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Sujet: cancel culture

USA : une nouvelle université «anti-woke» financée par des milliardaires

L’Université of Austin (AUTX), une institution «anti-woke» a ouvert ses portes au Texas, se revendiquant apolitique. Toutefois, les affiliations politiques des donateurs des 200 millions de dons interrogent. L’université souhaite «favoriser le débat ouvert, la liberté académique et une «quête intrépide de la vérité», tout en mettant l’accent sur l’entrepreneuriat».

Une vidéo publiée sur le compte Youtube de l’école met en contraste les scènes de manifestations pro-palestiniennes sur les campus américains avec un séminaire de l’UATX, qui conclue: «Ils brûlent. Nous construisons».

Publication sur un livre sur la «cancel culture»

Susanne Schröter, éthnologue et Directrice du Centre de recherche sur l’islam mondial à l’Université Goethe à Francfort a rédigé un livre sur «la nouvelle guerre culturelle», la cancel culture dans les universités et ailleurs. Elle estime que dans le monde académique, les gens ne touchent plus à aucun sujet de recherche qui pourrait susciter des contradictions de la gauche «woke». (srf)

Elle estime par ailleurs qu’il y a une alliance sur l’islamisme et cette gauche «woke» (3sat). «Nous devons voir où cette frénésie de recherche [sur les thématiques qualifié de «woke»] a déjà laissé des lacunes. Par exemple, dans le domaine de l’islamisme dit légaliste, où il n’y a presque plus rien en Allemagne, car les jeunes chercheurs n’osent plus s’attaquer à ce domaine multiculturel important. Tout le contraire de l’islamisme violent, où la recherche existe bel et bien. Ainsi, il n’y a pas une seule chaire sur l’islamisme. Il en va de même pour la recherche critique sur la migration. Même pour les travaux portant par exemple sur la violence au nom de l’honneur, on ne trouve personne.» (srf)

Par ailleurs, elle estime que c’est aux directions universitaires d’organiser des disputes et de prendre des mesures que ces débats ne peuvent pas être interrompus par des activistes. (3sat)

 

«La cancel culture n’est pas une réelle menace»

Margit Osterloh a connu un «shit-storm suite à la publication en été 2023 («Studentinnen-Studie»). La directrice de recherche au Center for Research in Economics, Management and the Arts (Crema) à Zurich tire des leçons de cette épisode, et plus largement pour la «cancel culture» dans la science.

  1. Les personnes concernées souffrent de sacrifices personnels importants en termes de stress mais profitent également en gagnant une notoriété croissante.
  2. La plupart du temps les scientifiques ne sont pas «annulés» par leurs supérieurs («von oben»), mais par le corps étudiant («von unten»).  «Ainsi, la cancel culture – même si elle ne représente que l’opinion d’une minorité, est plus largement soutenue par la population. Plus important encore : les jeunes et les étudiant-es ont toujours introduit des idées progressistes dans le débat et lancé des réformes.»
  3. Comme dans de nombreux mouvements sociaux-révolutionnaires, des minorités élitistes se sont érigées en donneurs de leçons à la « majorité silencieuse », avec un ton de supériorité morale, et il y a une culture de victimisation.
  4. Dans l’espace germanophone, la cancel culture est surestimée, et elle se réfère aux résultats d’un sondage du Tages-Anzeiger en printemps 2023. Cela fait aussi partie de la science de supporter le « scepticisme organisé », et il n’y a pas de «spirale de silence».
  5. C’est à la direction universitaire de défendre la liberté académique, comme l’a fait dans son cas l’Université de Zurich, en organisant un débat publique. L’Université de Hamburg a publié notamment un code de conduite pour la liberté académique qui statue que l’université garantit un espace libre pour le débat critique même là où l’opinion publique démocratique, en raison de convictions bien ancrées, réagit de manière sensible, voire indignée, à des remises en question.
La présidente de Harvard maintenue à son poste malgré ses propos controversés

La présidente de l’université américaine Harvard Claudine Gay sera maintenue dans ses fonctions malgré des «pressions politiques» après des propos jugés ambigus sur des questions liées à l’antisémitisme sur le campus, a annoncé mardi l’instance dirigeante de l’établissement. A cela il s’ajoute une pression économique, parce que des donateurs menacent de retirer leurs fonds.

