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Sujet: collaborateurs·rices étrangers·ères

«Le Fonds national suisse dit oui à l’accord de rattachement à l’UE – pourquoi ?»

Un journaliste de la Weltwoche critique la politique du FNS de soutenir les nouveaux accords avec l’UE, en particulier parce qu’ils permettraient d’«attirer des talents vers les hautes écoles suisses et à empêcher la fuite des cerveaux». Au contraire, le journaliste note que «la fuite des cerveaux dans les universités n’a pas eu lieu depuis la rupture des négociations avec l’UE en 2021». «Il suffit de jeter un coup d’œil à l’ETH ou à l’EPFL pour s’en rendre compte : ces dernières années, les deux grandes écoles suisses ont accueilli plus de chercheurs provenant de l’UE que le nombre de professeurs suisses partis dans les pays de l’UE», argue-t-il.

Le service de renseignement autrichien tient une liste de chercheurs de l’EPFZ

Les hautes écoles suisses bénéficient de l’expertise d’étudiants et de chercheurs du monde entier. Mais la recherche de pointe est aussi un terrain fertile pour les activités d’espionnage et les sociétés de couverture, comme celle du ressortissant iranien qui utilisait sa start-up sur le campus de l’EPFL pour livrer le système de navigation pour un drone dans son pays qui a ensuite été utilisé pour tuer trois militaires américains dans une base en Jordanie. Cette technologie de navigation était à double usage et l’EPFL ne savait pas qu’elle allait être utilisée à des fins militaires.

Les services secrets étrangers profiteraient de notre faible défense contre l’espionnage, estime l’historien Adrian Hänni, spécialisé en histoire des services secrets. «Dans le domaine du contre-espionnage, il y a peut-être quelques dizaines de fonctionnaires à Berne qui doivent faire face à cette menace et beaucoup de mesures sont plutôt édentées». Le cas actuel de l’EPF-Lausanne montre justement à quel point l’Iranien Mohammad A., accusé, a agi en dilettante, dit-il.

A l’Université de Graz, les demandes de coopération jugées peu sérieuses venant de scientifiques de l’EPFZ sont envoyées directement au service de renseignement autrichien, notamment dans le contexte du risque potentiel d’influence des services de renseignement chinois sur la recherche en Europe.

 

Un médecin sur deux et un tiers du personnel soignant travaillant dans les hôpitaux suisses ont été formés à l’étranger

Mardi, l’Office fédéral de la statistique (OFS) a publié son rapport sur les établissements hospitaliers 2023. En 2023, les hôpitaux suisses comprennent 185’800 emplois équivalents plein-temps (EPT), une hausse de 4960 EPT (+2,7%) par rapport à 2022. La part des médecins diplômés à l’étranger est de 45,6%, contre 31,9% pour le personnel soignant diplômé. Ces proportions ont connu une légère augmentation par rapport à 2022.

Education importée

La Suisse étant trop dépendante des médecins diplômé-es à l’étranger, le parlement a décidé d’abolir le numérus clausus en médecine.  L’article de la NZZ avance comme le manque de personnel qualifié suisse touche également d’autres métiers, notamment des domaines MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles et technologie), chiffres à l’appui.

Le journaliste Albert Steck juge: «Si, dans de nombreuses professions, plus de la moitié des nouveaux recrutés viennent de l’étranger, cela révèle une faiblesse flagrante de notre système de formation. Si l’on veut sérieusement endiguer l’immigration, il faut s’attaquer à ces lacunes. Il s’agit notamment du fait que les femmes ne représentent toujours qu’un cinquième des étudiants dans les disciplines scientifiques.»

Des violences psychologiques systémiques à la Clinique de médecine dentaire de Genève

«Des étudiants de la Clinique universitaire de médecine dentaire (CUMD) de [l’Université de] Genève dénoncent un climat délétère, voire tyrannique, au sein de leur école […]. Ils décrivent des humiliations et des évaluations injustifiées, en particulier envers les universitaires étrangers. Le décanat reconnaît de son côté un problème systémique.»

