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Sujet: évaluation – chercheur·e·s

La Lettonie lance un projet pilote visant à associer les citoyens à l’évaluation des subventions de recherche

La Lettonie a introduit une dimension de participation citoyenne dans l’évaluation des subventions de recherche financées par l’État. L’objectif est à la fois de renforcer les liens entre la science et la société et d’améliorer la qualité de ces évaluations.

Cette initiative intervient alors que les organismes de financement de la recherche à travers l’Europe expérimentent différentes méthodes pour améliorer les processus d’évaluation, dans un contexte où l’impact de la science sur la société fait l’objet d’une attention accrue.

La Maison Blanche propose une refonte en profondeur du financement de la recherche scientifique aux États-Unis

Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme face à une proposition «ambitieuse» de la Maison Blanche qui pourrait bouleverser en profondeur le fonctionnement de la recherche financée par le gouvernement fédéral. Les règles proposées confieraient aux responsables politiques le contrôle de toutes les subventions fédérales ; réduiraient l’importance de l’évaluation par les pairs ; imposeraient davantage de restrictions à la participation des bénéficiaires de subventions à des réunions ; limiteraient les collaborations entre les scientifiques américains financés par le gouvernement fédéral et leurs homologues étrangers ; et restreindraient le soutien financier fédéral à la publication des résultats des scientifiques américains dans des revues scientifiques. (Nature)

Par ailleurs, l’administration Trump a proposé de réduire de moitié le budget de l’agence National Science Foundation (NSF) et de supprimer purement et simplement la division Social, Behavioral, and Economic Sciences (SBE) au cours du prochain exercice budgétaire. Cette dernière finance environ 63 % de la recherche universitaire en sciences psychologiques et sociales. (The Atlantic)

Selon la American Geophysical Union, «des catégories entières de recherche se verraient de fait privées de financement fédéral, notamment les travaux recourant à des cadres analytiques axés sur les effets disparates — fondement méthodologique de la recherche en santé publique, de la science de la justice environnementale et des sciences sociales qui étudient la répartition inégale des risques climatiques, de la qualité de l’air et de la vulnérabilité aux catastrophes. Cette règle limiterait également tout travail que l’administration estime impliquer des pratiques DEI ou ce qu’elle qualifie d’« idéologie du genre ».  Par ailleurs, un juge fédéral a bloqué la tentative de la NSF de démanteler le National Center for Atmospheric Research NCAR. (American Geophysical Union)

CoARA à l’Unil : Plan d’action pour une évaluation de la recherche responsable

Signataire depuis 2023 de l’accord international Agreement of Reforming Research Assessment (CoARA), l’Unil veut moderniser ses pratiques d’évaluation scientifique. Ce plan vise à accentuer la diversité et la transparence des contributions académiques, en valorisant une approche dynamique collective et participative.

Engagée au sein du Swiss Chapter pour partager ses ressources, l’université détaille désormais ce projet sur une nouvelle page web dédiée.

Lettre ouverte concernant le 6e appel NCCR et le financement des sciences humaines et sociales en Suisse

«Le 30 janvier 2026, le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) a annoncé la sélection de six nouveaux Pôles de recherche nationaux (PRN) pour la période 2026-2029, représentant un financement fédéral de 98,7 millions de francs suisses. Le communiqué officiel indique qu’aucun des six programmes approuvés ne relève des sciences humaines et sociales (SHS). Cette décision nous conduit à exprimer nos vives préoccupations, car elle révèle un déséquilibre structurel dans le financement de la recherche en Suisse.»

«Penser la recherche autrement : comment l’université de Lausanne se rêve en laboratoire de la transition écologique»

«L’établissement s’est lancé dans une révolution avec le lancement d’assises pour modifier en profondeur ses pratiques. Un panel de 70 volontaires réfléchit à de nombreux enjeux liés à la transition écologique, avec la possible remise en cause de piliers académiques.»

