«Les hautes écoles spécialisées et les hautes écoles pédagogiques forment des professionnels présentant un profil axé sur la pratique. Elles ne proposent dès lors pas de formation doctorale, mais elles ont mis en place des coopérations avec les hautes écoles universitaires à cette fin. Un rapport adopté par le Conseil fédéral le 19 juin 2026 montre que ces coopérations fonctionnent bien dans l’ensemble et offrent aux participants d’excellentes opportunités, malgré quelques difficultés rencontrées.»
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Sujet: formation – doctorant·e·s
La soutenance d’une thèse du laboratoire de recherche en informatique a été annulé 15 jours avant par le Collège des écoles doctorales, en délégation du président de l’université Grenoble-Alpes. La raison avancée: «Le contenu de la recherche présenté ne relève pas des mathématiques appliquées, la discipline d’inscription de la thèse.» La thèse porte sur la question suivante: « Face à l’accroissement continu du numérique dans nos vies et à ses conséquences sociales et écologiques dramatiques, comment lutter contre ce déferlement depuis les laboratoires de recherche en informatique ?
Le directeur de thèse Romain Couillet, professeur des universités et chercheur en mathématiques appliquées, affirme: « Cette thèse ne se limite pas à mesurer l’empreinte carbone du numérique : elle en questionne les fondements, les finalités et les implications politiques dans une université qui encourage de plus en plus les recherches en intelligence artificielle, en physique quantique et dans les technologies de pointe. Forcément, ça ne plaît pas. »
Les soutiens sont venus en nombre pour assister à cette soutenance «sauvage».
«Entre 2010 et 2024, le nombre de doctorants dans les hautes écoles suisses a augmenté de 29%. Cette hausse est presque exclusivement due à une augmentation du nombre de doctorants dans les domaines de la médecine, des sciences techniques et des sciences exactes et naturelles. Les hautes écoles universitaires sont en mesure de faire face à cette augmentation tout en garantissant à leurs doctorants de bonnes conditions de réalisation de leur thèse. Enfin, sur le marché du travail, les personnes titulaires d’un doctorat ont en moyenne un taux de chômage plus faible et des revenus plus élevés que les personnes ayant obtenu un diplôme de bachelor ou de master.»
Cet article traite du rôle des hautes écoles spécialisées dans le système suisse de recherche et d’innovation, de l’analyse de leurs atouts structurels et des risques réels auxquels elles sont confrontées, ainsi que des questions systémiques en suspens dans un contexte plus large de politique universitaire.
Il vient à la conclusion qu’il faut protéger les HES activement : contre la tentation de l’académisation, contre les instruments de financement qui récompensent les mauvais profils et contre les structures qui, bien qu’elles portent le nom «HES», n’en incarnent plus l’essence.
Luciana Vaccaro, rectrice des HES-SO et présidente de swissuniversities, balaie les critiques souvent adressées au doctorat en suisse. Souvent jugé, à tort, trop élitiste et déconnecté du marché, ce titre académique fait face à des idées reçues tenaces, particulièrement en période de coupes budgétaires.
Soutenue par un rapport du Conseil suisse de la science qui dément ces idées reçues, elle souligne que les doctorant·es affichent un taux de chômage très bas et que leurs compétences analytiques s’avèrent essentielles dans un monde en pleine mutation technologique.
La Chine a développé un programme doctoral basés sur des réalisations pratiques plutôt que sur une thèse ou d’autres publications académiques. Il est conçu pour former davantage d’ingénieurs d’élite capables de contribuer à stimuler l’innovation dans le pays.
Les étudiant·es doivent créer des prototypes fonctionnels et prouver que leurs inventions peuvent être utilisées à grande échelle. Ce nouveau type de doctorat est supervisé par un·e académique et un·e expert·e industriel. Et lors des examens oraux, un jury composé à la fois d’universitaires et d’ingénieurs en activité évalue les doctorant·es. Pour Li Jiang, spécialiste en sciences de l’information à l’université de Nanjing, ce nouveau modèle d’évaluation répond à un problème qui mine depuis longtemps la formation des ingénieurs : «Il existe un fossé important entre les connaissances théoriques qu’ils acquièrent dans les livres et les compétences pratiques que notre société attend d’eux.»
Guo Tong, ingénieur civil à l’université Southeast, voit une possibilité d’intégrer ces évaluations dans des disciplines pratiques qui combinent l’ingénierie et la recherche médicale, telles que la conception de dispositifs médicaux avancés et le diagnostic intelligent.
Le chômage des jeunes, qui touche majoritairement les diplômé·es du secteur tertiaire, progresse à grande vitesse. «Ralentissement conjoncturel du secteur privé, concurrence de l’IA, austérité budgétaire de la Confédération et de certains cantons contribuent au stress financier.»
