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Sujet: enseignement – qualité

Epargner dans l’enseignement supérieur : faire mieux avec moins ?

C’est la question que pose Werner Inderbitzin, ancien recteur de la HES zurichoise (ZHAW) dans les colonnes de la NZZ. Face aux contraintes budgétaires et à l’expansion du nombre d’étudiant·es, il préconise de privilégier la qualité plutôt que la quantité, notamment en sélectionnant les candidat·es aux études.

Il s’interroge sur la manière d’optimiser l’utilisation des ressources afin de maintenir la qualité de l’enseignement. Avec l’arrivée de l’IA, un accompagnement renforcé des étudiant·es s’impose, ainsi qu’un débat critique avec eux. «Compte tenu des ratios d’encadrement actuels, cela est impossible dans de nombreuses disciplines. Étant donné qu’une nouvelle augmentation substantielle du financement de l’enseignement supérieur risque de se heurter aux contraintes budgétaires au cours des prochaines années, il serait sans doute plus profitable pour notre pays de former un nombre réduit d’étudiant·es, mais de s’assurer qu’ils et elles soient les plus brillant·es […], et qu’ils et elles bénéficient d’un enseignement de grande qualité. D’autant plus que l’argent ne garantit pas la qualité [d’enseignement] et que la pénurie de main-d’œuvre qualifiée ne peut être résolue uniquement par un recours accru à l’enseignement supérieur.»

«Une étudiante demande le remboursement de ses frais de cours parce que son professeur utilise l’IA»

Un professeur de la Northeastern University de Boston aux États-Unis a interdit à ses étudiant·es l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA), alors qu’il en a fait usage lui-même afin d’élaborer ses documents de cours. S’en rendant compte, une étudiante a demandé le remboursement des frais pour le cours (8’000 dollars) en déposant une plainte auprès de l’école. Pour l’étudiante, l’utilisation de l’IA par son professeur constituait une violation manifeste des propres directives de l’Université. L’institution a néanmoins rejeté sa demande.

Le New York Times rapporte que l’enseignant incriminé, Rick Arrowood, aurait admis les faits, et qu’il serait désormais d’avis que les enseignant·es doivent être plus transparent·es sur le thème de l’IA.

«L’assurance qualité du diplôme européen risque de réinventer la roue»

La Commission européenne envisage de développer le diplôme européen, pierre angulaire du projet d’Espace européen de l’éducation. L’un des principaux problèmes de ce projet est l’assurance qualité.

Selon Peter Lievens, vice-recteur chargé de la politique internationale et de l’interculturalité à la KU Leuven (Belgique), membre de l’alliance Una Europa, l’UE devrait exploiter les outils et l’expertise qui ont fait leurs preuves avant de mettre en place un nouveau système. «Pour s’adapter à ce paysage et éliminer les obstacles à la coopération, nos structures évoluent rapidement. C’est pourquoi nous nous méfions d’une proposition d’assurance qualité interinstitutionnelle pour les alliances, telle qu’elle figure dans la proposition de recommandation du Conseil relative à un système européen d’assurance qualité et de reconnaissance, qui est actuellement examinée par le Conseil de l’UE.

«À ce stade, il est difficile d’imaginer qu’un tel système puisse compléter ou remplacer les processus d’assurance qualité existants. Toute initiative en matière d’assurance qualité pour les programmes conjoints devrait simplifier le paysage actuel ; investir du temps et des ressources dans de nouveaux systèmes et processus non testés risque au contraire de créer des couches supplémentaires de bureaucratie et de perdre l’adhésion des universités. […] Pour que l’enseignement supérieur européen soit réellement inclusif, les barrières doivent être abaissées, et rapidement. Cela signifie qu’il faut apporter des améliorations tangibles, dans le domaine de l’assurance qualité et au-delà, dès que possible, afin d’alléger la charge qui pèse sur les universités et leur personnel.»

Grande Bretagne: «la plupart des universités continuent d’utiliser des examens en ligne malgré les craintes de tricherie»

Une étude menée par des experts en intégrité académique révèle que 78 % des universités britanniques utilisent toujours des examens en ligne. Parmi elles, 74 % ont déclaré n’utiliser aucun service de surveillance, tandis que 26 % n’avaient recours à la surveillance ou au contrôle que pour certains de leurs examens, mais pas pour tous. Toujours parmi elles, 70 % des universités ont déclaré qu’elles n’avaient pas l’intention de réduire leur utilisation des examens en ligne, 19 % avaient l’intention de réduire leur utilisation et seulement 3 % avaient l’intention d’éliminer complètement les dispositifs.

