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Sujet: intégrité scientifique

«La science est un bien public mondial»

«À la croisée des enjeux scientifiques, sociétaux et politiques, le président et la directrice exécutive des Académies suisses des sciences reviennent, dans cet entretien croisé, sur une année marquée par de profondes transformations. Yves Flückiger et Marianne Bonvin évoquent le rôle des Académies comme espaces de dialogue, de confiance et d’expertise indépendante, les défis liés à la communication et à l’intégrité scientifiques, à l’ouverture de la recherche et à l’ancrage international de la Suisse, ainsi que la responsabilité de la science face aux attentes croissantes de la société.»

Le Centre suisse de compétence pour l’intégrité scientifique est opérationnel

«Depuis le 1er janvier 2026, la Suisse dispose d’un Centre de compétence pour l’intégrité scientifique, dont la présidence est assurée par le professeur émérite Edwin Constable et la direction par Viviane Premand, docteure en droit. Le Centre de compétence enregistre d’une part les procédures, les sanctions et les mesures relatives à l’intégrité scientifique en Suisse annoncées par les hautes écoles et les institutions du domaine et, d’autre part, épaule les hautes écoles en matière d’intégrité scientifique.»

Une étude rétractée après 25 ans de suspicion de conflits d’intérêts

«Une influente étude affirmant que le glyphosate ne présente aucun risque grave pour la santé a été récemment retirée pour suspicion de conflits d’intérêts, 25 ans après cette publication qui a entre-temps guidé nombre de décisions politiques malgré des alertes quant à la probité de ses auteurs. Si des chercheurs ont salué cette rétractation, sa lenteur interroge quant à l’intégrité de la recherche menée autour de l’ingrédient clé du Roundup, herbicide le plus vendu dans le monde.» (Le Temps)

En 2002, soit deux ans après la publication de l’étude, une lettre signée par une vingtaine de chercheur·euses dénonçait déjà «des conflits d’intérêts, un manque de transparence et l’absence d’indépendance éditoriale» au sein de la revue scientifique. L’affaire a ensuite éclaté en 2017 lorsque des documents internes de l’entreprise en conflit d’intérêt ont été divulgués, révélant le rôle d’employé·es de l’entreprise dans l’écriture de l’étude désormais retirée.

Naomi Oreskes, historienne des sciences à l’Université Harvard et coautrice d’une publication à propos de l’influence de cette étude, déclare que «la communauté scientifique a besoin de meilleurs mécanismes pour identifier et retirer les articles frauduleux». Pour Nathan Donley, scientifique du Centre pour la diversité biologique, cet épisode n’est qu’un exemple d’«un phénomène plus large au sein de la littérature scientifique». «Je suis sûr qu’il y beaucoup articles du même genre, écrits par d’autres que leurs auteurs affichés et aux conflits d’intérêts non déclarés», déclare John Ioannidis, professeur à l’Université Stanford. «Mais ils sont très difficiles à révéler, à moins de se plonger» dans des documents d’archives, ajoute-t-il

Des mesures de sécurité pour la recherche européenne entreront en vigueur prévu pour 2026

Le 28 octobre, la Commission européenne a présenté plusieurs initiatives pour renforcer la sécurité de la recherche dans l’UE. Ces mesures incluent la création d’une plateforme de diligence raisonnable destinée à aider les chercheurs à évaluer les risques liés à la coopération internationale, ainsi qu’un centre d’expertise sur la sécurité de la recherche, prévu pour mi-2026.

Selon Claire Gray (LERU), les chercheurs manquent d’outils fiables et accessibles pour évaluer les risques de collaboration internationale, les solutions existantes étant coûteuses et incomplètes. Des modèles étrangers existent, comme la plateforme américaine Secure Center soutenue par la NSF, mais leurs coûts restent incertains.

Lors d’une conférence européenne sur la sécurité de la recherche, la Commission a insisté sur la mise en œuvre d’un cadre européen adapté. Des participants, tels que Vincent Klein Ikkink (Cesaer), ont averti contre une copie du modèle américain et plaidé pour une approche européenne proportionnée, collaborative et adaptée à la diversité du système de recherche.

Les experts recommandent que le futur centre d’expertise intègre un guichet d’aide, une boîte à outils virtuelle et une plateforme d’échange sécurisée pour partager incidents, bonnes pratiques et leçons tirées.