Un docteur en sociologie décrit le parcours académique comme extrêmement précaire : les débouchés sont très limités en Suisse, ce qui pousse nombre de chercheur·euses à s’expatrier au prix de sacrifier sa vie sociale. Le Courrier souligne qu’en Suisse 80% du travail de recherche académique est effectué par des employé·es à durée déterminée. De son côté, une diplômée en sciences sociales relève le fort déséquilibre entre le nombre de candidat·es et les postes disponibles. Les jeunes diplômé·es se retrouvent en concurrence avec des profils plus expérimentés, disposant de plusieurs années de pratique professionnelle.
Raphaël Schmid, directeur général d’Interiman Group, recommande aux personnes en recherche d’emploi de mobiliser leur réseau, de renforcer leurs compétences linguistiques et de recourir à un accompagnement professionnel. Il estime par ailleurs que des étapes transitoires, comme un stage ou un contrat à durée déterminée, peuvent constituer un passage clé vers un emploi stable.
Chat-GPT fait désormais partie du quotidien des universités. Mais c’est justement dans la rédaction de thèse et d’autres travaux écrits que règne une grande incertitude.
La professeure en sciences forestières et de la conservation à l’Université de Colombie-Britannique Elizabeth M. Wolkovich regrettent le manque de clarté par rapport aux pratiques acceptables pendant le doctorat: «J’ai l’impression que nous nous sommes inquiétés de l’utilisation de l’IA générative par les étudiants de premier cycle, tout en proposant d’innombrables séminaires et possibilités de bourses sur la manière d’« intégrer l’IA » dans notre formation, notre enseignement et au-delà. Nous n’avons jamais expliqué aux futurs éducateurs et chercheurs que nous formons pourquoi ils ne devraient pas utiliser l’IA générative pour leurs travaux écrits, ce qu’ils perdraient à le faire, ni que cela constituait une fraude académique. Du moins, c’est ce que je pense aujourd’hui.» (Times Higher Education)
Les hautes écoles zurichoises travaillent d’arrache-pied à l’élaboration de directives en matière d’IA ou les ont déjà formulées.
- À la Haute école pédagogique de Zurich, le nombre de travaux rejetés a légèrement augmenté ces dernières années, indique Christoph Hotz, responsable adjoint de la communication. La HEP a mis en place un wiki avec des directives.
- En 2023, l’Université de Zurich (UZH) a mis en place sept principes directeurs sur l’utilisation de l’Intelligence artificielle dans l’enseignement et la recherche. Cependant, ce sont les enseignants et les facultés qui déterminent comment l’IA peut être utilisée concrètement dans les travaux scientifiques. Selon la porte-parole de l’UZH, Mme Nyfeler, il est avant tout important de communiquer clairement aux étudiant·s quand l’utilisation de l’IA est autorisée, voire souhaitée, et quand elle est interdite. La faculté de droit de l’UZH modifiera son système d’examen des thèses : à partir du 1er février 2026, toute personne qui commencera sa thèse devra désormais la soutenir oralement. De toute manière, l’examen final oral s’est établi comme norme internationale. Le doyen Thomas Gächter ressent une grande incertitude parmi les étudiants : «Beaucoup ont une peur panique d’être accusés de plagiat. Cela paralyse les bons étudiants».
- A l’EPFZ, outre plusieurs sites web et directives, une équipe de deux personnes aide les étudiant·es et les enseignant·es de l’ETH Zurich pour toutes les questions relatives à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans l’enseignement. (Tages-Anzeiger)
L’Université de Berne a rencontré le premier cas où un travail de séminaire a été rédigé sans autorisation à l’aide de l’IA. Le ou la coupable a reçu un avertissement pour plagiat. L’article contient également un comparatif des règlements sur l’IA dans les universités en Suisse alémanique. (20 Minuten)
L’article de Nature évoque par ailleurs l’emploi de «chercheurs IA» qui basent leurs publications parfois sur des méthodes ou idées publiées sans pour autant les citer: «Une grande partie des idées de recherche générées par les LLM semblent novatrices à première vue, mais sont en réalité habilement plagiées, de sorte que leur originalité est difficile à vérifier», avancent deux spécialistes du domaine, Tarun Gupta et Danish Pruthi. Pour l’instant, les méthodes automatiques d’évaluation restent limitées et subjectives. (Nature)
«Pour assurer des cours, les universités françaises recourent massivement au recrutement d’enseignant·es vacataires: des intervenant·es payé·es à l’heure, mal rémunéré·es, sans statut ni reconnaissance spécifiques. Malgré l’introduction en 2022 d’une loi visant à réguler ces pratiques, la situation reste pour l’heure inchangée.»
