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Sujet: bureaucratie

Comment diminuer la bureaucratie liée aux fonds pour la recherche

Les candidats aux fonds de recherche sont exaspérés de devoir soumettre des dossiers qui semblent interminables pour une chance infime de succès. Une étude britannique récente a estimé le temps passé sur les aspects bureaucratiques des demandes de financement à 13 %, mais selon une étude américaine, il atteignait jusqu’à 50%.

En parallèle, les évaluateurs sont submergés par un déluge de candidatures, générées de plus en plus souvent par l’intelligence artificielle.

En réponse à cela, les organismes de financement de la recherche du monde entier tentent toutes sortes d’expériences pour rendre le processus plus fluide et plus rapide, mais il est difficile de savoir qui tente quoi et s’il existe des preuves de l’efficacité de ces mesures.

Une récente analyse d’une équipe de l’Institut de recherche sur la recherche de l’University College London a fait le tri dans ce paysage confus. Les auteurs et l’autrice craignent, outre le fait que le fonctionnement actuel représente une perte de temps et d’énergie, qu’il pourrait rendre la science bien plus conservatrice, suggérant que la concurrence actuelle pour l’obtention de subventions dissuade les candidats d’explorer des idées audacieuses qui pourraient ne pas aboutir.

Science Business évalue dans cet article quatre idées pour réduire la bureaucratie liée aux subventions, entre autres avec la question si l’Union européenne essaie cette approche.

 

«Les plaintes des instituts de formation sont déplacées»

Rudolf Walser, chef économiste d’Economiesuisse jusqu’en 2007 et Senior Fellow d’Avenir Suisse jusqu’en 2016, juge que la levée de boucliers issue du monde académique face aux coupes budgétaires prévues par la Confédération dans le domaine de la formation, de la recherche et de l’innovation sont «déplacées». «Les nombreux points faibles du système scientifique ne seraient jamais abordés si les budgets étaient constamment augmentés», écrit-il.

L’économiste appuie ses propos avec un discours de l’ancien président de l’EPFZ, Lino Guzzella, datant de 2023. «Les hautes écoles doivent-elles croître en permanence ? Les mécanismes actuels de dépôt et de publication auprès du Fonds national ne conduisent-ils pas tout simplement à plus de conformité au lieu de l’originalité ? La recherche scientifique n’est-elle pas plus consolidante que disruptive ? Les hautes écoles ne sont-elles pas aujourd’hui trop peu sélectives ?» Il y ajoute alors encore quelques problèmes: «la suracadémisation, surtout dans les sciences humaines et sociales (dont les diplômés finissent généralement dans les administrations publiques), peut-elle simplement se poursuivre sans frein ? Comment maîtriser la bureaucratie scientifique en constante augmentation, alors qu’un tiers environ du personnel universitaire n’a plus rien à voir avec l’enseignement et la recherche ? Qu’est-ce qui s’oppose à des frais d’inscription raisonnables qui ne transforment pas les études en un simple bien de consommation ? Pourquoi le niveau de formation stagne-t-il alors que l’on dépense toujours plus d’argent ? Enfin, il est également naïf de penser que chaque projet de recherche – surtout dans les disciplines douces – conduit directement à la prospérité économique.»

Il conclut: «Ce que le Conseil fédéral demande au système scientifique dans le paquet d’allègement 27 n’est pas déraisonnable, mais réfléchi et responsable au vu des sombres perspectives d’évolution du budget fédéral. En revanche, les représentants de la bureaucratie scientifique se rendent peu crédibles avec leurs lamentations stéréotypées.»

Trois axes pour renforcer la recherche et l’innovation en Allemagne

«L’Allemagne est en proie à une polycrise : guerres en Europe et dans le monde, incertitudes géopolitiques, perte de compétitivité, lenteur de la transformation de l’économie et perspective de déstabilisation du système social.» Dans le contexte de la formation d’un nouveau gouvernement, 24 organisations de la recherche et de l’innovation ont avancé trois propositions pour «maintenir – et développer – la croissance économique et la stabilité sociale» du pays:

1. «donner la priorité à la recherche et à l’innovation»

Les  organisations préconisent d’investir 4% du PIB dans l’innovation et la recherche. «Il faut une stratégie cohérente à long terme, avec des objectifs clairs, qui tienne compte des exigences de la science et de l’industrie. C’est la seule façon de garantir la sécurité de la planification. Tous les ministères concernés doivent collaborer de manière coordonnée.»

