Le média insideparadeplatz.ch rapporte que l’EPFZ aurait mis en garde ses étudiant·es contre une invitation à un congrès étudiant à Xi’an (Chine), intitulé China-Europe Youth Dialogue on Civilizations, car la direction considère que participer à cet événement pourrait poser des risques juridiques liés au transfert de savoir-faire scientifique potentiellement soumis à des règles strictes de contrôle des exportations. L’institution rappelle que bien que la participation ne soit pas illégale, les étudiant·es ne doivent ni transporter d’ordinateurs ou informations sensibles ni discuter de travaux non publiés sous peine de violer les régulations suisses sur l’exportation de technologies.
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Sujet: risques pour la recherche
Orla Feely, présidente de l’University College Dublin et de l’association universitaire CESAER, donne son point de vue sur les perturbateurs actuels qui menacent les universités et défend également les bénéfices sociétaux du modèle universitaire moderne à forte intensité de recherche.
Orla Feely, qui a nommé ces perturbateurs sur le signe de la lettre D («D is for disruption»), précise que ces éléments ne sont pas tous vécus par toutes les universités, mais que celles-ci en vivent au moins toutes une combinaison.
«Demographics»: la chute du taux de natalité actuel signifie un bouleversement démographique dans l’enseignement supérieur. La génération actuelle d’étudiant·es travaille souvent à temps partiel à coté des études, fait des longs trajets et des problèmes de santé mentale sont une réalité pour beaucoup d’entre eux (et elles). Nées avec le numérique et les réseaux, ces personnes auraient une vision et des attentes en matière d’enseignement et d’apprentissage très différentes des générations précédentes.
«Deglobalisation»: la mobilité des personnes et des idées, dont dépend la santé des universités, est actuellement souvent remise en question, avec un éloignement croissant de l’«open innovation, open science», au profit d’un accent mis sur la compétitivité industrielle. Le financement croissant dans la «Defence» a également des implications pour le financement et la nature des recherches.
«Digitalisation»: les technologies numériques de l’intelligence artificielle ont un profond impact sur l’enseignement, la recherche et l’innovation. Mais aussi sur le monde du travail et les sociétés de manière plus générale, pour lesquels les universités ont «un rôle très important à jouer dans notre réponse collective».
«Deficits»: de nombreuses universités rencontrent actuellement des problèmes financiers, qui menacent leur indépendance. Les pressions financières sur les gouvernements ainsi que sur les potentiel·les étudiant·es sont également des éléments-clés.
«Distrust»: la confiance envers les expert·es et les universités diminue au sein de la société. Les universités sont souvent accusées d’éloignement ou même de divergence par rapport aux communautés qu’elles servent.
«Division»: des questions de divisions et de colère se sont manifestées sur les campus. Les activités et valeurs des universités sont devenues le centre de débats sociétaux très polarisés. «L’équilibre entre l’engagement institutionnel en faveur d’un échange ouvert de points de vue et la dignité et le respect est souvent précaire.»
«Pour y remédier avec succès, il faut tout d’abord comprendre ce qui pourrait être perdu. Il faut ensuite s’engager à trouver des solutions, être capable de changer et savoir motiver, communiquer et susciter un large soutien en faveur des nombreuses façons dont l’enseignement supérieur et la recherche engagés peuvent transformer le monde.»
Lundi 4 août, une étude publiée dans PNAS, la revue de l’Académie nationale des sciences des États-Unis, fait état d’un nombre croissant de falsifications et pratiques frauduleuses dans les revues de recherche scientifique. Les auteur·ices constatent une forme d’industrialisation de la fraude par le biais d’usines à articles («paper mills») et mettent en avant la complicité des rédacteur·ices en chef de revues dans la publication de faux articles.
