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Sujet: vulgarisation scientifique

Histoire et Cité fédère désormais les quatre universités romandes

Après les universités de Genève, Lausanne et Neuchâtel, l’Université de Fribourg rejoint le festival dédié aux sciences historiques Histoire et Cité. Les autres partenaires sont UniDistance, le Musée romain de Nyon, le Château de Nyon , le Château de Prangins, le Musée cantonal d’archéologie et d’histoire (MCAH) de Lausanne et la Bibliothèque cantonale et universitaire (BCU) de Lausanne.

«Ouverte à toutes et tous et gratuite, la manifestation a l’ambition de nourrir la réflexion et le dialogue autour d’un thème faisant écho à l’actualité, replacé dans une large perspective temporelle et transculturelle. Unique en Suisse romande, elle est reconnue dans le monde francophone comme l’une des grandes rencontres consacrées à l’histoire, à l’instar des Rendez-vous de l’histoire à Blois ou de L’histoire à venir à Toulouse.»

Expériences visant à instaurer la confiance dans la science

Meagan Phelan, directrice de la communication pour la famille de revues Science, souligne l’importance de la transparence dans la recherche pour améliorer la confiance publique dans la science. Elle donne cinq conseils:

  1. «Associez l’ouverture à l’explication. Le libre accès est un fondement, pas une ligne d’arrivée. Les éditeurs apportent une valeur ajoutée en aidant le public à interpréter la science, grâce au contexte, aux commentaires d’experts et au cadrage narratif.»
  2. «Montrez la science en action. Ne cachez pas les débats ni les incertitudes.» Un exemple est d’organiser une conversation entre chercheurs qui semblent être venu à des conclusions divergentes.
  3. «Donnez aux auteurs les moyens d’assurer la transparence» de leur recherche
  4. «Faites preuve d’intégrité en public»: communiquer des rétractions
  5. Communiquer sur le rôle des maisons d’édition
«Les statisticiens doivent s’engager pour une meilleure littératie des données»

Deux scientifiques de l’UNIL, Fabienne Crettaz von Roten, professeure, et Esther Eustache, première assistante de l’ ISSUL, ont écrit: «Il est essentiel que les statisticiens poursuivent et renforcent leurs efforts pour rendre les données accessibles et compréhensibles par tous. Mais encore faut-il leur en donner les moyens, la formation et la reconnaissance. Universités, administration, institutions de recherche: toutes doivent soutenir ces démarches, les valoriser dans les carrières, et encourager les collaborations entre statisticiens, journalistes et acteurs de la société civile. Il est de la responsabilité des scientifiques, mais aussi des décideurs, des médias et du système éducatif, de construire les conditions d’un dialogue entre les données et la population.»

«Reconstruisons les interactions entre scientifiques, politiques et citoyens» pour les crises écologiques

Dans le contexte actuel de crises environnementales multiples, les biologistes Gilles Boeuf et Marc-André Selosse plaident pour de nouvelles interactions entre scientifiques, politiques et citoyen·nes. Ils invitent les scientifiques à mieux se former dans la communication de leurs découvertes, et le public à être plus réceptif envers le vivant et mieux entendre les sciences. «Les sciences n’ont pas vocation à gouverner la société, mais celle-ci ne saurait être menée sans science. Demain, une vulgarisation repensée doit rencontrer une génération plus réceptive.»

  • Former et entraîner les scientifiques aux médias: «Vulgariser n’est pas dire ce qu’on sait, mais ce que l’auditeur ne sait pas.» Les scientifiques doivent apprendre à dire ce qu’ils et elles souhaitent dire dans leurs réponses aux questions qu’on leur pose, «comme les politiques le font». Il faudrait ainsi qu’ils et elles rendent «désirables les alternatives qu’offrent les sciences, comme les publicitaires savent le faire».
  • Former l’auditoire à entendre le message: la formation au vivant et à l’environnement devrait devenir plus centrale, de l’école primaire au secondaire. «Les sciences du vivant doivent construire l’esprit de tous dès le départ, désarmant ainsi les propos et les raisonnements qui les dénient.» Les biologistes précisent que la Fédération BioGée, à laquelle ils appartiennent, défend cette idée de mieux former la jeunesse au vivant, afin que les futures générations soient plus réceptives aux sciences.
«Les scientifiques ne peuvent pas rester dans leur tour d’ivoire»

Yuko Kakazu, scientitfique japonaise et membre du réseau U.S.-Japan Network for the Future, une bourse politique organisée par la Mansfield Foundation et la Japan Foundation, estime que les scientifiques japonais devraient se mobiliser pour favoriser un meilleur engagement public, visibilité institutionnelle et une plus forte voix plus forte dans l’élaboration des politiques, à l’image des mobilisations récentes aux États-Unis, et de la NSF, qui exige des scientifiques d’expliquer comment leur travail profitera à la société, que ce soit par le biais de l’éducation, de la vulgarisation ou d’un impact sociétal plus large.

