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Tendances des 2 dernières semaines

Sujet: politique – France

Regard d’un ancien Prix Nobel français sur l’importance de la Recherche Fondamentale

Le physicien français Claude Cohen-Tannoudji, prix Nobel de physique en 1997, décédé le 22 octobre 26, fait l’objet d’un portrait dans le journal Le Monde.

Décrit par ses maîtres comme « un homme d’un créativité extraordinaire » et d’une grande modestie, il avait tendance à dire face aux questions médiatiques : « Interrogez mes collaborateurs. Ce sont eux qui ont fait tout le travail. »

S’élevant contre les visions politiques court-termistes, il défendait les projets « blancs » sans application immédiate, dont les retombées n’arrivent que bien plus tard. Il a oeuvré pendant des années dans les laboratoires de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, à l’origine de neufs prix Nobel (huit en physique et un en chimie) et de dix médailles Fields, la plus haute distinction mondiale en mathématiques, tout en constatant, sur le terrain, des moyens offerts en France ne pouvant rivaliser avec ceux de leurs collègues américains.

 

Parcoursup renforce la colère des lycéen·nes

En France, «[d]epuis que le mouvement lycéen, parti de Créteil à la mi-septembre, a fait tache d’huile dans tout le pays, les pancartes hostiles à la plateforme d’orientation de l’enseignement supérieur fleurissent au milieu des cortèges et aux abords des lycées bloqués.»

Selon un article du Monde, Les plateformes Parcoursup ainsi que Mon Master cristallisent les angoisses d’une jeunesse ayant le sentiment d’un futur confisqué, est vivement contestée pour son caractère arbitraire et anxiogène. Ce moment charnière de transition vers les supérieur redouble les tensions sociales, au point que les syndicats de jeunesse réclament la révision ou la suppression pure et simple, exigeant une politique de transparence et une orientation plus égalitaire entre les établissements.

De plus, les dysfonctionnements de la plateforme exacerbent les risques d’assignation sociale et territoriale. Le non-remplacement chronique des professeur·es priverait également les élèves du soutien nécessaire pour formuler leurs voeux et rédiger leurs lettres de motivation. Cet accompagnement informel devient inégalitaire, la pénurie de personnel enseignant étant particulièrement criante dans les quartiers prioritaires de la ville.

Les opposant·es au nouveau méga-collisionneur du CERN lancent une initiative à Genève

«Après une phase de concertation jugée totalement insuffisante, les opposants au nouveau super collisionneur du CERN ont lancé mardi une initiative constitutionnelle cantonale pour que la population ait son mot à dire. Ils critiquent un déni démocratique et des risques environnementaux et financiers colossaux.»

France : «Les jeunes chercheurs amers envers l’université»

En France, «Ils sont tous les ans des milliers de jeunes chercheurs à s’acharner et à se poser les mêmes questions face à une entrée dans la carrière universitaire extrêmement difficile depuis près de quinze années. Après une baisse vertigineuse du nombre de postes de MCF [maître ou maîtresse de conférences] ouverts au concours entre 2009 et 2021 (passant d’environ 2 200 à 1 100, alors que le nombre d’étudiants augmentait), une embellie était pourtant survenue entre 2022 et 2024 (1 630 postes ouverts) en raison de nombreux départs à la retraite. Mais «la période récente est caractérisée par une nouvelle dynamique : alors que les départs s’accélèrent, les ressources disponibles pour recruter recommencent à baisser», analyse la Conférence des praticiens de l’enseignement supérieur et de la recherche.

CERN : «Le piège de la «volonté de croissance»»

Dans entretien accordé au journal Le Courrier, le biophysicien et chercheur au CRNS François Graner déplore le projet du futur collisionneur du CERN, qu’il juge emblématique d’une course effrénée à la croissance. En amont de son intervention dans une conférence organisée par l’un des principaux opposants du futur collisionneur circulaire (FCC), l’ONG genevoise Noé2, il dénonce des coûts exorbitants et un impact environnemental lourd pour des bénéfices scientifiques imprévisibles.

Selon lui, ce projet est attractif pour les décideurs politques publiques souhaitant plaire aux agences de notation, «dont l’influence sur l’opinion des investisseurs privés qui font des prêts aux pays comme la France est énorme.»