Afin de réaliser leur recherche, les auteur·ices ont analysé la revue américaine PLOS One. Dans un premier temps, les auteur·ices ont analysé les éditeur·ices au taux anormalement élevé de publications acceptées. L’étude relève que 45 des éditeur·ices de la revue ont vraisemblablement été impliqué·es dans des pratiques frauduleuses. Dans un deuxième temps, les auteur·ices se sont intéressé·es aux graphiques ou photos d’expériences dupliqués dans une ou plusieurs publications différentes. Ces images ayant été publiées dans un court laps de temps et par des éditeur·ices voisin·es, laissent penser l’existence de formes d’industrialisation de la fraude. Ils et elles notent également que lorsque certaines revues scientifiques dites «prédatrices» (publiant des articles sans véritable contrôle) se font exclure des bases de données reconnues, les auteur·ices peu scrupuleux·euses passent simplement à une autre revue du même type selon le phénomène appelé «journal hopping». (Le Monde)
La détection des réseaux d’éditeurs telle que pratiquée par cette équipe de chercheur·euses «est tout à fait nouvelle», avance Alberto Ruano Raviña, de l’Université de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne (The Economist).
Selon les estimations, environ 1 à 2 % de toutes les études publiées aujourd’hui sont falsifiées, et avec l’intelligence artificielle, les contrefaçons devraient devenir de plus en plus indétectables (NZZ). «Le nombre d’articles rétractés et d’articles commentés par PubPeer double respectivement tous les 3,3 et 3,6 ans, tandis que le nombre total de publications double tous les quinze ans. Et les articles suspectés d’être issus d’usines à papier doublent tous les 1,5 an», écrivent ainsi les auteur·ices de l’étude (Le Monde).
Selon les informations de la NZZ, «une grande partie des usines à articles et de leurs clients se trouvent en Chine, en Russie ou en Inde. Et la plupart des contrefaçons sont publiées dans des revues inconnues ou déjà réputées pour leur mauvaise qualité». Toutefois, «ce qui se passe avec PLOS One est alarmant, car cela montre que même les revues basées aux Etats-Unis, et celles dans lesquelles nous publions nous-mêmes, peuvent être touchées», explique Thomas Stoeger, enseignant-chercheur en biologie moléculaire et coauteur de l’article (Le Monde). Ces fraudes créent de plus un nouveau problème généralisé difficilement contrôlable. Les revues systématiques, qui résument les résultats de nombreuses études, risquent d’être polluées par ces articles et études frauduleux.
Ce nombre croissant de fraudes serait dû aux incitations créées par le système scientifique actuel, le nombre d’articles publiés et leur fréquence étant des critères importants pour l’attribution de postes, de promotions et de fonds de recherche (logique du «publish or perish»). Actuellement peu de mesures sont en place pour lutter contre ce phénomène. Généralement, ces détections de publications falsifiés sont faites par des bénévoles qui laissent des commentaires sur des plateformes en ligne telles que Pubpeer.
Selon la journaliste de la NZZ, «les incitations dans le système scientifique doivent changer. Si la qualité de la recherche prime sur le nombre de publications, l’achat de contrefaçons ne vaut plus la peine». De plus en plus d’initiatives vont dans ce sens. Depuis 2022, les scientifiques souhaitant solliciter des fonds au Fonds national suisse «doivent présenter un CV narratif, au lieu d’un CV classique accompagné d’une longue liste de publications».
Le Conseil scientifique allemand (Wissenschaftsrat) a déclaré dans un communiqué : «Le tournant international en matière de politique de sécurité pose également des défis fondamentaux au système scientifique et à notre société : les cyberattaques, l’influence et la fuite des connaissances menacent les universités et les instituts de recherche allemands.» Le Conseil «appelle à une sensibilisation accrue et à une gestion professionnelle des risques liés au savoir». Il liste ainsi les menaces actuelles envers la recherche:
- La fuite des connaissances, en citant notamment l’exemple du réseau Khan.
- L’influence indésirable, en particulier des gouvernements. Le gouvernement chinois est cité en exemple, des professeur·es étant signalé·es aux autorités et des autorités annulant certaines activités scientifiques.
