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Tendances des 2 dernières semaines

Sujet: employabilité des diplômé·e·s

Le buzz d’une vidéo d’un diplômé de l’Université de Zurich qui raconte sa fastidieuse recherche d’emploi

Avec un Master en science des données, statistiques et sciences politiques à l’université de Zurich, ce jeune suisse expose dans une vidéo ses «galères» lors de recherche d’emploi. Selon lui, ces études se sont avérées «totalement inutiles». Cela fait quatre ans qu’il cherche un emploi à la hauteur de ses qualifications : « À Zurich, je travaille plutôt comme coursier à vélo, livreur de pizzas, dans des centres d’appels, des fast-foods », explique-t-il.

Son conseiller à l’ORP lui indiquant qu’ : «Il faut juste connaître des gens.» «Du népotisme, donc», explique «Oiviredet» dans sa vidéo de 14 minutes. À ce jour, la vidéo totalise 441 000 vues et plus de 3’000 commentaires.

«Leurs métiers sont menacés par l’intelligence artificielle, pourtant ils gardent espoir»

«Les domaines de la traduction, du graphisme, de l’informatique, du cinéma et des statistiques ont un point commun: selon les chercheurs, ces métiers comptent parmi les plus exposés à l’intelligence artificielle. Pourtant, chaque année, des centaines de jeunes choisissent d’étudier dans ces domaines. Cinq enseignants et étudiants zurichois ont confié pourquoi, malgré l’IA et la hausse du chômage chez les diplômés universitaires, ils croient encore en l’avenir de leur filière.»

«21 % d’étudiants en plus d’ici 2035, mais trouveront-ils tous un emploi ?»

D’ici 2035, le nombre d’étudiants dans les établissements d’enseignement supérieur suisses devrait augmenter d’environ 21% par rapport à aujourd’hui, ce qui représenterait 305 000 étudiants inscrits.

« Ce scénario ne serait pas favorable à la Suisse », estime la Conseillère nationale Bettina Balmer (PLR, ZH). Il s’agirait désormais de mettre en place des mesures pour éviter que cela ne se produise – mais cette compétence relève des cantons. Elle se dit satisfaite du fait que le taux de maturité dans le canton de Zurich reste plus ou moins stable autour de 20%.  La conseillère nationale Katharina Prelicz-Huber (Vert·es, ZH) acquiesce: «Il faut vraiment lancer une campagne de promotion en faveur de l’apprentissage professionnel», mais se montre néanmoins plus modérée sur un point: «Il ne faut pas opposer l’enseignement supérieur et la formation professionnelle […] Compte tenu notamment des progrès fulgurants de l’IA, nous avons également besoin de personnes bien formées, qui comprennent quand il faut tirer le frein d’urgence».

Pour l’économiste en chef de la faîtière Economiesuisse, Rudolf Minsch, ce n’est pas tant le nombre de personnes qui feront des études à l’avenir qui importe, mais plutôt ce qu’elles étudieront et quelle est l’expérience pratique acquise. Pour lui, les établissements d’enseignement supérieur devraient concevoir leurs cursus de manière à ce que les étudiants puissent acquérir une expérience professionnelle pertinente parallèlement à leurs études. De son point de vue, l’apprentissage professionnel offre une entrée en matière idéale dans le monde du travail. «Les changements liés à l’IA auront tendance à renforcer l’apprentissage professionnel», explique M. Minsch.

Travail.Suisse, faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses en Suisse, relativise par ailleurs la crainte selon laquelle de plus en plus de diplômé·es de l’enseignement supérieur pourraient se retrouver au chômage à l’avenir, jugeant que le nombre de personnes partant à la retraite serait nettement supérieur à celui des nouveaux arrivants sur le marché du travail.

 

 

«Quand le diplôme ne suffit pas»

Le taux de chômage des jeunes diplômé·es a monté de 3,9 à 6,4 en deux ans, le marché du travail privilégiant les profils expérimentés.

Une mesure serait d’opter pour un stage en cours d’études. Selon les derniers chiffres, 13% des étudiant·es à l’Unil en effectuent un. En sciences sociales, un stage peut remplacer une partie des cours à option, mais seuls 8% des étudiant·es s’y lancent, un chiffre stable depuis 2022-2023. En politique et management publics, ils sont 11%, une proportion en baisse depuis la même période.

Selon Stefan Wolter, Directeur du Centre de recherche en économie de l’éducation (CREE) de l’Université de Berne, «Le risque des formations hybrides est de créer un profil qui, en sortant de l’université, n’est ni assez formé, ni vraiment professionnel.» Il privilégie donc les stages effectués en parallèle des études: pendant les vacances universitaires ou lors de semestres moins chargés.