Le Centre suisse de compétence pour l’intégrité scientifique est opérationnel

«Depuis le 1er janvier 2026, la Suisse dispose d’un Centre de compétence pour l’intégrité scientifique, dont la présidence est assurée par le professeur émérite Edwin Constable et la direction par Viviane Premand, docteure en droit. Le Centre de compétence enregistre d’une part les procédures, les sanctions et les mesures relatives à l’intégrité scientifique en Suisse annoncées par les hautes écoles et les institutions du domaine et, d’autre part, épaule les hautes écoles en matière d’intégrité scientifique.»

La communauté scientifique salue globalement l’orientation prise pour le FP10

Horizon Europe entame ses deux dernières années avant une refonte prévue en 2028 avec le 10e programme-cadre (FP10). La Commission européenne teste une approche plus orientée vers l’innovation, avec des appels à projets moins prescriptifs, moins nombreux et des programmes de travail fortement réduits (–33 % en volume, –35 % de sujets).

Cette simplification s’accompagne d’un recours accru au financement forfaitaire (lump sums) et à des appels en deux étapes. Si la communauté scientifique accueille globalement positivement cette évolution, elle souligne que la simplification est inégale selon les thématiques : certains clusters restent très détaillés.

Les scientifiques s’inquiètent toutefois de l’impact sur le système d’évaluation. Des appels plus ouverts exigent davantage d’autonomie et d’expertise de la part des évaluateurs, sans que la Commission n’ait encore précisé comment elle garantira la qualité, la cohérence et la crédibilité des évaluations.

Autre enjeu majeur : le risque d’explosion du nombre de candidatures. Les taux de succès sont déjà très bas (jusqu’à 1 % dans certains appels) et pourraient encore diminuer, notamment avec l’usage croissant de l’IA générative pour rédiger les propositions. Cela pourrait pénaliser surtout les nouveaux entrants, les petites structures et les idées très exploratoires.

La Commission souhaite aussi financer moins de projets mais de plus grande taille. Cette orientation suscite des critiques : lourdeur administrative, budgets insuffisants par partenaire et risques pour l’innovation, en particulier pour la recherche à haut risque. Plusieurs acteurs·rices plaident pour maintenir une diversité de formats, y compris des projets plus courts, plus flexibles ou par étapes.

Enfin, certains estiment que la baisse des taux de succès révèle surtout un sous-financement structurel de la recherche et de l’innovation en Europe, plutôt qu’un simple effet des appels moins prescriptifs.

Le FNS prévoit des restrictions dans l’encouragement des projets

«Pour faire face à la forte hausse de la demande de subsides, le FNS prévoit des restrictions dans l’Encouragement de projets. Le but est de préserver la qualité de la procédure d’évaluation et de stabiliser les taux de succès.»

Le FNS mène une réflexion sur des nouvelles mesures à introduire en 2026, comme:

  • une limitation à deux subsides par scientifique au maximum, l’un d’entre eux devant concerner un projet Lead Agency / Weave / ICIS.
  • une limitation à une requête par chercheur·e sur une période de 12 mois
  • une exclusion des requérant·es à l’étranger en dehors des projets Lead Agency / Weave / ICIS.
  • une revue à la baisse des plafonds budgétaires des projets soumis

 

Un «réseau d’incitations» dans la recherche limite la liberté académique

Maria Leptin, présidente du Conseil européen de la recherche (CER), principal bailleur de fonds européen pour la recherche fondamentale, avance lors d’une conférence qu’une «réduction insidieuse de la liberté» est en train de se produire dans le monde universitaire. Cette menace est distincte de l’«oppression» exercée par les gouvernements sur les universités et les scientifiques dans les régimes populistes tels que les États-Unis et la Hongrie.

Il existe un «réseau d’incitations» qui «ne favorise pas nécessairement la liberté [de recherche] », a-t-elle déclaré. Ce réseau comprendrait à la fois les «appels constants à l’impact» lancés par les gouvernements, la pression pour publier dans des revues à fort impact et le manque de perspectives de carrière qui empêche les scientifiques de «prendre des décisions risquées, pourtant absolument nécessaires à la recherche».Une autre «demande constante d’impact» concerne les exigences des organismes de financement de la recherche et des gouvernements qui souhaitent que la science résolve les problèmes sociétaux.