2. Créer des espaces de liberté plutôt que de la bureaucratie

«Pour une croissance durable en Allemagne, il faut plus de courage pour la liberté et plus de confiance dans les acteurs de la recherche, du développement et de l’innovation.»

3. Développer la culture de l’accueil

«Dans le contexte des évolutions géopolitiques, l’une des priorités du nouveau gouvernement fédéral doit être de s’engager au niveau national et international en faveur d’une société pluraliste et ouverte. La coopération scientifique internationale est plus importante que jamais. Face à la pénurie croissante de personnel qualifié, nous avons besoin d’une immigration ciblée vers notre système scientifique et notre marché du travail. Cela ne fonctionnera qu’avec une culture de l’accueil, pour laquelle toutes les forces démocratiques de notre pays doivent s’engager avec véhémence.»

 

 

«La bureaucratie dans les hautes écoles s’accroît»

Mathias Biswanger, professeur d’économie à la HES de la Suisse nord-occientale (FHNW), écrit qu’il y a toujours plus de bureaucratie dans les HES et universités suisses, particulièrement depuis les débuts de la «nouvelle gestion publique», qui est partie du principe que les hautes écoles, tout comme d’autres organisations publiques, ne peuvent être encadrées efficacement que si elles sont gérées comme des entreprises privées, avec des objectifs et des chiffres clés. Une partie de cette bureaucratie est liée à la gestion de la qualité, et aux accréditations en particulier. Par ailleurs, selon l’OFS, le taux de personnel universitaire travaillant dans l’administratif serait monté de 17,7 à 19,2 entre 2013 et 2020, et dans les HES de 21.9 à 23.7%. Ce taux est comparable aux statistiques d’Allemagne, de Danemark et de Suède. Mathias Biswanger souligne que le taux du personnel administratif ne montre pas le temps que le personnel non-administratif passe avec les charges bureaucratiques comme des demandes de financement, la rédaction de rapports, la recherche de partenaires pour la recherche, la gestion de budget, le controlling, l’organisation d’ateliers d’expert-es et l’évaluation de la recherche d’autres scientifiques. Selon des sondages en Allemagne, de telles tâches commencent à dominer. L’auteur estime que la bureaucratie est de moins en moins utile et de plus en plus nocive, par exemple pour la motivation des chercheurs et chercheuses.

Trop de bureaucratie dans les universités?

Mathias Binswanger est professeur d’économie politique à la Fachhochschule Nordwestschweiz à Olten et privat-docent à l’Université de Saint-Gall. Il a rédigé deux articles d’opinions dans lesquels il se plaint de la bureaucratie croissante dans les universités, autant pour les processus d’accréditation que pendant l’évaluation des scientifiques.

Dans le journal indique: «Il s’avère que la part du personnel administratif dans l’ensemble du personnel des universités suisses est passée de 17,7% à 19,2% entre 2013 et 2020. Et dans les hautes écoles spécialisées, la part correspondante est passée de 21,9% à 23,7%. En d’autres termes, près d’un quart des employés des hautes écoles spécialisées n’a rien à voir avec l’enseignement et la recherche, ni avec les services techniques ou la bibliothèque.»

Dans l’article du Weltwoche il se plaint des processus pour obtenir des fonds de recherche européens, en particulier, qu’il juge infantilisant et entravant la liberté académique. Par ailleurs, il regrette qu’en sciences sociales, il y est aussi attendu depuis quelque temps que le résultat de recherche soit «politiquement correct». Ce dernier propos est partagé par le professeur émérite allemand, spécialiste des médias Norbert Bolz, qui parle, en plus d’un «abrutissement des intellectuels» (NZZ).

 

Proposition pour une réforme du système universitaire

Selon l’auteur de l’article paru dans la Weltwoche, les études universitaires et la carrière académique perdent de leur attraction pour «les jeunes les plus originaux et les plus engagés» à cause des tâches administratives, des limitations dans la liberté d’enseignement, et «parce qu’ils doivent répondre aux exigences uniformisées des études». Des jeunes innovateurs et créatifs chercheraient plutôt à se réaliser professionnellement dans des instituts privés de recherche.

