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Sujet: antisémitisme

L’administration Trump exige d’une université qu’elle lui fournisse les coordonnées des membres de sa communauté qui sont juifs et juives

L’administration Trump exige de l’université de Pennsylvanie qu’elle lui fournisse une liste de tous ses employé·es et étudiant·es juifs et juives, non seulement leurs adresses e-mail et numéros de téléphone privés, mais aussi leur lieu de résidence. La justification officielle de cette demande est que le gouvernement vise à lutter contre l’antisémitisme et à enquêter sur les accusations d’antisémitisme.

Le politologue Johannes Thimm estime que «L’accusation d’antisémitisme est une arme centrale que le gouvernement utilise contre les universités pour les sanctionner, pour réduire leurs moyens financiers, pour les accabler de procès et pour les intimider.» Par ailleurs, une fois ces listes établies, elles pourraient tomber entre de mauvaises mains. «Nous savons que l’administration Trump est infiltrée par des personnes ayant des tendances d’extrême droite.»

«Les messages antisémites d’une réfugiée gazaouie dénoncés»

Une réfugiée gazaouie, accueillie en France au mois de juillet, devait intégrer Sciences Po Lille à la rentrée. Elle bénéficiait d’une bourse du gouvernement dans le cadre d’un programme d’aide. L’établissement universitaire a finalement annulé son inscription suite à l’écriture et aux relais de messages antisémites sur les réseaux sociaux par l’étudiante. L’école évoque une «contradiction totale» entre ces messages et les valeurs de l’institution. L’étudiante gazaouie qui avait «vocation à quitter le territoire national dès que possible» aurait quitté la France dimanche pour le Qatar.

Le directeur de Sciences Po Lille a déclaré que la sélection de l’étudiante avait été effectuée par le ministère des Affaires étrangères. Il précise que l’université n’avait pour seule tâche que de vérifier les aptitudes académiques des étudiant·es. L’établissement a désormais ouvert une enquête pour le cas de cette étudiante.

Cette situation implique des conséquences pour d’autres réfugié·es de Gaza qui espéraient être accueilli·es en France. Le programme d’aide a été suspendu «jusqu’à ce que toutes les failles du système de sélection aient été corrigées».

«La Cicad s’implante dans le canton de Vaud»

La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) «dispose désormais de locaux – qu’il a fallu sécuriser à grands frais – à côté de la gare de Lausane ainsi que d’une salariée, Dalia Donath, spécialement chargée de la coordination des activités dans le canton de Vaud. Je suis très heureux de savoir que la Cicad va avoir enfin un bureau à Lausanne affirme dans une vidéo l’historien et professeur à l’Université de Lausanne Jacques Ehrenfreud.»

«Pour Jacques Ehrendfreud trois lieux principaux ont été les relais d’une «hostilité inquiétante» : l’université «qui a été un épicentre», le centre de la ville et une partie de la presse romande. Le «problème principal» est pour lui la «passivité de la majorité». «Il s’agit véritablement d’un combat et pour mener ce combat on a besoin de la Cicad à Lausanne.»»

Une «dérive idéologique inquiétante» dans les universités suisses

Dans les colonnes du Temps, le secrétaire général de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) Johanne Gurginkiel, dénonce une «confusion» et une «dérive idéologique» dans certains milieux militants et universités suisses. Pour lui, les défenseur·euses de l’antifascisme assimilent le sionisme au fascisme, favorisant une «haine du juif».

Il écrit: «Il flotte une détestable et nauséabonde odeur dans les couloirs de certains milieux militants et d’universités suisses. Une odeur de confusion idéologique, de morale à deux vitesses, de colère mal canalisée. En vitrine, l’antifascisme, mais en coulisse, une vieille obsession revient par la porte de service: la haine du juif – pardon, du «sioniste».»

