«À la suite de l’adoption de plusieurs interventions parlementaires visant à garantir les soins médicaux en Suisse, swissuniversities publie un rapport sur les études de médecine. Les directions des universités y recommandent la mise en place d’un nouveau programme spécial afin d’accroître davantage les capacités de formation. Elles préconisent également une harmonisation et une évolution des procédures d’admission.»
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Sujet: formation – médecins
D’une part, il y a un manque considérable de médecins, d’autre part, les étudiantes en médecine et les jeunes médecins sont de plus en plus confrontés à des difficultés et à des retards lors de leur entrée dans la vie professionnelle ou pendant les phases de transition, surtout en Suisse alémanique et dans les filières très prisées.
Cela s’explique peut-être par le fait que, sous la pression financière, les hôpitaux suppriment des postes de formation post-graduée ou ferment des services et des sites. Il n’existe pas de vue d’ensemble à ce sujet, mais le canton de Saint-Gall montre que le nombre de postes de débutants a baissé d’un tiers, tandis que celui des postes d’assistants à partir de la troisième année d’expérience a doublé (2017-2024).
Globalement, le nombre postes de formation continue aurait augmenté, selon la Confédération.
Les cantons romands ont lancé en février 2025 la plateforme numérique RÉFORMER, afin de coordonner leur formation médicale postgraduée en médecine.
L’objectif est de fournir aux médecins en formation «toutes les informations utiles à leur orientation professionnelle».
La présidente de la FMH Yvonne Gill met en garde contre un effondrement du système si la Suisse des 10 millions devient une réalité: «Nous manquons de places en master. Sans l’aide financière de la Confédération, nous n’obtiendrons pas ces places. Or, la compétence en matière d’éducation relève des cantons ; ceux-ci doivent être prêts à investir dans ce cursus coûteux. Et les universités doivent adapter leurs programmes pour proposer ces places. Il y a un manque de coordination entre la Confédération et les cantons. Nous y travaillons.»
La pandémie aurait montré à quel point nous sommes vulnérables. «Nous avons toutefois absolument besoin de ces places d’apprentissage, quel que soit le résultat de ce vote. Si le climat politique en Europe continue de s’orienter vers un repli national plutôt que vers la coopération internationale, la situation deviendra extrêmement dangereuse pour nous. La pandémie a montré à quel point nous sommes vulnérables. Si les frontières se ferment lors de la prochaine crise, nous serons confrontés à un problème existentiel.»
Dans une tribune publiée par la NZZ, le docteur Thomas Sartoretti livre une analyse critique des mesures actuelles visant à contrer la pénurie de médecins généralistes. Si le constat d’un manque de praticiens de premier recours est bien réel et tend à à s’aggraver, l’auteur nuance l’idée d’une pénurie globale en Suisse.
Selon lui, le pays souffre avant tout d’un problème de répartition géographique et disciplinaire. Les centres urbains font face à une offre excédentaire de spécialistes tandis que les zones rurales et la médecine générale sont délaissées. Sartorreti invite à relativiser les prévisions alarmistes basées sur une pénurie linéaire. Il souligne que l’impact de l’immigration des médecins étrangers pourrait rester stable et que les gains d’efficacité, portés par les évolutions technologiques et structurelles, augmentent la productivité globale du système de santé.
Dans ce contexte, une augmentation massive du nombre de diplômés sans vision d’ensemble pourrait s’avérer contre-productive. Il conclut en plaidant pour une gestion stratégique de la politique de santé : «il est indispensable de déterminer le nombre et le type de médecins dont le système à réellement besoin et qu’il peut financer».
«Plus de quatre médecins sur dix en exercice en Suisse ont obtenu leurs diplômes à l’étranger, selon la dernière statistique médicale de la Fédération suisse des médecins (FMH). Par ailleurs, plus d’un quart d’entre elles et eux ont plus de 60 ans, suscitant des craintes sur le renouvellement d’une profession qui peine déjà à absorber la demande.» (RTS)
«Numerus clausus ou concours interne, master avec ou sans notes, tour d’horizon des particularités de chaque faculté.»