Ensuite, l’auteur aborde le sujet de la «sur-académisation» (donc du nombre des universitaires, perçu comme trop grand). Par ailleurs, «L’université perd son rayonnement en tant que lieu de débats politiques controversés» à cause du politiquement correct, des modèles standadrisés et d’un trop grand accent mis sur les connaissances méthodiques. «Par ailleurs, ces problèmes ne sont pas abordés à l’interne de l’université, […] la bureaucratie universitaire n’a pas d’intérêt de perdre sa place centrale. […] [Ces problèmes] existent surtout en études sociales, en lettres et en droit, et tout particulièrement en sciences économiques.»

L’auteur propose donc de créer une «autre académie», avec des réformes dans l’accès des études et dans l’incitation aux études, avec moins de pression à publier et moins de bureaucratie. Cette académie ne devrait pas être financée publiquement, «car elle serait obligée de suivre un nombre considérable de prescriptions.»

Critique de la bureaucratie scientifique en Suisse

Les présidents des EPF et le président du Conseil des EPF avaient prédit en avril 2020 que le monde scientifique allait être changé de façon durable à cause de la crise du Corona. Pour eux, la création de la task force scientifique sous l’égide du FNS était un signe de ce changement.

Depuis, le FNS et Innosuisse ont créé de nouveaux programmes de recherche et d’innovation (le PNR 78 «COVID-19», le programme d’impulsion Force d’innovation Suisse et l’Initiative Flagship). L’auteur de l’article se demande si cela signifie le début d’une «ère scientifique», ou si la «bureaucratie scientifique» continue.

L’auteur traite ensuite les tensions entre la task force et la politique. Par ailleurs, il se demande pourquoi la collaboration entre hautes écoles et entreprises reste «relativement compliqué» dans des facultés des sciences humaines et sociales («Philosophie») et de droit.

L’auteur estime que le système scientifique suisse est déjà «abondamment saturé», il se demande donc quels sont les instruments d’encouragements qui sont redondants, ne remplissent pas les pas leurs fonctions, se recoupent, ou manquent d’efficacité (e.g. Cost ou Eureka).

Par ailleurs, l’auteur regrette le financement de la recherche politiquement motivé, notamment sur les questions énergétiques.

 

Horizon Europe et la bureaucratie de la recherche

La Présidente du Conseil suisse de la science, Sabine Süsstrunk, s’inquiète d’une potentielle exclusion de la Suisse des programmes de recherche européens. Elle juge que la recherche suisse perdrait de son importance sans participation à des projets internationaux.

En réaction, l’auteur de l’article Weltwoche daily met en avant les arguments contre une adhésion aux programme Horizon Europe. Selon l’auteur, les fonds de recherche entraînent une charge bureaucratique beaucoup trop importante. Les scientifiques passeraient d’innombrables heures à rédiger des propositions de recherche qui conviennent aux exigences de l’UE. En revanche, les résultats réels de la recherche ne sont presque jamais examinés. Les meilleures universités en Europe se trouveraient au Royaume-Uni et en suisse et l’argent serait donc mieux investi dans une collaboration de recherche entre ces deux pays.

Johann Schneider-Ammann interviewé sur la formation professionnelle, les diplômes et la formation tertiaire

Johann Schneider-Ammann, Conseiller fédéral et Chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) estime dans un entretien pour le journal «La Vie économique» que la vie professionnelle exige d’apprendre tout au long de sa vie. Selon lui, «la Suisse manque encore de personnel hautement qualifié. […] Nous voulons plus de justice à l’échelon tertiaire, car la formation professionnelle supérieure obtient peu de fonds publics par rapport aux hautes écoles.» Il estime également que les prestations des hautes écoles suisses sont bonnes, car le pays ne connaît pas le phénomène des «universités de masse». Concernant l’augmentation de la bureaucratie dans l’enseignement et la recherche, il déclare: «il faut éviter les contraintes administratives inutiles. L’essentiel est de trouver le bon équilibre entre la liberté de la recherche et l’utilisation judicieuse des deniers publics.» Par ailleurs, il juge nécessaire de prolonger les voies de formation uniquement lorsque «cela répond à une exigence explicite pour le monde du travail».