Pour Johanne Gurginkiel, la récente exposition Gaza: un génocide en 4K qui s’est tenue à l’Université de Genève est un «révélateur d’une dérive idéologique inquiétante». «En juxtaposant crimes nazis et images du conflit israélo-palestinien, elle détournait le sens de la Shoah: une manipulation, sorte de «négationnisme moral», qui banalise l’extermination planifiée de 6 millions de juifs. Le rectorat l’a malgré tout présentée comme un exercice de liberté d’expression, tandis que l’Ameug [Association musulmane des étudiant·e·s de l’Université de Genève] et certains milieux antifas s’en sont donné à cœur joie, confortés par le silence des groupes dits «progressistes».» L’auteur du commentaire cite encore d’autres exemples de «confusion idéologique», comme par exemple le cortège «Antifasciste, Antisioniste» organisé à Genève le 12 avril.

Pour conclure, «la Cicad appelle à un sursaut politique, civique et citoyen face à l’antisémitisme, à une vigilance lucide, une pédagogie patiente et une défense ferme d’un débat démocratique respectueux des Mémoires, des faits et de la dignité humaine.»

Interview avec une historienne de Harvard: les éventuels aspects positifs des attaques de l’administration Trump

L’historienne des sciences juive de Harvard Naomi Oreskes évoque les raisons des attaques de l’administration Trump et les éventuels aspects positifs qu’elles pourraient avoir.

La professeure déclare: «Il y a eu des problèmes d’antisémitisme à Harvard. Mais les attaques du gouvernement américain contre l’université sont motivées par des raisons politiques. […] L’administration Trump fait toute une histoire de l’antisémitisme. Pourtant, Harvard fait également état d’hostilité envers les musulmans. Mais le gouvernement ne défend pas les étudiants musulmans. Cela montre qu’il y a quelque chose de louche.» (NZZ)

La professeure ajoute: «Je pense que les coupes budgétaires soulèvent des questions légitimes [comme par exemple] la question de l’équilibre entre les disciplines à l’université. […] La répartition des subventions a entraîné une croissance des sciences naturelles et de l’ingénierie au détriment de nombreux autres domaines, dont les sciences humaines traditionnelles, les sciences sociales et les arts. Cela a entraîné un énorme déséquilibre intellectuel, [alors que] les sciences historiques et culturelles font partie des moyens les plus importants pour comprendre le monde. Le monde a aussi besoin de nous. […] Les faits ne sont pas des choses simples. Il faut beaucoup de travail pour les ancrer dans la société. Pour cela aussi, les sciences humaines et sociales sont nécessaires.» (Tages-Anzeiger)

La professeure conclut: «Si l’évolution actuelle conduit à une institution [Harvard] peut-être un peu plus autocritique, peut-être un peu moins exagérément focalisée sur les sciences naturelles et la technique, et qui se penche plus intensément sur l’éventail de disciplines, d’approches et de points de vue dont nous avons besoin, je trouve que c’est une bonne chose.» (Tages-Anzeiger)

«L’antisémitisme à l’université obscurcit la pensée»

La NZZ interroge le professeur émérite d’infectiologie Manuel Battegay de l’Université de Bâle sur la propagation de l’antisémitisme dans les universités. Selon lui, l’antisémitisme dans les universités «obscurcit véritablement la pensée». Il déclare toutefois que «contrairement aux Etats-Unis, il faut dire que les directions des universités suisses reconnaissent ces problèmes et ont bien réagi» face aux occupations dans les universités.

Le professeur explique que le monde entier fait face à «un tsunami antisémite» et que «les universités ne sont pas épargnées». «Au lieu des faits, c’est de plus en plus l’idéologie qui domine dans les universités. […] Une partie de la société est en train de perdre la capacité d’écouter et d’agir sur la base de preuves.» Pour lui, l’«intelligence» des universités porte en elle «le risque de déformer la perception des choses. A force d’analyser, on ne voit plus le grand titre. On se trompe dans la structure analytique. C’est ce que nous voyons dans les idéologies actuelles. Dans le wokisme, le postcolonialisme.»

Le professeur regrette le corps professoral qui soutient ces idéologies. «C’est une petite partie, mais qui ne doit pas être sous-estimée. Il n’est pas acceptable qu’un professeur comme celui de Bâle soutienne un travail qui accuse Israël d’attaquer les Palestiniens avec des sangliers. Ce n’est plus de l’ouverture scientifique, ce sont des fake news. Ou que des professeurs fraternisent avec des étudiants qui occupent les universités en criant «From the river to the sea».»

