Filtres des articles

Recherche

Tendances des 2 dernières semaines

Aucun mot-clé trouvé.

Sujet: FP10

Les nouveautés des programmes de travail d’Horizon Europe pour 2027

À partir de 2028, le programme Horizon Europe [normalement appelé «FP10» pour la période 2028 – 2034] sera davantage orienté vers la compétitivité et le marché. Le Pilier 2 (recherche collaborative) sera intégré dans un nouveau Fonds européen pour la compétitivité (ECF). Pour préparer cette transition, la Commission européenne prévoit des actions « passerelles » visant à renforcer le passage de la recherche à l’innovation et à la mise sur le marché.

Un nouveau projet de programme de travail (2026-2027) inclut 12 appels « passerelles » répartis en cinq thématiques, notamment :

  • La valorisation des résultats de recherche (plus de 50 M€),
  • L’intelligence artificielle (55 M€), avec des projets sur les médias multilingues, la conduite autonome, les modèles d’IA ou l’énergie,
  • Un soutien aux PME (30 M€) pour recruter des talents dans le domaine de l’IA,
  • Les infrastructures de recherche (30,5 M€),
  • Des projets liés au climat (25 M€).

Par ailleurs, un grand appel « biodiversité » de 229,5 M€ vise à atteindre l’objectif de consacrer 10 % du budget 2026-2027 à cette thématique. Il comprend notamment :

  • Un projet majeur de 50 M€ pour l’observation globale des océans,
  • Des recherches sur la modification du rayonnement solaire,
  • Des projets sur la biodiversité et la santé, ou la lutte contre le trafic d’espèces sauvages,
  • Plusieurs projets plus modestes sur la pollution, les écosystèmes et le suivi de la biodiversité.

Ces financements soulèvent toutefois des controverses, notamment sur l’utilisation des contributions des pays associés à Horizon Europe, certains craignant une réduction des fonds pour des programmes très demandés comme les actions Marie Skłodowska-Curie.

Enfin, plusieurs autres volets du programme Horizon Europe vont être mis à jour, et ces propositions doivent être discutées en juillet par les États membres et la Commission.

FP10: «Il est temps de passer à la vitesse supérieure»

«Dans une déclaration commune avec ses partenaires européens en matière de recherche et d’innovation, la Ligue des universités européennes de recherche (LERU) appelle aujourd’hui le Conseil « Compétitivité » à se montrer à la hauteur de l’ambition et de la dynamique dont fait preuve le Parlement européen dans les négociations en cours sur le 10e programme-cadre et le Fonds européen pour la compétitivité (ECF). L’Europe ne peut se permettre aucune hésitation institutionnelle ni aucune approche fragmentée à un moment où la concurrence mondiale, les mutations technologiques et l’instabilité géopolitique exigent une vision stratégique claire et des investissements résolus dans la connaissance, les talents et l’innovation. […] L’adhésion rapide de pays tels que la Suisse et le Royaume-Uni au 10e programme-cadre est essentielle pour garantir la force scientifique et la compétitivité à long terme de l’Europe. La collaboration scientifique constitue un atout stratégique pour l’Europe et ne doit pas être victime des retards politiques.»

FP10: craintes d’associations faîtières universitaires des pays associés

Des associations universitaires (Suisse, UK, Canada, Nouvelle-Zélande) réclament que le 10ème programme-cadre (FP10) d’Horizon Europe reste axé sur la recherche fondamentale motivée par la curiosité, craignant une soumission aux impératifs industriels ou de défense.

Ces faîtières universitaires, dont swissuniversities, « craignent que les priorités de recherche ne soient reléguées au second plan au profit de besoins technologiques immédiats, ou que le nombre de projets liés à la défense – dont ils seraient exclus – ne se multiplie ».

Dans une lettre ouverte adressée à la présidente du Conseil de l’UE et à la Commission européenne, ces organisations affirment que la recherche fondamentale et les subventions collaboratives du FP10 doivent rester résolument axées sur la recherche. (Science Business)

 

Les universités européennes appellent à un renforcement de la coopération en matière de recherche

Une déclaration signée par la Conférence des recteurs allemands, France Universités, les universités des Pays-Bas, la Conférence des recteurs des écoles universitaires de Pologne, le Conseil interuniversitaire flamand, le Conseil des recteurs des universités francophones de Belgique et la Conférence des recteurs des universités espagnoles réclame un budget ambitieux (220 millards d’Euros) pour le programme cadre FP10, 60 milllards pour Erasmus+ et un financement à long terme pour les alliances universitaires. «Aucun État membre ne peut relever à lui seul les défis scientifiques, technologiques et sociétaux d’aujourd’hui.»

