17 Oct 2025
Type de veille: Politique des hautes écoles
16 Oct 2025
Annonce de grèves et manifestation(s) des services publics et parapublics vaudois
Le Syndicat des services publics (SSP) Vaud annonce une grève du personnel des services publics et parapublics vaudois contre les mesures d’austérité de l’Etat de Vaud les mardis 18 novembre et le 25 novembre 2025 «si le Conseil d’Etat ne revient pas en arrière.»
D’autres événements similaires:
- Le mardi 21.10, ACIDUL invite «toutes les personnes qui seront affectées par les coupes» à participer à l’assemblée «pour discuter et décider des actions à suivre, dont la grève».
- Le jeudi 30.10. manifestation du SSP et FSF.
16 Oct 2025
France : «La liberté académique est plus fragile que jamais»
Selon Stéphanie Balme, directrice du Centre de recherches internationales à Sciences Po, la liberté académique de recherche et d’enseignement est actuellement en péril au cœur des Etats de droit d’Europe et du monde, «affectant à parts égales les sciences humaines et sociales et les sciences expérimentales». La directrice appelle à son inscription dans la Constitution.
Dans son rapport pour France Universities, la chercheuse fait état de nombreuses atteintes à la liberté académique et de leurs conséquences en France en 2024-2025: pressions idéologiques sur les contenus d’enseignement et de recherche, annulations de conférences, campagnes de stigmatisation d’enseignants-chercheurs sur les réseaux sociaux, etc. Au contraire d’autres droits fondamentaux, la liberté académique n’aurait pas de culture politique ni citoyenne en France. Les universitaires qui en souffriraient seraient souvent isolés, et les capacités institutionnelles à contrer la problématique seraient limitées. «Cette vulnérabilité est aggravée par la dépendance aux financements publics, la précarisation des carrières, la surcharge administrative et l’absence d’autonomie institutionnelle réelle», écrit la directrice.
Elle propose alors une stratégie proactive selon 4 axes en faveur de la défense et promotion de la liberté académique:
- un renforcement du socle juridique (constitutionnalisation de la liberté académique, réaffirmation de l’autonomie des établissements et l’indépendance des personnels, reconnaissance du principe du secret des sources, …)
- des actions des universités en faveur de la liberté académique (chartes, observatoires indépendants, formation des directions, …)
- une promotion de la culture de la liberté académique dans l’espace public (campagnes nationales, …)
- une inscription de ces mesures dans la diplomatie scientifique européenne (rétablissement d’un classement européen avec un indice de liberté académique, instauration d’un observatoire européen, création d’un passeport européen pour les chercheur·euses réfugié·es, …)
Nathalie Dompnier, présidente de l’Université de Lyon interviewée à propos des menaces envers la liberté académique, souligne que la liberté académique est liée à l’indépendance des universités: «sans cette indépendance, l’institution n’a pas la capacité de protéger les chercheurs. Les universités sont les premières cibles des gouvernements populistes ou autoritaires, ce qui montre qu’elles tiennent un rôle dans une société démocratique». Selon elle, il manque aujourd’hui du soutien afin d’améliorer les pratiques de diffusion du savoir scientifique, les financements tendant à diminuer pour de telles activités de médiation. Elle ajoute qu’il faudrait également «travailler la culture du raisonnement qui aboutit à des connaissances scientifiques».
- réfugié·e·s
- autonomie – hautes écoles
- mobilité scientifique
- liberté académique
- politique – France
- Scolars at Risk
16 Oct 2025
Sorbonne tourne le dos au classement des universités THE
L’Université de la Sorbonne (France) a annoncé son retrait du classement Times Higher Education (THE), rejoignant un mouvement croissant d’universités qui rejettent les palmarès internationaux jugés réducteurs et opaques.
Selon sa présidente, Nathalie Drach-Temam, ces classements fonctionnent comme des « boîtes noires » : leurs méthodes manquent de transparence, posent des questions éthiques et ne reflètent pas la diversité des missions universitaires (recherche, enseignement, engagement sociétal). La Sorbonne dénonce l’usage d’indicateurs quantitatifs amalgamés en un score unique, incapable de représenter la richesse des activités d’une université.