- Les dépendances financières et scientifiques. Les collaborations avec les États-Unis sont actuellement inquiétées.
- La violation des principes éthiques de la recherche, en particulier le cas de l’anonymisation des sources dans le contexte de questions de migration par exemple.
- Les partenaires de pays critiques. «La collaboration avec des partenaires scientifiques ou économiques comporte également des risques potentiels. […] Le risque de fuite des connaissances est double.» Des erreurs conscientes peuvent être intégrées à des modèles et des bases de données sensibles peuvent être mises en accès.
Finalement, Conseil scientifique allemand plaide pour une plate-forme nationale pour la sécurité des connaissances, qui devrait être mise en place le plus rapidement possible. «En tant que point de contact central, elle doit soutenir les acteurs scientifiques de manière rapide et non bureaucratique dans l’évaluation des risques liés aux connaissances en leur fournissant des informations complètes.» L’article publié sur wissenschaftsrat.de comporte un schéma qui «résume de manière idéale l’évaluation des risques».
«La littérature scientifique est polluée par de faux manuscrits produits par des paper mills ─des entreprises qui vendent de faux travaux et de fausses signatures à des chercheurs qui ont besoin de publications dans des revues pour leur CV.»
«Une analyse non-publiée communiquée à Nature suggère qu’au cours des deux dernières décennies, plus de 400 000 articles de recherche présentant de fortes similitudes textuelles avec des études connues produites par des paper mills ont été publiés. Environ 70 000 d’entre eux ont été publiés rien que l’année dernière […]. L’analyse estime que 1,5 à 2 % de tous les articles scientifiques publiés en 2022 ressemblent étroitement à des travaux produits par des paper mills. Parmi les articles de biologie et de médecine, ce taux s’élève à 3 %.» (Nature.com)
«L’homme derrière tout cela est Adam Day, directeur de la société londonienne «Clear Skies». Il a conçu une intelligence artificielle qui lit les bases de données scientifiques du monde entier et doit distinguer les travaux suspects de ceux qui ne le sont pas. Il le fait à la demande expresse et avec le soutien des revues spécialisées.»
Certains des plus grands se font avoir. Pour rappel, en 2021 la «Royal Society of Chemistry (RSC) de Londres a dû reconnaître […] qu’elle était tombée dans le piège de copieurs. Elle n’avait pas publié que des plagiats isolés, mais 69.» (Die Welt)
«Selon une étude publiée le 6 novembre dans Cell Reports Physical Science, un outil d’apprentissage automatique peut facilement repérer les articles de chimie rédigés à l’aide du chatbot ChatGPT. Le classificateur spécialisé, […] pourrait aider les éditeurs universitaires à identifier les articles créés par des générateurs de texte IA.»
«Testé sur des introductions écrites par des personnes et sur des introductions générées par l’IA à partir des mêmes revues, l’outil a identifié les sections écrites par ChatGPT-3.5 sur la base des titres avec une précision de 100 %. Pour les introductions générées par ChatGPT et basées sur des résumés, la précision était légèrement inférieure, à 98 %. L’outil a fonctionné tout aussi bien avec le texte écrit par ChatGPT-4, la dernière version du chatbot.» Ces résultats sont nettement supérieurs que ceux performés par «l’outil de classification de texte produit par OpenAI, le fabricant de ChatGPT » et que ZeroGPT.