Dans sa proposition relative au futur programme, qui doit désormais faire l’objet de négociations entre le Parlement et les gouvernements de l’UE, la Commission a présenté un budget de 175 milliards d’euros. Pour le programme de mobilité étudiante Erasmus+, la Commission a proposé de faire passer le budget de 26,2 milliards d’euros à 40,8 milliards d’euros.

En ce qui concerne les priorités de financement, «Horizon Europe» devrait conserver son autonomie et laisser une place suffisante à la recherche fondamentale, parallèlement aux activités appliquées et axées sur les politiques, estiment les associations universitaires. Les sciences sociales et humaines devraient également jouer un rôle à part entière dans le programme, notamment dans la gouvernance et le développement de technologies innovantes telles que l’intelligence artificielle et la biotechnologie.

«Le FP10 doit rester ouvert, performant et sécurisé»

Louise Drogoul, conseillère principale en innovation et développement durable au sein de l’association universitaire Cesaer, estime qu’appliquer une «préférence européenne» aux sciences et technologies de pointe ne fera qu’accroître les vulnérabilités stratégiques de l’Europe.

«Il est très difficile, d’un point de vue stratégique, de justifier un traitement plus restrictif à l’égard des collaborateurs originaires des pays membres de l’Espace économique européen (Islande, Liechtenstein et Norvège), ou de la Suisse et du Royaume-Uni. Il s’agit en effet de partenaires profondément ancrés dans l’écosystème européen de la recherche et de l’innovation. Par ailleurs, l’Europe devrait continuer à s’opposer à toute exclusion par défaut et privilégier plutôt une évaluation au cas par cas.»

FP10 : «Le statu quo n’est plus une option»

Le prochain programme Horizon Europe, FP10 (2028-2034), devrait être très différent, davantage axé sur l’innovation et la politique de l’UE, et intégrer le programme-cadre de recherche au sein d’un Fonds européen pour la compétitivité (ECF) plus vaste. Les actions de transition prévues viseront à créer «des parcours d’investissement axés sur l’innovation plus fluides grâce à des interfaces entre le soutien à la R&D apporté par le programme-cadre et le soutien à la politique industrielle et au marché intérieur apporté par l’ECF», selon des diapositives divulguées issues d’une réunion du comité de programme Horizon Europe réunissant la Commission et des représentants des États membres de l’UE.

Par ailleurs, cette note interne révèle les détails d’un appel à projets de grande envergure sur la biodiversité et des mesures de transition vers le programme de recherche de l’UE pour l’après-2027.

Les députés européens aborderont les négociations sur «Horizon Europe» avec une vision du Conseil européen de la recherche (CER) qui «diffère radicalement» de celle de la Commission européenne. (Science Business)

Au sujet du programme FP10, les députés européens Christian Ehler et René Repasi ont  récemment présenté des projets de rapport sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil européen pour le programme-cadre pour la recherche FP10.

Kurt Deketelaere, secrétaire général de la Ligue des universités européennes de recherche (LERU), se félicite vivement des signaux forts de ces publications : «une réaffirmation claire du fait que l’excellence scientifique, la liberté académique et une gouvernance fondée sur l’expertise doivent rester au cœur du programme-cadre européen.» Il note toutefois que le «rapport d’Ehler» soulevait certaines questions, n0tamment l’absence d’une procédure accélérée pour l’association du Royaume-Uni et de la Suisse.

L’indépendance du programme-cadre FP10 en question

Lors d’une audition au Parlement européen le 25 février, des personnes expertes ont appelé à une réforme profonde du futur Fonds européen pour la compétitivité (ECF). Elles alertent sur le risque de fragilisation du prochain programme-cadre européen pour la recherche FP10 et dénoncent une proposition actuelle trop complexe et éparpillée.

La recommandation principale est de clarifier les rôles tout en simplifiant radicalement la gouvernance pour s’adapter à la vitesse du marché numérique.