Selon le professeur, l’antisémitisme dans les universités, «c’est une minorité bruyante, mais elle a un effet dangereux. Justement parce que celle-ci est académique. Je souhaite que la société se lève. C’est ce qui se passe. Et la grande majorité ne veut pas non plus dénier à Israël le droit d’exister. C’est la voie à suivre – et non pas le mouvement dogmatique dans les universités, qui veut éliminer les autres opinions et qui a les juifs particulièrement dans son champ de vision.»

Afin de contrecarrer l’antisémitisme ambiant en Suisse et plus particulièrement dans le milieu académique, Manuel Battegay explique qu’«il ne faut pas tomber dans le rôle de victime» mais «apporter une contribution à la société». La sienne est d’expliquer le judaïsme, et «qu’il est positif».

«A Harvard, deux rapports publiés par l’université font état d’un climat antisémite et antimusulman sur le campus»

Deux rapports sur l’Université de Harvard de plusieurs centaines de pages ont été publiés mardi par l’institution, établissant qu’«un climat antisémite et anti-musulman s’était installé sur le campus». Les rapports ont été construits notamment à partir de questionnaires et de témoignages d’étudiant·es et d’encadrant·es menés depuis janvier 2024.

««Harvard ne peut pas – et ne va pas – tolérer l’intolérance. Nous continuerons à protéger tous les membres de notre communauté et à les préserver du harcèlement», s’engage dans une lettre accompagnant les deux rapports le président de Harvard, Alan Garber, à l’initiative des deux rapports, en promettant de «superviser la mise en œuvre des recommandations préconisées.»»

«Ne cédez pas le contrôle à ceux qui utilisent l’antisémitisme comme une arme»

Le 17 avril 2025 des douzaines de rabbins diplômés de l’Université de Brown avaient adressé une lettre à la présidente de l’université: «Ne cédez pas le contrôle à ceux qui utilisent l’antisémitisme comme une arme». Celle-ci doit actuellement réfléchir à la manière de réagir à la menace de l’administration Trump de réduire son financement de 500 millions de dollars, prétendument en raison de la gestion par Brown de l’antisémitisme sur le campus. Brown fait partie du nombre croissant d’universités qui sont menacées par des coupes similaires de la part du gouvernement américain.

Egalement la semaine dernière, des membres de la communauté juive de Harvard, du Emerson College, de l’université de Georgetown et d’autres universités ont exprimé leur désaccord. A Harvard, plus de 100 étudiant·es juif·ves ont signé une lettre dénonçant l’annonce faite par l’administration Trump au début du mois de revoir 9 milliards de dollars de financement fédéral pour l’école. La lettre, qui n’est pas prise en compte par le président de Harvard, a été rédigée avant que le gouvernement ne gèle 2,2 milliards de dollars de subventions cette semaine. Des lettres ouvertes similaires de la communauté juive universitaire ont été rédigés dans les universités de Georgetown et Berkeley et de dix grandes organisations juives, dont des leaders des mouvements réformiste, conservateur et reconstructionniste, ont publié mardi  (22.04.2025) une déclaration commune.

Les critiques viennent également d’Israël. Jeudi, plus de 170 universitaires israéliens ont dénoncé les arrestations du gouvernement dans une lettre ouverte, dans laquelle ils écrivent que « de telles mesures draconiennes ne nous protègent pas » et dénoncent « l’invocation cynique de la “lutte contre l’antisémitisme” » comme raison des mesures de l’administration.

«Mais il existe aussi des soutiens juifs à ces mesures, notamment lorsqu’il s’agit de supprimer les visas des étudiants qui s’engagent contre Israël. Plusieurs groupes d’activistes se sont donné pour mission d’identifier les étudiant·es et de faire un rapport sur eux [et elles] à la Maison Blanche. La pression financière exercée sur les universités trouve également des partisans juif·ves.»

