Les programmes de bachelor avec une expérience pratique intégrée proposé par les hautes écoles spécialisées dans les matières MINT (mathématiques, informatique, sciences et technique) s’ancrent définitivement dans le paysage académique suisse. Les deux chambres fédérales ont désormais approuvé le projet du Conseil fédéral, qui était en phase pilote depuis 2016. Seront admis dans ces filières sans examen les titulaires d’une maturité professionnelle ou gymnasiale. Ces filières d’études durent quatre ans au lieu de trois, et la partie pratique en entreprise représente 40% de la durée totale des études. Le projet de loi nécessite d’être encore clarifié car le Conseil des Etats y a ajouté un article supplémentaire.
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Sujet: différence entre HES et formation professionnelle
Dans une tribune ouverte de la NZZ, Werner Inderbitzin défend l’augmentation des taxes d’études dans les hautes écoles. Selon lui, elles répondent à une question d’équité compte tenu du «traitement très inégal» entre formation universitaire et formation professionnelle. Les propositions de doublement et quadruplement des taxes d’études sont selon lui «une augmentation modérée», dont les éventuelles difficultés sociales résultantes pourraient être palliées par le biais de bourses.
Il relève en particulier que l’obtention d’un bachelor dans une haute école spécialisée est financé par les pouvoirs publics à hauteur de 60’000 à 120’000 francs, des montants encore plus élevés dans les universités, alors que les étudiant·es paient en moyenne 1’500 francs par an. Dans une école supérieure, les étudiant·es paieraient elles- et eux-mêmes environ 15’000 francs pour l’apprentissage, et jusqu’à 40’000 francs pour certains brevets fédéraux (par exemple pour devenir entrepreneur en construction).
Afin d’être mieux reconnu·es, les professionnel·les devraient recevoir de nouveaux titres, affirme Rudolf Strahm, expert en formation et conseiller national pendant treize ans. En effet, les professionnel·les suisses hautement qualifié·es seraient actuellement souvent désavantagé·es à l’international, et l’introduction du titre «Professional Bachelor» pourrait changer cela.
Le Conseil des États devrait approuver lundi l’adaptation de la loi sur la formation professionnelle. Le projet est soutenu par l’Union patronale, l’Union suisse des arts et métiers, l’Union syndicale suisse et Travail.Suisse. Au contraire, les universités s’opposent à cette réforme. Les appellations «bachelor» et «master» sont clairement académiques, explique Luciana Vaccaro, présidente de Swissuniversities. «Les utiliser pour la formation professionnelle sème la confusion», explicite-elle. Andri Silberschmidt, conseiller national PLR et président de HES Suisse, critique lui aussi la nouvelle terminologie: «On veut donner un même nom à des choses qui ne sont pas identiques.»
«Le titre de bachelor ne devrait pas être réservé aux universitaires. Il peut simplement signaler que quelqu’un est au top de sa formation dans son domaine», se défend Marco Baur, président du comité de la Communauté d’intérêt pour la formation dans le domaine financier.
L’ancien Conseiller national socialiste Rudolf Strahm déplore la sous-estimation de la formation professionnelle supérieure (FPS) en Suisse, pourtant essentielle pour fournir les cadres intermédiaires qualifiés dont les PME manquent cruellement. Malgré 440 diplômes spécialisés reconnus au niveau tertiaire, leur faible notoriété nuit à leur attractivité, surtout par rapport aux titres universitaires (Bachelor, Master, Doctorat).
Le Conseil fédéral propose donc d’introduire les appellations «Professional Bachelor» et «Professional Master» pour rehausser leur prestige, qui existent déjà en Allemagne et en Autriche. Les milieux économiques soutiennent largement cette réforme, tandis que les universités s’y opposent «pour des raisons corporatistes».
Rudof Strahm avance cinq arguments favorisant cette revalorisation :
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Les diplômés FPS sont les cadres les plus recherchés et présentent un taux de chômage très bas.