La présidente s’est excusé suite à l’interrogation par le congrès: «Lorsque les mots amplifient la détresse et la douleur, je ne sais pas comment on peut ressentir autre chose que du regret», a-t-elle déclaré. Elle avait défendu avec ses collègues deux collèges de l’Université de Pennsylvanie UPenn et du MIT le principe de la liberté d’expression aux Etats-Unis.

Des «éditorialistes» [par exemple The Wall Street Journal, Forbes, USA Today, etc.] ont également accusé Claudine Gay et ses de hypocrisie, la question de la liberté d’expression étant épineuse depuis des années dans les universités et dans les campus, «parce qu’on a basculé dans ce qu’on a appelé il y a très longtemps le politiquement correct, […] a ce qu’on colle aujourd’hui l’étiquette «woke»», explique la professeure en études américaines de l’Université de Toulouse, Françoise Coste, dans l’émission de la RTS.

 

La NZZ célèbre une «victoire» contre la «cancel culture»

La biologiste Marie Luise Vollbrecht, fortement contestée par des activistes transgenres en raison sa position sur le genre et le sexe a remporté une victoire provisoire contre l’université Humboldt de Berlin. Face aux critiques, sa conférence dans la longue nuit des sciences avait été annulée par la direction, invoquant des des problèmes de sécurité

Trop de bureaucratie dans les universités?

Mathias Binswanger est professeur d’économie politique à la Fachhochschule Nordwestschweiz à Olten et privat-docent à l’Université de Saint-Gall. Il a rédigé deux articles d’opinions dans lesquels il se plaint de la bureaucratie croissante dans les universités, autant pour les processus d’accréditation que pendant l’évaluation des scientifiques.

Dans le journal indique: «Il s’avère que la part du personnel administratif dans l’ensemble du personnel des universités suisses est passée de 17,7% à 19,2% entre 2013 et 2020. Et dans les hautes écoles spécialisées, la part correspondante est passée de 21,9% à 23,7%. En d’autres termes, près d’un quart des employés des hautes écoles spécialisées n’a rien à voir avec l’enseignement et la recherche, ni avec les services techniques ou la bibliothèque.»

Dans l’article du Weltwoche il se plaint des processus pour obtenir des fonds de recherche européens, en particulier, qu’il juge infantilisant et entravant la liberté académique. Par ailleurs, il regrette qu’en sciences sociales, il y est aussi attendu depuis quelque temps que le résultat de recherche soit «politiquement correct». Ce dernier propos est partagé par le professeur émérite allemand, spécialiste des médias Norbert Bolz, qui parle, en plus d’un «abrutissement des intellectuels» (NZZ).

 

Des étudiant-es s’alarment du «wokisme» à la HEPL

Dans une lettre anonyme, des étudiant-es de la HEP Vaud se disant «choqués et scandalisés d’avoir reçu […] un mail destiné à TOUS les étudiants de la HEP les invitant à rejoindre et soutenir l’AFEEDA (Association pour la formation des enseignantxes et un enseignement décolonial et antiraciste à la HEP) qui, sous couvert de lutte contre le racisme, fait l’apologie de toutes les dérives woke, indigéniste, décoloniale de la cancel culture américaine». Dans leur lettre, les étudiant-es anonymes s’en prennent aussi à «la teinte prosélyte» de certains modules de formation et écrivent que «la HEP […] est supposée pratiquer la démarche scientifique et donc le questionnement plutôt que l’assertion et le dogme qui relèvent plutôt de la secte».

Le Directeur de formation de la HEPL Cyril Petitpierre s’étonne: «Cette lettre était une complète surprise, nous n’avions jamais eu vent de ce type d’inquiétudes parmi nos étudiants. […] Nous nous sommes même demandés s’il ne s’agissait pas d’une seule personne.» Il ajoute: «L’école publique a des orientations fixées par la société et traduites par le politique. Il faut respecter le cadre donné par l’État de Vaud.» Le directeur rappelle l’accent mis par l’école vaudoise sur la reconnaissance des minorités et le respect de la diversité de genres et de cultures. «Un certain nombre de personnes qui se destinent à devenir enseignants dans l’école publique ne mesurent pas toujours ce que cela signifie.»

