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Sujet: transformation numérique

L’EPFZ ouvre un campus en Allemagne

Environ deux ans après la signature d’un accord avec la Fondation Dieter Schwarz, l’ETH Zurich inaugure un nouveau site à Heilbronn,un nouveau pôle de recherche et d’enseignement axé sur l’IA et la cybersécurité. L’objectif est de faire progresser la transformation numérique dans l’économie et la société. L’ETH Zurich s’engage à long terme à Heilbronn et renforce ainsi son réseau au sein de l’espace européen de la recherche.

 

« Quelle part de la littérature scientifique est générée par l’IA ? »

Un article de la revue Nature alerte sur la menace croissante que font peser les modèles de langage (LLM) sur l’intégrité scientifique. Depuis 2022, les « hallucinations bibliographiques » explosent, avec plus de 140 000 fausses citations recensées pour 2025, touchant particulièrement les sciences sociales.

Le problème met également en lumière la vulnérabilité des serveurs de prépublications (comme SSRN ou arXiv) dont la modération limitée facilite la diffusion de contenu non vérifiés. Face à l’absence de méthodes de détection standardisées, les institutions et plateformes improvisent des mesures de contrôle, comme les déclarations d’usage obligatoire.

«Code d’éthique et Principes de la liberté de la recherche, de l’enseignement et de la transmission scientifiques en histoire»

Il y a plus de vingt ans, la Société historique suisse (SGG) a révisé son code d’éthique pour répondre aux enjeux actuels qui traverse la discipline tels que la numérisation ou l’utilisation des outils d’intelligence artificielle.

«Vingt ans plus tard, plusieurs des problématiques abordées restent néanmoins d’actualité — parfois avec une acuité renforcée. Les menaces de poursuites judiciaires visant des historien·ne·s, ainsi que les obstacles d’accès aux sources (refus de consultation au prétexte de la protection des données, caviardages, délais prolongés arbitrairement), restent des défis de taille pour les sciences historiques, comme l’illustrent plusieurs affaires récentes.»

«Grâce au SDSC, Lausanne est un centre majeur en IA»

Co-fondé en 2017 par l’EPFL et l’ETHZ avec le soutien de la Confédération et du canton, le Swiss Data Science Center (SDSC) accompagne et structure la transformation numérique de l’économie locale.

De la collecte et gestion des données à l’apprentissage automatique, le centre apporte son expertise à une vingtaine d’entreprises cette année, en s’appuyant notamment sur l’IA souveraine Apertus.

À travers des projets d’envergure comme Enerbat, dédié à l’efficacité énergétique, le SDSC consolide la position de Lausanne comme pôle majeur de recherche translationnelle (recherche de pointe appliquée) en IA et science des données. Cette démarche vise à ainsi garantir l’autonomie numérique des actrices et acteurs économiques.

A l’EPFZ, des examens bientôt notés grâce à l’IA

A partir du semestre de printemps 2026, l’EPFZ lancera un projet pilote dans lequel l’intelligence artificielle assistera la notation des examens. Gerd Kortemeyer, chercheur et membre staff pour le rectorat de l’EPFZ, travaille sur le développement de ce projet dans le cadre du projet Ethel de l’institution. Ses recherches se concentrent sur l’échelle des procédures d’évaluation pour les examens MINT complexes et manuscrits (physique, chimie, mathématiques) en utilisant des LLMs multimodaux modernes tels que le GPT-5. Dans sa méthodologie, il ne prône pas un remplacement complet des correcteurs humains mais un flux de travail entre humain et machine. Pour les cas incertains ou ambigus, une transmission à des expert·es humains sera automatique.

Pour les étudiant·es, l’utilisation de l’IA offre différents avantages: attribution de points partiels pour des étapes intermédiaires, disponibilité rapide des résultats en ligne, possibilité pour les étudiant·es de s’opposer en ligne aux évaluations de l’IA qui seront ensuite examinées par des correcteur·ices humains.

L’EPFZ prône de nombreux outils d’intelligence artificielle pour soutenir l’enseignement et la recherche. Elle recommande en outre Microsoft Copilot, Google Gemini, NotebookLM, ainsi qu’Apertus. Un chatbot est également disponible à l’EPFZ depuis deux ans (développé dans le cadre du projet Ethel), permettant aux étudiant·es de recevoir des commentaires sur leurs exercices ainsi que de répondre à leurs questions. Des chatbots sont également utilisés à l’Université de Zurich et à l’EPFL.