 

«Travailler intelligemment : les programmes de l’UE doivent se renforcer mutuellement»

L’Europe définit actuellement sa prochaine génération de programmes de financement européens dans un contexte marqué par une grande incertitude.

Les flux financiers du bloc destinés à la R&I, à la compétitivité et à la défense doivent évoluer de concert, affirme Mattias Björnmalm, secrétaire général du CESAER, association de 50 universités scientifiques et technologiques en Europe.

Les universités du continent démontrent à bien des égards que les écosystèmes efficaces axés sur la compétitivité reposent moins sur la création de nouvelles structures que sur la mise à l’échelle des solutions qui fonctionnent. L’Europe aurait une réelle opportunité de réussir dans ce domaine, mais cela nécessitera une cohérence et une clarté entre ses programmes.

La communauté scientifique salue globalement l’orientation prise pour le FP10

Horizon Europe entame ses deux dernières années avant une refonte prévue en 2028 avec le 10e programme-cadre (FP10). La Commission européenne teste une approche plus orientée vers l’innovation, avec des appels à projets moins prescriptifs, moins nombreux et des programmes de travail fortement réduits (–33 % en volume, –35 % de sujets).

Cette simplification s’accompagne d’un recours accru au financement forfaitaire (lump sums) et à des appels en deux étapes. Si la communauté scientifique accueille globalement positivement cette évolution, elle souligne que la simplification est inégale selon les thématiques : certains clusters restent très détaillés.

Les scientifiques s’inquiètent toutefois de l’impact sur le système d’évaluation. Des appels plus ouverts exigent davantage d’autonomie et d’expertise de la part des évaluateurs, sans que la Commission n’ait encore précisé comment elle garantira la qualité, la cohérence et la crédibilité des évaluations.

Autre enjeu majeur : le risque d’explosion du nombre de candidatures. Les taux de succès sont déjà très bas (jusqu’à 1 % dans certains appels) et pourraient encore diminuer, notamment avec l’usage croissant de l’IA générative pour rédiger les propositions. Cela pourrait pénaliser surtout les nouveaux entrants, les petites structures et les idées très exploratoires.

La Commission souhaite aussi financer moins de projets mais de plus grande taille. Cette orientation suscite des critiques : lourdeur administrative, budgets insuffisants par partenaire et risques pour l’innovation, en particulier pour la recherche à haut risque. Plusieurs acteurs·rices plaident pour maintenir une diversité de formats, y compris des projets plus courts, plus flexibles ou par étapes.

Enfin, certains estiment que la baisse des taux de succès révèle surtout un sous-financement structurel de la recherche et de l’innovation en Europe, plutôt qu’un simple effet des appels moins prescriptifs.

Les États-Unis « détruisent leur leadership scientifique à coups de boulet de démolition », déclare le chef de la diplomatie européenne en matière de recherche

Dans un dernier coup de poing avant son départ à la retraite fin 2025, Signe Ratso, haute responsable de la Commission européenne chargée de la diplomatie scientifique, a vivement critiqué les États-Unis pour avoir, selon elle, gravement entamé leur réputation de leader mondial de la recherche. Elle accuse l’administration américaine de saper la liberté académique et le financement de la recherche, notamment par des coupes budgétaires, des restrictions sur les thématiques liées à la diversité et des pressions politiques sur les universités.

Face à cette situation, Signe Ratso estime que l’UE doit renforcer ses liens scientifiques avec des pays «partageant les mêmes valeurs». Sous son mandat, le programme Horizon Europe s’est largement ouvert à des partenaires comme la Corée du Sud, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Japon, l’Australie et Singapour, tout en réintégrant le Royaume-Uni et la Suisse. Elle se félicite de cette internationalisation, même si ces pays ne participent qu’aux projets collaboratifs et non au Conseil européen de la recherche.

Cependant, l’avenir est incertain : le prochain programme FP10 (à partir de 2028) devrait accorder plus de place à la défense et à la compétitivité industrielle européennes, ce qui pourrait limiter la participation de partenaires non européens, surtout dans les projets sensibles ou à double usage civil-militaire.

Ces propos s’inscrivent dans un contexte plus large de réévaluation des relations transatlantiques, alors que l’Europe cherche à défendre davantage son autonomie stratégique, ses valeurs et la liberté de la recherche scientifique.