Ce discours intervient à un moment où les décideurs politiques à Bruxelles négocient l’avenir du financement européen de la recherche et de l’innovation.

La communauté scientifique salue le projet de bourses «loterie» dans le cadre d’Horizon Europe, à condition qu’il soit bien mené

Plusieurs acteurs de la communauté scientifique soutiennent l’idée d’introduire un système de tirage au sort dans le financement de la recherche européenne (Horizon Europe), à condition que les meilleures propositions gardent les meilleures chances d’obtenir des fonds.

Selon Kamila Kozirog, de l’Association européenne des universités, l’introduction d’un élément de randomisation pourrait réduire les biais et alléger la charge de sélection, mais elle devrait se limiter à des tirages au sort de départage, lorsqu’un petit nombre de projets reçoivent exactement les mêmes notes.

La Commission européenne prévoit d’expérimenter ce type de tirage au sort pour départager les ex æquo, dans le but de lutter contre la sursouscription  («oversubscription») du programme : en 2025, seuls 12 % des projets soumis ont été financés. Cependant, il ne s’agira pas d’un pur hasard : les tirages seront conditionnels, combinés à une évaluation, plus traditionnelle, par les pairs.

Aujourd’hui, les départages reposent sur une procédure complexe à cinq critères (couverture des objectifs de l’appel, excellence, impact, équilibre hommes-femmes, etc.), utilisée dans 22 % des cas entre 2021 et 2023. Ce système est jugé chronophage et parfois subjectif, bien qu’il ait le mérite de promouvoir certaines valeurs européennes comme l’égalité de genre.

Certains experts, comme Jörg Schmiedmayer (Université technique de Vienne), estiment que le tirage au sort pourrait être utile uniquement pour les projets proches du seuil de financement, tandis que les meilleurs projets devraient être financés directement. D’autres suggèrent de limiter le nombre de candidatures par institution afin de réduire le volume de dossiers et d’améliorer leur qualité.

Enfin, plusieurs évaluateurs soulignent que les vrais ex æquo sont rares et que la solution la plus efficace serait d’augmenter le budget consacré à l’excellence scientifique, plutôt que de recourir largement au hasard.

«Les statisticiens doivent s’engager pour une meilleure littératie des données»

Deux scientifiques de l’UNIL, Fabienne Crettaz von Roten, professeure, et Esther Eustache, première assistante de l’ ISSUL, ont écrit: «Il est essentiel que les statisticiens poursuivent et renforcent leurs efforts pour rendre les données accessibles et compréhensibles par tous. Mais encore faut-il leur en donner les moyens, la formation et la reconnaissance. Universités, administration, institutions de recherche: toutes doivent soutenir ces démarches, les valoriser dans les carrières, et encourager les collaborations entre statisticiens, journalistes et acteurs de la société civile. Il est de la responsabilité des scientifiques, mais aussi des décideurs, des médias et du système éducatif, de construire les conditions d’un dialogue entre les données et la population.»

Sorbonne tourne le dos au classement des universités THE

L’Université de la Sorbonne (France) a annoncé son retrait du classement Times Higher Education (THE), rejoignant un mouvement croissant d’universités qui rejettent les palmarès internationaux jugés réducteurs et opaques.

Selon sa présidente, Nathalie Drach-Temam, ces classements fonctionnent comme des « boîtes noires » : leurs méthodes manquent de transparence, posent des questions éthiques et ne reflètent pas la diversité des missions universitaires (recherche, enseignement, engagement sociétal). La Sorbonne dénonce l’usage d’indicateurs quantitatifs amalgamés en un score unique, incapable de représenter la richesse des activités d’une université.

Ce retrait s’inscrit dans un mouvement international : des universités comme Yale, Harvard, Columbia, ou encore Zurich, ont déjà quitté les classements tels que US News, QS ou THE, pour privilégier des évaluations basées sur la qualité réelle plutôt que sur la quantité de publications.

