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Tendances des 2 dernières semaines

Sujet: orientation professionnelle

Parcoursup renforce la colère des lycéen·nes

En France, «[d]epuis que le mouvement lycéen, parti de Créteil à la mi-septembre, a fait tache d’huile dans tout le pays, les pancartes hostiles à la plateforme d’orientation de l’enseignement supérieur fleurissent au milieu des cortèges et aux abords des lycées bloqués.»

Selon un article du Monde, Les plateformes Parcoursup ainsi que Mon Master cristallisent les angoisses d’une jeunesse ayant le sentiment d’un futur confisqué, est vivement contestée pour son caractère arbitraire et anxiogène. Ce moment charnière de transition vers les supérieur redouble les tensions sociales, au point que les syndicats de jeunesse réclament la révision ou la suppression pure et simple, exigeant une politique de transparence et une orientation plus égalitaire entre les établissements.

De plus, les dysfonctionnements de la plateforme exacerbent les risques d’assignation sociale et territoriale. Le non-remplacement chronique des professeur·es priverait également les élèves du soutien nécessaire pour formuler leurs voeux et rédiger leurs lettres de motivation. Cet accompagnement informel devient inégalitaire, la pénurie de personnel enseignant étant particulièrement criante dans les quartiers prioritaires de la ville.

«21 % d’étudiants en plus d’ici 2035, mais trouveront-ils tous un emploi ?»

D’ici 2035, le nombre d’étudiants dans les établissements d’enseignement supérieur suisses devrait augmenter d’environ 21% par rapport à aujourd’hui, ce qui représenterait 305 000 étudiants inscrits.

« Ce scénario ne serait pas favorable à la Suisse », estime la Conseillère nationale Bettina Balmer (PLR, ZH). Il s’agirait désormais de mettre en place des mesures pour éviter que cela ne se produise – mais cette compétence relève des cantons. Elle se dit satisfaite du fait que le taux de maturité dans le canton de Zurich reste plus ou moins stable autour de 20%.  La conseillère nationale Katharina Prelicz-Huber (Vert·es, ZH) acquiesce: «Il faut vraiment lancer une campagne de promotion en faveur de l’apprentissage professionnel», mais se montre néanmoins plus modérée sur un point: «Il ne faut pas opposer l’enseignement supérieur et la formation professionnelle […] Compte tenu notamment des progrès fulgurants de l’IA, nous avons également besoin de personnes bien formées, qui comprennent quand il faut tirer le frein d’urgence».

Pour l’économiste en chef de la faîtière Economiesuisse, Rudolf Minsch, ce n’est pas tant le nombre de personnes qui feront des études à l’avenir qui importe, mais plutôt ce qu’elles étudieront et quelle est l’expérience pratique acquise. Pour lui, les établissements d’enseignement supérieur devraient concevoir leurs cursus de manière à ce que les étudiants puissent acquérir une expérience professionnelle pertinente parallèlement à leurs études. De son point de vue, l’apprentissage professionnel offre une entrée en matière idéale dans le monde du travail. «Les changements liés à l’IA auront tendance à renforcer l’apprentissage professionnel», explique M. Minsch.

Travail.Suisse, faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses en Suisse, relativise par ailleurs la crainte selon laquelle de plus en plus de diplômé·es de l’enseignement supérieur pourraient se retrouver au chômage à l’avenir, jugeant que le nombre de personnes partant à la retraite serait nettement supérieur à celui des nouveaux arrivants sur le marché du travail.

 

 

France : «Les jeunes chercheurs amers envers l’université»

En France, «Ils sont tous les ans des milliers de jeunes chercheurs à s’acharner et à se poser les mêmes questions face à une entrée dans la carrière universitaire extrêmement difficile depuis près de quinze années. Après une baisse vertigineuse du nombre de postes de MCF [maître ou maîtresse de conférences] ouverts au concours entre 2009 et 2021 (passant d’environ 2 200 à 1 100, alors que le nombre d’étudiants augmentait), une embellie était pourtant survenue entre 2022 et 2024 (1 630 postes ouverts) en raison de nombreux départs à la retraite. Mais «la période récente est caractérisée par une nouvelle dynamique : alors que les départs s’accélèrent, les ressources disponibles pour recruter recommencent à baisser», analyse la Conférence des praticiens de l’enseignement supérieur et de la recherche.

