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Tendances des 2 dernières semaines

Sujet: open science

«Les universitaires ont le devoir de défendre les systèmes de connaissance ouverts tels que Wikipédia»

Bien qu’elle soit l’ouvrage de référence le plus consulté jamais créé, Wikipédia est confrontée à des défis existentiels posés par les entreprises spécialisées dans l’IA générative, puisque leurs produits lui font perdre du trafic. Helen Choi, Maître de conférences en pratiques de communication technique à l’Université de Californie du Sud, soutient que les universitaires, en vertu de leurs responsabilités en tant que chercheurs et enseignants dans l’enseignement supérieur, ont le devoir éthique de défendre et de soutenir les communautés de connaissances ouvertes telles que Wikipédia.

Le service public des scientifiques, comme la contribution à Wikipédia, passe largement inaperçu lors de l’évaluation des chercheur·es, constate Helen Choi : «Les institutions doivent reconnaître les initiatives telles que la contribution à Wikipédia et leur apporter des ressources et un soutien. Cela pourrait également contribuer à remédier à la perte de confiance du public envers l’enseignement supérieur lui-même, car un engagement accru au service du public permettrait de réaffirmer le rôle des universités en tant que gardiennes du savoir, dont la raison d’être est de servir l’humanité – un rôle que partage Wikipédia.»

Accord global «Read and Publish» avec Springer Nature

«swissuniversities […] a signé un accord global « Read & Publish » avec Springer Nature, l’un des plus grands éditeurs scientifiques au monde. Cet accord renforce l’échange de connaissances entre chercheurs, soutient les activités de recherche et simplifie les processus de publication.»

Luciana Vaccaro, présidente de swissuniversities, avance: «Cet accord constitue un progrès indéniable et une nouvelle étape importante pour l’Open Access. L’intégration du portefeuille Gold OA permet aux hautes écoles de réaliser des économies substantielles et renforce la capacité de pilotage du système dans son ensemble. »

L’UE est invitée à redoubler d’efforts pour soutenir le libre accès

L’accès libre à la recherche scientifique en Europe souffre d’une fragmentation persistante. Les pays européens continuent de diverger profondément sur des questions clés telles que les modèles de financement, les droits d’auteur et les délais d’embargo avant publication.

Pour remédier à ce manque de cohérence, un rapport d’experts indépendants publié par la Commission européenne préconise une adhésion élargie à la plateforme Open Research Europe. Soutenu par une douzaine de pays, ce modèle « diamant » a vocation à s’étendre au-delà des seul·es chercheur·euses financé·es par l’Union Européenne. Pour une harmonisation efficace, le rapport recommande d’intégrer ces initiatives au sein de la future loi sur l’Espace européen de la recherche, afin d’imposer des obligations claires et contraignantes aux États membres.

D’autres difficultés se retrouvent dans la hausse disproportionnée des frais de publication (APC) et des systèmes d’évaluation qui favorisent encore les revues fermées prestigieuses. Le rapport préconise d’abandonner l’approche unique au profit d’une combinaison de cadres législatifs, de mandats de financement et de mesures incitatives. Cela implique de réformer en profondeur l’évaluation de la carrière des chercheur·euses, de soutenir l’essor de modèles gratuits et d’imposer une transparence stricte sur les dépenses de recherche publique. Un alignement des incitations avec les objectifs de la science ouverte et le déploiement d’infrastructures harmonisées permettront de libérer pleinement le potentiel de la recherche européenne.

L’Union des étudiant·e·s de Suisse (UNES) et Open Access Suisse réclament le libre accès à la littérature obligatoire

L’UNES, en collaboration avec le groupe de travail Open Access Suisse, réclame un droit de publication secondaire impératif pour l’enseignement et la recherche financés par des fonds publics ainsi qu’un accès numérique gratuit à la littérature obligatoire (lectures obligatoires) pour les étudiant·es. La situation actuelle ne garantit pas aux chercheurs et chercheuses une possibilité de rendre leurs propres publications librement accessibles.