Pour l’Angleterre et les Etats-Unis, les ambitions sont de « […] renforcer [les] capacités de recherche en matière d’IA, […] notamment sur des efforts visant à élargir l’accès aux puissants superordinateurs nécessaires à l’entraînement des IA.» Signée la semaine passée par de nombreux états à Bletchley, la déclaration éponyme «[…] prévoit de mieux évaluer et gérer les risques liés à la puissance de l’IA «frontier», c’est-à-dire des systèmes avancés susceptibles d’être utilisés pour développer des technologies à risque, telles que les armes biologiques. Pionnier de l’IA et directeur scientifique de Mila, l’Institut québécois de l’IA au Canada, Yoshua Bengio souligne le rôle très dominant des entreprises dans le domaine, et les profits convoités. «Nous avons besoin d’universitaires et d’organisations financées par le gouvernement qui travaillent réellement à la protection du public pour pouvoir mieux comprendre ces systèmes» dit-il. (Nature)
Le ministre français de l’économie Bruno Le Maire se montre ouvertement ironique, déclarant que «[s]i l’on écoute certaines présentations apocalyptiques, on a l’impression que des robots hostiles vont débarquer dans nos rues.» (03.11 – Le Monde) «Certains voient dans les discours alarmistes un détournement de l’attention d’autres problèmes plus immédiats, comme les erreurs, les biais discriminatoires, le respect du droit d’auteur ou l’impact sur l’emploi. Lors du sommet, ce discours a été relayé par [la vice-présidente des Etats-Unis] Kamala Harris – qui a jugé ces risques «existentiels pour ceux qui les vivent».» (04.11 – Le Monde)
Avis partagé par un auteur d’un article dans Science Business, qui remarque que «[l]es universités de l’UE ont été pratiquement exclues du sommet britannique sur la sécurité de l’IA […]. 46 universités, groupes de réflexion et centres de recherche ont été invités, mais une seule institution de l’UE – University College Cork – a reçu une invitation par courrier, alors que le Québec, à lui seul, comptait trois institutions présentes.» Il s’interroge : «Mais qu’est-ce que tout cela signifie pour les chercheurs universitaires, qui ont été laissés de côté par les entreprises technologiques américaines et chinoises lorsqu’il s’agit de construire des modèles d’IA de pointe ?»
Dritjon Gruda, Professeur adjoint en comportement organisationnel à l’Université nationale d’Irlande à Maynooth, raconte les défis rencontrés lorsqu’on soumet un article à une revue. Pendant la pandémie de COVID-19 il a soumis, avec ses collègues, «un article à une revue de premier plan dans [leur] domaine […]. Il s’agissait d’un article urgent, car les gens commençaient à s’adapter au fur et à mesure que la pandémie s’accélérait. L’article est resté en suspens pendant plusieurs mois sans même être soumis à un examen par les pairs. Les nombreux courriels envoyés à la revue n’ont rien donné. [Ils ont] dû retirer l’article et le soumettre ailleurs, perdant ainsi un temps précieux. Cette situation aurait pu être évitée [s’ils avaient] été autorisés à soumettre le manuscrit ailleurs simultanément».
En effet, il est interdit de soumettre simultanément un article à plusieurs revues. Monsieur Gruda explique néanmoins que cette interdiction «semble dépassée et, parfois, grossièrement injuste». Selon lui, la numérisation permet aujourd’hui de pouvoir adapter les normes de l’édition «aux besoins et au rythme de la recherche contemporaine». En effet, l’interdiction entrave non seulement la carrière des chercheur·es, mais aussi «la rapidité de la diffusion scientifique, un facteur crucial dans de nombreux domaines tels que la science du climat, la santé et la médecine, où le partage des connaissances en temps opportun est primordial. La prolifération rapide des articles préimprimés lors de la pandémie de COVID-19 a démontré les avantages d’un partage rapide de l’information, même si ces articles n’ont pas encore été examinés par des pairs».
La semaine passée on apprenait par la NZZ am Sonntag que le Conseil de fondation du Fonds national suisse (FNS) avait décidé que le Conseil de la recherche «devrait à l’avenir se concentrer davantage sur les questions stratégiques de l’encouragement de la recherche» et que l’évaluation des requêtes d’encouragement ne sera plus à l’avenir une tâche du Conseil de la recherche, mais sera laissée dans les mains d’expert·es externes. Selon une enquête menée en août auprès des conseils de la recherche, seulement 12 pour cent des personnes interrogées soutiennent ce changement.