«Plus de flexibilité et plus de rapidité : en tout cas l’intelligence artificielle me facilite les études»

L’intelligence artificielle transforme profondément les études et les perspectives professionnelles des jeunes diplômés. Elle rend l’apprentissage plus rapide et flexible, facilite les recherches, le brainstorming, la rédaction et permet aux étudiants de travailler davantage à leur propre rythme. Mais son utilisation exige aussi un esprit critique, notamment pour vérifier les sources et éviter une dépendance excessive.

«Le besoin d’orientation est grand», explique Chantal Jaussi, conseillère d’orientation des hautes écoles bernoises : depuis le début de la pandémie de coronavirus, les demandes de conseil ont fortement augmenté ; il s’agit notamment de gérer le stress et l’anxiété liée aux examens. Plusieurs autres centres d’orientation universitaires et EPF ont aussi constaté une incertitude grandissante.

 

L’IA bouscule les études et les carrières dans l’informatique

Edouard Bugnion, professeur d’informatique à l’EPFL et vice-président pour l’innovation et l’impact à l’école polytechnique de Lausanne, est interrogé sur les études en informatique face à l’arrivée de l’IA.

Sur le front de l’emploi, après l’obtention d’un bachelor HES en technique et IT, 6,4% des diplômé·es sortent sans emploi, c’est un taux qui a doublé en deux ans selon les chiffres de l’OFS. Edouard Bugnion estime qu’il faut mettre les chiffres en perspective: «6,4%, c’est à peu près la moyenne de toutes les filières des étudiants qui sortent de nos études. Donc, il y avait historiquement un taux de chômage inférieur à la moyenne, substantiellement inférieur à la moyenne dans les domaines des technologies de l’information. Aujourd’hui, on revient un peu vers une moyenne, il ne faut pas mettre ça au-delà de simplement l’évolution de la conjoncture»

Par ailleurs, l’IA transformerait tout, «elle transforme bien évidemment les métiers de l’informatique, mais elle transforme encore plus d’autres métiers que l’on n’associe pas du tout à l’informatique». Il conseille donc aux élèves de faire des études qui les intéressent : «il n’y a aucune certitude sur les 40 ans d’une carrière»

Peut-on assurer la pérennité de sa carrière en choisissant un cursus à l’épreuve de l’IA ?

«Assurer la pérennité de sa carrière grâce à un diplôme à l’épreuve de l’IA est un défi de taille», affirme Charlie Ball, expert en emploi des diplômés chez Jisc, l’agence britannique chargée du numérique, des données et des technologies dans l’enseignement supérieur.

Il souligne que le débat devrait moins porter sur l’identification de parcours professionnels spécifiques à l’abri de l’IA, et davantage sur la manière de doter les jeunes d’un ensemble de compétences leur permettant de s’adapter rapidement aux évolutions du marché du travail.

Cependant, il nomme ces secteurs d’activité qui pourraient offrir une meilleure protection face à l’IA que d’autres:

  • Recherche et développement
  • Ingénierie
  • Arts créatifs et divertissement
  • Médecine
  • Soins infirmiers et obstétrique/études de sage-femme («midwifery)
«“Fais ce qui te rend heureux” – je considère ce conseil comme néfaste»

Que devons-nous encore enseigner à nos enfants si, de toute façon, l’IA sera bientôt capable de tout faire mieux que nous ? Stefan Wolter, expert en éducation, s’exprime sur la compétence la plus importante pour l’avenir, comme la pensée critique, la lecture approfondie des textes, ainsi des connaissances du domaine («Fachkenntnisse»). Il estime qu’il y a un risque que les expert·es de leurs domaines vont gagner en efficience, de manière que les personnes du niveau moyen recevront moins de mandats. Les jeunes gens devraient donc opter pour un domaine dans lequel ils sont relativement meilleurs que la majorité, plutôt que ce qui leur apporte de la joie.

Il y a autant d’universitaires que d’apprentis au chômage dans le canton de Vaud

Depuis 2010, le taux de chômage des diplômé·es apprentis a baissé de 6% à 4% et celui des diplômé·es universitaires et HES a monté de 3 à 4%, si l’on se fie aux derniers chiffres de statistiques Vaud. Il s’agit d’une situation inédite que viendra éclairer un spécialiste d’insertion professionnelle Gilles Vuille, directeur ad intérim à la fondation Mode d’emploi sur la question de l’employabilité des diplômé·es.

Il dit qu’ il y a dorénavant une grande concurrence entre ces différentes personnes de formation tertiaires qui sont diplômées mais n’ont pas forcément un diplôme qui est associé à un métier clairement identifié et cela peut parfois être un frein lors de la recherche d’emploi.