Il estime qu’en proclamant le plus grand chantier d’Europe, tous les ingrédients sont rassemblés pour créer avec le FCC le symbole d’un monde qu’on ne veut pas, « tous les ingrédients sont rassemblés pour créer la plus grande ZAD d’Europe.»

François Graner avance : «la science moderne nous indique qu’avec une politique de croissance, on va droit dans le mur, que ce soit en termes d’énergie ou d’environnement. Si les scientifiques veulent être crédibles, ils doivent appliquer eux-mêmes ce qu’ils préconisent.»

La France développe une stratégie de recherche nationale pour l’éducation

«Réduire les inégalités scolaires, mieux évaluer les pratiques pédagogiques, produire des connaissances directement mobilisables : telle est l’ambition du Programme prioritaire de recherche [PPR] Sciences pour l’éducation, qui entend structurer durablement la recherche française sur les grands défis éducatifs. […] Les recherches du PPR Sciences pour l’Éducation – qu’elles portent sur les apprentissages, les pratiques pédagogiques, l’orientation, la formation des enseignants, l’organisation scolaire ou encore le numérique éducatif – doivent contribuer à produire des solutions concrètes capables d’améliorer durablement le fonctionnement de l’ensemble du système éducatif, soit de l’école primaire à l’entrée dans l’enseignement supérieur. Chaque dispositif soutenu doit également être conçu pour mesurer précisément ses effets sur les élèves, les enseignants et les établissements scolaires.

Les retombées attendues pour la société sont nombreuses : améliorer la qualité des apprentissages et des résultats scolaires et réduire les inégalités éducatives afin de renforcer l’égalité des chances et la cohésion sociale. […]»

«Le financement de la recherche menacé par l’opposition de l’Allemagne à une augmentation des dépenses de l’UE»

«Lors d’une visite à Dublin le 28 juillet, le chancelier allemand Friedrich Merz a appelé à des réductions «dans tous les domaines» de la proposition de la Commission européenne concernant le prochain budget à long terme de l’UE, pour un montant total de «plusieurs centaines de milliards d’euros».

Cette opposition farouche à l’augmentation des dépenses de la part du plus grand contributeur au budget de l’UE jette un doute supplémentaire sur les projets visant à développer de manière significative le programme de recherche et d’innovation «Horizon Europe». […] Le programme « Horizon Europe » actuel dispose d’un budget de 93,5 milliards d’euros sur sept ans, mais le nombre de candidatures est en hausse, ce qui entraîne une chute des taux de réussite.

L’Irlande, qui assure actuellement la présidence tournante de l’UE, jouera un rôle important de médiateur entre la France, qui soutient un budget européen plus important, et l’Allemagne.

Création de postes à l’Université de Lorraine pour traiter les demandes de subventions et collaborations

L’Université de Lorraine (FR) , comme L’Université de la Sorbonne ou l’Université de Nice Côte d’Azur, développe son expertise en matière de politiques publiques afin de répondre à leur rôle croissant en matière de financement en recrutant six chargés de mission européens pour accompagner les demandes de financements et de mettre en place de nouvelles collaborations de recherche.

Face aux priorités politiques de l’UE qui exercent une influence croissante dans les décisions relatives au financement de la recherche, chaque chargé de mission est responsable d’un domaine qui correspond aux priorités de l’Université et aux thèmes de recherche collaborative d’Horizon Europe, comme les ressources naturelles et l’environnement, l’énergie et la décarbonisation.

Cette initiative intervient alors que le gouvernement français a réduit les budgets nationaux consacrés à l’enseignement supérieur et à la recherche, permettant de s’aligner sur les futures tendances en matière de financement national, mais également de participer aux consultations de l’UE et de recueillir des prises de position, des projets de propositions réglementaires et d’autres documents pertinents afin de mieux comprendre les tendances politiques émergentes dans ces domaines.

«Face à l’IA, la peur des écoles de commerce forcées de se réinventer»

«Bousculées par l’intelligence artificielle, qui ringardise certains apprentissages, et face à l’inflation des diplômes, les grandes écoles de commerce font leur révolution. L’initiative de l’ESCP, qui lancera en 2027 une School of Technology parrainée par Yann Le Cun, révèle une mutation profonde, la volonté d’acquérir une dimension tech devenu indispensable.»

