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Sujet: détournement des résultats de recherche

Sept professeurs adressent une lettre ouverte à Harvard pour défendre l’une des leurs

«Cet été, on [apprenait] que la Harvard Business School [HBS] avait reconnu la professeure Francesca Gino coupable de mauvaise conduite en matière de recherche. L’école l’a mise en congé administratif sans solde, a mis fin aux prestations de santé de sa famille et lui a retiré son titre de professeur.»

Sept professeurs titulaires s’adressent anonymement à leur faculté à travers The Harvard Crimson pour dénoncer le traitement qu’a subi leur collègue. Elles et ils s’étonnent qu’un changement de politique concernant l’intégrité scientifique ait eu lieu juste «après avoir reçu des allégations concernant le travail de Mme Gino. […] HBS a discrètement créé et mis en œuvre une nouvelle politique provisoire en matière d’inconduite dans la recherche au cours de l’été 2021. Cette politique a été en place pendant deux ans avant d’être mentionnée à la faculté.»

«La nouvelle politique semble avoir été conçue spécifiquement pour Gino. Elle a créé des restrictions artificielles et arbitraires qui ont limité sa capacité à se défendre.» Selon les sept professeur∙es, plusieurs points du règlement de la HBS ont été contournés afin de la licencier plus rapidement.

Exercice de reproductibilité : 246 biologistes obtiennent des résultats différents

«Dans le cadre d’un vaste exercice d’examen de la reproductibilité, plus de 200 biologistes ont analysé les mêmes ensembles de données écologiques et ont obtenu des résultats très divergents. La première étude de grande ampleur de ce type en écologie montre à quel point les résultats sur le terrain peuvent varier, non pas en raison de différences dans l’environnement, mais à cause des choix analytiques des scientifiques.»

«La variation des résultats n’est peut-être pas surprenante, mais la quantification de cette variation dans une étude formelle pourrait catalyser un mouvement plus large visant à améliorer la reproductibilité, selon Brian Nosek, directeur exécutif du Center for Open Science à Charlottesville, en Virginie […]. «Cet article pourrait contribuer à consolider ce qui est une communauté relativement petite et réformatrice en écologie et en biologie évolutive en un mouvement beaucoup plus important, de la même manière que le projet de reproductibilité que nous avons mené en psychologie», déclare-t-il.»

Méta-chercheuse en écologie à l’université de Melbourne en Australie et co-auteur de l’étude, Hannah Fraser affirme que «[m]algré la grande diversité des résultats, aucune des réponses n’est erronée.» Pour elle, «[l]’écart reflète plutôt des facteurs tels que la formation des participants et la façon dont ils ont établi la taille des échantillons.» N’ayant pas encore été examinée, «[l]’étude a été publiée sous forme de preprint le 4 octobre.»

L’EPFZ instrumentalisée par des lobbyistes

Deux travaux réalisés par l’Energy Science Center de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich (EPFZ), posent un problème d’intégrité. «L’un a été financé par des partisans des centrales nucléaires, l’autre par le lobby solaire» et «les chercheurs de l’EPFZ ont réussi à fournir aux deux camps une étude qui peut être interprétée dans le sens de leur commanditaire respectif.»

Reto Knutti, climatologue et professeur à l’ETH, avertit que «dans de telles études, il y a le risque que le résultat soutienne les intérêts du mandant et que le résultat de l’étude soit utilisé abusivement pour présenter un état de fait de manière unilatérale dans les médias.» L’auteur de l’article insiste sur ce point, affirmant «[qu’une] fois l’étude publiée, plus personne ne compare les hypothèses des commanditaires, parfois éloignées de la réalité, cachées dans les annexes et les notes de bas de page. Selon les critiques, les profanes sont de toute façon dépassés par cette tâche.»

Selon l’EPFZ, «les résultats des deux études ne se contredisent pas. Seules les questions et les priorités sont différentes. […] La direction de l’EPFZ ne voit toutefois aucun problème dans les études payées par des lobbyistes.»

«La science climatique comme «une sorte de Cassandre» !»

Selon Patrick Brown, co-directeur de l’équipe climatique au Breakthrough Institute (USA), les magazines scientifiques, à l’instar des médias grand public, tendent à accorder un peu trop de place aux «articles qui soulignent les effets négatifs du changement climatique.» Ils soutiennent le «récit mainstream – à savoir que les effets du changement climatique sont à la fois omniprésents et catastrophiques» alors que «[c]eux qui relativisent le récit, par exemple en discutant de l’efficacité des mesures pratiques d’adaptation au changement climatique, réduisent leurs chances d’être publiés.»

Brown explique que dans un de ses récents articles, il a écarté tous les facteurs qui ne sont pas liés au réchauffement climatique pour être publié dans le journal de Nature, afin de plaire au comité de lecture. «La plupart d’entre nous savent que c’est vrai, mais peu le disent» confirme Pete Irvine, climatologue de l’University College London. Les études ont un biais, «conçues de manière à soutenir le récit dominant sur le changement climatique.»