Il estime qu’il n’y a pas trop d’universitaires, «il y a une adéquation avec la demande du marché de l’emploi qui doit trouver cet équilibre et ce lien est peut-être encore à construire plus fortement, les HES le font avec des stages sur le premier marché pendant le cursus scolaire, mais pas forcément dans toutes les filières. Cela veut dire que c’est préférable aujourd’hui de terminer sa formation avec déjà une option bien définie de la profession qui sera la nôtre par la suite plutôt qu’un diplôme universitaire qui reste encore très large.»

Il serait donc payant d’avoir une spécialisation, compléter un diplôme universitaire, un master avec une formation plus pratique, tout comme effectuer des stages pendant les études et pendant les vacances.

Le canton de Vaud ouvre le dossier de la maturité mixte en quatre ans

«Pour garantir la reconnaissance de sa formation gymnasiale à l’échelle nationale, le canton de Vaud doit allonger d’un an son cursus actuel, soit passer de trois à quatre ans. Il a présenté jeudi des premières études qui serviront de socle à une révision de la loi.» (RTS)

Le département proposera plusieurs options pour réformer la loi sur l’enseignement obligatoire en septembre prochain, dont la dernière révision date de dix ans. (24h)

Selon la journaliste des 24 heures, les parents et directeurs seraient favorables à un report de l’orientation vers une filière professionnelle ou gymnasiale par exemple en 10e année. Actuellement c’est en 8e, quand les enfants ont environs 12 ans. Un report permettrait une plus grande maturité des enfants au moment de sélection. «La séparation précoce en filières n’a pas d’effet positif sur les apprentissages. En revanche, elle tend à renforcer les inégalités sociales», affirme Cédric Blanc, directeur général de l’enseignement obligatoire et de la pédagogie spécialisée.

Un encadré des 24 heures évoque le taux de réussite à l’Université de Lausanne.

Comment motiver les étudiant-es de médecine à rester dans leur profession

Selon un sondage de l’Association suisse des étudiant-es en médecines, 34% des étudiant-es en médecine après leur première expérience pratique n’envisagent pas de d’exercer dans leur profession. Cela pose problème, de point de vue humain pour ces jeunes, financier (120’000 CHF par an) pour les contribuables, mais aussi par rapport au manque de médecins qui est déjà important.

«De quoi inciter les universités à immerger leurs étudiant-es dans la pratique plus vite et plus longtemps. L’objectif est de tout faire pour que les étudiant-es aient envie de devenir généraliste. […] Les universités doivent faire des compromis, […] pour que les jeunes gardent l’amour du métier. L’idée c’est de revoir certaines conditions de travail, par exemple les heures supplémentaires, pour ne pas dégoûter les médecins fraîchement diplômés, et plusieurs universités mettent sur pied des mentors qui vont accompagner les étudiant-es, jusqu’à les aider dans leurs choix de carrière pour éviter que le charme ne se rompe.» (RTS : La Matinale)

Dans un encadré du 20 Minutes un jeune médecin témoigne de la surcharge de travail pendant son premier emploi et conclut: «C’est dangereux pour toutes les personnes impliquées».

 

L’EPFL veut renforcer les compétences transverses dans les cursus

«L’EPFL souhaite encourager l’enseignement et l’apprentissage de compétences applicables dans divers domaines, comme la gestion de projet, l’entrepreneuriat ou encore l’éthique et la durabilité. Une mission à laquelle doit s’atteler le nouveau Centre de compétences transverses et de carrière qui vient d’être créé.»

«Nous avons besoin de tests PISA pour l’uni!»

Oliver Günther, Président de l’Université de Potsdam et Vice-président de la Conférence des recteurs des Hautes Écoles pour l’enseignement et les études, estime que les Hautes Écoles en Allemagne sont évaluées selon des critères «douteux». Il se réfère notamment au classement «U-Multirank», développé par le Centre pour l’éducation supérieure (CHE),  en Allemagne [et deux universités néerlandaises]. Celui-ci avait récemment classé l’enseignement supérieur du pays comme «même pas moyen».

Oliver Günther remet en question les indicateurs, leur manque de précision et les méthodes utilisés. Il avance l’idée de remplacer ce classement par un test Pisa pour les universités, qui mesurerait les progrès d’apprentissage, et ce de manière quantitative et avec des méthodes de test modernes. Des tests standardisés, à l’image du GRE-test américain (Graduate Record Examination), seraient «disponibles depuis longtemps».

