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Sujet: politique – Iran

Des proches du gouvernement iranien dans les universités et EPFs suisses

Des recherches montrent que des personnes issues de familles appartenant à l’élite de l’appareil du pouvoir iranien – y compris des proches de membres des services secrets et du gouvernement – ont à plusieurs reprises suivi des études dans des universités suisses.

Par le passé, les transferts de technologie de l’Occident vers l’Iran se faisaient souvent par l’intermédiaire de scientifiques et d’ingénieur·es qui, après avoir suivi une formation et exercé leur métier à l’étranger, rapatriaient de manière ciblée les connaissances acquises dans leur pays d’origine.

Mais le régime iranien ne cherche pas seulement à acquérir un savoir-faire : selon le SRC, les services iraniens surveillent également les Iranien·nes en exil membres de l’opposition qui vivent en Suisse. Les opposant·es au régime sont ainsi parfois menacé·es, intimidé·es et soudoyé·es. Et le SRC affirme qu’il y a un risque que des iraniens·nes proche du pouvoir organisent des attaques sur des cibles juifs.

En février, le député vaudois David Vogel (Verts-libéraux) a fait une interpellation sur la présence de Gardiens de la Révolutions iraniens dans le Canton Vaud et à l’Unil.

Le Conseil des recteurs et rectrices francophones CRef exprime son soutien aux étudiant·es et membres du personnel des universités affectés par la récente attaque sur le campus de l’Université de Birzeit et par la répression armée en Iran

«Le Conseil des rectrices et recteurs des universités de la Communauté française tient à exprimer sa profonde préoccupation face à l’attaque menée le 6 janvier dernier par l’armée israélienne sur le campus de l’Université de Birzeit, en Cisjordanie, ainsi que face à la répression violente et systématique exercée actuellement en Iran, dont sont notamment victimes de nombreux membres de la communauté universitaire, parmi lesquels beaucoup d’étudiants et étudiantes. […]»

Le service de renseignement autrichien tient une liste de chercheurs de l’EPFZ

Les hautes écoles suisses bénéficient de l’expertise d’étudiants et de chercheurs du monde entier. Mais la recherche de pointe est aussi un terrain fertile pour les activités d’espionnage et les sociétés de couverture, comme celle du ressortissant iranien qui utilisait sa start-up sur le campus de l’EPFL pour livrer le système de navigation pour un drone dans son pays qui a ensuite été utilisé pour tuer trois militaires américains dans une base en Jordanie. Cette technologie de navigation était à double usage et l’EPFL ne savait pas qu’elle allait être utilisée à des fins militaires.

Les services secrets étrangers profiteraient de notre faible défense contre l’espionnage, estime l’historien Adrian Hänni, spécialisé en histoire des services secrets. «Dans le domaine du contre-espionnage, il y a peut-être quelques dizaines de fonctionnaires à Berne qui doivent faire face à cette menace et beaucoup de mesures sont plutôt édentées». Le cas actuel de l’EPF-Lausanne montre justement à quel point l’Iranien Mohammad A., accusé, a agi en dilettante, dit-il.

A l’Université de Graz, les demandes de coopération jugées peu sérieuses venant de scientifiques de l’EPFZ sont envoyées directement au service de renseignement autrichien, notamment dans le contexte du risque potentiel d’influence des services de renseignement chinois sur la recherche en Europe.

 

«L’indignation sélective contamine l’Université»

David Vogel, membre du Grand Conseil vaudois (Vert’libéral) écrit dans un article d’opinion :«L’Université de Lausanne a exprimé plusieurs fois son empathie pour les victimes de tel ou tel conflit. L’Iran, Israël et l’Ukraine ont été mis en avant par l’UNIL. Les critères pour évoquer un conflit plutôt qu’un autre paraissaient assez aléatoires. […] Bref, on souhaite que les centres de formation réfléchissent ou fassent réfléchir et évitent un des drames de notre temps: l’hémiplégie émotionnelle.»

Professeure par la grâce des mollahs

Une chercheuse associée à l’Université de Zurich (UZH), liée à la Garde révolutionnaire et au hezbollah et qui détient une chaire dans une université iranienne a tenu dans un podcast de l’UZH des propos relativisant l’obligation du port du voile dans le régime iranien peu après la mort d’une jeune femme de 22 ans détenue par la police des mœurs pour avoir « couvert ses cheveux de manière non réglementaire ». Le podcast a été critiqué parce qu’il ne contextualisait pas les propos et parce qu’il n’y avait pas de questions critiques. Par ailleurs, elle a récemment invité un ancien proche d’Ajatollah Khomeiny à une conférence, qui soutient le Hamas dans une vidéo.

L’historien originaire de l’Iran Kijan Espahangizi qui enseigne à l’UZH commente : «Les relations académiques sont une grande partie de la stratégie «soft power» [de l’Iran], qui inclut les relations économiques, les projets culturels, les groupes de réflexion et des centres religieux.»

Par ailleurs, «Nous devons être beaucoup plus attentifs à la manière dont les acteurs islamistes, en particulier aussi le régime des mollahs, tentent par les voies les plus diverses d’acquérir une influence en Occident, y compris sur la perception du public.»

 

La situation des étudiants iraniens en Suisse : interview de Frédéric Herman

Face à la crise en Iran, les étudiant-es iranien-nes en Suisse, subissent beaucoup de pression. Plusieurs étudiant-es à Lausanne  témoignent d’un manque de soutien, que cela soit à l’EPFL ou à l’UNIL.

Frédéric Herman, recteur de l’UNIL, se dit «un peu surpris, parce que des ressources existent». Il lui semble qu’il y a une méconnaissance des ressources à disposition, que cela soit par rapport au soutien psychologique ou financier et par rapport à une potentielle prolongation des études «en cas de force majeure». Il évoque notamment la création d’un groupe de travail avec l’association UNIL sans frontières et avec des collaborateurs-rices des services  pour lever les barrières administratives et celles par rapport à la langue, qui s’inscrivent dans le plan d’intention de l’UNIL publié en 2022.

«A l’EPFL, l’émoi des étudiants iraniens»

Sur le campus lausannois, mais aussi à l’EPFZ et dans plus de 200 universités à travers le monde, la diaspora académique iranienne a manifesté hier pour demander à ses institutions d’agir et de condamner la répression du régime iranien.

Une déclaration commune y a été lue par L’association Iranian Scholars for Liberty demandant aux  institutions d’agir en facilitant l’obtention de bourses pour les étudiants iraniens, de boycotter les responsables universitaires proches du régime et surtout de condamner officiellement la répression, «car l’histoire a montré que les universités ont joué un rôle important dans la lutte contre les régimes tyranniques à travers le monde».

Mobilisation pour une chercheuse franco-iranienne

La mobilisation continue pour libérer l’anthropologue Fariba Adelkhah, de nouveau envoyée en prison. Spécialiste du chiisme et de l’Iran post-révolutionnaire à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences-Po), elle avait été arrêtée en juin 2019, puis condamnée en mai 2020 à cinq ans de prison pour atteinte à la sécurité nationale, ce que ses proches ont toujours farouchement contesté. L’Université de Genève, qui lui avait décerné le titre de doctor honoris causa, a réagi par communiqué.