Dans une tribune pour la NZZ, le professeur Mathias Goyen et directeur médical de l’entreprise GE HealthCare, souligne le décalage entre l’excellence théorique et la pratique clinique dans le domaine de la médecine. Si l’accumulation de savoir académique reste le socle de la formation, l’auteur déplore l’absence d’apprentissage précoce de la gestion des risques et des responsabilités.
Ce décalage ne fragiliserait pas seulement la préparation aux exigences de terrain mais pourrait également constituer un frein majeur à l’implantation de progrès technologiques.
Le Parlement zurichois a approuvé un prêt de 25 millions de francs pour porter la capacité de la faculté de médecine de l’Université de Zürich (UZH) de 430 à 700 places par an dès 2030.
Ce projet implique une refonte du plan d’études, la création de postes de professeur·es et de nouvelles infrastructures. L’objectif est de réduire la dépendance à l’étranger, où est formé 40% du corps médical en Suisse, et pour répondre à la pénurie du personnel soignant tout en relançant le débat sur l’assouplissement du numerus clausus.
L’article de la NZZ traite de la qualité de la formation des jeunes chirurgiens en Suisse, à travers une conversation avec deux chirurgiens du Spital Uster : Vital Schreiber (président de la société zurichoise de chirurgie) et Federico Mazzola (représentant des médecins assistants).
Le constat de départ est alarmant : les jeunes chirurgiens passeraient 70 à 80% de leur temps devant un ordinateur et très peu au bloc opératoire, ce qui nuit à leur formation pratique. Un cas extrême rapporté par la télévision suisse montrait un médecin-chef opérant seul pendant huit heures sans pouvoir résoudre un problème, faute d’expérience suffisante.
Les deux médecins s’accordent sur plusieurs points: Il n’existe pas de planification claire des besoins en chirurgiens en Suisse, contrairement à des systèmes comme celui du Québec. Le catalogue des 500 interventions requises pour obtenir le titre de spécialiste est parfois inadapté à la réalité médicale actuelle. La sélection des candidats intervient trop tard dans la formation. Par ailleurs, la distinction entre chirurgie de base et chirurgie complexe et spécialisée devrait être mieux valorisée.
Raphaël Bonvin, professeur en médecine humaine à l’Université de Fribourg spécialisé en pédagogie médicale, écrit: «Face à la pénurie de médecins et à la pression de former davantage de futurs médecins, le débat public privilégie souvent des solutions techniques : sélection, quotas, optimisation des parcours. Mais cette manière de penser suppose que la formation médicale fonctionnerait comme une chaîne de production jouissant de ressources illimitées. Ce dialogue propose un déplacement : considérer la formation non comme un problème à résoudre, mais comme un processus humain, relationnel et fondamentalement complexe.»
«Une étude cartographie la pénurie de pédiatres et montre les zones où elle pourrait devenir critique d’ici à 2029. […] Plusieurs projets ont été lancés pour rendre attrayante la médecine de premier recours. Encore faut-il que les pédiatres s’installent dans une région sous-dotée.»
Depuis juillet 2025, la «cellule Safe» du CHUV recueille les signalements concernant des situations de harcèlement au sein de l’hôpital universitaire. «En quatre mois, plus de 70 cas m’ont été signalés, pour un total de 130 entretiens avec des victimes ou des témoins. C’est assez énorme», rapporte Nadine Thalmann, spécialisée dans la médiation et la gestion des conflits, responsable de la cellule antiharcèlement du CHUV. Le CHUV indique qu’il «y a déjà eu des sanctions, y compris des licenciements». Les signalements émanent de presque tous les secteurs, mais «les dossiers les plus graves concernent les médecins et ce, tous types de harcèlement confondus», déclare Nadine Thalmann. «C’est une profession où la hiérarchie peut facilement influencer la formation et la carrière des médecins assistants», explique-t-elle.
«Les syndicats dénoncent une décennie de non-respect de plusieurs dispositions légales sur le travail sans qu’une solution soit trouvée. Les HUG assurent s’y employer.» (RTS)
«Selon les calculs des syndicats, l’engagement de 749 équivalent temps plein aux HUG permettrait que l’hôpital puisse fonctionner dans le respect des dispositions légales.» Mais, note le syndicaliste Quentin Stauffer (SIT), «alors que toutes les instances sont conscientes du problème, les postes ne sont pas inscrits au budget».