La commissaire Ekaterina Zaharieva souhaite par ailleurs inscrire la sécurité de la recherche dans la loi, via le futur European Research Area (ERA) Act, afin de prévenir les transferts technologiques indésirables ou les atteintes à l’éthique. Cette proposition suscite des réserves, certains craignant une surréglementation.
Pour Science Europe, la loi doit seulement fixer des normes minimales communes, sans alourdir la charge administrative ni freiner la collaboration internationale.

Les discussions ont mis en avant la difficulté d’équilibrer ouverture et protection, chaque État membre ayant ses propres priorités. L’objectif n’est pas d’isoler l’Europe, mais de mieux gérer les risques dans un contexte géopolitique complexe.

Enfin, plusieurs intervenants, dont Julien Chicot (The Guild), ont insisté sur la nécessité d’un changement culturel : les outils techniques et juridiques ne suffisent pas. Il faut développer une culture de la sécurité de la recherche fondée sur la confiance, la responsabilité et la sensibilisation, sans opposer science ouverte et sécurité.

«Le monde scientifique pourrait perdre toute sa crédibilité»

Récemment, dans le cadre de sa participation en tant que réviseur à la conférence BDCAT2025 à Nantes, le professeur à la Haute École d’ingénierie et d’architecture de Fribourg (HEIA-FR) Sébastien Rumley a fait la mauvaise expérience d’être confronté à des évaluations d’articles (reviews) très probablement générées par intelligence artificielle. Il dénonce les utilisations abusives de l’IA et appelle la communauté scientifique à réagir.

«Il faut impérativement que les chercheurs qui recourent à l’IA – mais aussi ceux qui ne l’utilisent pas – se rendent compte des conséquences en cas d’utilisation abusive.» Selon lui, les chartes publiées par les conférences à propos de l’utilisation de l’IA ne sont pas assez connues du monde scientifique et ne suffiraient pas. Le professeur ajoute que l’HEIA-FR a dû modifier son règlement de telle manière à ce que «n’importe quel travail demandé aux étudiants peut être suivi d’un interrogatoire pour vérifier si l’auteur l’a bien fait lui-même», explique-t’il. Il ajoute qu’un des défis du monde scientifique sera à l’avenir de trier la «surabondance» de publications. Selon lui, à terme, uniquement les publications les plus qualitatives seront retenues, et les conférences soucieuses de leur réputation devront investir dans de vrais comités d’expert·es pour les relectures, potentiellement rémunéré·es et doté·es de «radars».

De plus en plus d’étudiant·es achètent leurs travaux universitaires

Marcel Kopper, directeur général de l’agence suisse GWriters, qui offre du ghostwriting académique affirme que «la demande en Suisse a sensiblement augmenté ces dernières années. Cela s’explique moins par une baisse des inhibitions que par les nouvelles conditions générales dans le domaine des études.» Il explique qu’aujourd’hui, de nombreux étudiant·es seraient «soumis à des contraintes de temps considérables en raison d’une activité professionnelle ou d’obligations familiales», et certain·es payeraient des agences pour qu’elles écrivent des travaux académiques en entier ou en partie à la place d’elles et eux. Ainsi, la plupart du temps, les GWriters s’occuperaient d’étudiant·es qui travaillent et d’étudiant·es internationaux·ales qui auraient besoin de soutien linguistique supplémentaire.

Aujourd’hui, il existerait une demi-douzaine d’agences de ghostwriting académique en Suisse. L’expert juridique Christian Lenz du cabinet d’avocats Lenz & Caduff déclare: «En Suisse, la situation juridique concernant le ghostwriting pour les travaux académiques n’a pas encore été clarifiée par un tribunal. Je ne suis pas au courant de jugements qui qualifient le ghostwriting d’infraction pénale.» Cependant, l’expert met en évidence les déclarations d’indépendance que les étudiant·es doivent signer afin de confirmer que le travail a été écrit par elles et eux. Des mesures disciplinaires pourraient être envisagées, allant de réprimandes à une exclusion de l’université, dit-il.

Il est prévu qu’un centre de compétence pour l’intégrité scientifique voit le jour en Suisse en 2026 afin de pallier aux manquements dans le cas de fraudes scientifiques.