Ce retrait s’inscrit dans un mouvement international : des universités comme Yale, Harvard, Columbia, ou encore Zurich, ont déjà quitté les classements tels que US News, QS ou THE, pour privilégier des évaluations basées sur la qualité réelle plutôt que sur la quantité de publications.
La Sorbonne souligne que ces méthodologies, centrées sur les revues anglophones, biaisent les résultats au détriment des sciences humaines et sociales et négligent des dimensions essentielles comme l’inclusion, le développement durable ou le dialogue science-société. De plus, elles peuvent inciter les universités à adopter des stratégies superficielles pour améliorer leur rang, au lieu de renforcer durablement la qualité.
Membre de la Coalition for Advancing Research Assessment (CoARA), la Sorbonne soutient une réforme des méthodes d’évaluation afin de redonner aux établissements le contrôle de leurs critères. Elle participe aussi au classement Leiden, jugé plus transparent et fondé sur des données ouvertes.
Dans la même logique, l’université quitte la base de données Web of Science (Clarivate), critiquée pour son caractère fermé et son biais linguistique. Elle se tourne désormais vers des plateformes ouvertes et collaboratives comme OpenAlex, promouvant un modèle où les universités reprennent la maîtrise de leurs données et les rendent accessibles à la société.
16 Oct 2025
La Suisse lance un réseau national de conseils scientifiques sur quatre grands axes
La Suisse a lancé un nouveau réseau national de conseil scientifique, afin de pouvoir éclairer les autorités et responsables politiques avec des faits et analyses issus de la recherche. L’objectif général du réseau est d’améliorer la capacité du pays à faire face aux crises. Le réseau, qui réunit des expert·es de diverses disciplines principalement issu·es des hautes écoles et instituts de recherche suisses, comprend actuellement quatre grands thèmes: santé publique, cybersécurité, défis internationaux, désinformation (encore en phase de constitution). Les expert·es seront chargé·es d’«observer les évolutions internationales, identifier les risques potentiels pour la Suisse et, le cas échéant, fournir une expertise indépendante».
Un code de conduite garantit l’équité et la transparence du travail scientifique des membres du réseau, qui sont contraints d’adopter une posture impartiale: ils et elles sont responsables de «fournir des données et des analyses fondées sur la science, sans formuler de recommandations politiques». La sélection finale des membres est validée par les présidences des six institutions du domaine de la formation, de la recherche et de l’innovation (BFI), dont le Conseil des EPF, swissuniversities et le Fonds national suisse (FNS).
Olga Baranova, directrice de l’organisation CH++, organisation indépendante qui milite pour une politique fondée sur les preuves et l’innovation numérique en Suisse, regrette que le manque de possibilités d’impact politique des scientifiques.
15 Oct 2025
Nouvelle chaire de fondation à Berne pour l’informatique clinique en cancérologie
15 Oct 2025
IA: Antenne européenne en Suisse
Dans le cadre de son réseau de fabrication de l’intelligence artificielle (IA), l’UE va créer en Suisse une «antenne» avant tout axée sur la météorologie. «Ces antennes permettent de se connecter à des usines d’IA, lesquelles servent à leur tour de plateformes aux universités, aux centres de supercalculateurs ou aux entreprises. L’objectif est de faire progresser les applications de l’IA dans divers domaines tels que la santé, l’espace ou le climat, lit-on sur le site de la Commission européenne. L’antenne en Suisse porte le nom de Hearts (Helvetic AI Ressources, Technologies and Services).» (La Liberté)
L’UE financera les antennes à hauteur de 51 millions de francs via l’entreprise commune pour les supercalculateurs européens.
15 Oct 2025
«Il faut établir un «CER pour les laboratoires»», déclare le lauréat du prix Nobel d’économie
Selon le lauréat du prix Nobel de l’économie Philippe Aghion, «l’UE devrait établir un Conseil européen de la recherche (CER) équivalent pour soutenir à long terme les laboratoires de recherche». Son travail soutient que la croissance économique repose sur «une destruction créative», c’est-à-dire l’éviction d’anciennes entreprises par de nouvelles avec de meilleures idées et technologies.