Bien qu’une telle situation n’existe pas en Suisse, la précarité des enseignant·es des établissements supérieurs existe aussi. Des chargé·es de cours, postdoctorant·es ou doctorant·es assurent une part significative de l’enseignement, «dans des conditions contractuelles qui se révèlent bien souvent fragiles». En 2022, 48% du corps intermédiaire à l’Université de Genève été engagée en CDD ou contrat de suppléance. Le passage par la précarité reste alors aujourd’hui souvent perçu comme un sacrifice nécessaire avant une meilleure situation.
Le nombre de nouveaux titulaires de doctorat a presque doublé entre 1998 et 2017 et a continué à augmenter depuis. Mais le nombre d’emplois dans le monde universitaire n’a pas suivi cette augmentation.
De nombreux chercheurs appellent à une réévaluation de la finalité du doctorat et à des réformes des systèmes d’enseignement supérieur afin de s’adapter à l’évolution des carrières des titulaires de doctorat. Certains pays, comme le Japon, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ont déjà commencé à opérer des changements.
«Corinna Martarelli, vice-rectrice Enseignement, revient sur le parcours et les perspectives de l’institut d’enseignement à distance créé à Brigue». Elle parle également des étudiant·es, qui ont 38 ans en moyenne, et les méthodes accompagnant l’enseignement, qui est désormais 100% en ligne.
Par ailleurs, Unidistance a commencé à faire de la recherche en 2017, et aujourd’hui, 25 professeurs «maison» sont rattachés à UniDistance.» Le statut d’université lui permettrait d’accorder des titres de doctorat. Un avant-projet de loi a eu lieu pour la création de cette université à proprement parler.
Le Temps s’intéresse à la question de l’employabilité des doctorant·es suisses, qui peinent à trouver un premier emploi dans l’industrie. Pourtant, recruteur·euses et candidat·es semblent tous·tes en demande. A noter qu’en Suisse, environ 5% des étudiant·es seulement qui entrent en bachelor feront une carrière académique.
Le journal explique les difficultés des doctorant·es à décrocher un premier emploi : les chercheur·euses et étudiant·es sont souvent très concentrés sur leur recherche et manquent de temps pour travailler leur réseau ou leur CV, «en entreprise beaucoup d’aspects liés aux régulations et au contexte politique entrent en jeu» au contraire de laboratoires universitaires plus libres, il existe «une difficulté à traduire des capacités académiques en compétences recherchées dans l’industrie», les doctorant·es sont «expert·es et ne veulent pas n’importe quel emploi, mais en parallèle on attend d’eux qu’ils aient déjà une expérience professionnelle».
Le journal donne donc quelques pistes afin de trouver un emploi suite à un doctorat : accepter de commencer en bas de l’échelle en débutant par un stage par exemple, avoir un réseau, suivre des cours de management de projet et d’équipe.
«A travers des conseils et formations, le Graduate Campus accompagne ainsi ces profils.» Il existe également «des institutions partenaires, dont la Conférence universitaire de Suisse occidentale qui propose un programme pour développer des compétences transférables au monde professionnel».
Le classement mondial des universités QS par matière 2025 comprend 55 disciplines réparties dans 5 grands domaines. La comparaison est faite parmi plus de 21’000 offres académiques, dans plus de 1’700 universités de 100 pays et territoires.
«La Suisse jouit d’une bonne réputation parmi les employeurs et se caractérise par une forte attractivité […] [Le pays] compte 234 entrées spécialisées dans le classement. Parmi celles-ci, 13% augmentent, 44% diminuent, 34% restent inchangées et 22 sont nouvelles. Dans les domaines spécialisés larges, la Suisse compte 32 entrées. 56% augmentent, 25% diminuent, 13% restent stables et deux sont nouvelles.» La Suisse se place en première position dans les domaines de la géophysique, de la géologie, de l’hôtellerie et des sciences de la terre et de la mer (prnewswire.com). «L’ETH apparaît comme la meilleure université suisse en sciences de la vie, et en médecine dentaire, deux universités suisses se retrouvent dans le top 10.» (medinside.ch)
«Il est frappant de constater que les facultés de médecine suisses ne brillent pas autant dans ce «concours de beauté» que les cliniques universitaires suisses dans le classement de «Newsweek»: l’USZ [Hôpital universitaire de Zurich], l’USB [Hôpital universitaire de Bâle] et le CHUV y sont récemment classés parmi les 15 meilleurs hôpitaux du monde. […] Cela indique que les points forts de notre pays se situent davantage dans le domaine clinique que dans la recherche et l’enseignement.» (medinside.ch)
«Désillusions, perte de sens, découragement… Autant de défis qui frappent durement la profession médicale. Comment remobiliser les troupes ? Le Professeur Idris Guessous, vice-doyen en charge de la formation postgraduée et continue et de l’identité professionnelle [à l’Université de Genève]», livre ses propositions, notamment la réintroduction des rituels en célébrant officiellement les différentes étapes de la carrière des médecins (par exemple l’obtention du titre de Privat-docent, la soutenance de thèse, ou l’acquisition du titre de spécialiste FMH), ou la mise en place de compagnonnages entre jeunes médecins et professionnel·les plus expérimenté·es.