Palantir privé de Forum à l’EPFL

Palantir ne viendra pas au Forum EPFL 2026, mais les opposant·es ne décolèrent pas. Certain·es estiment qu’il est problématique que ce soit la SwissTech Convention Center, qui accueille l’événement, ait pris cette décision et non la direction de l’EPF (ni les organisateurs et organisatrices du Forum). Plusieurs personnes regrettent des nouvelles directives «coercives» contre les associations étudiant·es, empêchant la tenue de tout événement sur le campus qui «entacherait la réputation de l’EPFL et mettrait en danger la cohésion» et estiment que face à Palantir qui paie sa place, il y a «deux poids, deux mesures».

«L’école polytechnique ajoute que, concernant le salon, «la direction tient à ce que ses diplômés en quête d’emploi se voient proposer un large choix, tout en formulant ses vœux qu’elles et ils choisissent de s’orienter dans des voies qui les conduiront à œuvrer pour le bien de la société».

 

 

Pour la Présidente de swissuniversities : «Humaines et artificielles, les intelligences doivent se compléter»

Dans sa tribune pour Le Temps, Luciana Vaccaro présente les défis majeurs que l’intelligence artificielle impose aux hautes écoles. Selon elle, les milieux académiques doivent impérativement intégrer l’IA dans la formation tout en veillant à préserver les apprentissages fondamentaux que cette technologie pourrait court-circuiter.

Elle indique qu’à la HES-SO, cette démarche se traduit concrètement par l’adaptation des programmes, l’alternance de séquences d’études avec et sans IA, ainsi que par l’évolution des modes d’évaluation. L’objectif ultime est de garantir que les étudiant·es maîtrisent pleinement leurs compétences professionnelles dans toute leur complexité, en devenant capables de mobiliser les ressources appropriées en situation réelle.

France : «Les jeunes chercheurs amers envers l’université»

En France, «Ils sont tous les ans des milliers de jeunes chercheurs à s’acharner et à se poser les mêmes questions face à une entrée dans la carrière universitaire extrêmement difficile depuis près de quinze années. Après une baisse vertigineuse du nombre de postes de MCF [maître ou maîtresse de conférences] ouverts au concours entre 2009 et 2021 (passant d’environ 2 200 à 1 100, alors que le nombre d’étudiants augmentait), une embellie était pourtant survenue entre 2022 et 2024 (1 630 postes ouverts) en raison de nombreux départs à la retraite. Mais «la période récente est caractérisée par une nouvelle dynamique : alors que les départs s’accélèrent, les ressources disponibles pour recruter recommencent à baisser», analyse la Conférence des praticiens de l’enseignement supérieur et de la recherche.

«Plus de flexibilité et plus de rapidité : en tout cas l’intelligence artificielle me facilite les études»

L’intelligence artificielle transforme profondément les études et les perspectives professionnelles des jeunes diplômés. Elle rend l’apprentissage plus rapide et flexible, facilite les recherches, le brainstorming, la rédaction et permet aux étudiants de travailler davantage à leur propre rythme. Mais son utilisation exige aussi un esprit critique, notamment pour vérifier les sources et éviter une dépendance excessive.

«Le besoin d’orientation est grand», explique Chantal Jaussi, conseillère d’orientation des hautes écoles bernoises : depuis le début de la pandémie de coronavirus, les demandes de conseil ont fortement augmenté ; il s’agit notamment de gérer le stress et l’anxiété liée aux examens. Plusieurs autres centres d’orientation universitaires et EPF ont aussi constaté une incertitude grandissante.

 

«Toujours plus de diplômé·es universitaires sont au chômage»

Face à la hausse du chômage chez les diplômé·es de l’enseignement supérieur, Michael Siegenthaler, directeur du pôle de recherche «Marché du travail suisse» de l’institut KOF de l’ETH, a accordé un entretien au Tages-Anzeiger. Il y précise, que, bien que le chômage ait augmenté, le risque de sans-emploi reste plus faible pour les personnes hautement qualifiées que pour les moins qualifiées. Il nuance toutefois qu’«il est probable que l’entrée dans la vie active, en particulier, ne se fasse plus aussi naturellement qu’auparavant, surtout dans les domaines techniques.»

La clef d’une bonne insertion résiderait dans l’acquisition d’une expérience professionnelle en parallèle des études. De plus, face à l’essor de l’IA, il souligne l’importance cruciale des compétences humaines, telles que le travail en équipe.

«Face à l’IA, quelle formation continue?»