Cependant, selon Tachles, de plus en plus de signes indiquent que les coupes budgétaires – des milliards de dollars sont en jeu à ce jour – pourraient avoir dépassé même les intérêts des critiques les plus ambitieux de l’antisémitisme dans les universités. «Vendredi matin, le directeur exécutif de l’Anti-Defamation League, Jonathan Greenblatt, a intensifié sa critique de la politique universitaire de l’administration Trump. Selon lui, Harvard et d’autres écoles ont de véritables défis à relever en matière d’antisémitisme et s’amélioreront davantage par le soutien que par des sanctions sévères. Si des sanctions devaient être prises, elles ne devraient l’être que dans de rares cas et de manière très ciblée.»

La journaliste Suzanne Nozzel du journal américain juif en ligne [qui avait publié un article presque identique de celui de Tachles] écrit : «Au-delà du simple retour de bâton [contre la communauté juive], les actions de l’administration Trump au nom de la lutte contre l’antisémitisme sur les campus posent des risques plus profonds. L’affaiblissement des universités en tant qu’institutions autonomes portera atteinte à un moteur essentiel de la mobilité sociale, de l’intégration et de la réussite professionnelle des Juifs et de tous les autres. Punir les universités en retenant les fonds fédéraux touchera en premier lieu les sciences et la médecine, domaines dans lesquels les Juifs ont depuis longtemps trouvé une grande réussite professionnelle.»

Les universités dans le collimateur devraient donc redoubler d’efforts pour contrer l’envahissement idéologique, renforcer le soutien aux étudiants juifs et consolider la discipline neutre en termes de points de vue, nécessaire pour maintenir les campus ouverts et sûrs pour toutes et tous. Ils devraient écouter les étudiant·es et les enseignant·es juif·ves qui ont des points de vue différents sur ces défis et sur ce qui pourrait les améliorer ou les exacerber. «L’urgence suscitée ces dernières semaines devrait être un catalyseur non seulement pour repousser l’administration Trump, mais aussi pour accélérer les réformes attendues depuis longtemps pour diversifier intellectuellement les facultés, embrasser la pensée hétérodoxe et faciliter le dialogue au-delà des différences. Les efforts crédibles pour éradiquer l’antisémitisme doivent aller au-delà des campus et s’attaquer à la haine des Juifs, qu’elle vienne de la droite ou de la gauche. La tactique la plus efficace pourrait consister à renforcer les institutions et les communautés juives en tant que refuges, mais aussi en tant que fondements de la sensibilisation et de la construction de ponts vers les autres.»

 

«Donald Trump se déchaîne contre Harvard»

«Le président américain Donald Trump s’est déchaîné jeudi contre Harvard. Il a accusé la prestigieuse université, l’une des mieux classées au monde, d’être une «institution antisémite d’extrême gauche» et une «menace pour la démocratie», dans un long message sur son réseau Truth Social.» Il a également appelé à virer l’avocat recruté comme conseiller de la Trump Organization, qui avait aussi été chargé par Harvard de défendre l’université face à la Maison-Blanche.

«Un détournement du combat contre l’antisémitisme» qui vise à «couper le financement d’universités et à les punir gratuitement», ont publié jeudi cinq sénateurs démocrates de confession juive dans une lettre ouverte adressée à Donald Trump.

Mercredi, le président américain a signé de nouveaux décrets «censés empêcher les idées progressistes de se répandre dans les écoles. L’un des textes promet ainsi de renforcer les attributions des enseignants et des écoles en matière de «discipline». Un autre vise les organismes qui évaluent les performances des universités et leur éligibilité à des financements fédéraux (accreditors), accusés par le camp Trump d’être «basés sur une idéologie «woke»» et non sur le mérite. Par «woke», la Maison-Blanche et plus largement la droite américaine désignent les idées visant à promouvoir la diversité.» (Le Temps)

«Plus que jamais, nous devons faire face à l’antisémitisme»

Le ministre allemand de la Recherche, Cem Özdemir, a présenté aujourd’hui les résultats de la deuxième enquête rapide sur l’antisémitisme dans les universités, commandée par le ministère fédéral de l’Éducation et de la Recherche (BMBF). Pour la première fois, les directions des établissements d’enseignement supérieur ont été interrogées en plus des étudiants.