« Un droit de publication secondaire impératif établit un cadre clair et renforce le libre accès à la recherche financée par des fonds publics », déclare le professeur Marc Thommen, professeur de droit pénal et délégué Open Science de l’Université de Zurich, ainsi qu’initiateur du groupe de travail Open Access Suisse.

Garantir un accès sans barrières aux textes académiques permettrait la mise à disposition numérique et gratuite de la littérature obligatoire par les hautes écoles et le corps enseignant à l’intention des étudiant·e·s. «En Suisse, des coûts supplémentaires de 500 francs par semestre pour la littérature obligatoire suffisent déjà à empêcher les étudiant·e·s en situation financière précaire de poursuivre leurs études. Un accès équitable au savoir ne doit pas dépendre du portemonnaie des étudiant·es ou de celui de leurs parents», déclare Isabelle Birkhäuser, co-présidente de l’UNES.

 

«La bioinformatique, secteur stratégique où la Suisse excelle, prend ses quartiers à Genève»

«Jusqu’au 4 septembre, Genève est le centre névralgique de la biologie computationnelle européenne. Un champ interdisciplinaire qui explore les jeux de données disponibles pour mieux comprendre le vivant.»

Aleksandra Walczak, biophysicienne, en explique les enjeux, notamment concernant l’accessibilité des données de recherche. (Le Temps)

Christophe Dessimoz, directeur de l’Institut Suisse de bioinformatique, résume: «Les données, c’est bien sûr le fondement de la science. Mais on voit que c’est aussi de plus en plus important pour les défis de société, comme la santé, la sécurité alimentaire ou la biodiversité. […] Il faut pouvoir faire parler toutes ces données entre elles, les connecter, en employant des outils, comme des bases de données, des méthodes d’informatique comme on les a dans la bioinformatique.» Et ce d’autant plus à l’ère de l’intelligence artificielle. «Et c’est un domaine où la Suisse est très forte», conclut le directeur. (RTS)

 

Les articles dont les rapports d’évaluation par les pairs sont accessibles au public sont moins susceptibles d’être rétractés

Une étude a révélé que les articles dont les rapports d’évaluation par les pairs sont accessibles au public sont moins susceptibles d’être rétractés que ceux dont les rapports ne sont pas rendus publics. Selon les auteurs, cela pourrait, dans certains cas, refléter une plus grande confiance de la part des scientifiques qui choisissent de rendre le processus d’évaluation transparent.

SHS : les maisons d’éditions suisses peinent à se maintenir à flot

Suite à la baisse des subventions prévue pour janvier 2027 par le Fonds national suisse (FNS), plus de dix maisons d’édition spécialisées en sciences humaines et sociales, dont Epistémé ou Antipodes à Lausanne, se retrouvent en grande difficulté. Cette décision laisse également des dizaines de chercheurs et chercheuses sans solution pour publier leurs travaux.

Le FNS affirme que ce soutien était une « mesure temporaire » destinée à favoriser la transition vers l’open access. En 2014 déjà, le FNS avait tenté de couper son aide financière lors du passage au libre accès sur internet des livres publiés.

Ce qui choque particulièrement les maisons d’éditions, c’est le contraste avec le traitement réservé aux sciences exactes.

Une solution de repli émerge alors : « Les universités pourraient compenser tout ou partie le manque, comme c’est le cas à Fribourg qui intervient à défaut d’un autre fonds pour financer l’open acess », déclare Christian Dandrès, Conseiller national socialiste genevois.

Que faire par rapport à l’IA qui récolte les données ouvertes?

La capacité croissante de l’intelligence artificielle à passer au crible les ensembles de données ouvertes inquiète certains scientifiques, qui craignent de perdre le contrôle de leurs informations.

Certains scientifiques affirment que le potentiel de la science automatisée à servir la « bonne cause » scientifique — en accélérant, par exemple, la découverte de nouvelles cibles thérapeutiques — justifie que les données ouvertes restent accessibles à tous. D’autres, en revanche, soulignent que les robots qui extraient des ensembles de données complexes peuvent contribuer à une recherche de mauvaise qualité et à des erreurs d’IA («AI slop»), tout en permettant l’extraction de données sensibles, notamment des informations sur les patients. Ils estiment que de nouvelles règles et de nouveaux systèmes techniques sont nécessaires pour restreindre l’accès des robots aux bases de données.