L’intégrité de la recherche nécessite un programme de gentillesse

Madeleine Pownall, professeure associée à l’école de psychologie de l’Université de Leeds, dénonce une culture de harcèlement académique envers les jeunes chercheur·euses (ECRs) dans l’open science. Elle a pu constater dans ses recherches que de nombreux·euses jeunes chercheur·euses hésitent à participer aux pratiques d’open science en raison de ces problèmes culturels. Une expérience hostile dans ce contexte pourrait même les amener à se détourner définitivement du milieu de la recherche. Selon elle, «l’hostilité, l’exclusion et le harcèlement académique devraient être formellement reconnus comme des problèmes d’intégrité de la recherche».

En 2020, les spécialistes en sciences cognitives Olivia Guest et Kirsty Whitaker avaient inventé le concept de «bropen science» afin de critiquer la façon dont le mouvement des open sciences «renforçait plutôt que démantelait les hiérarchies existantes dans l’enseignement supérieur», remplaçant l’inclusion dans les conversations ouvertes sur la recherche par la performance, l’hostilité et l’exclusivité. Aujourd’hui, «cette réalité n’est toujours pas prise au sérieux», regrette Madeleine Pownall.

La professeure estime alors que l’intégrité de la recherche a besoin d’urgence d’un «programme de bienveillance», qui comprend des mesures incitatives locales afin de favoriser une culture académique de la gentillesse. «Cela impliquerait l’élaboration de politiques et de pratiques, à tous les niveaux, qui soutiennent non seulement la recherche rigoureuse mais aussi des interactions humaines et compatissantes envers les uns et les autres : les valeurs de collégialité, de soin et de réflexion que la recherche ouverte prétend promouvoir. Il pourrait s’agir, comme point de départ, d’établir des protections claires contre l’intimidation et le harcèlement, d’avoir des procédures transparentes de signalement et de dénonciation pour les ECRs, et de récompenser la collaboration et le soutien mutuel.»

Torsten Schwede: Les principaux défis pour le paysage FRI jusqu’en 2035

Torsten Schwede, président du Conseil de la recherche du FNS, nomme les trois défis principaux pour la paysage de recherche et de l’innovation : la collaboration internationale lors des tensions géopolitiques, la conception de la transformation numérique et de l’IA de manière responsable, et le rôle de la science comme boussole dans un monde complexe.

Il souligne l’importance d’un dialogue continu entre tous les acteurs du domaine FRI et les représentants politiques et sociaux, autant pour protéger la liberté et l’intégrité de la recherche que pour promouvoir la confiance dans la recherche et souligner son importance.

 

Un chercheur de l’Université de Genève jugé pour des expérimentations animales sans autorisation

Un chercheur de l’Université de Genève a été condamné à une amende de 1500 francs pour avoir mené des expérimentations animales sans autorisation. Il avait injecté des substances toxiques à des poissons et les avait euthanasiés, parfois de manière non conforme. Les manipulations reprochées par la justice ont été effectuées entre 2019 et 2020. Alertée par un doctorant, l’Université de Genève a ouvert une enquête interne qui a mis en lumière «un comportement frauduleux en matière d’expérimentation animale, constituant ainsi une infraction très grave à l’intégrité scientifique». Le rapport dénonce des infractions remontant jusqu’à 2013 et le professeur impliqué reçoit une sanction disciplinaire tout en faisant l’objet d’un signalement aux autorités judiciaires. Le professeur a admis avoir agi de sa propre initiative, sous pression et en l’absence de moyens, sans avoir sollicité d’autorisation préalable. En l’absence de notification, le Service cantonal de la consommation et des affaires vétérinaires n’avait pas été en mesure d’identifier ces pratiques: «Sans respect de l’obligation d’annonce de la part du directeur de l’expérience, il n’est pas possible au service cantonal spécialisé d’entrer dans les laboratoires afin d’y effectuer des contrôles», explique le service.

Rapport annuel 2024 de la Conférence suisse des hautes écoles

«Le rapport annuel 2024 informe sur les affaires et les décisions prises par la CSHE au cours de l’année sous revue. Pour la CSHE en 2024, il a notamment été question d’approuver des projets de collaboration dans les domaines prioritaires de la politique des hautes écoles que sont la numérisation, l’encouragement de la relève scientifique, le développement durable et l’égalité des chances ; de mettre en œuvre l’initiative sur les soins infirmiers ; de pérenniser la possibilité pour les hautes écoles spécialisées de proposer des filières de bachelor intégrant une partie pratique dans le domaine MINT et de créer le Centre suisse de compétence en matière d’intégrité scientifique.»