«On pourrait également profiter de l’occasion pour réfléchir à l’utilisation de tels tests dans le cadre de l’orientation universitaire, bien plus que ce n’est le cas actuellement. Cela aiderait de nombreux jeunes à identifier rapidement leur aptitude – ou leur inaptitude – à suivre une filière d’études ou une formation en entreprise et à éviter de prendre de mauvaises décisions. Les universités sont prêtes à le faire. Il faut maintenant des lois et de l’argent pour mettre cela en œuvre à grande échelle.»

 

 

 

La Suisse forme-t-elle trop de chercheur-e-s?

Débat entre Yves Flückiger, recteur de l’UNIGE, président de swissuniversities, Ola Söderström, président de la division Sciences humaines et sociales du FNS, Verity Elston, responsable conseil en carrières, doctorat et postdoctorat au Graduate Campus de l’UNIL, et Céline Guérin, docteur en neurosciences, sur la question s’il y a trop de doctorant-e-s en Suisse, si leur encadrement est d’une qualité suffisante et s’il y a besoin de ces personnes hautement spécialisées sur le marché de travail.

Verity Elston estime que les compétences acquises pendant le doctorat sont reconnues sur le marché de travail, et que ce profil est de plus en plus recherché.

Quant à la pression de publier que ressentent beaucoup de chercheur-e-s (le «publish or perish»), Ola Söderström explique que le FNS est considéré pionnier, en mettant en place l’application de la Déclaration de San Francisco, qui vise à sortir d’une logique purement quantitative où c’est le facteur d’impact qui est le critère d’évaluation d’une personne lors d’un recrutement au profit d’une évaluation qualitative de la recherche par des pairs.

Yves Flückiger avance qu’il faudrait dès le départ du doctorat expliquer «les règles du jeu» d’une carrière académique, mais que les directeurs-trices de thèse devraient également «être plus présent» et se sentir plus responsables du devenir de leur docorant-e-s. Par ailleurs, il juge qu’il serait intéressant de mieux valoriser le succès des ancien-ne-s doctorant-e-s encadrés par les directeurs-trices. Il faudrait, par ailleurs, songer à limiter le nombre de doctorant-e-s par professeur-e suite à une sélection au départ plus stricte, comme cela se fait par exemple à l’Institut d’études politiques de Paris. En réponse, Ola Söderström dit que la Suisse ne forme pas trop de cheurcheur-e-s, mais qu’il vaudrait la peine de mettre en place un mentorat des doctorant-e-s par des personnes qui ne sont pas leurs supérieur-e-s hiérarchiques. En outre, selon lui, il n’y a pas encore assez de «postes intermédiaires» stables du type «tenure track».

 

Vaud : «Des cours de maths réservés aux filles?»

En Suisse, les inégalités de genre se trouveraient sur une pente ascendante, mettant les écoles sous pression. Il s’agit pour elles de favoriser l’orientation des filles vers des filières MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles, et techniques).

Pour cela, Cesla Amarelle, Cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture, prévoit potentiellement d’ouvrir des classes de mathématiques spécifiques pour les filles, tôt dans leur scolarité. Cette idée dépendra de l’issue du rapport de la HEP Vaud sur l’enseignement des maths qui est en cours de finalisation.

Cependant, pour une majorité d’enseignant·e·s,  «Il n’est pas vrai du tout de dire que les filles et les garçons n’ont pas la même manière d’apprendre les maths ou que la notion de genre influence les résultats des élèves en maths».

D’après Thierry Dias, Recteur de la HEP Vaud, «Une séparation assumée, pas définitive mais à certains moments, des garçons et des filles, est une idée à étudier (…) Il ne s’agit pas uniquement d’inverser le rose et le bleu dans les supports de cours. Il faut un engagement plus assumé de la part des enseignants: les filles doivent se sentir poussées, renforcées et reconnues.»

Un·e étudiant·e sur cinq regrette son choix d’études

Un sondage de l’Université de Genève montre que la grande majorité des étudiant·e·s de fin de Bachelor ou de Master pensent que le choix de leurs études était juste et qu’ils/elles reprendraient la même décision. Cependant, 19% auraient choisi autrement. Les principales raisons évoquées sont les suivantes : les cours sont trop théoriques ou insatisfaisants, des opportunités d’emploi manquantes et des erreurs d’orientation scolaire et professionnelle.