Les présidents des EPF au sujet des taxes d’études et l’espionnage chinois

Les écoles polytechniques fédérales se défendent de la proposition du Conseil national, soutenue par le Conseil des États, d’augmenter les taxes d’études pour les étudiant-es étrangers et étrangères, mais «ils acceptent qu’il existe un large consensus politique en faveur d’une augmentation».

Sur la question si les EPF craignent l’espionnage chinois, et plus précisément le vol de résultats de la recherche fondamentale, le président de l’EPFZ relativise: «De toute façon, il est attendu de nous que nous publions nos résultats publiquement.» Et Martin Vetterli ajoute : «Nous ne résoudrons pas les grands défis de ce monde, comme le changement climatique et l’énergie verte, dans un pays contre un autre», nous devons le faire ensemble.

 

Interview avec Cléolia Sabot, Coordinatrice de l’Interface à l’UNIL

En mars 2024 l’UNIL lançait le Fonds de soutien à la recherche partenariale «Interface», qui a pour but de financer et évaluer des projets de recherche collaboratifs et avec un impact social.

Cléolia Sabot, Coordinatrice d’Interface, répond à des questions sur le besoin qu’il y a eu de créer ce type de fonds. Ce n’est pas une nouveauté que l’UNIL fasse de la recherche partenariale, mais l’université veut davantage élargir ce type de collaboration, ainsi qu’élargir les partenaires de terrain avec lesquels elle collabore. En effet, un des objectifs serait «de ne pas travailler qu’avec des administrations ou des entreprises, mais d’avoir une diversité de partenariats […]. Par exemple […] une petite association qui aurait envie et besoin d’avoir des appuis scientifiques n’a pas toujours les moyens de le faire». De plus, ce besoin s’avère d’autant plus urgent que le Fonds National Suisse (FNS) peine à financer ce type de recherche : «le FNS tend davantage à financer des recherches fondamentales qui se font, la plupart du temps, dans le cadre exclusivement académique».

 

Soutien «massif» pour la diversité dans les universités suisses

«Une lettre ouverte en faveur de la diversité et de l’égalité dans les hautes écoles a récemment remué l’Université de Fribourg, selon plusieurs sources. Dans son texte, un constat: «Il continue d’exister de nombreuses barrières et obstacles aux femmes, aux personnes perçues comme non-blanches ou aux personnes issues de l’immigration» pour accéder à des postes dans les hautes écoles et universités suisses.» Le document a été remis à différentes institutions (universités, aux HES, au Fonds national suisse ainsi qu’à l’Académie suisse des sciences humaines et sociales).

Sur l’influence grandissante des Allemand-es dans les universités autrichiennes

L’auteur de l’article écrit que «les Autrichiens ont un problème avec leurs voisins [allemands] parce qu’ils se sont installés dans le monde de la culture et dans les universités de manière astucieuse. Ils sont partout et de plus en plus nombreux.» En effet, le nombre de professeur-es allemand-es a augmenté massivement depuis le début du siècle, et le programme dans les théâtres et musées est de plus en plus réalisé par des Allemands.

«Mais que montrent les hommes de théâtre allemands à leurs spectateurs de Graz, Linz, Innsbruck, Salzbourg, Klagenfurt et Bregenz ? Chaque périphérie aspire-t-elle au centre d’une internationalité qui, au final, n’est pas si internationale que cela, mais seulement allemande ? Ce sont des questions difficiles que l’Autriche n’est pas la seule à se poser. La Suisse aussi mène des débats sur une puissance culturelle hégémonique qui peut ou veut prétendre avoir vu plus du monde, parce que ce monde s’étend justement de Hambourg à Oberammergau […].»

