«En collaboration avec le Groupe de pilotage IA de la HES-SO, un conseiller pédagogique de la Haute École de Santé de Sion a développé une plateforme évolutive consacrée à l’intelligence artificielle dans l’enseignement supérieur.»
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Sujet: enseignement – méthodes et outils
Jérôme Valluy, maître de conférence en sciences de l’information et de la communication à Paris 1, Panthéon-Sorbonne, témoigne des bouleversements que l’IA a introduit dans le domaine de l’enseignement supérieur.
Il affirme : «Il faut absolument que les profs plongent dans cet océan glacé avant les étudiants, qu’ils se mouillent pour pouvoir indiquer aux étudiants où sont les récifs, quels sont les dangers, quels sont les risques, quelles sont les précautions à prendre. Or, il n’y a qu’une seule façon de connaître ces machines, c’est de les utiliser de façon intensive et continue pendant des temps très longs. Or, ça n’a pas été fait jusqu’à présent par la plupart des professeurs d’université, puisqu’on estime que moins de la moitié s’y sont mis, alors que près de la totalité des étudiants sont déjà sur ces machines. Donc ce décalage entre professeurs et étudiants est très problématique.»
Jérôme Valut a par ailleurs lancé une méthode «un peu particulière» (selon un journaliste de la RTS), d’évaluer la prise de note des étudiants durant le cours.
Partout dans le monde, les enseignant·es repensent leurs méthodes d’évaluation : qu’il s’agisse de concevoir des examens que les outils d’intelligence artificielle ne peuvent pas réussir ou d’intégrer subrepticement des consignes cachées destinées à l’IA dans les exercices afin de démasquer les étudiant·es qui trichent.
L’intelligence artificielle peut faciliter l’enseignement et l’apprentissage. Elle ne devrait toutefois pas nous faciliter la tâche à l’excès. Les pédagogues Sascha Schneider et Joshua Weidlich de l’Université de Zurich (UZH) s’expriment sur les chatbots, l’externalisation de la réflexion et les difficultés souhaitables.
L’UZH met en place un système de tutorat basé sur l’IA, dans lequel les enseignant·es peuvent développer ensemble leurs cours et échanger sur la manière d’utiliser l’IA de manière pertinente dans l’enseignement. Il y a également un projet en cours visant à développer davantage les possibilités innovantes en matière d’organisation de l’enseignement.
L’UZH travaille également sur des systèmes de soutien basés sur l’IA. Un «buddy» IA devrait aider les étudiant·es à structurer leurs études et indiquer aux enseignant·es, par exemple, quels cours traitent de contenus similaires et où se trouvent les liens thématiques. Cela permettrait de mieux mettre en réseau les connaissances, plutôt que de les confiner dans des « silos » de cours.
«Réduire les inégalités scolaires, mieux évaluer les pratiques pédagogiques, produire des connaissances directement mobilisables : telle est l’ambition du Programme prioritaire de recherche [PPR] Sciences pour l’éducation, qui entend structurer durablement la recherche française sur les grands défis éducatifs. […] Les recherches du PPR Sciences pour l’Éducation – qu’elles portent sur les apprentissages, les pratiques pédagogiques, l’orientation, la formation des enseignants, l’organisation scolaire ou encore le numérique éducatif – doivent contribuer à produire des solutions concrètes capables d’améliorer durablement le fonctionnement de l’ensemble du système éducatif, soit de l’école primaire à l’entrée dans l’enseignement supérieur. Chaque dispositif soutenu doit également être conçu pour mesurer précisément ses effets sur les élèves, les enseignants et les établissements scolaires.
Les retombées attendues pour la société sont nombreuses : améliorer la qualité des apprentissages et des résultats scolaires et réduire les inégalités éducatives afin de renforcer l’égalité des chances et la cohésion sociale. […]»
«Dans les universités suisses, de nombreux étudiants ont recours à l’IA pour rédiger et réviser leurs travaux. Les enseignants constatent une amélioration du style, mais guère d’idées plus pertinentes.»