Nouvelle opportunité pour la publication de travaux de recherche

À partir de l’automne 2026, le personnel de recherche rattaché à des institutions basées en Suisse pourra publier gratuitement sur Open Research Europe (ORE). Si la plateforme a joué un rôle important en permettant une diffusion rapide et transparente des recherches financées par l’UE, conformément aux principes de la science ouverte, l’éligibilité des auteur·ices s’est jusqu’à présent limitée aux chercheur·euses bénéficiant d’un financement au titre de ces programmes.

L’ORE passera donc à un modèle de financement collectif hébergé par le CERN. De plus, l’extension de l’éligibilité de son équipe internationale d’auteur·ices permettra aux auteur·ices de publier sur ORE sans frais et en totale conformité avec les mandats d’accès libre.

«NON à la disparition des livres en sciences humaines et sociales!»

Une pétition regrette une récente décision du Fonds national suisse (FNS) qui mettrait, selon les initiateurs, l’Association suisse des éditeurs de sciences humaines et sociales et LivreSuisse, en péril la publication des livres scientifiques.
«L’aide à la publication, pourtant nécessaire à une production scientifique de qualité, sera réduite de 20%. En outre, le périmètre d’éligibilité sera significativement resserré. Ainsi, dès 2027, les ouvrages n’émanant pas directement de travaux de qualification (thèses de doctorat ou d’habilitation) ou d’un projet de recherche FNS ne seront tout simplement plus financés. »

La politique d’Open Access inquiète les éditeurs suisses

L’introduction d’un droit de publication secondaire obligatoire, qui permettrait aux chercheur·euses de diffuser librement des travaux financés publiquement en ligne, inquiètent les maisons d’édition suisse.

Le débat s’intensifie entre swissuniversities qui est favorable à cette mesure et les éditeurs suisses qui redoutent un choc économique ainsi que l’abaissement de la qualité éditoriale.

L’UE envisage des contrats types pour les chercheurs universitaires et la publication en libre accès par défaut

La Commission européenne étudie la possibilité de publier des contrats de travail types pour les chercheurs européens, afin de favoriser la mobilité et de rendre les carrières dans la recherche plus attrayantes. Ces contrats types constitueraient «une référence commune que les institutions pourraient librement choisir d’offrir pour une carrière plus prévisible et plus attrayante», a déclaré la commissaire à la recherche Ekaterina Zaharieva.

Cette politique est envisagée dans le cadre de la prochaine proposition de loi sur l’Espace européen de la recherche (EER, ou ERA en anglais), prévue pour le troisième trimestre de cette année. Il s’agit de l’une des nombreuses options étudiées pour favoriser des carrières plus stables et plus sûres dans le domaine de la recherche.

D’autres mesures sont à l’étude, notamment la reconnaissance mutuelle des diplômes de doctorat dans toute l’UE, la simplification de la mise en place de programmes de doctorat communs et l’assouplissement de l’accès aux talents non européens, conformément à l’initiative «Choose Europe» et à la nouvelle stratégie de l’UE en matière de visas.

Afin de renforcer la valorisation et l’impact de la recherche européenne, la Commission envisage également de rendre la recherche financée par des fonds publics «librement accessible par défaut».

La loi EER visera également à renforcer l’harmonisation entre les instruments européens et nationaux, à consacrer la liberté scientifique dans le droit européen et à promouvoir l’égalité entre les sexes.

La proposition est encore en cours d’élaboration, et les détails ne sont pas encore connus. Conçu en 2000, l’EER représente l’ambition de l’UE de créer un marché unique pour la recherche, l’innovation et la technologie, mais jusqu’à présent, il s’est appuyé sur des engagements volontaires des États membres.

«La coopération volontaire a permis de réaliser certains progrès, mais soyons francs, l’histoire de notre marché unique montre que la coordination seule ne suffira pas à lutter contre la fragmentation», a déclaré Ekaterina Zaharieva. «Nous avons besoin d’une initiative législative ambitieuse pour établir une véritable cinquième liberté [du marché unique, pour la recherche et l’innovation].»