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Les programmes sont conçus par les milieux professionnels et régulièrement adaptés aux besoins du marché.
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La formation, souvent suivie en emploi, permet aux praticiens de se hisser à des postes à responsabilité tout en diffusant les nouvelles technologies.
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Certaines qualifications FPS atteignent un niveau de compétence équivalent à un Master, voire au Doctorat.
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Une harmonisation internationale des titres est nécessaire dans des secteurs mondialisés comme l’hôtellerie, l’informatique ou la logistique.
Dernièrement, il plaide pour que le Parlement surmonte la résistance des universités et reconnaisse la valeur pratique et l’intelligence appliquée des diplômés FPS, condition clé pour préserver l’efficacité du système suisse de formation duale.
Une étude commandée par l’association de l’éducation Edusuisse montre que pour le contribuale, le rendement d’un diplômé ES, c’est-à-dire ce que ses études lui apportent en termes de salaire, serait ainsi supérieur de 5% à celui d’un diplômé HES. Des différences entre les formations ont été relevées dans le coût pour l’étudiant·e, le montant des fonds publics investis ou encore la rapidité d’entrée sur le marché du travail.
Suite à ces résultats, Edusuisse demande davantage de reconnaissance pour les écoles supérieures. Le Conseil fédéral avait déjà annoncé vouloir renforcer cette voie de formation, notamment par l’introduction des titres de «Professional Bachelor» et «Professional Master» pour les filières ES.
Le conseiller national socialiste et surveillant des prix Rudolf Strahm, auteur d’un livre sur «l’académisation» croissante en Suisse [en 2014], estime que titre des diplômes gagnent en importance. «En Suisse, les diplômes professionnels supérieurs sont aujourd’hui déjà évalués au même niveau que le bachelor ou le master, selon le cadre national de qualifications. Mais presque personne ne le sait.»
Il plaide donc pour l’introduction des «professional bachelor» et «professional master». La semaine prochaine, la commission compétente du Conseil des États se penchera sur le message du Conseil fédéral concernant ce sujet. Une raison pour laquelle ces grades n’ont pas encore été introduits serait la réticence des universités.
«C’est honteux», affirme Rudolf Strahm. «L’Allemagne et l’Autriche ont déjà fait ce pas depuis longtemps», et cette idée aurait déjà le soutien des associations professionnelles et du Conseil fédéral.
«Outre la suffisance académique, les universités ont également un problème d’emploi pour leurs diplômés, en particulier dans les sciences humaines et sociales. Beaucoup ont du mal à trouver un emploi. 48 pour cent n’ont pas encore d’emploi fixe un an après l’obtention de leur diplôme ; après cinq ans, ils ne sont plus que 28 pour cent. C’est la raison pour laquelle ils s’accrochent tant aux titres comme argument de vente unique. Mais il est bien sûr embarrassant que les universités s’opposent à ce point à l’adaptation.»
Barbara Bader, rectrice de la Hochschule Luzern – une HES – se positionne contre l’introduction d’un «professional Master» ou «professional Bachelor» dans les Ecoles supérieures. «Cela crée de fausses incitations pour les candidats potentiels à la maturité professionnelle [MP]. Pourquoi devraient-ils faire un apprentissage de quatre ans, une année de MP et ensuite encore trois ans de HES, alors qu’après l’apprentissage, avec un peu d’expérience professionnelle et 800 heures de formation continue, ils peuvent porter le titre supplémentaire de «bachelor» ? La MP devient ainsi moins attractive.»
Interrogée sur les différences entre la gestion des hautes écoles en Allemagne et en Suisse, elle estime qu’en Suisse, les HES «sont tenues en laisse, du moins politiquement», et qu’il y a une plus grande autonomie en Allemagne.