A l’EPFL, «[d]ans le cours de dynamique de Dennis Kochmann, plus de 700 étudiants se penchent en permanence sur la matière enseignée.» Pour cela, il a développé un concept d’enseignement qui combine des devoirs hebdomadaires en ligne avec des exercices interactifs et assistés par ordinateur en petits groupes. Résultat : une participation élevée, moins de stress aux examens et une durabilité accrue de l’apprentissage.
«Une incitation supplémentaire y contribue : ceux qui effectuent les devoirs hebdomadaires en ligne accumulent des points. Ceux-ci apportent un petit bonus sur la note finale.»
«Dès le 20 avril, Neuchâtel lancera le chantier d’un nouveau bâtiment universitaire baptisé « Univers ». Ce projet ambitieux à près de 160 millions de francs vise à absorber la croissance du nombre d’étudiants, à renforcer l’attractivité de l’institution et à s’adapter aux nouvelles pratiques pédagogiques.»
«Plusieurs universités françaises interdisent désormais les ordinateurs en cours. Une mesure défendue par des spécialistes de la linguistique, qui estiment que la prise de notes manuscrite favorise la mémorisation et la compréhension, mais qui ne convainc pas tous les étudiants.»
«L’essor de l’intelligence artificielle générative transforme l’enseignement supérieur et soulève des enjeux majeurs pour notre communauté : pratiques pédagogiques, encadrement des travaux, modalités d’évaluation ou encore cadres éthiques. Pour y répondre, les universités romandes et la HES-SO organisent la Journée romande «IA et enseignement», coordonnée par l’Université de Genève avec la participation de l’UNIL, de Fribourg et de Neuchâtel, et le soutien de swissuniversities.»
«Une étude américaine analysant 2,1 millions de preprints montre une hausse de productivité de 36 à 60% après l’adoption des «grands modèles de langage», particulièrement chez les chercheurs non anglophones. Paradoxe: les textes assistés par intelligence artificielle présentent un niveau d’écriture supérieur mais sont moins souvent acceptés par les revues spécialisées, révélant une qualité scientifique moindre. Les experts alertent sur le risque d’un déluge de recherches superficiellement convaincantes mais scientifiquement décevantes qui pourraient saturer la littérature.» (Le Temps)
Par ailleurs, une enquête de l’Université de Fribourg constate qu’une majorité de ses étudiant·es utilise l’intelligence artificielle durant son cursus. «La moitié des étudiants des hautes écoles spécialisées de Suisse occidentale et de l’Université de Fribourg utilisent l’intelligence artificielle depuis un à deux ans et environ 22% depuis plus longtemps encore. […] Parmi les sondés qui recourent à l’IA, les trois quarts le font quotidiennement ou plusieurs fois par semaine.» Des habitudes similaires ont été constatées chez le corps enseignant, au sein duquel près de deux tiers utilisent l’IA quotidiennement ou plusieurs fois par semaine. (La Liberté)
Ce rapport met en avant l’importance du dialogue entre la science et la société pour répondre aux grands défis contemporains. Une voie essentielle pour renforcer ce lien, dans une perspective inter- et transdisciplinaire, consiste à proposer des formats d’enseignement qui encouragent les étudiant·e·s à s’engager dans la sphère publique. Or, il manquait jusqu’ici une collection représentative de bonnes pratiques au sein des hautes écoles suisses.
S’appuyant sur un recensement non exhaustif de cours existants en Suisse et sur des ateliers participatifs avec des enseignant·e·s, cette publication présente des exemples concrets issus d’institutions suisses et introduit une nouvelle typologie des formats d’enseignement à l’interface science-société. Cette typologie offre un cadre structuré permettant d’analyser et de concevoir des cours selon six dimensions.
Le rapport met également en lumière les opportunités et les défis liés à la mise en œuvre de ces formats pédagogiques. Enfin, il propose trois axes prioritaires d’action pour renforcer et développer l’éducation orientée vers la relation entre science et société.
«Professeur à l’UNIL, Olivier Bauer donne une leçon consacrée au pèlerinage en marchant avec ses étudiants le long de la Via Francigena. Une aventure de huit jours et huit cours. Reportage.»