Selon lui, l’Europe n’a actuellement ni les institutions ni les politiques nécessaires pour des innovations révolutionnaires dans le domaine de la haute technologie. Avoir un CER pour les laboratoires permettrait un financement à long terme des centres de recherches, apportant un soutien stable aux «équipes de recherche organisées autour de sujets prioritaires plutôt que de carrières individuelles».
Le prix Nobel a également souligné que l’Europe manquait d’un équivalent de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) aux États-Unis, opinion partagée par Mario Draghi, dont les recommandations alimentent actuellement la politique européenne de recherche et d’innovation. Ce dernier précise que «le programme de recherche et d’innovation Horizon Europe de l’UE ne soutient pas suffisamment «l’innovation de rupture»» selon lui.
Le journaliste de Science Business soulève que l’Europe est prise dans un dilemme entre soutenir ses «champions industriels existants», tels que les géants allemands de l’automobile et de la chimie, ou transférer des ressources vers de nouvelles entreprises. Des programmes-cadres ont déjà été critiqué pour avoir donné trop d’argent à de grandes entreprises historiques telles qu’Airbus, dont le budget R&D ne serait pas assez soutenu.
15 Oct 2025
Genève inaugure le premier réseau quantique de Suisse, tentant de combler le retard du pays
«Le Geneva Quantum Network (GQN) est un réseau qui va servir à la recherche et l’enseignement en physique quantique. Il s’appuie sur des fibres optiques existantes, mais non utilisées, de l’Office cantonal des systèmes d’information et du numérique (OCSIN). Une première à Genève, mais aussi en Suisse.» Ce partenariat public-privé «réunit et relie aujourd’hui plusieurs entités: outre l’OCSIN, participent le CERN, la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (HEPIA), les entreprises ID Quantique et Rolex, avec son entité Rolex Quantum, qui fabrique des horloges atomiques optiques, une technologie récente et extrêmement précise» et l’Université de Genève.
15 Oct 2025
Le Conseil de l’UE propose une éligibilité limitée pour les projets à double usage dans Horizon Europe
Les gouvernements de l’UE souhaitent modifier les règles d’éligibilité d’Horizon Europe afin de limiter les pays pouvant participer à des projets à double usage et de défense. Cette suggestion ajoute des garde-fous au projet de la Commission européenne visant à permettre aux start-ups à double usage de bénéficier de subventions et d’investissements en capital par l’intermédiaire du Conseil européen de l’innovation (CEI).
Actuellement, tous les projets de recherche et d’innovation Horizon Europe, y compris ceux soutenus par le CEI, doivent se concentrer exclusivement sur des applications civiles.
«Kurt Deketelaere, secrétaire général de la Ligue européenne des universités de recherche, s’oppose à l’extension du programme à des applications non civiles, mais, compte tenu du contexte, il estime que l’ajout de restrictions géographiques est judicieux. «Le fait que le Conseil ajoute désormais des restrictions géographiques pour les bénéficiaires potentiels semble une évidence du point de vue de la sécurité et de l’autonomie stratégique », a-t-il déclaré. Son principal espoir est que le Royaume-Uni et la Suisse, les principaux partenaires de l’UE dans Horizon, ne soient pas exclus. Ce qui importe en fin de compte pour la communauté scientifique, c’est de protéger le caractère ouvert du plus grand cadre de recherche collaborative au monde.»
- collaboration hautes écoles – militaire
- politique – Suisse
- Horizon Europe (anciennement FP9)
- politique – Europe
- FP10
15 Oct 2025
«Racisme systémique» aux HUG
La responsable des soins du Département réadaptation et gériatrie (DRG) des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ainsi que plusieurs collaborateur·ices ont dénoncé des propos à caractères racistes au sein de leur institution. La direction générale des HUG a alors mandaté un cabinet d’avocats vaudois, afin de mener un audit. L’enquête a récolté une septantaine de témoignages relatant des propos discriminatoires et racistes au sein de l’institution, en particulier entre les cadres et le personnel de terrain, souvent d’origine étrangère. Il a également fait état de dysfonctionnements managériaux.