Le Président du Conseil de la fondation et ancien Conseiller national, Jürg Stahl (UDC), fait savoir à travers une lettre adressée à tous les membres du Conseil de la recherche que la décision du Conseil de fondation de fin août a été révisée. En effet, «le Conseil de fondation fait marche arrière» en ayant «suivi l’argumentation des chercheurs, qui considèrent l’évaluation des projets comme l’une de leurs tâches principales». Dans cette lettre, Monsieur Stahl écrit «qu’il espère que cette décision contribuera à rétablir la confiance mutuelle entre le Conseil de fondation et le Conseil de la recherche du FNS».
Finalement, «[p]our les réformes prévues, le Fonds national veut désormais se donner deux mois de plus, afin de calmer la procédure qui se déroulait jusqu’ici sous une forte pression du temps».
«Le Fonds national suisse (FNS) est la principale organisation d’encouragement scientifique du pays. […] Le conflit s’enflamme au sujet de la réforme structurelle «Go 2024» lancée il y a environ deux ans par le conseil de fondation, peut-être la plus grande transformation de la fondation depuis sa création en 1952.» Angelika Kalt, directrice du FNS et Matthias Egger, président du Conseil de la recherche du FNS préconisent d’intégrer une nouvelle structure au FNS.
Cela n’est pas au goût du Conseil de la recherche «[qui] devrait à l’avenir se concentrer davantage sur les questions stratégiques de l’encouragement de la recherche. Le Conseil de la recherche perdrait ainsi son activité principale actuelle, l’évaluation des requêtes d’encouragement. Il ne procéderait plus lui-même à l’évaluation, mais réunirait à la place des panels d’experts externes et les superviserait afin de garantir la qualité de la procédure.»
«De nombreux chercheurs voient même dans la pratique actuelle de l’évaluation la véritable force du Fonds national, qu’il faut préserver. Ainsi, une enquête menée en août auprès des conseils de la recherche a révélé que 87 pour cent d’entre eux continuent de soutenir un rôle actif dans l’évaluation des requêtes de recherche. En revanche, seuls 12 pour cent des personnes interrogées soutiennent l’externalisation à des experts externes, dont beaucoup devraient venir de l’étranger, décidée par le Conseil de fondation.»
La proposition de budget de 2025 à 2028 du Conseil fédéral pour la formation, la recherche et l’innovation provoque du mécontentement. Une enveloppe de 29,7 milliards, ce n’est pas assez, arguent les organisations du Réseau Future, qui regroupe swissuniverities, le Fonds national suisse (FNS), le Conseil des Ecoles polytechniques fédérales (EPF), Innosuisse et les Académies des sciences. «Si le Conseil fédéral veut atteindre l’objectif fixé d’un pôle de savoir de premier plan pour le bien de toute la Suisse […], des corrections sont nécessaires afin de relever le cadre financier» avancent-elles.
Swissuniversities prévient que si le budget n’est pas revu à la hausse, il risque d’y avoir «une réduction douloureuse des prestations fournies par les hautes écoles suisses». Même discours venant du Conseil des EPF, qui «ne pourront «remplir que de manière limitée leur rôle de moteur de l’innovation et de formateur de spécialistes dont la Suisse a un besoin urgent».»
La directrice du FNS, Angelika Kalt, avertit qu’aujourd’hui déjà «le nombre de requêtes auxquelles [ils donnent] suite diminue.» Les fonds qui sont débloqués ne parviennent pas à suivre le nombre de requêtes, qui «croissent chaque année de 5%». Elle s’inquiète que les scientifiques de talent, en manque de soutien, préfèrent partir à l’étranger.