«Invité à Yale, un chercheur français interdit d’entrée aux États-Unis»

«Invité à intervenir à la prestigieuse université de Yale sur ses travaux autour de la «néofascisation», le chercheur en sciences sociales Mathieu Rigouste s’est vu refuser l’entrée sur le territoire américain par le Department of Homeland Security, sans justification officielle. Une décision qui empêche sa venue et plusieurs interventions prévues, et qui constitue, selon lui, une illustration concrète des mécanismes qu’il analyse depuis plusieurs années. […] Mathieu Rigouste souligne que ce type de situation ne se limite pas aux États-Unis.» L’article mentionne d’autres restrictions d’entrée de scientifiques en France, au Canada, à Israël et aux Etats-Unis.

France: «Les nouveaux Masters, manne pour les écoles»

«Ecoles de management et d’ingénieurs ne cessent d’inventer des formations pour gagner de nouvelles parts sur un marché de plus en plus concurrentiel. […] « Pour faire face à la baisse démographique étudiante en France, nous devons attirer des talents internationaux dans nos établissements », explique Thomas Maurer, directeur de Centrale Lille. Une analyse partagée par tous les responsables d’école interrogés.

Pour réduire l’empreinte carbone de la science, des chercheurs français changent leurs méthodes de travail

En France, plusieurs organisations populaires («grassroots») visent concilier l’activité scientifique avec les objectifs climatiques mondiaux, en particulier ceux de l’accord de Paris.

Un acteur important dans ce domaine est par exemple celui du collectif Labos 1point5, et qui rassemble environs 600 scientifiques de diverses disciplines pour analyser et diminuer l’impact environnemental de leurs activités, principalement en mesurant leurs émissions de gaz à effet de serre et en proposant des solutions concrètes.

«La pression en faveur du changement vient également d’en haut, le gouvernement français ayant exigé ces dernières années que toutes les universités et tous les organismes de recherche préparent une feuille de route visant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 2 % à 5 % par an, et reconnaissent les chercheurs qui travaillent à la réduction de l’empreinte carbone de la science. «C’est tout le système qui doit vraiment changer», déclare Sandrine Vadon Le Goff, chercheuse à l’IBCP et membre de Labos 1point5.»

«Comment le Collège de France a annulé un colloque sur la Palestine»

Un colloque universitaire sur la Palestine a été annulé par le Collège de France. L’événement intitulé «La Palestine et l’Europe: poids du passé et dynamiques contemporaines», devait se tenir les jeudi 13 et vendredi 14 novembre, coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep Paris). Mais le dimanche 9 novembre, un communiqué annonce l’annulation de l’événement. Thomas Römer, administrateur du Collège de France y explique n’avoir pas eu d’autre choix que de renoncer «face à la polémique, mais aussi aux risques qui se manifestent autour de ce colloque».

Vendredi 7 novembre, un article du Point accusant le colloque d’être, entre autres, «pro-palestinien», «antisioniste» et «à haut risque», la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a annoncé sur X «saisir» le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste. Ce dernier a alors adressé une lettre à l’administrateur du Collège de France, dans laquelle il écrit: «Sans préjuger des propos qui seront effectivement tenus, je ne peux que constater, à la lecture du programme, un parti pris sur un sujet délicat et fortement polémique. […] Au vu de ce programme, je doute que vous soyez en mesure de garantir un débat où le pluralisme des idées puisse pleinement s’exprimer.» L’entourage du ministre assure au Monde que «c’est la décision exclusive du Collège de France que de choisir d’annuler le colloque» et qu’il n’y a eu «aucune pression» exercée par le ministre.

Mardi 11 novembre, le Collège de France a indiqué au Monde que, bien que le colloque respectait les règles générales en matière de liberté académique, «la question de la pluralité des analyses a été publiquement mise en cause par différents acteurs», ce qui aurait suffi à compromettre la tenue de l’événement, en plus de la crainte de «débordements».