Selon plusieurs employé·es, l’enquête «minimise les propos discriminatoires en les expliquant en partie par des conflits de personnes». «Il y a un racisme systémique au sein de l’institution», indique une source interne. Bien qu’il soit réfuté par la direction, un potentiel conflit d’intérêts entre le cabinet d’avocat et l’hôpital pourrait exister. Il est notamment déploré que peu de collaborateur·ices de terrain aient été entendu·es comparé aux cadres dans le cadre de l’enquête. De plus, aucune sanction n’aurait été prise jusqu’ici, si ce n’est celle d’une victime potentielle qui aurait été «mise à l’écart», alors que la cadre mise en cause poursuivrait ses activités sur un autre site.
Il a alors été demandé à la direction générale de «revoir la portée de l’audit pour que l’enquête externe traite du problème de discriminations à l’échelle de l’institution». Ses conclusions devraient aboutir, selon le personnel, à «des recommandations concrètes (suivi, prévention, procédures claires) pour améliorer le climat de travail et corriger les comportements problématiques». Les collaborateur·ices demandent également la mise ne place de «personnes-ressources» pour accompagner les victimes de discrimination, et exigent des sanctions.
Les HUG déclarent poursuivre des investigations afin de «prendre d’éventuelles décisions managériales ou des mesures individuelles».
14 Oct 2025
Promotion d’un changement de culture concernant les résultats négatifs
Des chercheurs appellent à une réforme du système scientifique pour renforcer la confiance du public, améliorer les soins aux patient·es et assurer une formation plus fiable des intelligences artificielles. Selon Stephen Curry, conseiller stratégique au Research on Research Institute (Royaume-Uni), il est urgent de lutter contre les «biais de publication», c’est-à-dire la tendance à publier uniquement les résultats positifs ou spectaculaires, au détriment des résultats négatifs ou nuls.
Un article publié dans PLOS Biology dénonce cette culture profondément enracinée, qui conduit à une perte de ressources, un ralentissement de la recherche, une distorsion des preuves scientifiques et des impacts concrets sur les soins médicaux. Les auteurs et autrices affirment que les résultats négatifs sont essentiels, car ils permettent d’éviter les impasses et d’éclairer les recherches futures.
Le texte appelle tous les acteurs de la recherche — financeurs, institutions, maisons d’édition — à s’engager pour la diffusion de toutes les données, quelles qu’en soient les conclusions. Les changements proposés incluent :
- l’obligation pour les chercheurs de publier tous les résultats ;
- une réforme de l’évaluation des chercheurs, axée sur la qualité des hypothèses et des méthodes plutôt que sur le prestige des revues ;
- une ouverture des éditeurs aux résultats négatifs.
Bien que cela représente une charge de travail supplémentaire, Stephen Curry, auteur de cet article, suggère que les financeurs travaillent avec les chercheurs et chercheuses pour concevoir des formats de rapports simples.
Pour enclencher ce changement de culture, les scientifiques derrière l’étude estiment qu’il faudrait le soutien de quelques financeurs ou institutions influentes, comme UK Research and Innovation ou le Conseil européen de la recherche. Ce mouvement s’inscrit par ailleurs dans la continuité des initiatives telles que la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (DORA) et la Coalition européenne pour l’avancement de l’évaluation de la recherche (CoARA).
Enfin, ils et elles soulignent que la communauté scientifique semble prête à engager cette transformation, et qu’un soutien institutionnel fort pourrait accélérer le passage à une science plus transparente et complète.
14 Oct 2025
Les scientifiques exhortés à exiger une gouvernance indépendante dans Horizon Europe
En finançant largement la recherche fondamentale, les États-Unis ont créé un écosystème propice à l’innovation privée, sans subventionner directement les entreprises. La Chine suit aujourd’hui la même voie, tandis que l’Europe, faute d’investissements suffisants, prend du retard. Le déséquilibre est frappant : l’augmentation de 500 millions d’euros du budget du Conseil européen de la recherche paraît dérisoire face aux milliards investis dans les universités américaines.
Contrairement aux idées reçues, la majorité du financement scientifique américain soutient la recherche fondamentale, d’où sont issues toutes les grandes révolutions technologiques – ordinateurs, internet, vaccins, intelligence artificielle. En Europe, au contraire, la tendance actuelle privilégie les projets à court terme et les applications industrielles, au détriment de la recherche fondamentale.