L’UE prévoit d’exclure les universités chinoises de la moitié du programme Horizon Europe

L’Union européenne prévoit d’exclure certaines entités chinoises de plusieurs volets de son programme de recherche Horizon Europe à partir de 2026, selon un projet de programme de travail. Les entités juridiques chinoises (bénéficiaires de subventions, partenaires associés ou sous-traitants) ne pourront plus participer à trois des six « clusters » (piliers thématiques) du Pilier 2 de Horizon Europe :

  • Cluster 1 : Santé

  • Cluster 3 : Sécurité civile et société

  • Cluster 4 : Industrie numérique et espace

Elles resteront autorisées à participer à :

  • Cluster 2 : Culture, créativité et société inclusive

  • Cluster 5 : Climat, énergie et mobilité

  • Cluster 6 : Ressources naturelles et agriculture

En outre, les universités chinoises dépendant du ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT) seront exclues de l’ensemble du programme, en raison de leurs liens étroits avec le secteur militaire, sans effet rétroactif sur les accords déjà existants.

La Suisse réintègre le programme Horizon Europe

«Le ministre de l’Economie Guy Parmelin et la commissaire européenne Ekaterina Zaharieva ont signé lundi à Berne l’accord sur les programmes de l’UE (UEPA). […] Cet accord fait partie du paquet Suisse-UE et peut être appliqué de manière anticipée et provisoire avec effet rétroactif au 1er janvier 2025. Il entérine l’association de la Suisse à Horizon Europe, au programme Euratom et au programme Digital Europe à cette date, indique le Département fédéral de l’économie dans un communiqué.» (RTS)

En cas de participation d’instituts de recherche suisses aux appels à projets Horizon Europe depuis début 2025, le financement était assuré par la Confédération. Dorénavant, ce sera la Commission européenne qui prendra en charge le coût des projets. «En contrepartie, la Suisse versera une contribution obligatoire à l’UE. Pour 2026, celle-ci s’élèvera à quelque 611 millions de francs.» (Watson)

L’accord signé prévoit aussi la participation de la Suisse à l’infrastructure de recherche ITER dès 2026 et celle à Erasmus+ à partir de 2027. La participation au programme EU-4Health est attachée à l’entrée en vigueur de l’accord sur la santé, qui fait partie du paquet global d’accords entre la Suisse et l’UE.

La communauté scientifique salue le projet de bourses «loterie» dans le cadre d’Horizon Europe, à condition qu’il soit bien mené

Plusieurs acteurs de la communauté scientifique soutiennent l’idée d’introduire un système de tirage au sort dans le financement de la recherche européenne (Horizon Europe), à condition que les meilleures propositions gardent les meilleures chances d’obtenir des fonds.

Selon Kamila Kozirog, de l’Association européenne des universités, l’introduction d’un élément de randomisation pourrait réduire les biais et alléger la charge de sélection, mais elle devrait se limiter à des tirages au sort de départage, lorsqu’un petit nombre de projets reçoivent exactement les mêmes notes.

La Commission européenne prévoit d’expérimenter ce type de tirage au sort pour départager les ex æquo, dans le but de lutter contre la sursouscription  («oversubscription») du programme : en 2025, seuls 12 % des projets soumis ont été financés. Cependant, il ne s’agira pas d’un pur hasard : les tirages seront conditionnels, combinés à une évaluation, plus traditionnelle, par les pairs.

Aujourd’hui, les départages reposent sur une procédure complexe à cinq critères (couverture des objectifs de l’appel, excellence, impact, équilibre hommes-femmes, etc.), utilisée dans 22 % des cas entre 2021 et 2023. Ce système est jugé chronophage et parfois subjectif, bien qu’il ait le mérite de promouvoir certaines valeurs européennes comme l’égalité de genre.

Certains experts, comme Jörg Schmiedmayer (Université technique de Vienne), estiment que le tirage au sort pourrait être utile uniquement pour les projets proches du seuil de financement, tandis que les meilleurs projets devraient être financés directement. D’autres suggèrent de limiter le nombre de candidatures par institution afin de réduire le volume de dossiers et d’améliorer leur qualité.