«Les résultats de la recherche suisse financée par des fonds publics devraient pouvoir être rendus librement accessibles»

«Dans neuf pays européens, la réutilisation numérique ouverte des publications scientifiques financées par des fonds publics est déjà inscrite dans la législation. Avec le European Research Area Act de l’Union européenne, cette pratique devrait devenir un standard européen.

Christian Schwarzenegger, vice-recteur de l’Université de Zurich et président de la délégation Open Science de swissuniversities, explique dans la « NZZ » les avantages d’un droit de publication secondaire.» (swissuniversities)

«À la mi-janvier, la commission compétente du Conseil des États a débattu de l’introduction d’un droit de publication secondaire obligatoire pour la recherche financée par des fonds publics. Il ne s’agit pas d’une guerre culturelle, mais de savoir si la Suisse, en tant que pôle d’éducation et d’innovation, se dote d’un cadre juridique permettant la réutilisation numérique ou si une défaillance structurelle du marché se poursuit», écrit Christian Schwarzenegger dans la NZZ.

L’IA permettrait de faire des avancées importantes dans la recherche, se posant sur les résultats scientifiques, à condition que les publications soient disponibles, et dans le respect de la sécurité juridique. «Ceux qui souhaitent cette innovation ont besoin d’un cadre juridique qui permette la réutilisation, non seulement pour la lecture, mais aussi pour l’évaluation automatique. Dans cette optique, l’intérêt public pour l’accessibilité et la réutilisabilité doit être considéré comme très important : cela concerne non seulement les universités, mais aussi les entreprises, en particulier les PME, les start-ups, l’administration et la justice.»

 

«La science est un bien public mondial»

«À la croisée des enjeux scientifiques, sociétaux et politiques, le président et la directrice exécutive des Académies suisses des sciences reviennent, dans cet entretien croisé, sur une année marquée par de profondes transformations. Yves Flückiger et Marianne Bonvin évoquent le rôle des Académies comme espaces de dialogue, de confiance et d’expertise indépendante, les défis liés à la communication et à l’intégrité scientifiques, à l’ouverture de la recherche et à l’ancrage international de la Suisse, ainsi que la responsabilité de la science face aux attentes croissantes de la société.»

OA-Monitoring 2023 : maintien à un niveau élevé et nouvelle progression des licences CC

«Plus de trois quarts des nouvelles publications issues de la recherche financée par le FNS sont en libre accès (Open Access, OA). […] La stratégie sur l’Open Access du FNS et les efforts des hautes écoles ont un effet durable, et ont fortement contribué à faire du libre accès aux publications scientifiques la norme. Non seulement cela fait avancer la recherche, mais l’économie et la société peuvent aussi utiliser rapidement et pleinement les résultats scientifiques.»

«À partir de 2026, le FNS participera à Open Research Europe (ORE). Exploitée jusqu’ici par la Commission européenne, cette plateforme de publication sera réorientée, soutenue par un large groupe d’institutions européennes de promotion de la recherche et ouverte au financement au-delà de l’UE.»

Expériences visant à instaurer la confiance dans la science

Meagan Phelan, directrice de la communication pour la famille de revues Science, souligne l’importance de la transparence dans la recherche pour améliorer la confiance publique dans la science. Elle donne cinq conseils:

  1. «Associez l’ouverture à l’explication. Le libre accès est un fondement, pas une ligne d’arrivée. Les éditeurs apportent une valeur ajoutée en aidant le public à interpréter la science, grâce au contexte, aux commentaires d’experts et au cadrage narratif.»
  2. «Montrez la science en action. Ne cachez pas les débats ni les incertitudes.» Un exemple est d’organiser une conversation entre chercheurs qui semblent être venu à des conclusions divergentes.
  3. «Donnez aux auteurs les moyens d’assurer la transparence» de leur recherche
  4. «Faites preuve d’intégrité en public»: communiquer des rétractions
  5. Communiquer sur le rôle des maisons d’édition