Cette absence «généralisée» de surveillance devrait susciter des inquiétudes quant à la «validité de [ces] examens en tant que format d’évaluation et à l’assurance qualité des diplômes qui incluent ces évaluations», affirme l’étude. «La montée en puissance du ChatGPT et d’autres chatbots depuis l’introduction de ces mesures à l’époque de la pandémie a rendu cette question encore plus urgente», ajoute le rapport. De plus, cette absence de surveillance place également les étudiant·es dans la «position paradoxale de devoir travailler dans des “conditions d’examen” à distance, sans que l’université ne tente de les gérer». Un des auteurs de l’étude ajoute : «les étudiant·es sont obligés de choisir : ils trichent ou risquent d’obtenir des notes inférieures à celles de leurs camarades qui ont triché, ce qui a des conséquences sur leur employabilité».

«L’étude demande instamment de mettre fin à un «format d’évaluation qui semble manquer de validité fondamentale et dont les avantages périphériques éventuels sont discutables», et appelle à un retour à une «évaluation authentique» qui pourrait inclure des examens pratiques ou des évaluations orales, et qui pourrait donc être plus résistante à la tricherie.»

 

Luciana Vaccaro : Les principaux défis du paysage FRI d’ici 2035

A l’occasion du 60e anniversaire du Conseil suisse de la science (CSS). Luciana Vaccaro, rectrice des HES-SO et présidente de swissuniversities, décrit les trois principaux défis selon son point de vue pour le domaine de la recherche et l’innovation d’ici 2035.

  • «Le premier défi que je mentionnerais concerne la défense de la culture et des valeurs académiques, qui sont les socles sur lesquels repose l’accomplissement des missions des hautes écoles. L’autonomie institutionnelle et la liberté académique sont les garantes d’un savoir fiable et objectif, précondition essentielle à la vitalité d’une société démocratique.»
  • «Le deuxième enjeu concerne l’ouverture internationale de nos hautes écoles. Plus précisément, il s’agira de trouver l’équilibre selon la formule consacrée: «aussi ouvert que possible, aussi prudent que nécessaire».  […] face au développement des technologies à double usage et aux bouleversements géopolitiques, il devient de plus en plus évident que les collaborations internationales seront soumises à un devoir de diligence, aussi essentiel qu’il se révélera complexe à mettre en œuvre.»
  • «Le dernier gros défi consistera à faire en sorte que les hautes écoles maintiennent le haut niveau de qualité dans la réalisation des missions de formation et de recherche»
Le classement et l’UNIL

Dans Le Temps du 24 septembre, le député vaudois Fabrice Moscheni (UDC)  s’alarme de la «chute» de l’UNIL dans le classement Quacquarelli Symonds (QS). M. Moscheni associe notamment sa position dans un classement international a une mesure fiable de la qualité de l’enseignement et de la recherche.

Luciana Vaccaro, présidente de swissuniversities et le chercheur FNS senior à l’UNIL Antoine Gallay défendent l’Université de Lausanne dans des articles respectifs. Les deux soulignent les limitations des classements, et celui du QS en particulier, pour mesurer la qualité de l’enseignement et de la recherche.

La première avance: «La qualité des hautes écoles suisses repose sur une procédure d’accréditation rigoureuse, menée par un organe indépendant instauré par la Confédération et les cantons: le Conseil suisse d’accréditation (CSA)» Ce système «n’est pas mû par des motivations autres – commerciales notamment – que le développement et le maintien de la qualité au sein des hautes écoles suisses» prend en compte l’employabilité des diplômé-es, la formation des citoyen-nes à part entière et la capacité à se démarquer dans les réseaux scientifiques.