Une professeure poursuit Harvard et exige 25 millions

Francesca Gino, professeure à la Harvard Business School qui avait été dénoncée en juin par le collectif Data Colada pour falsification des données de recherche, poursuit ses accusateurs en justice. Elle attaque à la fois son université, le doyen Srikant Datar et les trois scientifiques du collectif pour «[…] diffamation à l’encontre de toutes les parties, rupture de contrat, mauvaise foi et discrimination fondée sur son sexe». De plus, elle exige 25 millions de dédommagements pour «perte de revenus, atteinte à la réputation et détresse émotionnelle.» (The Washington Post)

En juin, la chercheuse avait été mise en congé sans solde par la direction pour une durée de deux ans et n’avait plus le droit d’entrer sur le campus. Son avocat et elle-même remettent en cause l’enquête menée par l’université, qui avait conclu à une mauvaise conduite dans la recherche.

La loi SLAPP (strategic lawsuit against public participation) «permettant de se désengager rapidement d’un procès si celui-ci porte atteinte à votre liberté d’expression» n’est pas assez forte dans l’Etat du Massachussetts. Le procès ne pourra donc pas être évité ou écourté, comme il le fut en Californie, lorsque le chercheur Mark Jacobson avait tenté de poursuivre un journal qui avait critiqué son travail ─et qu’il avait perdu.

Ce genre de procès décourage les scientifiques qui pointent les erreurs et les mauvaises pratiques. En général, ils préfèrent se tourner vers PubPeer, un site web où il est possible de publier anonymement des commentaires sur des articles. Les trois scientifiques du collectif ont quant à eux ouverts un crowdfunding sur internet pour obtenir suffisamment d’argent pour payer une partie des frais de justice. Ils ont déjà récolté la somme nécessaire. (Vox.com)

Les sciences du comportement sous la loupe ?

À la suite des accusations portées contre la professeure d’Harvard Francesca Gino, qui aurait modifié des résultats d’études afin de les faire correspondre à ce qu’elle souhaitait démontrer, Mathias Binswanger souligne dans un article de la NZZ les failles des sciences comportementales. Professeur d’économie politique à la Haute école spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse, il explique que cette branche est plus vulnérable aux fraudes. Selon lui, trois facteurs sont en cause :

«Premièrement, les expériences donnent l’illusion d’une exactitude empirique qui ressemble à celle des sciences naturelles. […] Deuxièmement, les expériences en sciences sociales ne sont pratiquement jamais répliquées par d’autres chercheurs, car cela coûte cher et n’est pas intéressant. […] Troisièmement, les expériences permettent des mises en place arbitraires (appelées designs de recherche raffinés) qui permettent d’obtenir les résultats souhaités.»

Mathias Binswanger cite en exemple un étude de masse faite en 2015 par Brian Nosek, psychologue. «Sur 100 études publiées en 2008 dans trois revues en psychologie, seules 39 ont pu être confirmées.» Sa conclusion : «On peut tout simplement oublier la majeure partie de la recherche en psychologie. Certes, dans la plupart des cas, on ne triche pas de manière évidente comme dans le cas de Francesca Gino. Mais on ‘expérimente’ jusqu’à ce que l’on obtienne les résultats souhaités. C’est de la recherche bullshit.»

Professeure d’Harvard accusée de manipulation de données

À Harvard, une professeure en sciences comportementales est accusée d’avoir manipulé les données de certaines de ses études. L’université a ouvert une enquête, mais ne fournit aucun autre commentaire que le fait d’avoir mis la chercheuse en congé administratif. La chercheuse «examine les accusations, les prend au sérieux et évalues ses options», ne se prononçant pas sur leur véracité.

Selon Data Colada, blog tenu par trois scientifiques qui réalisent des répliques d’études, lors de la réalisation d’une étude sur l’honnêteté, des données auraient été changées entre le groupe expérimental et le groupe de contrôle. Trois autres études auraient également été manipulées. En 2012 un co-auteur avait déjà été épinglé, mais l’intégrité des autres co-auteur·trices ayant collaboré avec la chercheuse d’Harvard n’est pour l’instant pas remise en doute.

Selon l’économiste comportemental zurichois Ernst Fehr, la cause d’une telle manipulation des données viendrait de la volonté des chercheur∙euses qui font de la recherche en psychologie à vouloir «générer des résultats aussi rapides et insolites que possible.» Maximilian Maier, de l’University College London, condamne plutôt l’influence de la culture du «publish or perish.»

Suisse : Offensives climatosceptiques contre des chercheur·euse·s

En Suisse, les attaques des climatosceptiques contre les chercheur·euse·s seraient «monnaie courante». En effet, du mail agressif au propos diffamatoire en passant par l’injonction au suicide, l’éventail des attaques est large. Reto Knutti, Professeur à l’EPFZ, déclare être régulièrement pris à partie par des climatosceptiques, «En tant que climatologue, on fait un métier exposé. Je l’accepte. Mais falsifier mes propos reste grave. On perd le contrôle de son argumentation. […] Il s’avère cependant difficile d’avoir une discussion constructive. Dans les cercles climatosceptiques, les faits que nous considérons comme établis n’ont pas de valeur. »

Attention, recherche à haut risque !

Certaines expériences scientifiques en biologie peuvent être détournées par des personnes mal intentionnées pour en tirer des armes biologiques. Comment éviter qu’un virus ultra-dangereux ne tombe entre de mauvaises mains ? L’Académie suisse des sciences naturelles (SCNAT) a édité une brochure qui sensibilise les chercheurs sur le risque de détournement de leurs travaux.