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Sujet: fake news

Les gouvernements romands et plus de 700 professeurs contre l’initiative SSR

Les gouvernements de Suisse occidentale et au moins 735 professeur·es [état du 27.01., à 10h30] ont défendu la redevance à 300 francs, contre les 200 francs prônés par l’initiative en vote le 8 mars.

«C’est la première fois qu’autant d’universitaires s’engagent politiquement en faveur d’une cause», indique un communiqué de presse des signataires. Leur déclaration est fondée sur diverses études scientifiques suisses et internationales.

«Le populisme n’est pas une maladie»

«Ce qui est populaire, c’est ce dont les gens ont besoin : de sécurité, de revenus, d’être pris au sérieux.» L’historien et journaliste Toni Staler estime que les partis de gauche, les entreprises, les universités et les organisations internationales doivent se remettre en question par rapport à leurs actions depuis la fin de la guerre froide.

«Il fut un temps où les universités définissaient ce qui était vrai, important et correct. […] Aujourd’hui, on invente, on affirme et on ment effrontément sur les plateformes sociales. Les influenceurs, généralement sans compétence ni méthodologie, ont plus de «followers» que les universités. Les gardiens de la pensée scientifique n’ont toujours pas trouvé de réponse à cela. Il n’y en a peut-être pas, mais [il y a] des raisons pour la vulnérabilité des universités, et pas seulement de Harvard. Pendant trop longtemps, les sciences (surtout les sciences «douces») se sont cachées derrière la liberté de l’enseignement et de la recherche, gonflant des études bien-pensantes qui n’apportent rien à la majorité. Trop souvent, la liberté de choix des études a servi aux enfants de riches à se hisser, grâce à des études quelconques, dans la ligue de ceux qui gagnent bien leur vie, au détriment des travailleurs.»

Alain Aspect: «Ça m’agace beaucoup quand on dit que la science, c’est le doute»

«Le physicien Alain Aspect, prix Nobel 2022, nuance dans La Matinale le rôle du doute en science. Il explique que si le débat est crucial lors de nouvelles découvertes, le consensus scientifique finit par s’établir grâce à la méthode expérimentale. Face aux fake news, il souligne l’importance de vulgariser cette démarche.»

Une pétition de chercheur·es a été lancée contre le plan d’économies de la SRF

Des scientifiques suisses de renom, tels que Reto Knutti (professeur titulaire au département des sciences des systèmes environnementaux, ETHZ), Tanja Stadler (professeure titulaire et directrice adjointe au département des sciences et de l’ingénierie des biosystèmes, ETHZ), ou Matthias Egger (chef de groupe de recherche, VIH, hépatite et tuberculose, Université de Berne) ont signé avec 931 collègues une pétition lancée contre les économies prévues dans le domaine du journalisme scientifique à la SRF.

Les signataires, demandant une réévaluation des économies, argumentent ainsi leur incompréhension et leur inquiétude :

  • Seuls des journalistes scientifiques compétent·es sont aptes à réduire la complexité du domaine de la recherche et la rendre compréhensible. Cette compréhension est nécessaire au vu des développements rapides dans la société, la science et la technique.
  • Selon la Constitution, la radio et la télévision doivent contribuer à l’éducation et à la libre formation de l’opinion. «A une époque où les médias privés en Suisse réduisent leur couverture de sujets scientifiques, la SRF, en tant que radiodiffuseur de service public, porte une responsabilité particulière.»
  • «L’affaiblissement de l’information scientifique de haute qualité crée un espace pour les fausses informations, les théories du complot et finalement une polarisation supplémentaire de la société.» Le journalisme scientifique permet de créer une base commune pour des débats et des décisions politiques basés sur des faits.
Une plateforme anti-fake news de l’Université de Genève veut connecter experts et internautes

«La désinformation prend de l’ampleur dans les médias et particulièrement sur les réseaux sociaux. Face au phénomène, l’Université de Genève a créé Certify, une plateforme destinée à confronter rapidement une information trouvée en ligne avec un regard d’expert. […] Certify a lancé la construction de son panel d’experts et d’expertes dans le monde académique, en s’appuyant sur le réseau Avis d’experts, mis en place par les universités romandes en collaboration notamment avec la RTS. La liste a vocation à s’allonger avec d’autres champs d’expertises.»