Une motion élaborée par la Commission de la science, de l’éducation et de la culture du Conseil national demande au Conseil fédéral d’élaborer, en collaboration avec les cantons, les partenaires sociaux et les acteurs concernés, une «stratégie nationale garantissant une formation continue et une reconversion professionnelle préventives pour les personnes dont l’activité professionnelle est susceptible d’être considérablement modifiée ou supplantée en raison de mutations technologiques, économiques ou réglementaires, telles que l’utilisation de l’intelligence artificielle».

Le Conseil fédéral rejette la motion tandis que le Conseil des États préconise d’identifier si les mesures actuelles ont besoin d’être complétées. Selon la directrice du secrétariat romand de la Fédération suisse pour la formation continue (FSEA), Caroline Meier Quevedo, «Cela témoigne d’un manque de vision politique».

Le fait que l’IA affecte les branches avec une intensité variable ainsi que la disparité entre les cantons concernant les mesures liées à la formation continue sont invoqués par le Conseil fédéral.

 

 

«Un manque grave dans la formation» sur les droits économiques et sociaux

La sociologue et philosophe Irene Pereira s’étonne que les système éducatif favorise l’insertion professionnelle des jeunes moyennant des stages ou d’alternance, «tout en omettant de les former systématiquement sur leurs droits, pourtant réaffirmés dans de multiples conventions internationales et européennes.» Selon elle, il y a «un manque grave dans les cursus concernant les droits humains économiques et sociaux.»

 

L’IA bouscule les études et les carrières dans l’informatique

Edouard Bugnion, professeur d’informatique à l’EPFL et vice-président pour l’innovation et l’impact à l’école polytechnique de Lausanne, est interrogé sur les études en informatique face à l’arrivée de l’IA.

Sur le front de l’emploi, après l’obtention d’un bachelor HES en technique et IT, 6,4% des diplômé·es sortent sans emploi, c’est un taux qui a doublé en deux ans selon les chiffres de l’OFS. Edouard Bugnion estime qu’il faut mettre les chiffres en perspective: «6,4%, c’est à peu près la moyenne de toutes les filières des étudiants qui sortent de nos études. Donc, il y avait historiquement un taux de chômage inférieur à la moyenne, substantiellement inférieur à la moyenne dans les domaines des technologies de l’information. Aujourd’hui, on revient un peu vers une moyenne, il ne faut pas mettre ça au-delà de simplement l’évolution de la conjoncture»

Par ailleurs, l’IA transformerait tout, «elle transforme bien évidemment les métiers de l’informatique, mais elle transforme encore plus d’autres métiers que l’on n’associe pas du tout à l’informatique». Il conseille donc aux élèves de faire des études qui les intéressent : «il n’y a aucune certitude sur les 40 ans d’une carrière»

Peut-on assurer la pérennité de sa carrière en choisissant un cursus à l’épreuve de l’IA ?

«Assurer la pérennité de sa carrière grâce à un diplôme à l’épreuve de l’IA est un défi de taille», affirme Charlie Ball, expert en emploi des diplômés chez Jisc, l’agence britannique chargée du numérique, des données et des technologies dans l’enseignement supérieur.

Il souligne que le débat devrait moins porter sur l’identification de parcours professionnels spécifiques à l’abri de l’IA, et davantage sur la manière de doter les jeunes d’un ensemble de compétences leur permettant de s’adapter rapidement aux évolutions du marché du travail.

Cependant, il nomme ces secteurs d’activité qui pourraient offrir une meilleure protection face à l’IA que d’autres:

  • Recherche et développement
  • Ingénierie
  • Arts créatifs et divertissement
  • Médecine
  • Soins infirmiers et obstétrique/études de sage-femme («midwifery)
Les études d’économie ne garantissent plus un emploi sûr ?

En Suisse, les études d’économies révèlent de grandes disparités entre les universités. Un an après le diplôme, le taux de chômage atteint 17,3 % à Genève et 13,7% à Lausanne, contre seulement 2,7% à Saint-Gall (HSG). Cela pousse les universités à réagir face aux changements dans le secteur, notamment avec l’implémentation de l’intelligence artificielle. L’Université de Lausanne veut notamment renforcer son programme en numérisation et multiplie les évènements de réseautage comme les Career Days.

«La Suisse gaspille son atout majeur»

Selon l’éditorial du Blick, «La Suisse n’a pas besoin d’un maximum de diplômé·es de l’enseignement supérieur. Elle a besoin de bons professionnels – et d’excellents diplômé·es de l’enseignement supérieur. Il craint, comme Rudolf Strahm, une académisation du pays : «On observe désormais les premiers signes en Suisse également. […] C’est justement maintenant, alors que l’IA met sous pression de nombreuses activités académiques, que de plus en plus de jeunes sont attirés par le lycée et l’université.»