Les débats sur le prochain programme-cadre européen (FP10) illustrent cette dérive. Bien que la recherche fondamentale y soit encore protégée, son avenir reste incertain, notamment en raison du lien possible avec le Fonds européen de compétitivité (ECF), qui exclut la recherche de base. Une telle orientation menacerait, selon le recteur de l’Université de Ljubljana Gregor Majdič, le modèle de progrès européen fondé sur la connaissance. Il appelle donc à une action urgente : augmenter les investissements dans la recherche fondamentale et renforcer les liens entre universités, industrie et société. Sans cela, l’Europe risque de devenir simple consommatrice des innovations venues d’ailleurs.
14 Oct 2025
La pensée critique et l’empathie sont des compétences qu’une IA ne peut pas remplacer
Les diplômé·es d’informatique et de gestion d’entreprises, qui historiquement connaissaient une certaine sécurité de l’emploi, vivent aujourd’hui une insécurité à cause de l’IA, comme en témoignent les récents licenciements par les géants de la technologie. Selon une journaliste du Tages-Anzeiger, la pensée critique et l’empathie sont des compétences qu’une IA ne peut pas remplacer, et ce sont des branches telles que la philosophie, la sociologie ou la littérature qui les enseignent. Ces branches permettent d’apprendre à penser au-delà de l’évidence et de la masse, «une compétence clé dans l’ère des machines apprenantes». Selon la journaliste, il est nécessaire d’avoir ainsi des personnes étudiant ces domaines qui comprennent les conséquences des nouvelles technologies et développent des solutions aux défis de la société. «[La pensée critique et l’empathie] sont indispensables pour que des pays comme la Suisse puissent se démarquer des industries de l’éducation telles que la Chine», écrit-elle.
L’autrice a nommé son article un plaidoyer pour les sujets «d’orchidée» («Orchideenfächer»), un terme familier désignant une matière d’étude originale, inhabituelle, rare, qui n’est enseignée que dans quelques universités ou suivie que par un petit nombre d’étudiant·es, et réagit avec cet article à une interview avec l’ex-banquier privé Konrad Hummler, qui avait avancé dans le colloque Ermatingen sur la migration que les responsables politiques devraient retirer aux universités les fonds publics destinés aux cursus «marginaux». Il commente par rapport à cela dans le Tages-Anzeiger du 08.10.2025: «Deux questions se posent : est-il juste qu’un pays comme la Suisse attire des spécialistes hautement qualifiés provenant de l’étranger ? Et notre propre population ne devrait-elle pas être en mesure de fournir ces prestations ? Nous ne devons toutefois pas tomber dans une économie planifiée en matière de politique éducative. Cela reviendrait à canaliser la relève vers des disciplines qui ne seront peut-être plus nécessaires dans cinq ans.»
14 Oct 2025
Trois ans après le lancement de ChatGPT, savons-nous où cela nous mène ?
Depuis son lancement il y a trois ans, ChatGPT a révolutionné l’accès à l’intelligence artificielle générative, suscitant à la fois enthousiasme et inquiétudes (plagiat, sécurité, contenus médiocres). Dans la recherche et l’édition, l’IA s’impose comme outil d’aide à la rédaction, à la synthèse et à la détection de fraudes scientifiques, avec des solutions comme Grammarly, Perplexity ou Clear Skies. Selon l’auteur de l’article, le secteur entre aujourd’hui dans une phase de maturité et d’intégration des outils IA dans les workflows. À long terme, on envisage l’émergence d’agents IA autonomes capables de gérer tout le cycle de la recherche, ce qui pourrait transformer la manière de produire et d’évaluer la science.
13 Oct 2025
«Les universités doivent s’ouvrir davantage aux talents non universitaires»
Le vice-chancelier adjoint et doyen de l’Université de Bath Marcus Munafò, écrit qu’historiquement, les universités ont toujours considéré que les universitaires étaient capables de tout faire, avec peu de formation, et que seuls eux devaient diriger les institutions académiques. Ainsi, les postes de direction exigent souvent un parcours académique prestigieux. Pourtant, les compétences nécessaires pour gérer une université dépassent largement la recherche et l’enseignement : elles incluent le leadership, la gestion, l’innovation et la compréhension d’environnements complexes et changeants.