«Si les scientifiques ne racontent pas leur histoire – celle de la découverte, de l’impact et du bénéfice public – d’autres la raconteront à leur place. Et tout le monde n’a pas l’intérêt de la science à l’esprit. Nous constatons déjà une pression politique et sociétale croissante autour de l’éthique de l’IA, de la politique environnementale et de l’égalité des sexes dans les domaines du STIM [sciences, technologies, ingénierie et mathématiques]. Il s’agit de domaines dans lesquels la science devrait guider la conversation, et non réagir après coup. Aux États-Unis, nous assistons à un changement culturel. Les scientifiques ne se contentent pas de publier des articles : ils et elles écrivent des articles d’opinion, organisent d es réunions d’information avec les législateurs et s’adressent directement au public. Leur message est clair : la science n’est pas séparée de la société – elle est au service de la société.»

«Quand la vulgarisation scientifique conduit à se surestimer»

Une étude du département de psychologie de l’Université de Cologne a observé que des vidéos explicatives trop simplifiées dans le cadre de vulgarisations scientifiques renforcent une illusion de compétence chez leurs spectateur·ices, en leur procurant un faux sentiment de maîtrise. La simplification comporterait ainsi le risque de restreindre l’esprit critique des personnes auditrices. «Cette expérience montre que l’“easiness effect” peut être déclenché de manière prévisible par des résumés vidéo, et qu’il persiste même chez des personnes informées de ses effets potentiellement négatifs sur l’évaluation de leurs propres compétences», explique le professeur Kai Kaspar, responsable de l’étude. «Les résultats soulignent la nécessité de stratégies responsables en communication scientifique», ajoute-t-il.

En France, une pétition dénonce la confusion entre sciences et pseudosciences dans les librairies

«En France, des professionnels s’inquiètent de la confusion, dans les rayons des librairies, entre ouvrages sérieux sur la santé mentale et livres inspirés du développement personnel, voire de l’ésotérisme. Dans une lettre ouverte, ils réclament un meilleur balisage pour une meilleure clarté de l’offre.»

«Un guide pour accompagner l’expression publique des scientifiques du CNRS»

«Afin d’aider les personnels scientifiques qui le souhaitent dans leurs prises de parole médiatiques, le CNRS leur propose un guide de l’expression publique. Véritable boîte à outils, ce document s’appuie sur les recommandations du Comité d’éthique du CNRS et sur les attentes de ses communautés scientifiques exprimées à l’occasion d’une enquête réalisée en mars 2024.»

Plaidoyer pour le journalisme scientifique

Dans les colonnes du Temps, Odile Ammann et Aimée Zermatten, respectivement professeure associée à l’UNIL et chargée de cours à l’UNIBE, dénoncent les dernières restrictions budgétaires affectant la presse scientifique, ainsi que la formation, la recherche et l’innovation. «Elles illustrent la fragilité et l’érosion croissante d’institutions pourtant indispensables à la survie de l’Etat de droit et dont on pouvait penser que la protection, garantie depuis longtemps par la Constitution fédérale, était acquise: la recherche scientifique, d’une part, le journalisme, d’autre part. […] Tant la recherche scientifique que le journalisme ont pour mandat de livrer à nos sociétés démocratiques des informations fondées. Tous deux permettent aux citoyennes et citoyens de mieux comprendre – et, si nécessaire, de remettre en question de manière critique – ce qui les entoure et les concerne.» Les auteures du billet voient une «relation symbiotique» entre science et journalisme, et plaident en conclusion en faveur d’un «partenariat durable entre science et médias, indispensable pour faire face aux défis majeurs qui attendent nos sociétés.»

Alain Aspect: «Ça m’agace beaucoup quand on dit que la science, c’est le doute»

«Le physicien Alain Aspect, prix Nobel 2022, nuance dans La Matinale le rôle du doute en science. Il explique que si le débat est crucial lors de nouvelles découvertes, le consensus scientifique finit par s’établir grâce à la méthode expérimentale. Face aux fake news, il souligne l’importance de vulgariser cette démarche.»