La Sorbonne souligne que ces méthodologies, centrées sur les revues anglophones, biaisent les résultats au détriment des sciences humaines et sociales et négligent des dimensions essentielles comme l’inclusion, le développement durable ou le dialogue science-société. De plus, elles peuvent inciter les universités à adopter des stratégies superficielles pour améliorer leur rang, au lieu de renforcer durablement la qualité.

Membre de la Coalition for Advancing Research Assessment (CoARA), la Sorbonne soutient une réforme des méthodes d’évaluation afin de redonner aux établissements le contrôle de leurs critères. Elle participe aussi au classement Leiden, jugé plus transparent et fondé sur des données ouvertes.

Dans la même logique, l’université quitte la base de données Web of Science (Clarivate), critiquée pour son caractère fermé et son biais linguistique. Elle se tourne désormais vers des plateformes ouvertes et collaboratives comme OpenAlex, promouvant un modèle où les universités reprennent la maîtrise de leurs données et les rendent accessibles à la société.

Critiques de la politique du FNS

Ces dernières années, le Fonds national suisse (FNS) a fait l’objet de nombreuses critiques («trop woke, trop à gauche, trop sciences naturelles»). Cependant, il n’avait peu connu de pressions financières jusqu’à aujourd’hui. En début d’année, le Conseil fédéral a déclaré vouloir économiser 412 millions de francs suisses au FNS entre 2027 et 2029, soit environ 11% du budget annuel. En 2027 et 2028, l’entité devra ainsi probablement «rejeter au moins 500 excellents projets». Les coupes concerneront principalement le soutien aux projets ainsi que la promotion des carrières des jeunes chercheurs et chercheuses.

Alors qu’il y a dix ans le FNS pouvait approuver environ 50% des demandes, aujourd’hui ce chiffre est d’environ 35%. Et ce taux diminuera avec les coupes prévues par le Conseil fédéral. Annalena Müller, journaliste auteure de l’article, estime que même avec ces coupes le FNS serait encore en bonne position au regard, par exemple, de la Deutsche Forschungsgemeinschaft qui a un taux de 29,5 % d’acceptation.

La journaliste relève également plusieurs critiques structurelles adressées au FNS: un manque de transparence sur les critères d’excellence scientifique. «Ce système fait régulièrement l’objet de critiques, car il gonfle les effectifs du corps intermédiaire universitaire et éloigne les jeunes adultes hautement qualifiés du marché du travail libre, sans qu’il y ait pour autant de postes à long terme ou de besoin durable pour ces spécialistes universitaires.»

Enfin, la journaliste relève des critiques contre les projets individuels, «dont la valeur informative et l’utilité économique ne sont pas toujours évidentes».

Les graphes de connaissances scientifiques ouverts peuvent faire progresser la réforme de l’évaluation de la recherche

Paolo Manghi , chercheur en informatique à l’Institut des sciences et technologies de l’information (ISTI) du Conseil national de la recherche (CNR), à Pise, analyse à partir de son expérience avec le OpenAIRE Graph, le potentiel et les défis des graphes de connaissances en science ouverte pour réformer l’évaluation de la recherche.

La communication scientifique évolue profondément sous l’impulsion des principes de la science ouverte (Open Access, données et logiciels FAIR). Les chercheurs et chercheuses produisent désormais une grande diversité de résultats (données, logiciels, etc.), ce qui exige de nouveaux modes d’évaluation, comme le propose l’initiative CoARA.

Les graphes de connaissances scientifiques comme Scopus ou Web of Science fournissent déjà des indicateurs, mais ils restent fermés et limités aux publications traditionnelles. Les graphes ouverts, comme OpenAIRE, élargissent la couverture aux données et aux logiciels, offrant un vaste index de citations. Toutefois, cela soulève plusieurs défis :

  1. Diversité et hétérogénéité des sources – La science ouverte s’appuie sur une multitude de plateformes et de formats, rendant l’agrégation des métadonnées complexe et coûteuse.
  2. Fiabilité des sources – Toutes les plateformes ne disposent pas de mécanismes de validation (peer-review, curation), ce qui soulève des questions de confiance dans les données et citations utilisées pour l’évaluation.
  3. Nécessité de bonnes pratiques communes – Sans consensus sur les pratiques de publication et l’utilisation des identifiants (ORCID, ROR, etc.), les métadonnées restent incomplètes ou incorrectes.
  4. Changement culturel – La réforme de l’évaluation est aussi une opportunité de renforcer une culture de transparence, de collaboration et d’infrastructures ouvertes.