L’étude le montre : Les statistiques restent inchangées depuis le sondage de 2024, environ six à sept pour cent des étudiants ont des attitudes antisémites, «l’antisémitisme est donc moins répandu parmi les étudiants que dans la population générale. Environ 40 % des établissements d’enseignement supérieur font état d’incidents antisémites. La grande majorité des établissements d’enseignement supérieur ont mis en place des points de contact pour lutter contre l’antisémitisme, deux tiers ont organisé des réunions d’information, des tables rondes ou des expositions sur le thème de l’antisémitisme.»

Appel à des mesures pour lutter contre l’antisémitisme en Allemagne

En Allemagne, le représentant du gouvernement fédéral pour la vie juive, Felix Klein, fait état de «fortes pressions» subies par les étudiant·es juif·ves pour qu’ils·elles se distancient de l’État d’Israël et de ce qui se passe dans la bande de Gaza. Lorsqu’ils·elles s’y opposent ou qu’ils·elles signalent des incidents antisémites, ils·elles se heurtent souvent à l’indifférence. Felix Klein donne quelques pistes pour lutter contre l’antisémitisme, en particulier dans les universités, où il appelle à un renforcement de l’intervention des services de protection de la Constitution.

«Je constate que des mesures sont déjà prises dans les universités [comme la mise en place de délégué·es à l’antisémitisme]. Mais il faudrait proposer davantage de formations systématiques. Il en existe déjà sur le thème de l’antisémitisme, mais il en faudrait aussi sur Israël et l’histoire du conflit au Proche-Orient. […] Il manque surtout un institut de recherche sur le judaïsme contemporain. […] Ce serait un excellent signal si le nouveau gouvernement fédéral créait une incitation à enrichir le paysage de la recherche sur la vie juive contemporaine. Je suis convaincu que cela aurait également des effets positifs à long terme sur la lutte contre l’antisémitisme.»

Félix Klein appelle également à une amélioration de la législation en Allemagne. «Par exemple, le slogan «Mort à Israël», qui nie le droit d’Israël à exister, devrait être punissable. L’appel à la destruction d’un État n’est pas compatible avec les valeurs démocratiques», dit-il. Finalement, il conclut : «Le gouvernement fédéral devrait aborder la question de l’antisémitisme dans les universités de manière stratégique, en collaboration avec les universités et les Länder. Les universités devraient disposer de points de contact fixes auprès des autorités de sécurité afin de pouvoir signaler directement les incidents. Les universités ont également des règles pour d’autres dangers. Un exemple : avant un incendie, chacun sait déjà comment agir si un feu se déclare. Un tel plan de procédure doit également être garanti en ce qui concerne l’antisémitisme.»

«L’antisémitisme progresse en Suisse romande»

La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) a publié son rapport annuel 2024 sur l’antisémitisme en Suisse. Elle «déplore une hausse importante d’actes hostiles envers la communauté juive.» «Face à [cette violence], il n’y a pas de véritable réponse politique», déclare Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la Cicad.

«Les manifestations de soutien aux Palestiniens et les mobilisations des étudiants au sein des universités romandes ont aussi été le théâtre de propos problématiques, selon l’association, qui cite le slogan controversé «From the river to the sea, Palestine will be free». Elle le considère comme «un appel à l’abolition de l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif».» (Le Temps)

Ultimatum pour Columbia et climat insécuritaire dans les universités américaines

L’Université de Columbia a jusqu’à demain pour se conformer aux exigences de la Maison-Blanche, qui lui a suspendu 400 millions de dollars de subventions, les mettant en garde contre d’éventuelles mesures contraignantes si elle ne remplit pas «l’obligation de protéger les étudiants juifs sur le campus». (Nature)

La Maison blanche réclame «la mise sous-tutelle du département sur le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie du Sud-Est. […] Selon cet ultimatum, des mesures disciplinaires, voire l’expulsion de l’université des étudiants qui avaient occupé le campus devraient être prononcées.» (Le Temps)