Enfin, plusieurs évaluateurs soulignent que les vrais ex æquo sont rares et que la solution la plus efficace serait d’augmenter le budget consacré à l’excellence scientifique, plutôt que de recourir largement au hasard.

«Horizon Europe doit rester civil»

Jan Palmowski, secrétaire général de la Guilde des universités européennes à forte intensité de recherche, estime qu’il existe de meilleures façons pour l’Union européenne de financer la recherche militaire que d’intégrer celle-ci au programme Horizon Europe.

La Commission européenne propose en effet qu’à partir de 2026, le programme Accelerator du Conseil européen de l’innovation (EIC) puisse financer des technologies de défense. Cela mettrait fin à quarante ans de financement strictement civil dans les programmes européens de recherche. La Commission envisage aussi d’ouvrir le prochain programme-cadre (FP10, dès 2028) à la recherche à double usage (civil et militaire).

Jan Palmowski identifie cinq problèmes majeurs :

  1. Risque de détournement de budget : la recherche militaire et duale coûte plus cher et absorberait des fonds destinés à la recherche civile. De plus, des instruments comme le Fonds européen de défense (FED) ou le futur Fonds européen de compétitivité (ECF) existent déjà pour soutenir ces activités.

  2. Exclusions internationales : les projets de défense seraient limités aux entités de l’UE, de l’EEE et de l’Ukraine, excluant des pays partenaires comme le Royaume-Uni ou la Suisse. Cela réduirait l’ouverture scientifique et la coopération internationale.

  3. Atteinte à la science ouverte : les projets dual-use pourraient restreindre la publication des résultats au nom de la sécurité, remettant en cause dix ans d’efforts pour une recherche ouverte et transparente.

  4. Déséquilibre entre recherche fondamentale et appliquée : Horizon Europe est déjà très orienté vers l’innovation appliquée. Intégrer la défense accentuerait encore ce déséquilibre, au détriment de la recherche fondamentale.

  5. Impact sur la communauté scientifique : la participation à des projets explicitement militaires pourrait bouleverser l’identité et les valeurs des chercheurs européens.

M. Palmowski conclut que, dans un contexte géopolitique tendu, il est compréhensible que la Commission mette en avant la dimension militaire. Mais il regrette qu’elle n’affirme pas aussi fortement la valeur civile de la recherche européenne. Il appelle donc à préserver le caractère civil de Horizon Europe et à ouvrir un débat urgent sur les implications d’un virage vers la recherche duale ou militaire.

«Il faut établir un «CER pour les laboratoires»», déclare le lauréat du prix Nobel d’économie

Selon le lauréat du prix Nobel de l’économie Philippe Aghion, «l’UE devrait établir un Conseil européen de la recherche (CER) équivalent pour soutenir à long terme les laboratoires de recherche». Son travail soutient que la croissance économique repose sur «une destruction créative», c’est-à-dire l’éviction d’anciennes entreprises par de nouvelles avec de meilleures idées et technologies.

Selon lui, l’Europe n’a actuellement ni les institutions ni les politiques nécessaires pour des innovations révolutionnaires dans le domaine de la haute technologie. Avoir un CER pour les laboratoires permettrait un financement à long terme des centres de recherches, apportant un soutien stable aux «équipes de recherche organisées autour de sujets prioritaires plutôt que de carrières individuelles».

Le prix Nobel a également souligné que l’Europe manquait d’un équivalent de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) aux États-Unis, opinion partagée par Mario Draghi, dont les recommandations alimentent actuellement la politique européenne de recherche et d’innovation. Ce dernier précise que «le programme de recherche et d’innovation Horizon Europe de l’UE ne soutient pas suffisamment «l’innovation de rupture»» selon lui.

Le journaliste de Science Business soulève que l’Europe est prise dans un dilemme entre soutenir ses «champions industriels existants», tels que les géants allemands de l’automobile et de la chimie, ou transférer des ressources vers de nouvelles entreprises. Des programmes-cadres ont déjà été critiqué pour avoir donné trop d’argent à de grandes entreprises historiques telles qu’Airbus, dont le budget R&D ne serait pas assez soutenu.