La direction de la Fondation Gebert Rüf sur les défis pour le paysage FRI d’ici 2035

La Fondation Gebert Rüf identifie, moyennant deux membres de sa direction, trois défis majeurs pour le paysage FRI de la Suisse :

  • Optimiser l’interaction entre stabilité et agilité dans le système FRI
    • La combinaison de la stabilité et de l’agilité est décisive : alors que les grands acteurs FRI assurent la continuité, les fondations d’encouragement agiles peuvent réagir de manière flexible et rapide aux nouveaux thèmes. Le défi consiste à aménager cet équilibre dans la pratique de manière à rendre l’écosystème suisse de l’innovation globalement plus dynamique.
  • Encourager l’innovation et l’entrepreneuriat à un stade précoce
    • L’esprit d’innovation et d’entreprise se développe dès le plus jeune âge et devrait être encouragé dès l’école primaire.
  • Renforcer les ponts entre la science, la société et la politique
    • «La fragmentation croissante de la société en bulles de filtre éloignées de la science, voire la rejetant, met en danger la cohésion sociale. La communication scientifique doit être conçue comme une tâche permanente permettant d’atteindre le grand public et les décideurs politiques. Il faut des engagements ciblés pour de nouveaux formats de communication et une stratégie d’encouragement à long terme. Le message FRI offre le cadre approprié pour faire de la communication scientifique un domaine d’encouragement transversal et le doter des ressources nécessaires.»
Une pétition de chercheur·es a été lancée contre le plan d’économies de la SRF

Des scientifiques suisses de renom, tels que Reto Knutti (professeur titulaire au département des sciences des systèmes environnementaux, ETHZ), Tanja Stadler (professeure titulaire et directrice adjointe au département des sciences et de l’ingénierie des biosystèmes, ETHZ), ou Matthias Egger (chef de groupe de recherche, VIH, hépatite et tuberculose, Université de Berne) ont signé avec 931 collègues une pétition lancée contre les économies prévues dans le domaine du journalisme scientifique à la SRF.

Les signataires, demandant une réévaluation des économies, argumentent ainsi leur incompréhension et leur inquiétude :

  • Seuls des journalistes scientifiques compétent·es sont aptes à réduire la complexité du domaine de la recherche et la rendre compréhensible. Cette compréhension est nécessaire au vu des développements rapides dans la société, la science et la technique.
  • Selon la Constitution, la radio et la télévision doivent contribuer à l’éducation et à la libre formation de l’opinion. «A une époque où les médias privés en Suisse réduisent leur couverture de sujets scientifiques, la SRF, en tant que radiodiffuseur de service public, porte une responsabilité particulière.»
  • «L’affaiblissement de l’information scientifique de haute qualité crée un espace pour les fausses informations, les théories du complot et finalement une polarisation supplémentaire de la société.» Le journalisme scientifique permet de créer une base commune pour des débats et des décisions politiques basés sur des faits.
Laurent Foiry met en garde contre le « complotisme scientifique » et prône un doute constructif

«La pandémie de Covid-19 a été un terreau très fertile au développement de théories complotistes aussi diverses que variées, explique dans La Matinale le docteur en génétique moléculaire et biologiste Laurent Foiry. Il vient de publier un ouvrage intitulé « Les faux-savants: plongée au cœur du complotisme scientifique » aux éditions de l’Aube, dans lequel il décrypte le phénomène aussi appelé « dénialisme », ou rejet du consensus scientifique. […] Pour venir à bout du complotisme scientifique, rien de mieux, pour Laurent Foiry, que la pédagogie « en expliquant le plus tôt possible aux enfants comment se poser des questions, comment analyser des sources pour ne pas tomber dans la paranoïa ».

Lighthouse Awards: les Pôles de recherche nationaux dépassent les frontières de la science

«Le FNS décerne les nouveaux Lighthouse Awards aux Pôles de recherche nationaux (PRN) […]. Cette première édition a vu cinq PRN récompensés pour leur innovation et impact sociétal. […] Les distinctions, pour l’instant exclusivement destinées à la cinquième génération de PRN, récompensent des initiatives hors science qui promeuvent l’égalité des chances, le transfert de connaissances et technologies, les démarches de science ouverte, la communication scientifique, et l’éducation.»

«Spécimens 24» : La première grande exposition du Naturéum

Le Naturéum, créé en début 2023 par la fusion des musées cantonaux de botanique, géologie et zoologie, présente sa première exposition, «Spécimens 24», en collaboration avec le Musée cantonal d’archéologie et d’histoire. L’exposition occupe l’espace libéré par le Musée cantonal des beaux-arts. «Les deux institutions de Rumine conduiront une expo commune chaque année, à tour de rôle. La collaboration se veut étroite et féconde». «Spécimens 24» s’étend sur les trois sites du Naturéum (Palais de Rumine, Jardin botanique cantonal, jardin alpin de Pont de Nant), ainsi que l’UNIL, le Musée romain d’Avenches et l’espace Signal L de Plateforme 10.