Nouvelle chaire de fondation à Berne pour l’informatique clinique en cancérologie
L’Université de Berne crée, en collaboration avec l’Inselspital (hôpital universitaire de Berne), une chaire de fondation qui «vise à optimiser l’utilisation des données cliniques des patients atteints de cancer et à renforcer la médecine numérique sur le site bernois». Selon le communiqué de l’Université, «la chaire est volontairement interdisciplinaire et correspond à la stratégie de numérisation de la faculté de médecine. Ainsi, la chaire de fondation encourage l’étroite collaboration entre les cliniques universitaires d’oncologie médicale et de radio-oncologie […] En outre, la collaboration avec des partenaires et des initiatives externes issus de la recherche, de l’industrie et du secteur de la santé sera renforcée.»
La Fondation Werner et Hedy Berger-Janser pour la recherche sur les maladies cancéreuses a fait un don de 2,1 millions de francs, et soutiendra la chaire d’assistant durant six ans, à hauteur de 350’000 francs par an. Un poste de professeur sera mis au concours d’ici le printemps 2027.
Les perturbateurs dans l’enseignement supérieur et la recherche

Orla Feely, présidente de l’University College Dublin et de l’association universitaire CESAER, donne son point de vue sur les perturbateurs actuels qui menacent les universités et défend également les bénéfices sociétaux du modèle universitaire moderne à forte intensité de recherche.

Orla Feely, qui a nommé ces perturbateurs sur le signe de la lettre D («D is for disruption»), précise que ces éléments ne sont pas tous vécus par toutes les universités, mais que celles-ci en vivent au moins toutes une combinaison.

«Demographics»: la chute du taux de natalité actuel signifie un bouleversement démographique dans l’enseignement supérieur. La génération actuelle d’étudiant·es travaille souvent à temps partiel à coté des études, fait des longs trajets et des problèmes de santé mentale sont une réalité pour beaucoup d’entre eux (et elles). Nées avec le numérique et les réseaux, ces personnes auraient une vision et des attentes en matière d’enseignement et d’apprentissage très différentes des générations précédentes.

«Deglobalisation»: la mobilité des personnes et des idées, dont dépend la santé des universités, est actuellement souvent remise en question, avec un éloignement croissant de l’«open innovation, open science», au profit d’un accent mis sur la compétitivité industrielle. Le financement croissant dans la «Defence» a également des implications pour le financement et la nature des recherches.

«Digitalisation»: les technologies numériques de l’intelligence artificielle ont un profond impact sur l’enseignement, la recherche et l’innovation. Mais aussi sur le monde du travail et les sociétés de manière plus générale, pour lesquels les universités ont «un rôle très important à jouer dans notre réponse collective».

«Deficits»: de nombreuses universités rencontrent actuellement des problèmes financiers, qui menacent leur indépendance. Les pressions financières sur les gouvernements ainsi que sur les potentiel·les étudiant·es sont également des éléments-clés.

«Distrust»: la confiance envers les expert·es et les universités diminue au sein de la société. Les universités sont souvent accusées d’éloignement ou même de divergence par rapport aux communautés qu’elles servent.

«Division»: des questions de divisions et de colère se sont manifestées sur les campus. Les activités et valeurs des universités sont devenues le centre de débats sociétaux très polarisés. «L’équilibre entre l’engagement institutionnel en faveur d’un échange ouvert de points de vue et la dignité et le respect est souvent précaire.»

«Pour y remédier avec succès, il faut tout d’abord comprendre ce qui pourrait être perdu. Il faut ensuite s’engager à trouver des solutions, être capable de changer et savoir motiver, communiquer et susciter un large soutien en faveur des nombreuses façons dont l’enseignement supérieur et la recherche engagés peuvent transformer le monde.»

Torsten Schwede: Les principaux défis pour le paysage FRI jusqu’en 2035

Torsten Schwede, président du Conseil de la recherche du FNS, nomme les trois défis principaux pour la paysage de recherche et de l’innovation : la collaboration internationale lors des tensions géopolitiques, la conception de la transformation numérique et de l’IA de manière responsable, et le rôle de la science comme boussole dans un monde complexe.

Il souligne l’importance d’un dialogue continu entre tous les acteurs du domaine FRI et les représentants politiques et sociaux, autant pour protéger la liberté et l’intégrité de la recherche que pour promouvoir la confiance dans la recherche et souligner son importance.