En conclusion, les graphes de connaissances en science ouverte sont «essentiels», mais doivent s’appuyer sur des standards partagés, des pratiques responsables et l’implication de toute la communauté scientifique pour atteindre leur plein potentiel dans l’évaluation de la recherche.

L’industrie des recherches truquées

Lundi 4 août, une étude publiée dans PNAS, la revue de l’Académie nationale des sciences des États-Unis, fait état d’un nombre croissant de falsifications et pratiques frauduleuses dans les revues de recherche scientifique. Les auteur·ices constatent une forme d’industrialisation de la fraude par le biais d’usines à articles («paper mills») et mettent en avant la complicité des rédacteur·ices en chef de revues dans la publication de faux articles.

Afin de réaliser leur recherche, les auteur·ices ont analysé la revue américaine PLOS One. Dans un premier temps, les auteur·ices ont analysé les éditeur·ices au taux anormalement élevé de publications acceptées. L’étude relève que 45 des éditeur·ices de la revue ont vraisemblablement été impliqué·es dans des pratiques frauduleuses. Dans un deuxième temps, les auteur·ices se sont intéressé·es aux graphiques ou photos d’expériences dupliqués dans une ou plusieurs publications différentes. Ces images ayant été publiées dans un court laps de temps et par des éditeur·ices voisin·es, laissent penser l’existence de formes d’industrialisation de la fraude. Ils et elles notent également que lorsque certaines revues scientifiques dites «prédatrices» (publiant des articles sans véritable contrôle) se font exclure des bases de données reconnues, les auteur·ices peu scrupuleux·euses passent simplement à une autre revue du même type selon le phénomène appelé «journal hopping». (Le Monde)

La détection des réseaux d’éditeurs telle que pratiquée par cette équipe de chercheur·euses «est tout à fait nouvelle», avance Alberto Ruano Raviña, de l’Université de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne (The Economist).

Selon les estimations, environ 1 à 2 % de toutes les études publiées aujourd’hui sont falsifiées, et avec l’intelligence artificielle, les contrefaçons devraient devenir de plus en plus indétectables (NZZ). «Le nombre d’articles rétractés et d’articles commentés par PubPeer double respectivement tous les 3,3 et 3,6 ans, tandis que le nombre total de publications double tous les quinze ans. Et les articles suspectés d’être issus d’usines à papier doublent tous les 1,5 an», écrivent ainsi les auteur·ices de l’étude (Le Monde).

Selon les informations de la NZZ, «une grande partie des usines à articles et de leurs clients se trouvent en Chine, en Russie ou en Inde. Et la plupart des contrefaçons sont publiées dans des revues inconnues ou déjà réputées pour leur mauvaise qualité». Toutefois, «ce qui se passe avec PLOS One est alarmant, car cela montre que même les revues basées aux Etats-Unis, et celles dans lesquelles nous publions nous-mêmes, peuvent être touchées», explique Thomas Stoeger, enseignant-chercheur en biologie moléculaire et coauteur de l’article (Le Monde). Ces fraudes créent de plus un nouveau problème généralisé difficilement contrôlable. Les revues systématiques, qui résument les résultats de nombreuses études, risquent d’être polluées par ces articles et études frauduleux.

Ce nombre croissant de fraudes serait dû aux incitations créées par le système scientifique actuel, le nombre d’articles publiés et leur fréquence étant des critères importants pour l’attribution de postes, de promotions et de fonds de recherche (logique du «publish or perish»). Actuellement peu de mesures sont en place pour lutter contre ce phénomène. Généralement, ces détections de publications falsifiés sont faites par des bénévoles qui laissent des commentaires sur des plateformes en ligne telles que Pubpeer.