Il mentionne par ailleurs le projet de création d’une «plateforme digitale destinée à aider les médecins à rejoindre des groupes d’intérêts dans des domaines tels que le climat, la justice sociale, la technologie ou l’intelligence artificielle afin qu’ils puissent s’engager dans une cause qui leur parle encore plus personnellement».
Poussée par des interventions politiques, l’Université de Bâle poursuit sa réforme qui vise à mettre fin aux conditions précaires des chercheur·es doctorant·es et post-doctorant·es. Durant ce mois d’octobre, le Grand Conseil votera sur une intervention pour une amélioration des conditions de travail du corps intermédiaire de l’université de Bâle. La direction universitaire a déjà créé ce mois-ci un poste pour une personne qui devra gérer cette réforme. Les conditions de travail du corps intermédiaire de l’Université de Bâle (qui comprend 2700 doctorant·es et 500 post-doctorant·es) sont en effet faites de «dépendances» et de «pression de la concurrence». Parmi les problèmes cités, on trouve : le contrat à durée déterminée, la conciliation difficile avec une vie de famille, le temps important utilisé afin de trouver des fonds pour la recherche.
Un des objectifs de l’université serait aujourd’hui de créer des contrats à durée déterminée plus longs et liés à des projets, comme cela devient de plus en plus le cas dans les HES. Le plan de réforme devrait rapidement être mis en place, assure l’université.
Un chercheur à l’EPFZ est accusé par huit personnes de s’être «approché» d’étudiant-es, de chercheur-es et collaborateurs ou collaboratrices «de manière inadéquate pour un supérieur hierarchique». L’accusé nie toute faute.
Vice-présidente de l’EPFZ pour le développement du personnel et le leadership, Julia Dannath, a classé l’affaire sans lancer une enquête. Les raisons invoquées étaient que les personnes concernées ne travaillaient plus à l’EPFZ ou qu’un événement s’était produit il y a trop longtemps et que le délai pour l’annoncer était passé.
Malgré les plaintes, une procédure d’appel se poursuit : le maître de conférences attend la décision du président de l’EPF pour obtenir une chaire permanente. Ce n’est que lorsque les journalistes ont commencé à enquêter sur cette affaire que Julia Dannath a commandé une enquête externe. Elle estime que tout s’est déroulé correctement d’un point de vue juridique mais a reconnu des erreurs dans la procédure de déclaration. La journaliste du Tages-Anzeiger Kerstin Hasse commente : Les nouveaux règlements et le services qui permettent de signaler des «comportements inadéquats» ne servent à rien s’il n’y a pas de sensibilité à la détresse des collaborateurs.
La cheffe du FNS, Angelika Kalt, ne connaît pas le cas précis, mais indique que certaines conditions favorisent les incidents d’inconduite, en particulier envers les femmes. «Il s’agit notamment d’une forte domination masculine dans les fonctions de direction et d’un environnement de travail où ce type de comportement est toléré. Par ailleurs, «Les hautes écoles ou l’ensemble du monde académique doivent se demander s’ils sont encore compétitifs […] avec leurs conditions de travail et leurs fortes hiérarchies. Car, objectivement, ces rapports hiérarchiques persistants sont plutôt un vestige des temps anciens dans le monde du travail actuel. En outre, des études montrent que la diversité sur le lieu de travail et surtout dans les projets de recherche contribue à une qualité élevée.»
A l’EPFZ, un doctorant et une doctorante revendiquent l’égalité salariale et demandent un rattrapage de salaire. Leur motif principal est que les doctorant-es travaillant dans les domaines où il y a beaucoup d’hommes sont systématiquement mieux payé-es que les doctorant-es dans les domaines où il y a beaucoup de femmes. L’affaire est maintenant devant le Tribunal administratif fédéral. «Sa décision fera jurisprudence, car l’affaire n’est pas seulement importante pour les parties concernées, elle pourrait également servir de référence pour les futurs litiges dans les hautes écoles – en particulier pour les questions relatives à l’action juridique en cas de discrimination salariale, de paiement rétroactif du salaire et d’adaptation du contrat.»
«Le FNS augmente les salaires minimaux des doctorantes et doctorants employés dans le cadre de ses instruments d’encouragement. La mesure entrera en vigueur au 1er janvier 2026.»
Joanna Vuille, doctorante à la la Faculté de biologie et de médecine de l’UNIL, a remporté la finale suisse de « Ma thèse en 180 secondes ».