Le deuxième critique le fait que Fabrice s’est référé à « des classements », mais qu’il a seulement nommé un classement (QS), «l’un des classements internationaux les plus fréquemment cités (avec ceux de l’Université Jiao Tong de Shanghai, duTimes Higher Educationet de l’Université de Leiden),» selon lequel l’UNIL a reculé significativement, depuis 2015, contrairement aux universités de Genève et de Zurich. «De fait, si le classement de Leiden montre aussi le déclin de Lausanne, l’institution progresse au contraire dans le classement de Shanghai et reste stable dans celui du Times Higher Education. La comparaison avec Genève et Zurich confirme l’évolution relativement stable et similaire des trois institutions au fil des ans.»  Il estime donc que Fabrice Moscheni a choisi le classement qui lui permettait d’étayer son propos, jugeant que dans le contexte de la recherche, cela serait de la«fraude scientifique», qu’il manque de «rigueur et d’honnêteté intellectuelles».

«L’Unil restera la meilleure université de Lausanne»

Fabrice Moscheni, député UDC au Grand Conseil vaudois, regrette que dans les classements internationaux des universités tels que celui de Quacquarelli Symonds, «l’Unil voit sa position en baisse constante depuis des années. […] [L]e rectorat de l’Unil pourrait augmenter un peu son ambition en ayant comme objectif, a minima, de rattraper, voire dépasser, l’Université de Genève d’ici à 2028.»

Par rapport à son plan stratégique 2022 à 2027, il «remarque une forte tendance de l’Unil à vouloir être un acteur des thématiques sociétales, mais peu ou pas de mesures tangibles pour mesurer la qualité des deux missions essentielles de l’Unil: l’enseignement et la recherche.»

La Suisse arrive deuxième au classement mondial de la compétitivité de l’IMD

«Le classement [World Competitiveness Ranking de l’IMD] passe au crible quatre indicateurs avec divers sous-facteurs: performance économique, efficacité du gouvernement, efficacité des entreprises et infrastructure.

La Suisse arrive en tête pour deux des quatre indicateurs, à savoir l’efficacité du gouvernement et de l’infrastructure. La stabilité politique, le système éducatif et la qualité de vie élevée sont autant d’atouts.» (Blick)

Selon [le classement], les principaux défis de compétitivité des économies mondiales en 2024 résident dans la transition vers une économie circulaire et à faible émission de carbone, la prise en compte de l’intégration croissante des marchés émergents dans l’économie mondiale et le suivi de la transformation numérique.

Par ailleurs, pour 55,1% des personnes interrogées dans l’étude de l’IMD, l’adoption de l’intelligence artificielle (IA) est perçue comme la tendance majeure qui aura le plus d’impact sur la compétitivité des entreprises en 2024. Viennent ensuite, le risque de ralentissement économique mondial (52%) et les conflits géopolitiques (36,1%). (RTS)

Deux nouveaux critères d’évaluation pour le concours Agora

«Agora soutient des projets favorisant l’implication d’un public élargi dans la recherche scientifique. L’instrument vise à promouvoir les connaissances sur la recherche et le dialogue entre les scientifiques et la société. […] Diverses activités sont soutenues, par exemple : discussions et débats, ateliers pratiques, projets multimédia, jeux sérieux, théâtre et performances, expositions interactives, projets éducatifs, etc.»

L’année dernière, deux modifications importantes ont été apportées au règlement du programme Agora, la diversité et l’égalité étant désormais un critère d’évaluation et «les projets Agora doivent désormais être soumis conjointement par un·e scientifique et un·e spécialiste de communication. Ces spécialistes seront évalués de manière similaire aux scientifiques, sur la base d’un CV narratif.»

L’Université de Zurich quitte le ranking du Times Higher Education (THE)

L’Université de Zurich (UZH) a décidé de se retirer du classement mondial des universités du Times Higher Education. «Le classement n’est pas en mesure de refléter le large éventail d’activités d’enseignement et de recherche entreprises par les universités». Elle ne fournira donc plus de données pour ce classement.

Par ailleurs, l’UZH est signataire de l’accord international sur la réforme de l’évaluation de la recherche, coordonné par Science Europe, l’Association européenne des universités (EUA) et d’autres organisations, qui mettent l’accent sur la qualité plutôt que sur la quantité. L’équipe dirigeante de l’UZH est convaincue que la qualité scientifique doit être le facteur décisif dans toutes les décisions relatives à la politique de recherche.