Frédéric Borloz, conseiller d’État chargé du Département de l’enseignement et de la formation professionnelle, répond qu’il a «toute confiance en la capacité de la HEP Vaud à répondre à ces interrogations. […] La liberté académique de la HEP est garantie par la loi, je la respecte évidemment et n’ai pas à commenter le contenu des formations.»

Liberté de la science et diversité

La Rectrice de l’Université de Fribourg Astrid Epiney écrit sur l’intérêt du cours en présentiel: «On ne saurait surestimer cette possibilité de se confronter aux avis d’autres personnes, de discuter des textes scientifiques, d’analyser telle ou telle évolution ou encore de remettre en question telle ou telle «vérité». […] les universités doivent s’engager avec détermination pour rester des espaces d’expression libres, même en cas de difficulté majeure. La diversité «sans restrictions» est un élément essentiel pour tout débat, en particulier le débat scientifique.»

La cancel culture, une nouvelle forme de l’extrémisme?

Le rédacteur en Chef de la NZZ Eric Gujer regrette que l’Université Humboldt de Berlin ait annulé la conférence d’une doctorante en biologie sur le genre et le sexe. «[…] il vaut la peine de rester vigilant quant à ce qui se prépare dans les universités, car celles-ci sont des systèmes d’alerte précoce pour les évolutions négatives de la société. […] Le respect de l’histoire devrait conduire à désigner la Cancel-Culture pour ce qu’elle est : une nouvelle forme d’extrémisme. […] L’extrémisme fonctionne toujours selon les mêmes règles. En même temps, l’extrémisme ne prospère qu’avec l’aide d’apaiseurs dans les rectorats et les rédactions. Ils se défendent là où la tolérance zéro serait de mise. Le « Frankfurter Allgemeine Zeitung » semble lui aussi être passé dans ce camp. Il se moque des «médias de campagne de la culture anti-Cancel», bien que le sujet occupe intensément les milieux académiques bourgeois. Sinon, peu de chercheurs et de chercheuses se seraient réunis dans le «réseau de la liberté scientifique» pour, comme ils le disent eux-mêmes, «défendre les principes des Lumières». […] La confrontation politique avec les extrémistes est […] le contraire d’une campagne, c’est un engagement passionné pour la liberté et la démocratie.»

Universités, victimes de la «spirale du silence» ?

Pour le journaliste Thomas Ribi de la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), l’annulation de la conférence sur le genre biologique de la doctorante Marie-Luise Vollbrecht à l’Université Humboldt à Berlin est le dernier exemple qui prouve l’existence du phénomène de «Cancel Culture» au sein de nos sociétés.

En citant un récent ouvrage de la politiste allemande Ulrike Ackermann, il accuse les hautes écoles d’alimenter une «spirale du silence». Par là il entend que les institutions cèdent actuellement à la pression à la conformité qui conduit à ne dire que ce qui ne trouve pas de contradiction auprès des «censeur·eures» qui sanctionnent tout écart par rapport à leur dogme identitaire.

A l’Université de Genève, une conférence jugée «transphobe» a été interrompue

«A Genève, des militants et militantes ont à une nouvelle fois interrompue hier soir une conférence qu’ils jugeaient «transphobe», et c’est la deuxième fois en trois semaines que des soutiens de la communauté trans empêchent un évènement dans les murs de l’Université. Et cette fois-ci, l’Université va porter plainte.» (RTS)

La culture du débat en Allemagne a perdu son éclat

Dans la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), historien à l’Université de Saint-Gall, Caspar Hirschi remémore les années 2000 en Allemagne, où régnait une culture de débat vive dans la sphère publique. Selon l’historien, les débats scientifiques étaient nourris par les prémisses qu’on était pas d’accord sur presque tout, sauf sur le fait qu’il valait la peine d’en débattre en commun.