Le CHUV ne communiquera plus via le réseau X

Le CHUV ne communiquera plus via le réseau social X (ex-Twitter) en raison d’un contrôle insuffisant de la désinformation sur ce réseau. ««Je peux comprendre la démarche du CHUV car la désinformation médicale est massive sur X, avec très peu de modération puisqu’Elon Musk a licencié la quasi-totalité de ceux qui en avaient la responsabilité», réagit Stéphane Koch expert en réseaux sociaux. «L’autre réalité dont il faut également tenir compte, et on l’a amplement vu durant la pandémie de covid, est le nombre très important de médecins et de membres du personnel soignant qui ont été menacés. […] En revanche, le revers de la médaille quand on se retire d’un tel réseau, c’est que justement, on y laisse le champ libre à une désinformation qui est particulièrement importante pour ce qui est du domaine médical.» […] Selon l’expert, la solution résiderait dans la création d’une plateforme transversale au niveau romand voire Suisse, à travers laquelle l’ensemble des acteurs de la santé, professionnels et autorités sanitaires se coordonneraient pour valider ou infirmer les informations médicales publiées sur les réseaux sociaux.»

Les scientifiques quittent X (ex-Twitter)

Un sondage effectué auprès de 9’200 chercheur∙ses par le magazine Nature révèle que 46% des personnes interrogées ont rejoint une autre plateforme. Plus de la moitié des sondé∙es ont réduit leur temps d’utilisation et 7% des gens interrogés ont cessé complètement de l’utiliser.

Une augmentation de la diffusion de fake news a été observée depuis la reprise du média social par l’entrepreneur Elon Musk. Les scientifiques remarquent de plus en plus de commentaires haineux, postés par des trolls, ainsi qu’un déni flagrant de la science (science denialism) par des personnes d’extrême droite. La cause est liée au fait que le fameux vu bleu (blue-check), permettant de vérifier l’authenticité d’un compte, est maintenant payant et n’est plus fiable. Certain∙es fuient la plateforme de peur de voir leur nom y être associé et que leur crédibilité ne soit mise en cause.

Les chercheur∙euses déçu∙es migrent vers d’autres plateformes, telles que Mastodon, LinkedIn et Instagram. Cette fragmentation de la communauté scientifique limite beaucoup la portée de diffusion des travaux.

L’initiative contre expérimentation animale, un « danger pour la santé »

«Le texte qui veut interdire l’expérimentation animale et humaine en Suisse aurait des conséquences « désastreuses » pour la santé humaine et la recherche. Un comité de partis de gauche et de droite a plaidé lundi en faveur du non lors de la votation du 13 février. […] Cette initiative menacerait les soins médicaux pour la population, a avancé le comité interpartis devant les médias. Elle créerait également d’énormes problèmes pour la médecine vétérinaire, la recherche et l’innovation, l’industrie pharmaceutique et l’agriculture.»

Selon l’auteure de l’article paru dans la NZZ am Sonntag, l’argument, souvent avancé, que de moins en moins d’animaux sont utilisés pour l’expérimentation animale, n’est pas tout à fait valide: «Le nombre d’animaux de laboratoire « utilisés » représente moins de la moitié de tous les animaux de laboratoire qui meurent chaque année dans les instituts de recherche suisses. Des centaines de milliers d’animaux sont certes élevés pour l’expérimentation, mais jamais utilisés à des fins scientifiques.» Du point de vue du comité d’initiative, la Confédération maquille le nombre de victimes de l’expérimentation animale. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires, compétent en la matière, rejette cette accusation.

La Conseillère aux Etats Maja Graf (Verts, BL), opposée à l’expérimentation animale, se montre choquée par le grand nombre d’animaux de laboratoires: «Cela soulève beaucoup de questions pour moi». Cependant, elle ne soutient tout de même pas cette initiative, car elle «manque sa cible».