Les partisans de Trump sont déjà à l’œuvre contre les politiques d’intégrité scientifique

«Si les Etats-Unis ont souvent été considérés comme plus avancés en matière de politique d’intégrité scientifique, notamment avec la création du Bureau de l’intégrité de la recherche dès 1992, l’Europe ne peut aujourd’hui se permettre de rester spectatrice. La recherche scientifique étant par nature internationale, un démantèlement même temporaire des politiques d’intégrité aux Etats-Unis aurait des répercussions mondiales à plus ou moins longue échéance. Il revient aux organisations et aux sociétés savantes européennes de faire preuve de vigilance et de soutenir activement leurs homologues qui, outre-Atlantique, devront se mobiliser pour l’indépendance de la science.»

«La Suisse se dote d’un centre de compétence pour l’intégrité scientifique»

La Conférence suisse des hautes écoles a validé la création d’un Centre suisse de compétence en matière d’intégrité scientifique (CSCIS). Elle adopte ainsi l’ordonnance sur l’assurance de la qualité en matière d’intégrité scientifique.
Dès 2026, «le CSCIS conseillera, mais ne mènera pas d’enquête et ne prononcera pas de sanctions; comme auparavant, les hautes écoles prendront elles-mêmes d’éventuelles mesures à l’encontre de chercheurs et chercheuses en cas de comportement incorrect.» Toutefois, le CSCIS récoltera des données relatives à l’intégrité scientifique qui permettront ainsi d’avoir un aperçu global de la situation en Suisse et de procéder à une comparaison à l’échelle internationale.

Publication du rapport sur la mise en œuvre du Code d’intégrité scientifique dans les hautes écoles suisses

«La fiabilité, l’honnêteté, le respect et la responsabilité constituent les principes fondamentaux sur lesquels repose l’intégrité scientifique. Pour en décrire une interprétation commune et définir les responsabilités qui en découlent, swissuniversities a élaboré en 2021 un code d’intégrité scientifique conjointement avec les Académies suisses des sciences, le Fonds national suisse et Innosuisse. […] Une enquête de swissuniversities reflète la mise en œuvre du code dans les hautes écoles et montre qu’une grande majorité d’entre elles ont déjà examiné et complété leurs règlements existants et/ou adopté le Code comme document de référence.»

Critiques sur la collaboration entre l’EPFZ et Philip Morris

«[L]’Association suisse pour la prévention du tabagisme (AT Suisse) fustige la collaboration entre Philip Morris et l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich […]. Alors que des universités dans le monde, et en Suisse aussi, tournent le dos à l’industrie du tabac, l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) a fait le choix inverse […]. [E]n parcourant un site internet de Philip Morris, [AT Suisse] a découvert deux projets de recherche réalisés main dans la main avec l’EPFZ […], entre 2017 et 2021 […] [et] financé[s] à hauteur d’un million de francs […]. Ces recherches proposent de nouvelles méthodes d’analyse dans les domaines de la toxicologie et de la chimie, et ne portent pas directement sur la nocivité de tel ou tel produit du tabac.»

Pour Luciano Ruggia, Directeur d’AT Suisse, «[u]ne telle collaboration est inacceptable […]. Les industries de la cigarette essaient de manipuler la vérité depuis très longtemps […]. Elles le font par différentes stratégies; une des plus importantes, c’est de produire de l’évidence scientifique qu’ils utilisent à leur fin, ils font tout pour produire une évidence qui est biaisée.» Philip Moris rejette les accusations et indique que «[sa] participation […] aux études réalisées avec l’EPFZ est transparente […].»

Le service de presse du polytechnique de Zurich explique que «les chercheurs de l’EPFZ sont libres de décider des questions qu’ils souhaitent aborder et s’ils veulent collaborer avec des tiers. L’EPFZ n’exclut pas de manière générale certaines branches comme partenaires potentiels». Pour les contrats à plus de 50’000 francs «le vice-président de la recherche doit donner son autorisation», ce qui a été le cas «car les questions posées sont scientifiquement pertinentes et intéressantes pour la société. De plus, tous les résultats ont été rendus publics […]». L’EPFZ estime ensuite que «l’indépendance et l’intégrité scientifique ont toujours été garanties. Mais l’institution en est consciente: des bailleurs de fonds peuvent avoir des intérêts propres et les résultats d’une recherche peuvent être interprétés de manière sélective. «En déduire qu’aucune collaboration de ce type n’est possible serait un frein pour la recherche et l’innovation en Suisse».»

