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Tendances des 2 dernières semaines

Sujet: impact des universités

La science et le bien commun

La science invoque régulièrement l’idée de servir l’intérêt général, ne serait-ce que pour justifier, en partie, son financement public. Pourtant, on reconnaît de plus en plus que les structures et les mécanismes d’incitation actuels en matière de recherche font obstacle à la réalisation de cet idéal.

Les autrices de cette publication proposent une conception en réseau qui considère la science comme inhérente au bien commun et constitutive de celui-ci, inspiré de la tradition aristotélicienne.

«L’UNIGE crée une nouvelle chaire dédiée aux risques naturels»

Une nouvelle chaire dédiée aux laves torrentielles a été créée par l’Université de Genève, dirigée par Markus Stoffel. «L’idée est de «mieux comprendre à quel degré le changement climatique va influencer ces processus et comment», relève-t’il.

Il s’agit aussi d’évaluer comment ces mécanismes vont impacter l’aménagement du territoire et donner à la population et aux autorités la possibilité de se préparer.

Faut-il plus d’études holistiques ?

Luc Saner, co-initiateur du Komitee für die Einheit der Wissenschaft und ein echtes Studium
generale et ancien parlementaire à Bâle-Ville (PLR) et auteur du livre «Allgemeiner Teil der Wissenschaften» (2023) et Beat Berber, membre du comité et spécialiste de communication pour les hautes écoles plaident pour plus d’unité dans la science pour répondre aux défis contemporains. Bien que les progrès scientifiques ont rarement été aussi importants qu’aujourd’hui, ils ne traduiraient pas assez en résolution de crises mondiales.

Les auteurs déclarent : « L’humanité ne tire pas suffisamment parti de la proposition désormais élevée de diplômé·es de l’enseignement supérieur occupant des postes à responsabilité. La communication au sein de la communauté scientifique est principalement guidée par des intérêts particuliers et une étroitesse d’esprit ». 

Ils citent entre autres un sondage de Nature qui indiquerait que «73 % des chercheurs n’y connaissent rien en politique ; à l’inverse, 80 % des politiciens ne comprennent pas comment fonctionne la science.»

Pour répondre à la fragmentation entre science et politique, il faudrait « un changement de paradigme vers l’unité de la science ». 

Interview avec Joël Mesot, président de l’EPFZ

Joël Mesot est revenu sur le classement de l’école dans le top 10 mondial au micro de la RTS.  La tradition, la culture d’excellence ainsi que la concurrence entre hautes écoles font, selon lui, rayonner le système suisse.

Il est revenu également sur les défis rencontrés en lien notamment avec la souveraineté numérique, les collaborations avec l’Europe ainsi que l’intérêt de la recherche pour la société.

«Comment l’économie suisse peut prospérer dans un monde plus hostile»

«À l’heure des tensions idéologiques et de l’avènement de l’IA, la Suisse doit miser sur son atout clé: l’excellence académique. Investir dans la recherche et préserver la liberté scientifique est essentiel pour attirer les talents et éviter un déclin aux conséquences durables.», écrit le professeur d’économie à l’Université de Lausanne Dominic Rohner. 

Il regrette par ailleurs «la chute drastique de la liberté académique à l’échelle planétaire».

«Le Swiss Polar Institute fait rayonner l’engagement scientifique helvétique»

«Plus d’une centaine de personnes issues des milieux politiques, diplomatiques et scientifiques se sont réunies mercredi à quelques pas du Palais fédéral à Berne pour discuter des enjeux climatiques mondiaux du point de vue des sciences polaires. En jeu: la contribution suisse en matière de recherches sur les pôles via son institut polaire, le Swiss Polar Institute, basé à Sion depuis dix ans.»

Campus Energypolis en Valais : un écosystème rentable

Une étude de l’Institut de macroéconomie appliquée (CREA) de l’UNIL, basée sur des données datant de 2024, établit l’impact économique du Campus Energypolis à 175 millions de francs. Le campus repose sur un partenariat stratégique entre le Canton du Valais et l’EPFL Valais Wallis, laquelle assure le pilier de la recherche fondamentale en intégrant une expertise scientifique au sein d’un écosystème local.

