devraient être formellement reconnus comme des problèmes d’intégrité de la recherche».
En 2020, les spécialistes en sciences cognitives Olivia Guest et Kirsty Whitaker avaient inventé le concept de «bropen science» afin de critiquer la façon dont le mouvement des open sciences «renforçait plutôt que démantelait les hiérarchies existantes dans l’enseignement supérieur», remplaçant l’inclusion dans les conversations ouvertes sur la recherche par la performance, l’hostilité et l’exclusivité. Aujourd’hui, «cette réalité n’est toujours pas prise au sérieux», regrette Madeleine Pownall.
La professeure estime alors que l’intégrité de la recherche a besoin d’urgence d’un «programme de bienveillance», qui comprend des mesures incitatives locales afin de favoriser une culture académique de la gentillesse. «Cela impliquerait l’élaboration de politiques et de pratiques, à tous les niveaux, qui soutiennent non seulement la recherche rigoureuse mais aussi des interactions humaines et compatissantes envers les uns et les autres : les valeurs de collégialité, de soin et de réflexion que la recherche ouverte prétend promouvoir. Il pourrait s’agir, comme point de départ, d’établir des protections claires contre l’intimidation et le harcèlement, d’avoir des procédures transparentes de signalement et de dénonciation pour les ECRs, et de récompenser la collaboration et le soutien mutuel.»
«Des scientifiques de l’Université de Zurich ont mené une expérience bluffante d’IA sur Reddit, mais sans informer de l’étude l’entreprise, les modérateurs, ni les utilisateurs. Cela a soulevé un tollé. Samia Hurst, bioéthicienne à l’Université de Genève, commente.»
Torsten Schwede, président du Conseil de la recherche du FNS, nomme les trois défis principaux pour la paysage de recherche et de l’innovation : la collaboration internationale lors des tensions géopolitiques, la conception de la transformation numérique et de l’IA de manière responsable, et le rôle de la science comme boussole dans un monde complexe.
Il souligne l’importance d’un dialogue continu entre tous les acteurs du domaine FRI et les représentants politiques et sociaux, autant pour protéger la liberté et l’intégrité de la recherche que pour promouvoir la confiance dans la recherche et souligner son importance.
Lundi 4 août, une étude publiée dans PNAS, la revue de l’Académie nationale des sciences des États-Unis, fait état d’un nombre croissant de falsifications et pratiques frauduleuses dans les revues de recherche scientifique. Les auteur·ices constatent une forme d’industrialisation de la fraude par le biais d’usines à articles («paper mills») et mettent en avant la complicité des rédacteur·ices en chef de revues dans la publication de faux articles.
Afin de réaliser leur recherche, les auteur·ices ont analysé la revue américaine PLOS One. Dans un premier temps, les auteur·ices ont analysé les éditeur·ices au taux anormalement élevé de publications acceptées. L’étude relève que 45 des éditeur·ices de la revue ont vraisemblablement été impliqué·es dans des pratiques frauduleuses. Dans un deuxième temps, les auteur·ices se sont intéressé·es aux graphiques ou photos d’expériences dupliqués dans une ou plusieurs publications différentes. Ces images ayant été publiées dans un court laps de temps et par des éditeur·ices voisin·es, laissent penser l’existence de formes d’industrialisation de la fraude. Ils et elles notent également que lorsque certaines revues scientifiques dites «prédatrices» (publiant des articles sans véritable contrôle) se font exclure des bases de données reconnues, les auteur·ices peu scrupuleux·euses passent simplement à une autre revue du même type selon le phénomène appelé «journal hopping». (Le Monde)
La détection des réseaux d’éditeurs telle que pratiquée par cette équipe de chercheur·euses «est tout à fait nouvelle», avance Alberto Ruano Raviña, de l’Université de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne (The Economist).
Selon les estimations, environ 1 à 2 % de toutes les études publiées aujourd’hui sont falsifiées, et avec l’intelligence artificielle, les contrefaçons devraient devenir de plus en plus indétectables (NZZ). «Le nombre d’articles rétractés et d’articles commentés par PubPeer double respectivement tous les 3,3 et 3,6 ans, tandis que le nombre total de publications double tous les quinze ans. Et les articles suspectés d’être issus d’usines à papier doublent tous les 1,5 an», écrivent ainsi les auteur·ices de l’étude (Le Monde).
Selon les informations de la NZZ, «une grande partie des usines à articles et de leurs clients se trouvent en Chine, en Russie ou en Inde. Et la plupart des contrefaçons sont publiées dans des revues inconnues ou déjà réputées pour leur mauvaise qualité». Toutefois, «ce qui se passe avec PLOS One est alarmant, car cela montre que même les revues basées aux Etats-Unis, et celles dans lesquelles nous publions nous-mêmes, peuvent être touchées», explique Thomas Stoeger, enseignant-chercheur en biologie moléculaire et coauteur de l’article (Le Monde). Ces fraudes créent de plus un nouveau problème généralisé difficilement contrôlable. Les revues systématiques, qui résument les résultats de nombreuses études, risquent d’être polluées par ces articles et études frauduleux.
Ce nombre croissant de fraudes serait dû aux incitations créées par le système scientifique actuel, le nombre d’articles publiés et leur fréquence étant des critères importants pour l’attribution de postes, de promotions et de fonds de recherche (logique du «publish or perish»). Actuellement peu de mesures sont en place pour lutter contre ce phénomène. Généralement, ces détections de publications falsifiés sont faites par des bénévoles qui laissent des commentaires sur des plateformes en ligne telles que Pubpeer.
Selon la journaliste de la NZZ, «les incitations dans le système scientifique doivent changer. Si la qualité de la recherche prime sur le nombre de publications, l’achat de contrefaçons ne vaut plus la peine». De plus en plus d’initiatives vont dans ce sens. Depuis 2022, les scientifiques souhaitant solliciter des fonds au Fonds national suisse «doivent présenter un CV narratif, au lieu d’un CV classique accompagné d’une longue liste de publications».
«Malgré trois années de prison et l’opprobre de la communauté scientifique internationale, le chercheur chinois He Jiankui, «père» des deux premiers bébés génétiquement modifiés, multiplie aujourd’hui les annonces tonitruantes sur les réseaux sociaux».
Le journaliste Joel Graf salue la démarche transparente de l’Université de Lausanne d’évaluer des collaborations avec des universités isréliennes sous l’angle éthique sans pour autant boycotter une institution ou une nation. Il s’agirait d’«une première dans le paysage universitaire suisse et pourrait bien avoir valeur de signal.»
Cette alternative est «une analyse sérieuse des risques en ce qui concerne les éventuelles violations des droits de l’homme et le respect du droit international. En fin de compte, il s’agit d’une coopération internationale responsable en matière d’éducation, de recherche et d’innovation – pas seulement au Proche-Orient, mais dans le monde entier.»