Le Conseil de l’UE propose une éligibilité limitée pour les projets à double usage dans Horizon Europe

Les gouvernements de l’UE souhaitent modifier les règles d’éligibilité d’Horizon Europe afin de limiter les pays pouvant participer à des projets à double usage et de défense. Cette suggestion ajoute des garde-fous au projet de la Commission européenne visant à permettre aux start-ups à double usage de bénéficier de subventions et d’investissements en capital par l’intermédiaire du Conseil européen de l’innovation (CEI).
Actuellement, tous les projets de recherche et d’innovation Horizon Europe, y compris ceux soutenus par le CEI, doivent se concentrer exclusivement sur des applications civiles.

«Kurt Deketelaere, secrétaire général de la Ligue européenne des universités de recherche, s’oppose à l’extension du programme à des applications non civiles, mais, compte tenu du contexte, il estime que l’ajout de restrictions géographiques est judicieux. «Le fait que le Conseil ajoute désormais des restrictions géographiques pour les bénéficiaires potentiels semble une évidence du point de vue de la sécurité et de l’autonomie stratégique », a-t-il déclaré. Son principal espoir est que le Royaume-Uni et la Suisse, les principaux partenaires de l’UE dans Horizon, ne soient pas exclus. Ce qui importe en fin de compte pour la communauté scientifique, c’est de protéger le caractère ouvert du plus grand cadre de recherche collaborative au monde.»

Les scientifiques exhortés à exiger une gouvernance indépendante dans Horizon Europe

En finançant largement la recherche fondamentale, les États-Unis ont créé un écosystème propice à l’innovation privée, sans subventionner directement les entreprises. La Chine suit aujourd’hui la même voie, tandis que l’Europe, faute d’investissements suffisants, prend du retard. Le déséquilibre est frappant : l’augmentation de 500 millions d’euros du budget du Conseil européen de la recherche paraît dérisoire face aux milliards investis dans les universités américaines.

Contrairement aux idées reçues, la majorité du financement scientifique américain soutient la recherche fondamentale, d’où sont issues toutes les grandes révolutions technologiques – ordinateurs, internet, vaccins, intelligence artificielle. En Europe, au contraire, la tendance actuelle privilégie les projets à court terme et les applications industrielles, au détriment de la recherche fondamentale.

Les débats sur le prochain programme-cadre européen (FP10) illustrent cette dérive. Bien que la recherche fondamentale y soit encore protégée, son avenir reste incertain, notamment en raison du lien possible avec le Fonds européen de compétitivité (ECF), qui exclut la recherche de base. Une telle orientation menacerait, selon le recteur de l’Université de Ljubljana Gregor Majdič, le modèle de progrès européen fondé sur la connaissance. Il appelle donc à une action urgente : augmenter les investissements dans la recherche fondamentale et renforcer les liens entre universités, industrie et société. Sans cela, l’Europe risque de devenir simple consommatrice des innovations venues d’ailleurs.

L’UE lance des stratégies en matière d’IA pour stimuler la compétitivité et la science

L’Union européenne veut faire de l’Europe un continent leader en intelligence artificielle (IA). La commissaire européenne au numérique, Henna Virkkunen, a présenté une nouvelle stratégie pour l’IA, alors que seulement 13 % des entreprises européennes utilisent déjà cette technologie — un chiffre jugé alarmant.

La Commission prévoit des investissements de plusieurs milliards d’euros, notamment :

  • 3 milliards via le programme Horizon Europe pour la recherche, (un montant similaire dans le programme suivant FP10, selon Science Business)

  • 600 millions pour l’accès des chercheurs à des supercalculateurs,

  • et 1 milliard pour encourager les entreprises à adopter l’IA, espérant ainsi déclencher jusqu’à vingt fois plus d’investissements privés.

Onze secteurs sont ciblés, dont la santé, le bâtiment et les transports.

Mais le projet est critiqué : les objectifs restent flous et certaines initiatives locales n’auraient pas forcément besoin du soutien de Bruxelles. Beaucoup craignent un effet d’annonce sans résultats concrets, comme pour le European Chips Act de 2022, dont les ambitions n’ont pas été atteintes. (Neue Zürcher Zeitung)

Cette course à l’investissement s’inscrit dans un contexte mondial de concurrence technologique, où les États-Unis et la Chine avancent plus vite. Inspirée par le rapport Draghi, la Commission veut relancer une politique industrielle européenne, mais son bilan reste faible, notamment dans le domaine des technologies vertes et des semi-conducteurs.