«Penser la recherche autrement : comment l’université de Lausanne se rêve en laboratoire de la transition écologique»

«L’établissement s’est lancé dans une révolution avec le lancement d’assises pour modifier en profondeur ses pratiques. Un panel de 70 volontaires réfléchit à de nombreux enjeux liés à la transition écologique, avec la possible remise en cause de piliers académiques.»

«La recherche fondamentale à la source de l’innovation et du bien-être social»

«Le FNS consacre la majeure partie de son budget à la recherche fondamentale, un investissement qui porte ses fruits. Il présente désormais les bénéfices des nouvelles découvertes dans une série d’articles et de vidéos. […]

« Nous mettons ainsi davantage l’accent sur le lien entre résultats de la recherche et réussite économique », explique Christophe Giovannini, responsable de la communication du FNS. « Ce lien n’est en effet pas très visible de prime abord. »»

Le premier article de cette série est sur l’importance de la recherche fondamentale pour les assureurs.

«Ce n’est qu’en croisant les regards que nous parviendrons à trouver des solutions aux défis environnementaux de demain»

Dans son dernier blog, Frédéric Herman, recteur de l’UNIL, souligne l’importance que la société pouisse s’appuyer, lors d’un événement, comme par exemple l’éboulement survenu à Blatten, sur une expertise solide et interdisciplinaire, comme celle que développe l’UNIL dans son Centre d’Expertise sur les Extrêmes Climatiques.

Sorbonne tourne le dos au classement des universités THE

L’Université de la Sorbonne (France) a annoncé son retrait du classement Times Higher Education (THE), rejoignant un mouvement croissant d’universités qui rejettent les palmarès internationaux jugés réducteurs et opaques.

Selon sa présidente, Nathalie Drach-Temam, ces classements fonctionnent comme des « boîtes noires » : leurs méthodes manquent de transparence, posent des questions éthiques et ne reflètent pas la diversité des missions universitaires (recherche, enseignement, engagement sociétal). La Sorbonne dénonce l’usage d’indicateurs quantitatifs amalgamés en un score unique, incapable de représenter la richesse des activités d’une université.

Ce retrait s’inscrit dans un mouvement international : des universités comme Yale, Harvard, Columbia, ou encore Zurich, ont déjà quitté les classements tels que US News, QS ou THE, pour privilégier des évaluations basées sur la qualité réelle plutôt que sur la quantité de publications.

La Sorbonne souligne que ces méthodologies, centrées sur les revues anglophones, biaisent les résultats au détriment des sciences humaines et sociales et négligent des dimensions essentielles comme l’inclusion, le développement durable ou le dialogue science-société. De plus, elles peuvent inciter les universités à adopter des stratégies superficielles pour améliorer leur rang, au lieu de renforcer durablement la qualité.

Membre de la Coalition for Advancing Research Assessment (CoARA), la Sorbonne soutient une réforme des méthodes d’évaluation afin de redonner aux établissements le contrôle de leurs critères. Elle participe aussi au classement Leiden, jugé plus transparent et fondé sur des données ouvertes.

Dans la même logique, l’université quitte la base de données Web of Science (Clarivate), critiquée pour son caractère fermé et son biais linguistique. Elle se tourne désormais vers des plateformes ouvertes et collaboratives comme OpenAlex, promouvant un modèle où les universités reprennent la maîtrise de leurs données et les rendent accessibles à la société.

Visite d’une délégation vietnamienne

Jeudi 9 octobre, la délégation vietnamienne provinciale de Khanh Hoa a rendu visite à l’Université de Lausanne. Une session de travail a été partagée, notamment afin de faire progresser la coopération internationale dans les domaines de l’éducation, de la santé et des sciences et technologies. Un lien spécial existe entre Khanh Hoa et l’Unil par l’héritage du Dr. Alexandre Yersin, un scientifique vaudois distingué ayant étudié à l’Académie de Lausanne [qui est devenu l’UNIL] et qui a passé la majeure partie de sa vie à vivre et travailler à Khanh Hoa.