En 2017,  le Ministère autrichien des Sciences a mandaté une étude qui évalue les conséquences de la loi sur l’Université (2002), qui favorise l’internationalisation de l’enseignement et de la recherche. «L’internationalisation signifie en effet dans de nombreux cas la «germanisation»», constate le rapport. Cela concerne en particulier le domaine des sciences humaines et sociales («Geisteswissenschaften»). A l’Université de Graz, deux professeur-es sur trois qui travaillent dans ce domaine sont allemand-es. Ceci pose un problème, car «Les petites littératures, les zones littéraires marginales, échappent à un canon entretenu par les Allemands. Dans l’enseignement et la recherche, de nombreux auteurs qui n’entrent pas dans le schéma des sempiternels Handke et Bernhard n’apparaissent plus du tout. Une internationalisation qui ne fait que transporter des connaissances étrangères dans le pays sans les contaminer avec des connaissances locales n’en est pas une. Également tristement célèbres sont les réseaux de professeurs allemands qui amènent leurs assistants allemands dans les universités autrichiennes. En conséquence, l’internationalisation se supprime à nouveau.»

Les relations franco-suisses se seraient détériorées

Le professeur Gilbert Casasus du Département d’études européennes de l’Université de Fribourg, est interviewé sur les relations franco-suisses, qui se seraient détériorées depuis l’abandon de l’ accord-cadre et le choix du nouvel avion de combat américain, au détriment du modèle Rafale français. «Je pense que les Français n’étaient pas prêts à encaisser ces deux coups. Idem pour l’initiative «Stick to Science», pour faire participer les scientifiques britanniques et suisses aux programmes européens. Dans le contexte du Brexit, et d’une France qui éprouve de nombreuses difficultés avec la pêche anglaise, cette initiative revenait à lancer un autre filet de discorde. Scientifiquement concevable, cette idée est politiquement indéfendable. Elle ne fait pas preuve d’un grand doigté politique, alors que le temps devrait être celui de la résilience et du retour à un bon climat de confiance franco-suisse. […] J’ai la certitude que la France, mais aussi l’espace francophone, voient d’un mauvais oeil l’influence croissante qu’a le monde anglophone, mais aussi allemand, dans la gestion quotidienne culturelle, universitaire et scientifique de la Suisse.»

L’ETH, une Ecole polytechnique allemande?

L’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) emploie un grand nombre de professeur·es et postdocs allemand·es, ce qui a un impact favorable au classement des universités «QS World University Ranking». Selon le journal Inside Paradeplatz, cela n’est pas une coïncidence, mais une politique souhaitée par l’EPFZ, car 10% du classement mesure l’internationalité des institutions.

Les Suisses deviendraient alors une minorité dans la plus importante institution technique, craint l’auteur de l’article : depuis 2010, le nombre de doctorant·e·s suisses est tombé à 1136 (en 2020), tandis que le nombre de doctorant·e·s étrangers est passé de 1934 à 2839  au cours de la même période. L’auteur insinue également que les allemand·e·s cultivent un «entre-soi» en préférant de donner des postes aux doctorant·e·s allemand·e·s qu’aux suisses : «Les portes d’une thèse à l’ETHZ leur ont souvent été fermées pour des raisons futiles.»

L’admission de spécialistes étrangers provenant de pays tiers suscite un débat

Le Conseiller national Marcel Dobler (PLR) a déposé une motion qui demande à exempter les spécialistes étrangers originaires de pays tiers et formés dans une université ou une haute école suisse du nombre maximal annuel d’autorisations de séjour si leur activité lucrative présente un intérêt scientifique ou économique élevé. La motion a été adoptée par le parlement. Le Conseil fédéral élaborera prochainement un message correspondant.

Dans la Weltwoche Daily, le Conseiller national Christoph Mörgeli (UDC, ZH) exprime son opposition à cette proposition qui selon lui, ne fera «qu’encourager l’immigration de masse». Les universités ne devraient pas avoir le pouvoir de délivrer des permis de séjour et outrepasser les règlements suisses en matière d’immigration, déclare-t-il.