Aujourd’hui, cette volonté curieuse de se confronter à d’autres points de vue a été remplacée par «une panique morale qui incite à rejeter préventivement tout ce qui ne correspond pas à sa propre vision du monde», argue-t-il. Il redoute l’arrivée d’un «habitus de la pensée précipitée» qui préfère le jugement rapide à la gestion de l’ambivalence. En comparaison, la culture du débat en Suisse semble presque détendue et bien plus ouverte à des avis contraires.

Caspar Hirschi estime que la perte d’une illusion de sécurité suite à certains événements (Fukushima, Brexit, l’élection de Trump, la pandémie, l’invasion de l’Ukraine) a eu une influence négative sur l’esprit d’ouverture qui régnait en Allemagne.

«La liberté d’expression menacée à l’Uni de Genève »

A l’Université de Genève, une cconférence sur la médicalisation précoce des enfants transgenres a été interrompue vendredi par des activistes. «Le débat recule sous la pression du militantisme woke», s’inquiète la journaliste qui a rédigé l’article du Temps.

Par ailleurs, le PLR a pris position pour soutenir l’université.  Le député PLR du Grand Conseil genevois, Pierre Conne, a rédigé un article pour la Tribune de Genève, selon lequel «Le problème que soulève cet incident, et qui nous concerne tous, est celui de la société dans laquelle nous souhaitons évoluer. Dans son communiqué de presse, l’équipe d’activistes justifie son action et son refus du dialogue en arguant que «le débat est un instrument des dominant.es pour canaliser la colère des dominé.es». […] Réduire toute opposition au silence, voilà plutôt des relents du fascisme. Il nous faut condamner sans réserve de la façon la plus ferme – et non mollement, comme l’a fait le service de communication de l’Université, qui exprime simplement de «ne pas cautionner» – de tels agissements.»

Le post-factuel prend le dessus

Selon Eduard Kaeser, physicien et philosophe et PhD en philosophie, «L’expérience de la pandémie montre qu’il est préférable que le factuel prenne le pas sur le «culturellement construit». Mais la bulle postmoderne ne veut pas éclater, au contraire : elle se gonfle.» Il regrette notamment qu’une populace («Mob») ait évincé la philosophe Kathleen Stock de l’Université de Sussex à cause de son opinion «vintage» selon laquelle certaines caractéristiques humaines sont déterminées en premier lieu par la biologie.

Les campus britanniques sous les projecteurs

Dans les universités britanniques, de nouveaux débats autour des luttes identitaires remettent en cause l’ordre établi de ces anciennes institutions. Selon l’auteur, il s’agit de «luttes identitaires, venues des États-Unis.

A l’Université de Cambridge le débat concerne une plaque commémorative en l’honneur d’un commerçant du XVIIe siècle qui a notamment participé à la traite des esclaves. Un collectif représentant des minorités ethniques et religieuse a alors convaincu l’institut de la retirer, citant le malaise que sa présence pouvait engendrer parmi les étudiant·e·s.

Puis, des débats liés aux questions d’identités sexuelles et de genres ont culminé jusqu’à la démission d’une professeure de philosophie à l’Université du Sussex. Kathleen Stock avait été accusée de transphobie dans ses écrits et interviews depuis 2018. De nombreuses manifestations étudiantes ont alors demandé sa démission.

L’idée d’université «anti-woke» fait le buzz

Aux Etats-Unis, la conception d’une nouvelle université «anti woke» au Texas fait le buzz  dans les médias. L’Université est présentée comme une sorte de refuge pour la liberté d’expression, actuellement mise en danger par la prévalence d’une «cancel culture» dans les universités du pays. Selon l’auteur de l’article, les raisons de s’installer au Texas avec un projet libéral et pro-démocratique ne manqueraient pas.» Il liste la récente interdiction de l’avortement, le droit de vote, de plus en plus restrictif, et la lutte contre le racisme, désormais fortement limitée dans les écoles de l’État du Sud.

L’auteur de l’article craint que l’Université d’Austin servira plutôt «d’espace sécurisé pour les privilégié-e-s» car les fondateurs se seraient mis d’accord pour que «le danger provienne de la gauche».