 

Les principaux défis du paysage FRI d’ici 2035, selon Myriam Dunn Cavelty

Myriam Dunn Cavelty, directrice adjointe du Center for Security Studies de l’EPFZ, désigne les trois plus grands défis du paysage FRI de son point de vue – dans une contribution au 60ème anniversaire du Conseil suisse de la science. Ils sont tous trois liés à la transformation numérique.

1. Organiser la transformation numérique et l’intelligence artificielle

Les programmes d’études et les formats didactiques devraient être repensés «afin de préparer les étudiant·es à un monde dans lequel les systèmes algorithmiques participent aux décisions». En plus d’un savoir-faire technique, une compréhension approfondie des implications sociales, juridiques et éthiques des nouvelles technologies est nécessaire.

2. Repenser les écosystèmes d’innovation

La Suisse devrait repenser les écosystèmes d’innovation afin d’allier ouverture scientifique et sécurité des savoirs. «Sous le mot-clé «Knowledge Security», il s’agit de sécuriser la coopération internationale tout en conservant les compétences centrales dans le pays.» Dans un contexte d’accélération des cycles et de collaboration public-privé, il faut des établissements d’enseignement et de recherche flexibles qui adaptent leurs structures.

3. Assurer la démocratie et la cohésion sociale

«Le paysage FRI est appelé non seulement à fournir des réponses technologiques, mais aussi à contribuer à l’orientation de la société.» La démocratie et la cohésion sociale doivent être renforcées face à la désinformation et à la polarisation numérique, «par la promotion de la compétence médiatique numérique, la protection de la recherche indépendante et de nouvelles formes de science participative et de participation démocratique».

«L’IA peut répondre correctement à 85% des questions de tests universitaires»

Une étude de l’EPFL publiée dans la revue PNAS montre qu’une intelligence artificielle (IA) peut répondre avec 85% de bonnes réponses pour un examen universitaire, si elle est au préalable renseignée. Les auteur·es de la publication ont étudié 50 cours de bachelor et master de l’EPFL pour arriver à ce résultat. Sans connaissances préalables et avec une stratégie élémentaire, GPT-4 répondait correctement en moyenne à 65,8% des questions. Le taux de réponses correctes de 85% a «été un choc» pour les chercheur·euses. Si l’étude était relancée aujourd’hui, le taux de résultats corrects serait encore plus grand.
«A court terme, nous devrions insister pour que les évaluations soient plus difficiles, non pas dans le sens de la difficulté des questions, mais dans [celui] de la complexité de l’évaluation elle-même», avance Antoine Bosselut, professeur assistant et membre du Centre IA de l’EPFL.

Maximiser l’impact de la recherche universitaire grâce à l’IA

Selon Dashun Wang, Directeur  du Center for Science of Science and Innovation à la Northwestern University à Evanston (Illinois), l’utilisation des outils d’intelligence artificielle (IA) peut aider les universités à maximiser l’impact de sa recherche. Les algorithmes peuvent identifier les scientifiques ayant besoin d’aide pour le soutien technologique et détecter les lacunes et les «goulots d’étranglement» qui entravent les avancées technologiques. Monsieur Wang et ses colloborateur·ices ont lancé un projet pilote à l’université Northwestern qui a révélé que certain·es chercheur·es n’étaient pas conscient·es de l’impact commercial de leurs travaux, mettant en évidence le potentiel inexploité. Ce projet a également montré des disparités de genre et de statut (titularisation) dans le dépôt de brevets. Ainsi, selon Monsieur Wang, les outils de l’IA peuvent aider à repérer ces inégalités et à promouvoir l’innovation. Cependant, Dashun Wang reconnait que les universités doivent équilibrer leurs rôles multiples sans privilégier excessivement la recherche appliquée au détriment de la recherche fondamentale.