L’AT Suisse a alerté le Fonds national suisse de la recherche (FNS) puisque «[l]es deux principaux articles scientifiques qui présentent ces recherches mentionnent aussi un financement [de la part du FNS] […]. [L]e FNS a constaté qu’il n’avait pas été informé par les professeures de l’EPFZ sur leurs partenariats avec Philip Morris, alors qu’elles bénéficiaient d’importantes subventions du FNS. Courant 2023, l’institution a ouvert une procédure administrative contre une des deux chercheuses.» Le Chef de la communication du FNS indique que «les recherches financées par Philip Morris et le FNS respectivement étaient des recherches menées indépendamment l’une de l’autre, qui n’ont impliqué aucune collaboration ni aucun cofinancement quelconque entre l’entreprise privée et le FNS […]. Aucune sanction n’a été prise, mais un correctif a dû être apporté dans la revue scientifique ayant publié ces travaux. De plus, suite à ce cas, le FNS a décidé d’envoyer chaque année aux chercheurs et chercheuses un courriel «pour leur rappeler de nous informer dans le cas d’une collaboration avec un partenaire externe» […].»

L’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a pour sa part déclaré qu’elle «a pour principe «d’exclure toute collaboration avec l’industrie du tabac» […]. Cela étant, elle a tout de même signé des mandats de prestations avec Philip Morris.» (rtsinfo)

Sept professeurs adressent une lettre ouverte à Harvard pour défendre l’une des leurs

«Cet été, on [apprenait] que la Harvard Business School [HBS] avait reconnu la professeure Francesca Gino coupable de mauvaise conduite en matière de recherche. L’école l’a mise en congé administratif sans solde, a mis fin aux prestations de santé de sa famille et lui a retiré son titre de professeur.»

Sept professeurs titulaires s’adressent anonymement à leur faculté à travers The Harvard Crimson pour dénoncer le traitement qu’a subi leur collègue. Elles et ils s’étonnent qu’un changement de politique concernant l’intégrité scientifique ait eu lieu juste «après avoir reçu des allégations concernant le travail de Mme Gino. […] HBS a discrètement créé et mis en œuvre une nouvelle politique provisoire en matière d’inconduite dans la recherche au cours de l’été 2021. Cette politique a été en place pendant deux ans avant d’être mentionnée à la faculté.»

«La nouvelle politique semble avoir été conçue spécifiquement pour Gino. Elle a créé des restrictions artificielles et arbitraires qui ont limité sa capacité à se défendre.» Selon les sept professeur∙es, plusieurs points du règlement de la HBS ont été contournés afin de la licencier plus rapidement.

Une professeure poursuit Harvard et exige 25 millions

Francesca Gino, professeure à la Harvard Business School qui avait été dénoncée en juin par le collectif Data Colada pour falsification des données de recherche, poursuit ses accusateurs en justice. Elle attaque à la fois son université, le doyen Srikant Datar et les trois scientifiques du collectif pour «[…] diffamation à l’encontre de toutes les parties, rupture de contrat, mauvaise foi et discrimination fondée sur son sexe». De plus, elle exige 25 millions de dédommagements pour «perte de revenus, atteinte à la réputation et détresse émotionnelle.» (The Washington Post)

En juin, la chercheuse avait été mise en congé sans solde par la direction pour une durée de deux ans et n’avait plus le droit d’entrer sur le campus. Son avocat et elle-même remettent en cause l’enquête menée par l’université, qui avait conclu à une mauvaise conduite dans la recherche.

La loi SLAPP (strategic lawsuit against public participation) «permettant de se désengager rapidement d’un procès si celui-ci porte atteinte à votre liberté d’expression» n’est pas assez forte dans l’Etat du Massachussetts. Le procès ne pourra donc pas être évité ou écourté, comme il le fut en Californie, lorsque le chercheur Mark Jacobson avait tenté de poursuivre un journal qui avait critiqué son travail ─et qu’il avait perdu.