Pierre Vandergheynst – [ancien vice-recteur de l’éducation à l’EPFL] – salue cette décision qu’il qualifie de «courageuse».

Les plans quadriennaux des universités sont-ils adaptés aux changements sociétaux?

Les plans quadriennaux des universités apparaissent de plus en plus inadaptés face aux avancées technologiques, mais aussi face aux tensions géopolitiques, économiques et à l’urgence climatique. Pourtant la stratégie des hautes écoles «détermine l’orientation de [la] recherche et [du] développement. C’est vital pour [les] entreprises innovantes [et] c’est aussi important pour permettre [aux] jeunes d’acquérir des compétences d’avenir.» Le risque est en effet que «les jeunes risquent à terme d’être déconnectés des besoins du marché du futur […], [car] le marché du travail change de plus en plus vite […].»

Le rôle des hautes écoles est donc crucial pour la société, mais «quand tout s’accélère ça oblige nos universitaires à plus de réactivité. On l’a vu: certains chercheurs ont changé leur domaine d’études pendant le COVID pour nous être utile. Mais le risque c’est de voir s’affaiblir les domaines considérés comme des usines à chômeurs. L’utilité ne doit pas être le seul critère du choix de la matière à enseigner. Il en va de notre culture de notre humanisme.» En tout cas, dans notre système, la réorientation de cours de cursus dépend largement des facultés et des professeur·es, ce qui fait que «certains enseignants vont régulièrement remodeler leurs cours, d’autres par contre se sentent moins à l’aise. Ça freine certaines refontes mais ce système du bas vers le haut a aussi des avantages: il sert de filtre entre la société et le milieu académique pour éviter par exemple que les doctorants ne doivent changer leurs recherches au fur et à mesure.»

«Mis K.O. par la médecine»

Une étudiante en 6ème année de médecine à l’UNIL critique la formation des médecins: «Je trouve qu’on nous bande les yeux car durant les études, nous ne sommes pas formés à rédiger, synthétiser… Être médecin ne se résume pas à la pratique clinique, c’est en réalité à moitié un métier de secrétaire, que l’on doit apprendre sur le tas.»

Une autre, qui est partie étudier en Roumanie, lance: «Je pense que les universités suisses devraient également sélectionner les futurs médecins sur la base de leurs dossiers personnels et non pas uniquement sur des tests d’aptitudes qui ne reflètent pas nécessairement le type de médecin que l’étudiant sera à l’avenir». Elle salue également le fait que les étudiant-es sont rapidement exposés à la pratique clinique en Roumanie. «Les stages sont organisés très tôt et chaque matière est enseignée avec un équilibre de 50% de cours théoriques et 50% de travaux pratiques.»

Deux étudiants témoignent comment ils ont essayé pendant des longues années à passer le numérus clausus ou la première année et ensuite une passerelle après un bachelor en biomédecine à l’Université de Genève, ce que l’un a réussi et l’autre pas. Les deux critiquent cette sélection, et le deuxième est «convaincu que les critères du numerus clausus devraient accorder une plus grande importance à l’intelligence émotionnelle et qu’il est crucial d’ouvrir davantage l’accès aux études de médecine pour répondre à la pénurie de médecins. De plus, il est essentiel de valoriser les autres professions médicales afin que les docteurs, souvent débordés, puissent déléguer plus de tâches médicales. En tant qu’ambulanciers ou infirmiers, nous avons beaucoup à apporter…»

Évaluation selon la LEHE : «des résultats globalement positifs»

«Le 31 janvier 2024, le Conseil fédéral a adopté le rapport d’évaluation selon la loi sur l’encouragement et la coordination des hautes écoles (LEHE). L’évaluation a porté principalement sur l’efficacité des organes communs de la Confédération et des cantons en matière de politique des hautes écoles selon la LEHE, sur le système de financement des hautes écoles ainsi que sur la capacité des diplômés des hautes écoles à trouver un emploi. Les résultats sont globalement positifs.»