«Tout cela est assez emblématique de ce qui se passe dans le monde académique avec des approches très orientées, un regard très militant sur la question du Proche-Orient», juge Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des juifs de France, qui salue la décision d’annulation. D’autres universitaires dénoncent au contraire une censure. Selon le politiste Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS et membre de l’Observatoire des atteintes à la liberté académique, «tout cela est accablant». «Le ministre a dérogé au principe de respect de la liberté académique, et il le sait. Dans un même courrier, le ministre dit qu’il est le garant de la liberté académique, mais qu’il se garde d’agir pour la garantir.»

L’association France Universités, réunissant les dirigeant·es des universités et établissements d’enseignement supérieur et de recherche, dit avoir appris «avec stupeur» cette annulation. Dans un communiqué du 10 novembre, elle fait part de son incompréhension et d’une «vive inquiétude» à l’égard des libertés académiques.

Une lettre ouverte circule actuellement dans les universités qui avance que «Le prétexte de « neutralité » académique apparaît ici comme un instrument de contrôle idéologique des institutions scientifiques pour dissuader toute production intellectuelle critique.» Les 2520 signataires (le 13.11 à 10h) demandent la démission du ministre français de l’enseignement supérieur et de la recherche.

 

La France reste championne européenne des brevets dans la recherche publique

«Depuis vingt ans, la France occupe cette place de leader en termes de nombre de brevets déposés par des organismes de recherche publique. […] L’Office européen des brevets souligne d’ailleurs une caractéristique typique de la recherche française : le partenariat entre les différents organismes. Universités, organismes publics de recherche et hôpi taux universitaires sont fréquemment codemandeurs de demandes de brevets. De même, la France se distingue par le nombre de ses start-up associées à des demandes de brevets européens émanant d’organismes publics de recherche, d’universités ou d’hôpitaux universitaires […].»

France : «La liberté académique est plus fragile que jamais»

Selon Stéphanie Balme, directrice du Centre de recherches internationales à Sciences Po, la liberté académique de recherche et d’enseignement est actuellement en péril au cœur des Etats de droit d’Europe et du monde, «affectant à parts égales les sciences humaines et sociales et les sciences expérimentales». La directrice appelle à son inscription dans la Constitution.

Dans son rapport pour France Universities, la chercheuse fait état de nombreuses atteintes à la liberté académique et de leurs conséquences en France en 2024-2025: pressions idéologiques sur les contenus d’enseignement et de recherche, annulations de conférences, campagnes de stigmatisation d’enseignants-chercheurs sur les réseaux sociaux, etc. Au contraire d’autres droits fondamentaux, la liberté académique n’aurait pas de culture politique ni citoyenne en France. Les universitaires qui en souffriraient seraient souvent isolés, et les capacités institutionnelles à contrer la problématique seraient limitées. «Cette vulnérabilité est aggravée par la dépendance aux financements publics, la précarisation des carrières, la surcharge administrative et l’absence d’autonomie institutionnelle réelle», écrit la directrice.

Elle propose alors une stratégie proactive selon 4 axes en faveur de la défense et promotion de la liberté académique:

  • un renforcement du socle juridique (constitutionnalisation de la liberté académique, réaffirmation de l’autonomie des établissements et l’indépendance des personnels, reconnaissance du principe du secret des sources, …)
  • des actions des universités en faveur de la liberté académique (chartes, observatoires indépendants, formation des directions, …)
  • une promotion de la culture de la liberté académique dans l’espace public (campagnes nationales, …)
  • une inscription de ces mesures dans la diplomatie scientifique européenne (rétablissement d’un classement européen avec un indice de liberté académique, instauration d’un observatoire européen, création d’un passeport européen pour les chercheur·euses réfugié·es, …)

Nathalie Dompnier, présidente de l’Université de Lyon interviewée à propos des menaces envers la liberté académique, souligne que la liberté académique est liée à l’indépendance des universités: «sans cette indépendance, l’institution n’a pas la capacité de protéger les chercheurs. Les universités sont les premières cibles des gouvernements populistes ou autoritaires, ce qui montre qu’elles tiennent un rôle dans une société démocratique». Selon elle, il manque aujourd’hui du soutien afin d’améliorer les pratiques de diffusion du savoir scientifique, les financements tendant à diminuer pour de telles activités de médiation. Elle ajoute qu’il faudrait également «travailler la culture du raisonnement qui aboutit à des connaissances scientifiques».