Le directeur des HUG Robert Mardini admet au Forum que des postes manquent au sein de l’hôpital, mais conteste le nombre avancé par les syndicats.
«Le parcours d’un étudiant ou d’une étudiante en médecine ressemble souvent à celui d’un combattant. Durant six ans, il passe l’essentiel de son temps sur les bancs universitaires, à absorber énormément de théorie. C’est nécessaire, mais ça n’est pas suffisant pour se faire une idée concrète du métier. A l’exception de Fribourg ou de Zurich, où la formation a été réorientée sur la médecine de premier recours, l’immersion sur le terrain reste trop limitée ailleurs.»
«En plus d’être somatique et psychologique, la médecine devrait-elle être spirituelle? C’est ce que défend le professeur Jacques Besson, psychiatre et ancien chef du Service de psychiatrie communautaire du CHUV. Jeudi 30 octobre, dans le cadre du Toussaint’S Festival, à Lausanne, le médecin donnait une conférence intitulée «Exploration de la conscience: pour une médecine postmatérialiste».»
Londa Schiebinger, historienne des sciences à l’Université de Stanford, se consacre à l’influence positive du genre sur la recherche. Elle en déduit trois «solutions» pour corriger le système actuel:
1. attirer davantage de femmes et de groupes sous-représentés dans les domaines des sciences, de la médecine et de la technologie, car ses travaux démontrent que les équipes de recherche mixtes obtiennent de meilleurs résultats
2. briser les préjugés inconscients et les schémas culturels dans les institutions
3. «corriger les connaissances» produites par les universités et les établissements médicaux.
Elle se réjouit beaucoup que les universités suisses souhaitent intégrer les contenus liés à la médecine de genre dans leur enseignement médical. «À Stanford, nous n’en sommes pas encore là.» Il n’existe que peu de cours spécifiques sur le thème de la médecine de genre. Elle regrette par ailleurs la pression que le gouvernement américain applique sur la recherche dans ce domaine.
«Alors que l’Union suisse des professions libérales s’inquiète de la pénurie de médecins, une motion veut assouplir les critères de sélection. Mais se pose la question des moyens à disposition»
«Quelque 2500 dossiers sont en attente auprès de l’Institut suisse pour la formation médicale postgraduée et continue (ISFM), unique organisme habilité à délivrer ces titres en Suisse. Les délais d’attente sont de douze mois alors qu’ils ne devraient pas en excéder deux à trois.» Ces délais retardent l’entrée dans la vie active des jeunes diplômé·es et peuvent entraîner un manque à gagner d’environ 1’000 francs par mois. Afin de défendre leurs intérêts, quelque 150 médecins ont créé l’association «La relève médicale suisse». Jeudi de la semaine dernière, plusieurs associations de médecins (Asmac, AMIG, Asmav) ont rédigé une lettre ouverte dans laquelle elles exigent le recrutement de davantage de personnel pour traiter les dossiers (ce que la FMH assure être en train de faire) ainsi qu’une rencontre avec la Fédération des médecins (FMH) d’ici au 6 novembre.
Yvonne Gilli, présidente de la FMH, assure qu’une cellule de crise a été créée et qu’une aide informatique est fournie à l’ISFM.
«Le manque de personnel qualifié s’aggrave en Suisse dans les professions libérales. Environ 70% des actifs dans des métiers comme la médecine, l’architecture, la physiothérapie, le notariat ou le conseil en orientation considèrent la pénurie de personnel comme un problème majeur dans leur secteur.» (RTS)
L’Union suisse des professions libérales (USPL) «réclame désormais des mesures pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, telles que l’augmentation du nombre de personnes en formation dans les domaines de la santé et de la technique, ainsi que la hausse des tarifs, en particulier pour les médecins généralistes, pédiatres, physiothérapeutes, psychologues, chiropracteurs et orthophonistes indépendants. […] De plus, les formations dans les disciplines concernées devraient préparer de manière adéquate à une éventuelle activité indépendante.» (USPL)