Alors que dans le canton de Vaud dans les écoles obligatoires il n’y a plus aucune mention du genre dans les documents officiels depuis 2021, et que depuis 2023 la mention «Monsieur» ou «Madame» sur les diplômes a été abolie à l’Université de Lausanne, la HEP et les filières professionnelles gardent encore la mention du genre sur leurs papiers.
Les six hautes écoles spécialisées (HES) vaudoises appliquent des règles intercantonales sans mention du genre sur les diplômes depuis janvier 2022, alors que l’EPFL et la Haute École pédagogique (HEP) dégenrent les diplômes sur demande. Concernant les certificats fédéraux de capacité (CFC), une demande peut être faite afin de ne pas imprimer «Monsieur» ou «Madame», néanmoins les professions doivent encore être exprimées selon le genre masculin ou féminin puisque le gouvernement vaudois doit respecter les règles fédérales qui demandent ce type de formulation.
«Depuis quatre rentrées, la loi genevoise permet aux candidats à la reconversion professionnelle d’obtenir une bourse d’études.[…] [L]e canton propose une bourse destinée à celles et ceux qui veulent changer de métier.» Cette aide est dotée d’un plafond de 40’000 CHF.
«En l’espace de trois rentrées, le canton a reçu 299 demandes et en a validé 134 […]. Plus d’un tiers des bénéficiaires ont quitté le milieu de l’art et de la culture […] la gestion et l’administration, et, dans une moindre mesure, les sciences. L’exode de personnel observé dans le secteur de la santé ne décourage visiblement pas les vocations puisqu’un tiers des bourses validées le sont dans ce secteur. Il devance l’enseignement et le social au palmarès des domaines les plus prisés.»
Afin de résoudre le problème de manque de personnel en laboratoire, Joachim Delasoie (docteur en chimie) et Eric Evéquoz (laborantin) ont fondé l’école Semias. Basée à Sion depuis février 2022, une nouvelle classe doit ouvrir à Lausanne en septembre de cette année. Les personnes qui y sont formées reçoivent le titre d’«auxiliaire en laboratoire».
Les deux associés ont observé un «déséquilibre» entre les chimistes, les ingénieur∙es et les laborantin∙es, qui se retrouvent à assumer des tâches qui ne devraient normalement pas leur incomber. Selon les fondateurs de Semias, la pénurie qui engendre cette situation est due à l’allongement des études : après un CFC et un passage dans une haute école, les étudiant∙es qui entrent dans une entreprise ont plutôt l’ambition de devenir manager.
«Le diplôme délivré par Semias n’a pas de reconnaissance officielle à l’heure actuelle, mais nous bénéficions d’une reconnaissance au sein de plusieurs professionnels des secteurs chimique et pharmaceutique» expliquent-ils. «Semias, qui est membre de la Fédération suisse pour la formation continue (FSEA), s’orientera dès cette année vers une demande de certification EduQua.»
Matthias Samuel Jauslin, Conseiller national (PLR, AG) et et entrepreneur, s’engage pour que les professionnels suisses hautement formés puissent porter le titre de «Professional Bachelor» et «Professional Master». Avec sa motion «Équivalence des titres pour la formation professionnelle supérieure», il sohuaite donner une nouvelle impulsion à la discussion sur les deux titres : «nous chargeons le Conseil fédéral de revaloriser les diplômes de la formation professionnelle supérieure en inscrivant dans la loi les désignations de titres qui établissent une équivalence de titre et de niveau avec d’autres désignations de titres – en Suisse et à l’étranger.»
Accepté au Conseil national, le Conseil des Etats a rejetté avec 19 voix contre 16 une motion visant à introduire le titre de «Professional Bachelor» et « Professional Master», qui sont déjà utilisés en Allemagne et en Autriche pour les diplômes des formations professionnelles.
L’ancien conseiller national Rudolf Strahm (PS, BE) estime que cette décision «renforce le manque de main d’oeuvre qualifiée».
Selon le Bund, les Universités et HES s’ y étaient «vivement» opposées .