Les scientifiques en ont assez de perdre du temps à reformater leurs articles. Selon une étude publiée le 10 mai dans BMC Medicine, «[…] en 2021, les scientifiques du monde entier ont perdu 230 millions de dollars US à reformater les articles envoyés aux revues biomédicales.» Leurs calculs montrent qu’entre 2022 et 2030 ces pertes pourraient s’élever à 2,5 milliards de dollars si la situation n’évolue pas.
«Ce sont surtout les incohérences entre les lignes directrices des revues qui obligent les chercheur·euses à reformater et parfois à réécrire leurs manuscrits» explique Laura Hilton, génomicienne en cancérologie à BC Cancer à Vancouver, au Canada. «[…] Les revues fixent des limites très différentes en ce qui concerne le nombre de caractères du titre d’un article, le nombre de mots du résumé, la longueur de la liste de références, etc. »
Le Professeur de l’EPFL, Vincent Kaufmann, a expliqué dans un article du Blick qu’«une solution pour lutter contre les bouchons et la pollution [serait] d’ abaisser la vitesse autorisée à 60 km/h sur les autoroutes». Cela a provoqué une réaction de Andreas Glarner, Conseiller national UDC, qui a écrit sur Twitter que «[n]ous devons urgemment faire le ménage dans les universités!». Il a ensuite déclaré que «[l]es chercheurs doivent faire de la recherche, pas de la politique. Limiter la vitesse autorisée à 60 km/h sur les autoroutes enverrait notre économie et notre industrie droit dans le mur». Emmanuel Barraud, porte-parole de l ‘EPFL dit que l’EPFL «défend évidemment le travail de [ses] chercheuses et chercheurs, ainsi que leur liberté d’expression et d’opinion, pour autant que leur propos reposent sur des bases scientifiques».
Une étude historique sur Emil G. Bührle, commerçant d’armes et collectionneur d’art a été faite par l’Université de Zurich. Ce projet de recherche visait à réévaluer l’histoire des origines d’une collection d’art qui sera exposé prochainement au Kunsthaus Zürich. Il s’agissait d’éclairer la relation que le commerçant entretenait avec le régime nazi et plus largement avec l’extrême droite.
Cependant, au début de cette année, le rapport fait polémique : des membres du comité de pilotage, représentant la Fondation Bührle, auraient interféré avec la recherche pour essayer de minimiser les connexions du commerçant avec l’extrême droite. Un assistant de recherche a sonné l’alarme et a déclenché une investigation. Deux rapports d’experts confirment qu’il y a eu une interférence «inacceptable» pendant la recherche. Un des experts, Jakob Tanner, considère que c’était une erreur de créer un comité de pilotage. Cet aveu a également été fait par le Maire de la ville de Zurich, Corine Mauch et la Conseillère d’État, Jacqueline Fehr (PS).
Selon un commentaire paru dans la NZZ et un article de la Wochenzeitung (WOZ), L’Université de Zurich manque d’autocritique : «Le Recteur Christian Schwarzenegger a présenté les rapports comme si l’université avait tout fait correctement. […] Cependant, elle pourrait bien être reconnaissante à son ancien assistant de recherche qui a […] mis en question le comité de pilotage et prévenu les euphémismes de la Fondation Bührle.»
«Coup dur pour l’immense projet Venice Time Machine, basé à l’EPFL, et qui veut tirer profit des technologies numériques pour faire parler les documents historiques de Venise et reconstruire le développement urbain et social de la Sérénissime à travers les siècles: les Archives d’Etat ont indiqué vouloir cesser leur collaboration.» Sans accès aux manuscrits stockés dans ces archives, «c’est tout le projet, qui a récemment acquis une vaste dimension européenne, qui se voit remis en question.»
Le 2 septembre 2019, lors d’une événement réunissant des dirigeant·e·s de grandes entreprises ainsi que des universités suisses, une initiative visant à créer une plate-forme pour les questions d’étiques liées à la numérisation sera proposée. Celle-ci vise à s’inscrire dans la tradition humanitaire genevoise.