Formation de médecins : le blues de la relève

«Entre cursus trop sélectif, exil, surmenage, abandon et reconversion, les symptômes sont nombreux et le diagnostic est clair: la Suisse a mal à la formation de ses futurs médecins. »

Face au grand nombre d’étudiant-es en médecine qui envisagent de tourner le dos à la médecine (34%, selon un récent sondage), le doyen de la faculté de médecine à l’Université de Genève Antoine Geissbuhler remet en question le processus de sélection des étudiant-es à Genève (et Lausanne): «Je me pose moi-même la question car je qualifie cette première année, de manière peut-être un peu abusive, de maltraitante, ose le doyen. La constellation politique actuelle me laisse penser qu’une discussion pourrait avoir lieu afin de trouver une meilleure solution, qui permette d’avoir les étudiants les plus appropriés et de meilleures conditions d’études. Si on s’y met dès aujourd’hui, je pense qu’un nouveau système pourra entrer en fonction d’ici deux à trois ans.» Par rapport aux étudiant-es qui quittent la Suisse pour éviter le numérus clausus à l’étranger, il considère que «forcer les gens à s’exiler pour étudier la médecine est un échec de notre système».

Pour Philippe Eggimann, vice-président de la Fédération des médecins suisses (FMH), les 100 millions de francs débloqués en 2016 pour former plus de médecins ont été «une goutte d’eau par rapport aux coûts globaux de la formation des étudiants par les facultés de médecine». Selon le doyen de la faculté de médecine de l’Université de Genève, le goulot d’étranglement se situe non seulement au niveau du financement, mais également au niveau des places de stage. «Une solution à ce problème est d’encourager davantage d’étudiants à se tourner vers la médecine de premier recours, qui est d’ailleurs la première à être touchée par la pénurie. Ainsi, placer plus de jeunes médecins en cabinet libérerait de la place en clinique.» Par ailleurs, un projet pilote se déroule cette année même à l’Université de Genève afin de permettre aux étudiants de deuxième année de passer une partie significative de leur formation dans des cabinets médicaux.

«La bureaucratie dans les hautes écoles s’accroît»

Mathias Biswanger, professeur d’économie à la HES de la Suisse nord-occientale (FHNW), écrit qu’il y a toujours plus de bureaucratie dans les HES et universités suisses, particulièrement depuis les débuts de la «nouvelle gestion publique», qui est partie du principe que les hautes écoles, tout comme d’autres organisations publiques, ne peuvent être encadrées efficacement que si elles sont gérées comme des entreprises privées, avec des objectifs et des chiffres clés. Une partie de cette bureaucratie est liée à la gestion de la qualité, et aux accréditations en particulier. Par ailleurs, selon l’OFS, le taux de personnel universitaire travaillant dans l’administratif serait monté de 17,7 à 19,2 entre 2013 et 2020, et dans les HES de 21.9 à 23.7%. Ce taux est comparable aux statistiques d’Allemagne, de Danemark et de Suède. Mathias Biswanger souligne que le taux du personnel administratif ne montre pas le temps que le personnel non-administratif passe avec les charges bureaucratiques comme des demandes de financement, la rédaction de rapports, la recherche de partenaires pour la recherche, la gestion de budget, le controlling, l’organisation d’ateliers d’expert-es et l’évaluation de la recherche d’autres scientifiques. Selon des sondages en Allemagne, de telles tâches commencent à dominer. L’auteur estime que la bureaucratie est de moins en moins utile et de plus en plus nocive, par exemple pour la motivation des chercheurs et chercheuses.

François Ruegg : «le niveau culturel baisse dans les universités»

Dans une interview donnée à La Liberté, l’ethnologue et Professeur émérite de l’Université de Fribourg tire à vue sur le phénomène de déconolialisme. Ces thèses prétendant corriger le passé ont, selon lui, de plus en plus d’influence.

« Le nouveau discours décolonial et antiraciste est beaucoup plus essentialiste et idéologique, presque religieux, ou du moins moralisateur. […] Prétendre que les réalisations du monde occidental sont universellement mauvaises peut en outre déboucher sur des mouvements iconoclastes voulant abolir notre culture et notre histoire.»

Selon le Professeur Ruegg, les universités subissent une pression à la fois «idéologique, morale, voire politique». Il cite l’Université de Lucerne et son programme qui vise à déterminer le rôle de la Suisse dans la colonisation, ainsi que le Fonds national suisse, qui finance des projets pour retracer la provenance des objets de collections muséales. «C’est symptomatique de la culpabilisation en marche, de ce procédé typiquement américain visant à instiller le soupçon, puis à engager des avocats afin d’obtenir des dédommagements.»