À la suite d’une série de tests, l’informaticien Urs Pfister affirme que le navigateur Safe Exam Browser, [utilisé par plusieurs universités suisses] pour des examens en ligne, a des nombreuses failles de sécurité qui n’ont pas été patchés après un hack en 2022, contrairement à une annonce des développeurs. Il démontre combien il est facile de manipuler ce navigateur et de contourner un concept de sécurité qu’il juge défaillant. Il déplore l’absence de base juridique claire et le manque de souveraineté numérique du système.
A son avis le logiciel ne devrait plus être utilisé. Il ne s’agit pas seulement de prévenir la triche, mais aussi de se demander ce qui se passe lorsque des appareils sont compromis pour une vengence personnelle par exemple contre un·e ex-partenaire. «Et qu’en est-il de la responsabilité? L’ETH Zurich et l’Université de Zurich, qui développent le Safe Exam Browser, sont directement impliquées: comment peuvent-ils vérifier de manière neutre où se trouvent (leurs) erreurs? À quelles interventions les étudiants doivent-ils se soumettre? Que voient les surveillants chez les candidats, volontairement ou non? Et que voient les entreprises technologiques américaines?»
«L’intelligence artificielle bouleverse nos vies et pose de vraies questions notamment à l’école. Une nouvelle forme d’IA est maintenant indétectable dans les travaux des étudiants grâce aux « humanisateurs », un réel casse-tête pour les professeurs à l’heure des corrections.»
Un professeur de la Northeastern University de Boston aux États-Unis a interdit à ses étudiant·es l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA), alors qu’il en a fait usage lui-même afin d’élaborer ses documents de cours. S’en rendant compte, une étudiante a demandé le remboursement des frais pour le cours (8’000 dollars) en déposant une plainte auprès de l’école. Pour l’étudiante, l’utilisation de l’IA par son professeur constituait une violation manifeste des propres directives de l’Université. L’institution a néanmoins rejeté sa demande.
Le New York Times rapporte que l’enseignant incriminé, Rick Arrowood, aurait admis les faits, et qu’il serait désormais d’avis que les enseignant·es doivent être plus transparent·es sur le thème de l’IA.
«L’an dernier, plus de 5500 personnes ont suivi l’une des 300 formations continues proposées par l’UNIL ou l’EPFL. Depuis sa création en 2009, la Formation Continue UNIL-EPFL a quadruplé son offre de programmes. Analyse avec Pascal Paschoud, son directeur.»
Une étude de l’EPFL publiée dans la revue PNAS montre qu’une intelligence artificielle (IA) peut répondre avec 85% de bonnes réponses pour un examen universitaire, si elle est au préalable renseignée. Les auteur·es de la publication ont étudié 50 cours de bachelor et master de l’EPFL pour arriver à ce résultat. Sans connaissances préalables et avec une stratégie élémentaire, GPT-4 répondait correctement en moyenne à 65,8% des questions. Le taux de réponses correctes de 85% a «été un choc» pour les chercheur·euses. Si l’étude était relancée aujourd’hui, le taux de résultats corrects serait encore plus grand.
«A court terme, nous devrions insister pour que les évaluations soient plus difficiles, non pas dans le sens de la difficulté des questions, mais dans [celui] de la complexité de l’évaluation elle-même», avance Antoine Bosselut, professeur assistant et membre du Centre IA de l’EPFL.
Le reportage du Monde parle de la situation précaire de l’Université de Grenoble, où plus de la moitié des enseignant-es sont désormais des vacataires, donc des doctorant-es ou des personnes en attente de poste «qui abattent ces heures en masse». «Cette situation, loin de ne concerner que le cas grenoblois, est en fait devenue banale dans l’enseignement supérieur public français. […] Alors qu’en parallèle est encouragée l’utilisation de cours enregistrés en vidéos, non réactualisés d’une année sur l’autre, un ingénieur pédagogique de l’université résume cette crainte collective : «Va-t-on vers une université sans profs devant les étudiants?»