A Columbia, «il règne un sentiment général d’insécurité et une grande indignation face à la tentative d’ingérence du gouvernement dans les affaires internes», décrit Andreas Wimmer, professeur de sociologie à l’Université de Columbia. «En interne, l’université est divisée sur la meilleure réaction à adopter dans cette situation», ajoute-t-il. «De mon point de vue, la liberté de recherche et d’expression aux États-Unis est menacée à la fois par l’extrême droite et par l’extrême gauche.» (SRF)

«Vendredi dernier, le Département de l’éducation […] a lancé une enquête contre une cinquantaine d’universités suspectées de continuer à promouvoir la diversité et l’inclusion dans leurs rangs, en violation des décrets signés par Donald Trump. Car ces politiques de discrimination positive […] sont aujourd’hui accusées de «racisme» contre la majorité blanche aux Etats-Unis.»
L’auteur du Temps estime: «L’argent est le nerf de cette guerre idéologique.» Mais quel est le but de cette offensive? «Les leaders autoritaires forcent les gens à gober leurs mensonges. Les universités sont des contre-pouvoirs face à cet abrutissement», avance Isaac Kamola, professeur associé de science politique au Trinity College, dans le Connecticut, et directeur du Centre pour la liberté académique de l’association des professeurs d’université.
Selon Aida A. Hozic, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’Université de Floride, l’administration Trump agit aussi par «désir de revanche». «L’économie du savoir est considérée comme privilégiant une élite libérale, expose-t-elle, alors que le mouvement «Make America Great Again» se fait le porte-parole des Américains sans diplômes». (Le Temps)

Par ailleurs, l’Université Johns Hopkins aux Etats-Unis a annoncé jeudi une vague de licenciements. La raison serait la coupe claire opérée au sein de l’agence d’aide au développement USAID. «Selon les informations fournies, 1975 postes doivent être supprimés dans 44 pays, et 247 emplois sont concernés aux États-Unis.» (swissinfo.ch)

 

«Le porte-parole du Hamas, al-Jazeera, forme des activistes suisses»

En août 2024, des activistes pro-palestiniens et pro-palestiniennes du monde entier se sont rassemblé·es à Istanbul pour une conférence organisée par le groupe «Global Student Movement for Palestine». Le but de la conférence était d’aider les étudiants et étudiantes à se mettre en réseau et à acquérir un savoir-faire pour l’organisation de manifestations anti-israéliennes. Des participant·es suisse·sses étaient présent·es à ce rassemblement qui unissait de nombreux·ses sympathisant·es du Hamas.

Par exemple, le journaliste qui enseigne aux activistes palestinien·nes comment mener des campagnes travaille pour l’Al Jazeera Media Institute, chaîne dont la couverture médiatique est «en accord avec la position politique de l’Etat du Qatar» et qui diffuse une propagande islamiste. «Comme le montre la conférence d’Istanbul […], l’empire médiatique qatari d’al-Jazeera ne fait pas qu’accompagner les violences du Hamas dans la bande de Gaza. Il veille également à ce que la propagande du Hamas soit diffusée en Europe et à ce que les opposants à l’organisation terroriste soient intimidés, les collaborateurs de la chaîne formant des activistes occidentaux à la protestation.»

Un jeune homme de l’Université de Zurich a participé à cette conférence. Étudiant en droit, il est engagé dans le groupe d’étudiant·es «Students for Palestine ZH». Des manifestations du groupe ont régulièrement lieu à l’Université de Zurich, à l’ETH, à la ZHdK et à la ZHAW.

La Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) «prévient que le dialogue démocratique dans les universités suisses est menacé. Les professeurs et les étudiants, «surtout ceux d’origine juive», seraient intimidés par de telles actions. L’université est invitée à intervenir.» Actuellement, des actions se poursuivent.