Detlef Günther, vice-président pour la recherche à l’EPFZ, s’oppose également contre l’initiative, et souligne l’importance d’une discussion basée sur les faits où les chercheur-e-s peuvent exprimer leurs points de vues sans devoir craindre pour leur vie.

Une recherche indépendante contre les théories de complôt

Markus Müller, Professeur en droit public à l’Université de Berne et co-initiant de l’Appel international pour la préservation de l’indépendance scientifique , aussi appelé «Zürcher Appell» (2013), estime qu’une recherche indépendante est le meilleur moyen pour se protéger contre les fake news, théories du complot, fraudes, mensonges et manque de respect envers des scientifiques qui peuvent gagner de l’importance en temps de crise. A son avis, la «force protectrice» d’un contrat qui assure l’indépendance de la recherche ne suffit pas: «Le problème principal est l’influence subtile et indirecte sur l’inconscience des chercheuses et chercheurs. Le grand public y est très sensible. Pour lui, la simple apparence de la dépendance suffit pour douter sérieusement de la crédibilité de l’institution de recherche. […] Si on veut une science qui persiste aussi en temps de crise, on doit en prendre soin en amont.»

Quand la désinformation se présente sous une apparence scientifique

Selon une nouvelle étude réalisée aux États-Unis, publiée dans le Journal of Experimental Social Psychology, les personnes ayant un haut niveau de confiance dans la science sont plus susceptibles de croire les articles pseudo-scientifiques et sont également plus susceptibles de les diffuser.

La raison : les théories du complot se servent souvent de preuves pseudo scientifiques, c’est à dire qu’elles se fondent sur des théories issues de la science pour ainsi les déformer. La clarification de ces théories pseudo-scientifiques est très exigeante, car il faut pouvoir expliquer chaque contexte scientifique afin de mettre en lumière la déformation. De plus, ces théories sont souvent médiatisées par des personnes qui se font passer pour des expert·e·s, et qui, dans certain cas, font véritablement parti de la communauté scientifique. Ces théories qui se présentent sous une apparence scientifique, ont alors tendance à attirer l’attention de personnes qui font confiance à la science, plus qu’à des sceptiques.

Les auteur·e·s de l’étude mettent donc en garde contre le fait de considérer la foi dans la science comme un antidote général à la désinformation. «Il faut au contraire promouvoir l’esprit critique et la compréhension des méthodes scientifiques», déclare la psychologue sociale et co-auteure Dolores Albarracín.

Le cyberharcelement qui vise les scientifiques

Pour avoir publié une étude qui met en garde de l’inutilité, voire la dangerosité de la chloroquine contre le coronavirus, plusieur-e-s chercheur-e-s ont été cibles d’une violente campagne de harcèlement. Les scientifiques, dont deux chercheurs de l’Université de Lausanne (UNIL) ont subi des attaques anonymes par téléphones, allant d’insultes racistes, antisémites, homophobes jusqu’à des menaces de mort.

Un infectiologue à l’hôpital parisien Bichat, Nathan Pfeiffer-Smadja a compilé toutes les attaques dont il a été victime dans un dossier de près de 300 pages, qu’il a ensuite transmis à la justice française.

En Suisse, à ce stade, aucune plaine n’a été déposée. La police cantonale vaudoise encourage cependant les victimes de harcèlement en ligne de porter plainte.

 

 

«La mission de l’université est éminemment politique»

Anne Emery-Torracinta, Conseillère d’État du Département de l’Instruction public genevois, craint que «la vague actuelle d’anti-scientisme dissout la croyance partagée dans la solidité d’un monde commun et le débat public argumenté. […] La Situation des Etats-Unis […] doit nous mettre en garde : quand la cohésion [sociale] vole en éclats, c’est la coexistence pacifique elle-même qui se trouve menacée.» Dans ces conditions, les instituts du savoir auraient un rôle cardinal à jouer : «Plus les méthodes d’analyse et de discussion rigoureuses enseignées dans les écoles et les hautes écoles seront répandues, moins les «faits alternatifs» auront de prise sur nous. […] Dans ce sens, la mission de l’université est éminemment politique.».