 

ChatGPT menace les cours de langues

L’intelligence artificielle (IA) dans le domaine linguistique pose des défis majeurs pour les universités et les traducteurs·ices. Selon la journaliste du Bilan, les universités voient «l’intérêt pour l’apprentissage des langues étrangères dans l’enseignement supérieur diminue[r]», avec des fermetures de départements de langues notables dans le monde entier. Parallèlement, l’amélioration de la traduction automatique menace l’emploi des traducteur·ices humain·es, réduisant leur demande et impactant leurs revenus. Cette évolution suscite des craintes quant à l’avenir de ces professions et à la perte de connexion humaine au langage dans un monde de plus en plus dominé par l’IA. Pour la journaliste spécialiste des nouvelles technologies, Emily Turrettini, «[i]l est essentiel de reconnaître ce qui pourrait être perdu. L’apprentissage d’une langue va au-delà de la simple acquisition de vocabulaire et de grammaire; il implique une immersion dans une nouvelle manière de voir et d’interpréter le monde. Les nuances subtiles de signification, l’humour, les allusions historiques et les contextes sociaux ne sont souvent compréhensibles qu’à travers une connaissance approfondie de la langue et de la culture.»

La Suisse arrive deuxième au classement mondial de la compétitivité de l’IMD

«Le classement [World Competitiveness Ranking de l’IMD] passe au crible quatre indicateurs avec divers sous-facteurs: performance économique, efficacité du gouvernement, efficacité des entreprises et infrastructure.

La Suisse arrive en tête pour deux des quatre indicateurs, à savoir l’efficacité du gouvernement et de l’infrastructure. La stabilité politique, le système éducatif et la qualité de vie élevée sont autant d’atouts.» (Blick)

Selon [le classement], les principaux défis de compétitivité des économies mondiales en 2024 résident dans la transition vers une économie circulaire et à faible émission de carbone, la prise en compte de l’intégration croissante des marchés émergents dans l’économie mondiale et le suivi de la transformation numérique.

Par ailleurs, pour 55,1% des personnes interrogées dans l’étude de l’IMD, l’adoption de l’intelligence artificielle (IA) est perçue comme la tendance majeure qui aura le plus d’impact sur la compétitivité des entreprises en 2024. Viennent ensuite, le risque de ralentissement économique mondial (52%) et les conflits géopolitiques (36,1%). (RTS)

ChatGPT: «L’écriture dans le monde post-littéraire»

Eduard Kaeser, physicien et docteur en philosophie, aborde la relation entre l’être humain et la technologie. En particulier il se penche sur la question de l’écriture et de sa transformation avec l’émergence de l’outil ChatGPT.

L’auteur explore la question à travers la position qu’avait Platon sur l’écriture: «Platon, on le sait, n’avait pas une grande estime pour la parole écrite. L’écriture ne parle pas en retour […]. L’écriture «ne donne aux élèves […] que l’apparence de la sagesse, pas la vérité elle-même. Ils entendent […] beaucoup de choses sans véritable enseignement et pensent maintenant être devenus très savants, alors qu’ils sont le plus souvent ignorants et en outre difficiles à traiter, parce qu’ils se croient sages au lieu de l’être […]».» Cette critique est élargie aux générateurs de textes tels que ChatGPT, qui fournissent également «l’apparence de la sagesse […] sans véritable enseignement».

Selon l’auteur, «[u]n monde post-littéraire s’ouvre à nous, dans lequel la maîtrise de l’écriture, technique culturelle vénérable, semble perdre de son importance». Ainsi, la position de Platon, selon lequel «le dialogue est la forme d’expression la plus élevée», est réaffirmée et l’auteur indique que «la véritable performance ne réside pas dans l’écriture, mais dans la lecture [et l’interprétation]». L’auteur propose ainsi qu’une des missions de l’éducation soit davantage axée sur l’interprétation des textes plutôt que sur leur production. Selon Monsieur Kaeser, il faut donc repenser la relation avec la technologie et l’écriture dans le contexte actuel de l’éducation, en valorisant les leçons de Platon sur l’importance du dialogue.

«Pourquoi la Suisse devrait-elle profiter le plus de l’IA parmi tous les pays ?»

«Selon une analyse du cabinet de conseil PwC, la Suisse a le plus grand potentiel de croissance parmi 20 pays industrialisés dans le domaine de l’intelligence artificielle générative (GenAI). Dans le meilleur des cas, le secteur pourrait augmenter le produit intérieur brut de plusieurs milliards. […] Ce potentiel de croissance est expliqué par le fait que les secteurs de la technologie et des logiciels ainsi que les entreprises des médias, de la pharmacie et de la finance devraient être les plus grands bénéficiaires de la nouvelle technologie : «En Suisse, ces secteurs sont particulièrement bien représentés par rapport à des pays moins affinitaires avec l’IA comme l’Allemagne ou la France»»