Des activistes perturbent une table ronde à l’université de Zurich

Lundi (16.12.) à l’Université de Zurich, une table ronde sur le sujet «Quand une critique d’Israël est-elle antisémite ?» a été interrompue par cinq activistes activistes pro-palestiniens et pro-palestiniennes pendant plusieurs minutes. Selon le journal juif Tachles, il s’agissait de propos «anti-israéliens» notamment pendant les interventions de Ralph Friedländer, président de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI). Le modérateur de la conférence et le personnel de sécurité sont intervenus pour mettre fin à la perturbation. Les déclarations ont d’abord continué et une vingtaine de personnes ont quitté l’amphithéâtre. La table ronde a ensuite pu se poursuivre conformément au programme.

«Cet incident est un nouvel exemple inquiétant des perturbations et des protestations qui ont lieu depuis un an dans les universités suisses autour des thèmes d’Israël, de la Palestine, de Gaza et du Proche-Orient», a déclaré la FSCI, appelant aux universités de bannir ces formes de protestation «déconstructives, radicales et menaçantes» de l’espace académique.

Lundi après-midi également, un cours à l’université de Lucerne a dû être terminé plus tôt, à titre préventif, et le professeur a dû être accompagné vers la sortie. «Ceci en relation avec la présence de quelques membres du groupe ‘Students for Palestine’ sur le site et des activités en ligne de leur côté», indique l’université de Lucerne.

«Le wokisme rejette l’ordre politique libéral»

La revue juive interroge Jonas Follonier, auteur du livre «La diffusion du wokisme en Suisse». Celui-ci affirme: «une partie conséquente des élites médiatiques, universitaires et culturelles ont déjà été gagnés par cette idéologie. Il ne faut pas avoir peur du combat culturel.» Par ailleurs, «l’occupation illégale des universités de Lausanne et de Genève au printemps dernier constitue un épisode scandaleux, aggravé par le laxisme des dirigeants des universités.» Il estime : «Au nom de l’antiracisme, ces militants islamo-gauchistes basculent dans l’antisémitisme !»

 

«Climat de la peur» pour les juifs et juives

Le journaliste Sebastian Briellmann regrette que l’association d’étudiant-es zurichoises ait quitté l’association fédérale UNES : «entre autres parce que cette dernière a eu l’audace de critiquer l’ambiance générale et une revendication de Zurich – le boycott partiel des universités israéliennes. Cela fait déjà six mois, mais les effets se sont manifestement fait sentir pendant si longtemps que les représentants des étudiants zurichois ne supportent plus de faire partie de cette association.La raison de ce malaise persistant est également la gestion du conflit au Proche-Orient. Les étudiants zurichois déplorent qu’il ne soit plus possible de discuter de sujets « difficiles et controversés » à l’université, que les opinions soient «réprimées» et que «la thématique» soit réduite par crainte de «reportages négatifs». Ainsi, l’université n’assume pas ses responsabilités.»

Le journaliste estime que ces propos sont grotesques : «Les rectorats ont laissé beaucoup de place aux occupants. Ils ont fait preuve de compréhension et de dialogue. Ils ont proposé des délais raisonnables avant d’évacuer les lieux. Les étudiants ont été libérés. Il en a été autrement pour les étudiants juifs.» Il évoque un «climat de la peur», notamment à l’Université de Bâle [NZZ du 27.11.2024], la pensée «en noir et blanc» des études postcoloniales et des « apologistes complaisants de l’islamisme». «Qu’est-ce qui leur manque ? Une section pour l’antisémitisme vivant ?»

Et il cite Zsolt Balkanyi-Guery, président de la Fondation contre le racisme et l’antisémitisme, qui disait dans un article NZZ du 12.03.2024 : «Les actions qui découlent d’un wokisme presque totalitaire sont rapidement antisémites. Ces matières prétendent défendre le bien et améliorer le monde. Cela conduit à un rétrécissement de l’éventail des opinions et fait de l’université un lieu d’idéologie.»

Et revenant sur la sortie de l’association zurichoise de l’UNES, Sebastian Briellmann déduit que la pensée dominante dans les universités est woke et antisémite, et de manière prononcée dans les sciences humaines. «Une évolution dangereuse.»