De cette manière, l’objectif est de formuler des normes éthiques concernant les progrès technologiques afin de maîtriser les risques du développement rapide. Ceux-ci sont en lien avec l’intelligence artificielle, l’automatisation, la collecte et l’utilisation des données personnelles.
Cette réunion rassemblera des acteur·trice·s tel·le·s que, Adecco, Credit Suisse, UBS, Migros, Roche, SwissRe, Zurich Assurance, Swisscom et CFF. Mais également, les présidents des Écoles polytechniques fédérales de Lausanne et Zurich.
L’institut Confucius dont la situation était à risque, sera donc maintenu à la villa Rive-Belle.
Dirigé par Basile Zimmermann, Maître d’enseignement et de recherche, cet établissement abritant un centre de recherche et d’enseignement interdisciplinaire sur la Chine contemporaine, a été mis à disposition de l’Université de Genève (UNIGE) par le Conseil d’État. Néanmoins, cette décision pouvait faire l’œuvre d’une résiliation en cas de besoin justifié.
À ce jour, le bilan de l’institut Confucius est «extrêmement positif». En effet, ce dernier a accueilli en l’espace de 8 ans, «10 projets de recherche; 14 chercheurs invités; 49 conférences; 61 ateliers; 76 séminaires; 57 cours; 29 visites officielles; 86 événements; et a participé à 48 événements scientifiques externes.»
À l’Université de Berne (UNIBE), le financement du centre de recherche sur l’environnement, également nommé «Centre Wyss» reste incertain. Celui-ci provient du milliardaire et mécène bernois Hansjörg Wyss vivant actuellement aux États-Unis, et qui a annoncé vouloir payer 100 millions de francs, aux côtés des 100 millions de contribution de l’université et du canton.
Au printemps 2019, le Grand Conseil a pour sa part déjà accepté de donner 50 millions de francs pour ce projet. Néanmoins, du côté de l’entrepreneur Hansjörg Wyss, aucun financement n’a pour l’instant été mis en place.
La Direction des affaires économiques rappelle qu’à ce jour, aucun contrat n’a été signé en vue de ce financement. Par conséquent, le milliardaire maintient ainsi le canton et l’université sur ses gardes.
En raison de l’incertitude quant à l’avenir de l’accord-cadre européen, la coopération Suisse-UE en matière de recherche et d’innovation est à risque.
La Suisse n’étant pas directement impliquée dans le programme Horizon 2020, l’Association des associations étudiantes suisses (VSS) exige donc d’être pleinement associée au programme qui lui succèdera, Horizon Europe. Cette volonté vise à éviter un isolement de la Suisse dans le secteur de l’éducation. En effet, celle-ci ne serait plus en mesure de maintenir son rôle de pionnier dans le domaine en question.
En parallèle, le Conseil fédéral soutien la promotion des échanges éducatifs. Pour cela, le projet de révision de la loi fédérale sur la coopération internationale et la mobilité dans le domaine de l’éducation prévoit que les échanges doivent perdurer, sans dépendre de la participation effective au programme Erasmus+.
Sur la base d’un projet de loi, le gouvernement hongrois a pris le contrôle des principaux instituts de recherche nationaux. Il s’agit de la dernière avancée d’un long combat entre le gouvernement et l’Académie hongroise des sciences (HAS). Dès lors, le projet de loi stipule que le réseau des instituts sera régi par un panel de 13 personnes – nommées par le Premier ministre Viktor Orbán – qui prendra toutes les décisions importantes, y compris la nomination de leurs directeur·trice·s scientifiques.
Pour cela, le 2 juin 2019, des milliers de scientifiques ainsi que leurs partisan·e·s ont défilé dans les rues de Budapest, afin de montrer leur désaccord face à un tel projet de loi. Ce dernier s’avère inquiétant pour plusieurs raisons. D’une part, il restreindra la liberté académique ainsi que l’autonomie des instituts de recherches. D’une autre, l’avenir incertain du budget pourrait également porter préjudice en matière d’innovation.