«L’Unifr rapporte trois francs pour chaque franc investi»

«En 2024, chaque franc investi par l’Etat de Fribourg dans son université a généré 3 francs et 27 centimes de valeur ajoutée dans le canton. Telle est la conclusion la plus spectaculaire d’une analyse conduite par un bureau d’études bâlois, sur mandat de l’Université de Fribourg.» Le travail met également en évidence que «chacun des 1919 postes en équivalent plein-temps de l’Alma Mater a généré un demi-poste dans d’autres entreprises fribourgeoises». (La Liberté)

La rectrice Katharina Fromm a ainsi rappelé, dans le contexte d’austérité actuel, que l’Université n’est pas qu’un objet de dépenses, mais un véritable facteur économique de la ville et du canton de Fribourg. La valeur ajoutée générée par l’Université représenterait plus de 2% de l’économie cantonale. Selon la rectrice, les coupes envisagées par la Confédération pourraient priver l’Université de Fribourg de 5 millions de francs pour ces prochaines années, et le programme d’économies du canton 13,5 millions de francs dans le budget de l’établissement. «Si l’on considère qu’un franc investi dans l’Alma Mater en rapporte environ trois à l’économie régionale, la perte pour celle-ci dépasserait 50 millions.» (La Liberté)

Lancement du Réseau national de conseil scientifique

«Les institutions du domaine FRI lancent ensemble le Réseau national de conseil scientifique. Elles mettent ainsi en œuvre une décision du Conseil fédéral et l’accord de coopération conclu avec lui. Ce dispositif a pour mission d’anticiper les crises potentielles pour le pays et de fournir aux autorités des analyses scientifiques indépendantes et interdisciplinaires. […] La pandémie de Covid-19 a illustré de manière marquante la nécessité d’une collaboration étroite entre science et politique, et ce en amont des crises, afin d’établir une relation de confiance et de préparer les processus de travail.»

«N’oublions pas le savoir, pilier de notre prospérité»

Dans une lettre ouverte publiée dans les colonnes du Temps, des président·es de fondations membres de l’Association de Genève des fondations académiques (qui regroupe des fondations romandes qui soutiennent la recherche et la formation en Suisse) expriment leur incompréhension face aux mesures de réduction de soutien par la Confédération à la recherche et formation. Ils et elles s’inquiètent en particulier que les mesures envisagées n’ait pas fait l’objet d’études approfondies quant à leurs conséquences. Ils défendent: «Dans un pays où seuls dix des cantons abritent des universités, le financement fédéral est essentiel pour développer les synergies nationales, assurer la compétitivité de la Suisse et préserver le partenariat public-privé fondé sur l’engagement du secteur public.»

Les perturbateurs dans l’enseignement supérieur et la recherche

Orla Feely, présidente de l’University College Dublin et de l’association universitaire CESAER, donne son point de vue sur les perturbateurs actuels qui menacent les universités et défend également les bénéfices sociétaux du modèle universitaire moderne à forte intensité de recherche.

Orla Feely, qui a nommé ces perturbateurs sur le signe de la lettre D («D is for disruption»), précise que ces éléments ne sont pas tous vécus par toutes les universités, mais que celles-ci en vivent au moins toutes une combinaison.

«Demographics»: la chute du taux de natalité actuel signifie un bouleversement démographique dans l’enseignement supérieur. La génération actuelle d’étudiant·es travaille souvent à temps partiel à coté des études, fait des longs trajets et des problèmes de santé mentale sont une réalité pour beaucoup d’entre eux (et elles). Nées avec le numérique et les réseaux, ces personnes auraient une vision et des attentes en matière d’enseignement et d’apprentissage très différentes des générations précédentes.