«Les milieux académiques ont toujours été à la pointe de ce que l’on pourrait appeler le gauchisme, ou la critique de l’establishment» poursuit-il. «Mais il me semble que le niveau culturel baisse dans les universités, particulièrement la connaissance de l’histoire, qui permettrait de remettre les choses dans leur contexte.»

«La haute école pédagogique reste un sujet de préoccupation»

À la suite des problèmes survenus à la Haute école pédagogique de Schaffhouse (PHSH), des membres du parlement cantonal estiment qu’il faut la garder à l’œil. Les réformes lancées par la nouvelle direction en 2021 avaient en effet déplu aux enseignant∙es et aux étudiant∙es, qui s’en étaient plaint∙es dans une lettre adressée à la direction au début de cette année. Au mois de juin, «une enquête externe a confirmé le mécontentement massif à la PHSH.»

Les parlementaires sont préoccupé∙es par le sort de la haute école. «Jusqu’à présent, on a réagi trop lentement et trop timidement»  déclare Jannik Schraff (PVL), qui avait déjà signalé les dysfonctionnements de la PHSH. «À notre connaissance, la situation ne s’est pas encore améliorée de manière significative pour les étudiants». Irene Gruhler Heinzer (PS) pense elle aussi que «des mesures auraient dû être prises plus tôt», car «les insatisfactions sont connues depuis longtemps».

Daniel Preisig (UDC) quant à lui est réticent face à une des suggestions de la gauche, à savoir qu’un∙e étudiant∙e puisse obtenir une voix dans le conseil de l’université, afin qu’elles et ils puissent se faire entendre. La PHSH va donc rester encore un moment sous la loupe des politicien∙nes.

Liberté académique, auto-censure et Benito Mussolini

«Parmi les sujets de préoccupation, l’un prédomine depuis quelque temps: la tension entre la liberté individuelle des membres de la communauté universitaire et l’encadrement de ces libertés par l’institution.» Selon Anne Bielman Sanchez, présidente du conseil de l’Université de Lausanne et Professeure d’histoire ancienne, les enseignant∙es s’autocensurent par crainte d’être accusé∙es «de partager les opinions dominantes rencontrées dans les thématiques ou les textes étudiés», lorsque ces derniers sont non-inclusifs ou non-conformes aux valeurs de notre société actuelle.

Evoquant le doctorat honoris causa de l’Unil remis à Benito Mussolini, Mme Sanchez en appelle aux autorités universitaires. «Le développement d’idées novatrices et l’apprentissage d’un regard critique ne sont pas compatibles avec diverses formes de contrôle sur la réflexion intellectuelle.» Elle ajoute également que «[…] les universités financées par les pouvoirs publics ne devraient pas être prescriptrices de ce qui est bien ou mal en matière de pensée, de langage ou de questions sociétales. Elles devraient rester le lieu par excellence de la diversité des idées, reflet de la diversité humaine.»

«Une école pour combler le manque de personnel dans les laboratoires»

Afin de résoudre le problème de manque de personnel en laboratoire, Joachim Delasoie (docteur en chimie) et Eric Evéquoz (laborantin) ont fondé l’école Semias. Basée à Sion depuis février 2022, une nouvelle classe doit ouvrir à Lausanne en septembre de cette année. Les personnes qui y sont formées reçoivent le titre d’«auxiliaire en laboratoire».

Les deux associés ont observé un «déséquilibre» entre les chimistes, les ingénieur∙es et les laborantin∙es, qui se retrouvent à assumer des tâches qui ne devraient normalement pas leur incomber. Selon les fondateurs de Semias, la pénurie qui engendre cette situation est due à l’allongement des études : après un CFC et un passage dans une haute école, les étudiant∙es qui entrent dans une entreprise ont plutôt l’ambition de devenir manager.

«Le diplôme délivré par Semias n’a pas de reconnaissance officielle à l’heure actuelle, mais nous bénéficions d’une reconnaissance au sein de plusieurs professionnels des secteurs chimique et pharmaceutique» expliquent-ils. «Semias, qui est membre de la Fédération suisse pour la formation continue (FSEA), s’orientera dès cette année vers une demande de certification EduQua.»