 

Ce que recherchent les employeurs à l’ère de l’IA — et quatre façons d’y répondre

Le magazine Nature a interrogé neuf recruteurs et chercheurs pour identifier les compétences clés pour les scientifiques de tout horizon à l’ère de l’IA.

Les expert·es conseillent d’intégrer ces technologies au quotidien et de maintenir une veille active face à leur évolution rapide. « Il n’est pas nécessaire d’apprendre toutes les recettes du monde pour se sentir à l’aise en cuisine… mais il faut avoir des connaissances de base » souligne Regina Barzilay, informaticienne au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Face aux résultats générés, la rigueur reste indispensable. Il faut systématiquement vérifier les réponses de l’IA, notamment en s’assurant que ses estimations de probabilité correspondent aux distributions réelles des données de test. Enfin, pour les scientifiques souhaitant aller plus loin, les recruteurs recommandent de maîtriser Python, le langage de programmation incontournable du domaine.

Réactions sur une étude sur l’employabilité des diplômé·es

L’article du Tages-Anzeiger explique qu’en Suisse, les diplômés en économie et gestion font désormais face aux pires perspectives d’emploi parmi les diplômés universitaires, contrairement à l’idée longtemps répandue selon laquelle ces études garantissaient presque automatiquement un travail.

Selon de nouvelles données de l’Office fédéral de la statistique, 8 % des diplômés en sciences économiques sont sans emploi un an après l’obtention de leur diplôme, ce qui en fait la discipline la plus touchée par le chômage des jeunes diplômés. Les diplômés en sciences humaines et sociales s’en sortent désormais légèrement mieux. En moyenne, 6 % des diplômés universitaires sont sans emploi un an après la fin de leurs études.

Malgré ces perspectives moins favorables, les études d’économie restent plus populaires que jamais dans les universités suisses. Le nombre d’étudiants y est en forte progression, même si les sciences humaines, sociales et les sciences exactes demeurent les domaines les plus fréquentés.

L’article conclut sur une note relativement optimiste : un diplôme universitaire reste apprécié des employeurs, mais il ne suffit plus à lui seul. Les étudiants qui complètent leur formation par des stages, des expériences pratiques ou un engagement associatif conservent de bonnes chances de trouver un emploi. (Tages-Anzeiger)

L’article paru, entre autres, dans la Freiburger Nachrichten, met en avant l’importance de l’expérience pratique. Les employeurs recherchent souvent des candidats déjà expérimentés, ce qui crée un cercle vicieux pour les jeunes diplômés. Les formations les plus proches du marché du travail, notamment celles des hautes écoles spécialisées (HES), facilitent généralement davantage l’insertion professionnelle.

L’article de la NZZ en ligne souligne que les problèmes de la recherche d’emploi ne se limite pas au chômage. Parmi les jeunes diplômés universitaires qui trouvent un emploi près de la moitié occupent des postes temporaires,environ un tiers sont encore en stage et beaucoup travaillent à temps partiel faute de mieux, notamment dans les sciences humaines et sociales.

Cette situation a également un impact sur les revenus. Dans plusieurs cas, les titulaires d’un bachelor d’une Haute école spécialisée (HES) gagnent davantage que les diplômés universitaires titulaires d’un master, grâce à une meilleure insertion professionnelle et à des formations plus proches des besoins du marché du travail.

Les causes principales identifiées seraient le ralentissement économique et les tensions géopolitiques, qui freinent les embauches, les réductions budgétaires dans le secteur public, important employeur de diplômés et l’incertitude liée à l’intelligence artificielle, qui menace certains emplois qualifiés, notamment ceux reposant sur des tâches administratives ou répétitives.

Le chômage progresse chez les diplômé·es des hautes écoles entre 2023 et 2025

Selon l’Enquête auprès des personnes diplômées des hautes écoles (EHA) réalisée par l’Office fédéral de la statistique (OFS), entre 2023-2025, le chômage a augmenté parmi les personnes fraîchement diplômé·es (jusqu’à 1 an après les études). «Il a notamment augmenté de 3,9% à 6,4% parmi les titulaires d’un master HEU et de 3,4% à 4,9% chez les titulaires d’un bachelor HES, tandis qu’il est resté limité à 0,7% chez les diplômés des hautes écoles pédagogiques (HEP). En 2025, la conjoncture économique est beaucoup plus souvent invoquée comme raison que parmi la volée 2022.

Employabilité : «La pratique bat la théorie»

L’article de la NZZ revient sur les résultats de l’étude menée par Stefan Wolter, du Centre de recherche en économie de l’éducation de l’Institut d’économie de l’Université de Berne. Cet article souligne l’importance fondamentale des compétences pratiques sur le marché du travail, une tendance qui ne cesse de gagner en importance, notamment dans le contexte de l’intelligence artificielle.