«Deglobalisation»: la mobilité des personnes et des idées, dont dépend la santé des universités, est actuellement souvent remise en question, avec un éloignement croissant de l’«open innovation, open science», au profit d’un accent mis sur la compétitivité industrielle. Le financement croissant dans la «Defence» a également des implications pour le financement et la nature des recherches.

«Digitalisation»: les technologies numériques de l’intelligence artificielle ont un profond impact sur l’enseignement, la recherche et l’innovation. Mais aussi sur le monde du travail et les sociétés de manière plus générale, pour lesquels les universités ont «un rôle très important à jouer dans notre réponse collective».

«Deficits»: de nombreuses universités rencontrent actuellement des problèmes financiers, qui menacent leur indépendance. Les pressions financières sur les gouvernements ainsi que sur les potentiel·les étudiant·es sont également des éléments-clés.

«Distrust»: la confiance envers les expert·es et les universités diminue au sein de la société. Les universités sont souvent accusées d’éloignement ou même de divergence par rapport aux communautés qu’elles servent.

«Division»: des questions de divisions et de colère se sont manifestées sur les campus. Les activités et valeurs des universités sont devenues le centre de débats sociétaux très polarisés. «L’équilibre entre l’engagement institutionnel en faveur d’un échange ouvert de points de vue et la dignité et le respect est souvent précaire.»

«Pour y remédier avec succès, il faut tout d’abord comprendre ce qui pourrait être perdu. Il faut ensuite s’engager à trouver des solutions, être capable de changer et savoir motiver, communiquer et susciter un large soutien en faveur des nombreuses façons dont l’enseignement supérieur et la recherche engagés peuvent transformer le monde.»

Les coupes budgétaires à l’UNIL font bondir les Jeunes Verts

Le Conseil d’État vaudois prévoit de sabrer dans la subvention de l’Université de Lausanne dès 2026. Une cure d’austérité qui inquiète la direction et les Jeunes Verts, qui dénoncent une mesure «destructrice» pour l’enseignement supérieur.

Au-delà de l’impact économique de l’UNIL, «le communiqué souligne le rôle essentiel de l’éducation dans la formation des professionnels nécessaires pour affronter les défis futurs, notamment le changement climatique et la sécurité sanitaire et énergétique. La formation joue également un rôle crucial dans la cohésion sociale et la solidité démocratique du pays. En réduisant son financement, c’est aussi l’inclusion sociale par l’accès à l’éducation et la résilience démocratique qui sont mises en péril».

«Les scientifiques ne peuvent pas rester dans leur tour d’ivoire»

Yuko Kakazu, scientitfique japonaise et membre du réseau U.S.-Japan Network for the Future, une bourse politique organisée par la Mansfield Foundation et la Japan Foundation, estime que les scientifiques japonais devraient se mobiliser pour favoriser un meilleur engagement public, visibilité institutionnelle et une plus forte voix plus forte dans l’élaboration des politiques, à l’image des mobilisations récentes aux États-Unis, et de la NSF, qui exige des scientifiques d’expliquer comment leur travail profitera à la société, que ce soit par le biais de l’éducation, de la vulgarisation ou d’un impact sociétal plus large.

«Si les scientifiques ne racontent pas leur histoire – celle de la découverte, de l’impact et du bénéfice public – d’autres la raconteront à leur place. Et tout le monde n’a pas l’intérêt de la science à l’esprit. Nous constatons déjà une pression politique et sociétale croissante autour de l’éthique de l’IA, de la politique environnementale et de l’égalité des sexes dans les domaines du STIM [sciences, technologies, ingénierie et mathématiques]. Il s’agit de domaines dans lesquels la science devrait guider la conversation, et non réagir après coup. Aux États-Unis, nous assistons à un changement culturel. Les scientifiques ne se contentent pas de publier des articles : ils et elles écrivent des articles d’opinion, organisent d es réunions d’information avec les législateurs et s’adressent directement au public. Leur message est clair : la science n’est pas séparée de la société – elle est au service de la société.»