Deux nouveaux critères d’évaluation pour le concours Agora

«Agora soutient des projets favorisant l’implication d’un public élargi dans la recherche scientifique. L’instrument vise à promouvoir les connaissances sur la recherche et le dialogue entre les scientifiques et la société. […] Diverses activités sont soutenues, par exemple : discussions et débats, ateliers pratiques, projets multimédia, jeux sérieux, théâtre et performances, expositions interactives, projets éducatifs, etc.»

L’année dernière, deux modifications importantes ont été apportées au règlement du programme Agora, la diversité et l’égalité étant désormais un critère d’évaluation et «les projets Agora doivent désormais être soumis conjointement par un·e scientifique et un·e spécialiste de communication. Ces spécialistes seront évalués de manière similaire aux scientifiques, sur la base d’un CV narratif.»

«Les chercheur-es doivent sortir de leur tour d’ivoire»

En février – mars 2024, plus de 1000 scientifiques [dont 531 de Suisse] ont signé une lettre ouverte à leurs organes de direction et aux médias exprimant leur inquiétude quant à la liberté de recherche, qu’elles estiment menacée par la pression du public sur l’enseignement et la recherche. «Ils appellent les directions des universités à renoncer à l’autocensure et demandent aux médias de rendre compte de manière différenciée et éclairante des domaines de recherche qui traitent de manière critique des structures de pouvoir, de l’attribution des rôles sociaux et des inégalités sociales.»

Paul Messerli, professeur émérite de l’Institut géographique de Berne, ancien doyen et président de la plateforme «recherche orientée» du FNS, avance: «Les sciences humaines remettent en question des opinions largement répandues. Souvent, les résultats de telles recherches soulèvent des questions sur la culpabilité historique et actuelle, qu’il s’agit ensuite d’assimiler socialement et politiquement, ce qui débouche bien souvent sur des hostilités et des remises en question des sciences humaines critiques. […] Il ne faut pas que, par autocensure, des thèmes de recherche disparaissent de l’agenda pour éviter le débat public. […] L’agitation politique, c’est-à-dire la promotion de positions idéologiques et politiques, n’a pas sa place à l’université, mais l’éclairage critique de ces positions sur la base de connaissances scientifiques, oui. Les représentant-es des académies sont appelés à faire de l’activisme politique, c’est-à-dire à transférer personnellement des connaissances scientifiques dans la politique, l’administration et la société. Car ils sortent ainsi de leur tour d’ivoire, cherchent le dialogue et se mettent au service de la société.»

Y-Parc sans direction (pour la troisième fois)

Le pôle technologique à Yverdon-les-Bains, Y-Parc, se retrouve pour la troisième fois sans direction. La dernière Directrice opérationnelle, Karen Undritz, «annonçait [après une poignée de semaines] sa démission avec effet immédiat sur le réseau LinkedIn. Elle dénonce alors une situation de gouvernance «malsaine», source de «tensions» liée au maintien du directeur ad interim comme chef de projet […]. Ce départ précipité tombe mal pour une entreprise qui tentait de redorer son image, ternie par la polémique entourant le licenciement d’une précédente directrice, Juliana Pantet, en juillet 2021».

Le problème principal d’Y-Parc, pour certains, serait la difficulté à développer une stratégie qui puisse satisfaire tous les intérêts en jeu. Effectivement, «[l]a société Y-Parc SA a pour mission d’animer le site et de mettre en relation des différents occupants, mais elle ne possède pas le parc. Ce dernier appartient à la ville, à l’ECA (Etablissement cantonal d’assurance) et au canton. Une architecture complexe à laquelle il faut ajouter les propriétaires des différents bâtiments, à l’image de la caisse de retraite de la Fédération vaudoise des entrepreneurs (FVE) […]. [C]e grand nombre de parties prenantes est à l’origine de tensions permanentes. Les problèmes de communication sont récurrents. L’audit de 2021 confirme l’existence de ces intérêts contradictoires. Il y a la ville qui vise «par la croissance du parc de nouveaux contribuables», les propriétaires de terrains qui «souhaitent réaliser une plus-value sur celui-ci» ou encore le canton qui «cherche un moteur de développement durable économique dans les secteurs des hautes technologies». Pour un autre locataire du site, c’est cette trop forte emprise des collectivités publiques, locales voire régionales, qui pose problème. Il évoque le conseil d’administration de la SA, où on ne retrouve qu’un seul entrepreneur, aux côtés des représentants de la ville et du canton, de l’école d’ingénieurs HEIG-VD, de l’Association pour le développement du Nord vaudois (ADNV) ou de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI)».