Ce genre de procès décourage les scientifiques qui pointent les erreurs et les mauvaises pratiques. En général, ils préfèrent se tourner vers PubPeer, un site web où il est possible de publier anonymement des commentaires sur des articles. Les trois scientifiques du collectif ont quant à eux ouverts un crowdfunding sur internet pour obtenir suffisamment d’argent pour payer une partie des frais de justice. Ils ont déjà récolté la somme nécessaire. (Vox.com)

L’Université de Bâle n’arrive pas à licencier un professeur

Il y a 12 ans, des doctorantes avaient porté plainte contre leur directeur de thèse du Département des sciences de l’Antiquité de l’Université de Bâle. Les doctorantes racontaient avoir subi la menace d’obtenir «une mauvaise note et d’empêcher une publication» si elles ne «le [citaient] pas plus de 100 fois dans leurs travaux». Les doctorantes «l’ont également accusé de plagiat». Le délégué à l’intégrité de l’université de Bâle avait conclu que «dans un cas, il y avait «un soupçon suffisant de comportement scientifique incorrect»». L’université avait donc «entamé une procédure de licenciement». Le professeur avait entre-temps «[déposé] une plainte anonyme auprès du Fonds national en accusant une doctorante de plagiat […]. L’Université de Bâle a estimé que les accusations de plagiat contre la thèse de doctorat primée étaient infondées et que la démarche du professeur constituait une nouvelle atteinte grave à son intégrité scientifique […]. Le conseil de l’université a donc réuni les dossiers des deux procédures en cours afin d’accélérer le processus de licenciement. Mais c’est le contraire qui s’est produit. La procédure s’en est trouvée encore plus compliquée». Après 10 ans de l’ouverture de cette procédure, «le professeur a obtenu un effet suspensif devant le tribunal» et l’université n’est pas parvenue à le licencier à cause des procédures légales. L’auteur souligne la difficulté pour une université de licencier un professeur, bien qu’elle ait «établi des règles de conduite et nommé des délégués à l’intégrité pour les juger».

ChatGPT écrit un article scientifique en moins d’une heure (mais pas tout seul)

Deux chercheurs de l’Israel Institute of Technology, Roy Kishony, biologiste et scientifique des données, et son étudiant, Tal Ifargan, scientifique des données également, ont voulu tester la capacité de ChatGPT à écrire un article scientifique de qualité, en passant par «[…] l’exploration initiale des données à la rédaction d’un manuscrit soigné». Résultat: «[l]’article était fluide, perspicace et présenté dans la structure attendue pour un article scientifique». Néanmoins, il y a eu des bugs lors du codage, mais lorsque les deux chercheurs renvoyaient des messages à ChatGPT, il corrigeait le code.

De nombreux doutes subsistent après cette expérience: Monsieur Kishony «craint […] que ces outils ne permettent aux chercheurs de se livrer plus facilement à des pratiques malhonnêtes telles que le «P-hacking», qui consiste à tester plusieurs hypothèses sur un ensemble de données, mais à ne communiquer que celles qui produisent un résultat significatif […], [et] que la facilité avec laquelle les outils d’IA générative permettent de produire des articles pourrait avoir pour conséquence d’inonder les revues d’articles de mauvaise qualité».

 

Professeure d’Harvard accusée de manipulation de données

À Harvard, une professeure en sciences comportementales est accusée d’avoir manipulé les données de certaines de ses études. L’université a ouvert une enquête, mais ne fournit aucun autre commentaire que le fait d’avoir mis la chercheuse en congé administratif. La chercheuse «examine les accusations, les prend au sérieux et évalues ses options», ne se prononçant pas sur leur véracité.

Selon Data Colada, blog tenu par trois scientifiques qui réalisent des répliques d’études, lors de la réalisation d’une étude sur l’honnêteté, des données auraient été changées entre le groupe expérimental et le groupe de contrôle. Trois autres études auraient également été manipulées. En 2012 un co-auteur avait déjà été épinglé, mais l’intégrité des autres co-auteur·trices ayant collaboré avec la chercheuse d’Harvard n’est pour l’instant pas remise en doute.

Selon l’économiste comportemental zurichois Ernst Fehr, la cause d’une telle manipulation des données viendrait de la volonté des chercheur∙euses qui font de la recherche en psychologie à vouloir «générer des résultats aussi rapides et insolites que possible.» Maximilian Maier, de l’University College London, condamne plutôt l’influence de la culture du «publish or perish.»