En somme, la stratégie IA de l’UE témoigne d’une volonté politique forte, mais aussi d’un risque de surenchère et de bureaucratie, sans garantie d’efficacité réelle. (Neue Zürcher Zeitung)

Selon Science Business, la stratégie «AI in Science» ouvrira la voie à la création de la «Resource for AI Science in Europe» (Raise), qui vise à concrétiser l’engagement de la Commission de créer un «CERN pour l’IA». «Grâce à cette stratégie et à Raise, nous occupons un espace qui est vide au niveau international, car nos principaux concurrents, sans nommer les États-Unis et la Chine, n’ont pas de stratégie», a déclaré un responsable de la Commission lors d’une conférence de presse précédant le lancement de la stratégie. «Ils investissent beaucoup d’argent dans l’IA dans le domaine scientifique, mais pas de manière structurée et raisonnée.»

Raise offrira aux scientifiques et aux innovateurs un accès à des ressources stratégiques, des données, des outils, une puissance de calcul et un financement accru pour la recherche dans et pour l’IA, et devrait également stimuler la participation du secteur privé. Les bases de Raise seront jetées par des projets pilotes qui seront financés par les appels à propositions Horizon Europe en 2026-2027.

 

Le Fonds européen pour la compétitivité ne financera pas les activités de recherche

La Commission européenne a confirmé que toutes les activités de recherche et d’innovation seront financées par Horizon Europe, tandis que le futur Fonds européen de compétitivité (ECF), prévu après 2027, se concentrera uniquement sur le déploiement des innovations.

Selon le Traité sur le fonctionnement de l’UE, la recherche et l’innovation ne peuvent être financées que par un Programme-cadre (FP10 après 2027). Ainsi, contrairement aux attentes, l’ECF ne soutiendra ni la recherche fondamentale ni les étapes intermédiaires de transition vers le marché.

La communauté scientifique s’inquiète : plusieurs chercheurs espéraient que l’ECF compléterait Horizon Europe, notamment pour financer la recherche stratégique et la valorisation. Certains estiment désormais qu’il faudrait transférer une partie du budget de l’ECF vers Horizon Europe, afin de préserver la recherche fondamentale.

Le budget proposé d’Horizon Europe s’élève à 175 milliards d’euros, dont 44 milliards pour le Conseil européen de la recherche (ERC) et les actions Marie Skłodowska-Curie (contre 22,6 milliards actuellement). Mais certains craignent que la recherche de base ne repose presque exclusivement sur l’ERC, ce qui pourrait être « désastreux ».

Concernant la gouvernance, Horizon Europe et l’ECF resteront séparés, mais avec une forte coordination. Par exemple, 68 milliards d’euros du pilier 2 d’Horizon Europe devront s’aligner sur les quatre grands axes de l’ECF : transition verte et décarbonation, santé et biotechnologies, numérique, défense et espace. Un mécanisme de pilotage et un outil de coordination des priorités seront créés pour aligner UE et États membres.

Enfin, des incertitudes persistent sur le mode de financement de l’ECF. Contrairement à InvestEU, qui passe par des intermédiaires bancaires avec sélection compétitive, l’ECF pourrait autoriser des financements directs et non compétitifs « en cas d’urgence ou d’intérêt public majeur », ce qui inquiète certains eurodéputés.

Conseil de communication pour les universités

En début septembre, swissuniversities avait communiqué sur l’importance de la collaboration avec les institutions de recherche européenne et s’est prononcé en faveur des accords-cadres visant à stabiliser et développer les relations bilatérales entre la Suisse et l’Union européenne.

L’ancien rédacteur en chef de la Zürichsee Zeitung, Ulrich Gut, observe que les parties prenantes opposées aux accords arguent souvent que les universités suisses devraient plutôt miser sur des collaborations avec des universités américaines ou asiatiques, sous prétexte que l’Union européenne est un «navire en perdition».

Il estime que les Suisses manquent d’information concernant l’importance de la collaboration avec la recherche européenne du programme Erasmus+. Un éloignement de l’Union européenne reviendrait à la création de dépendances avec des états et leurs dirigeants Donald Trump et Xi Jinping, «de plus en plus imprévisibles et agressifs».