Selon la journaliste de la NZZ, «les incitations dans le système scientifique doivent changer. Si la qualité de la recherche prime sur le nombre de publications, l’achat de contrefaçons ne vaut plus la peine». De plus en plus d’initiatives vont dans ce sens. Depuis 2022, les scientifiques souhaitant solliciter des fonds au Fonds national suisse «doivent présenter un CV narratif, au lieu d’un CV classique accompagné d’une longue liste de publications».

Le décret de Trump confère aux responsables politiques des pouvoirs considérables sur les bourses de recherche.

Le président américain Donald Trump a publié un décret présidentiel de grande envergure qui centraliserait le pouvoir et bouleverserait le processus utilisé depuis des décennies par le gouvernement américain pour attribuer des subventions de recherche. S’il était mis en œuvre, ce sont des personnalités politiques nommées, et non des fonctionnaires de carrière, y compris des scientifiques, qui contrôleraient les subventions, depuis leur demande initiale jusqu’à leur examen final.

«La science doit avant tout être crédible»

«La confiance dans la science est aujourd’hui grande. Pourtant, les premières fissures apparaissent», écrit Mirko Bischofberger, qui travaille dans le domaine de la communication scientifique, dans un commentaire de la NZZ. L’auteur du texte observe une montée dans le monde entier des mouvements populistes «qui remettent fondamentalement en question le savoir des experts» et de plus en plus de pression dans le monde de la recherche, comme l’attestent les coupes budgétaires et une politisation croissante du domaine. Cependant, pour lui, «la perte de confiance ne peut pas être attribuée à un manque de visibilité», «aujourd’hui, il ne faut pas plus de relations publiques, mais plus de crédibilité. Et le chemin qui y mène passe par un système scientifique qui mise à nouveau davantage sur la qualité que sur la quantité».

Il écrit: «Le véritable problème réside plutôt dans le système scientifique lui-même. La pression pour la publication – connue sous le nom de «publish or perish» – a créé des incitations à évincer systématiquement la qualité au profit de la quantité. La recherche est aujourd’hui décomposée en unités publiables très petites. Ce n’est pas le gain de connaissances à long terme qui est évalué, mais le nombre de publications et leur «impact». Le système de publication actuel alimente la croissance et les rendements grotesques des revues spécialisées qui publient presque tout – contre paiement. Le processus de peer review, l’épine dorsale de l’assurance qualité scientifique par d’autres chercheurs, est aujourd’hui de plus en plus souvent contourné. En conséquence, le nombre d’études publiées est plus élevé que jamais, et beaucoup d’entre elles font la une des journaux sans avoir été vérifiées.»

«Une partie de la solution pourrait donc consister à publier moins et plus soigneusement, plutôt que d’investir dans une nouvelle expansion de la communication scientifique. La science devrait résister à la tentation de suivre chaque tendance ou de publier chaque résultat. La mission de la science n’est finalement pas de gagner en visibilité, mais d’explorer le monde. Car la science ne devient pas plus crédible lorsqu’elle crie plus fort, mais lorsqu’elle parle plus clairement – et seulement lorsqu’elle a quelque chose à dire.»

Nouveaux objectifs stratégiques pour Innosuisse

«Le Conseil fédéral a approuvé le 26 février 2025 les objectifs stratégiques pour Innosuisse, l’Agence suisse pour l’encouragement de l’innovation, pendant les années 2025 à 2028.  […]

Principale nouveauté de la nouvelle période, Innosuisse s’engage dans l’initiative nationale visant à encourager les sciences quantiques, appelée « Swiss Quantum Initiative », et soutiendra de manière ciblée les entreprises suisses qui mèneront des projets d’innovation dans ce domaine.

En outre, Innosuisse orientera désormais systématiquement son activité d’encouragement selon des objectifs d’impact et utilisera encore davantage l’analyse d’impact pour optimiser ses instruments d’encouragement.»