De récentes études au Royaume-Uni montrent que les dirigeants recrutés hors du milieu universitaire obtiennent souvent de meilleurs résultats, notamment parce qu’ils possèdent des compétences managériales rares dans le secteur. Comme dans le sport, où les meilleurs entraîneurs ne sont pas toujours d’anciens champions, la crédibilité d’un dirigeant ne dépend pas uniquement de ses performances académiques.
Les universités doivent donc clarifier les compétences qu’elles recherchent pour les postes de direction et distinguer les aptitudes académiques des aptitudes managériales. Il est également nécessaire d’encourager les candidatures venues de l’extérieur, à tous les niveaux. Des initiatives comme les «professors of practice» ou la classification de «praticiens» à l’Université de Bath visent à valoriser les parcours professionnels non académiques.
Ces évolutions posent des défis – notamment en matière d’équité et de reconnaissance – mais elles enrichissent les institutions et permettent des carrières plus diversifiées. Une autre piste consiste à favoriser la circulation entre monde académique et monde professionnel, pour créer des carrières plus perméables.
Enfin, Marcus Munafò juge que modèle de l’universitaire capable de tout faire, hérité du XIXᵉ siècle, n’est plus adapté. Dans un contexte difficile pour l’enseignement supérieur, les universités gagneraient à apprendre d’autres secteurs, tout en maintenant leur identité académique.
13 Oct 2025
«La science est devenue un puissant enjeu géopolitique»
Interview de la professeure de l’EPFL et physicienne Marilyne Andersen, directrice générale du Geneva Science and Diplomacy Anticipator (Gesda), fondation créée en 2019 qui «a pour mission d’identifier les innovations scientifiques émergentes dans les laboratoires du monde entier, et d’anticiper leur impact». Le 5ème sommet de la Gesda, qui rassemble les mondes politique, diplomatique et scientifique, se tiendra à Genève du 15 au 17 octobre, avec pour priorités la neurotechnologie, les interfaces cerveau-ordinateur ou l’ordinateur quantique.
Abordant les défis et ambitions de la fondation, sa directrice générale explique que «l’une des valeurs ajoutées de Gesda est l’accent mis sur la collaboration multilatérale», dans un contexte géopolitique international où elle est souvent remise en question, notamment «par des dirigeants comme Donald Trump». «La science devient un puissant enjeu géopolitique. Ce n’était pas autant le cas avant», précise-t-elle.
«L’idée [de la Gesda] est d’arrêter d’être en constant retard par rapport aux crises du moment et davantage dans une action préventive avant de se retrouver dans l’urgence.» La directrice générale donne l’exemple de l’ordinateur quantique: «On pourrait se dire que, face aux géants de la technologie, c’est une fatalité, il n’y a rien à faire. Gesda dit précisément le contraire, qu’on peut se préparer au quantique en amont, pour ne pas être totalement pris de court et commencer tout de suite à mettre en place le cadre nécessaire pour y faire face et y avoir accès. Après coup, quand la compétition est lancée, c’est plus compliqué.»
13 Oct 2025
Jeune Consulting, une association de l’UniNE qui fait le lien entre étudiant·es et monde professionnel
«Cette «mini-entreprise» permet à ses membres, environ 30 étudiants par année, de réaliser des mandats pour des entreprises de la région. Ils peuvent ainsi directement être impliqués dans le monde professionnel, dans leur domaine de prédilection, par exemple le marketing digital, la comptabilité ou l’ingénierie. Tout l’intérêt des étudiants, c’est justement de commencer à travailler en parallèle de leurs études.»
10 Oct 2025
Deux lauréats du Prix Nobel rejoindront l’université de Zurich
Les économistes Esther Duflo et Abhijit Banerjee, lauréats du prix Nobel, rejoindront l’Université de Zurich en juillet 2026. Grâce à des fonds externes fournis par la Fondation Lemann, les deux chercheurs créeront un nouveau centre dédié à l’économie du développement, à l’éducation et aux politiques publiques.
10 Oct 2025
L’idée d’un fonds fédéral pour les universités
Face aux projets d’austérité du gouvernement suisse, qui prévoit notamment de doubler les frais d’études pour les étudiant·es suisses et de les quadrupler pour les étrangers, de nombreux étudiant·es ont manifesté à travers le pays. Pour éviter ces coupes budgétaires, la Conseillère nationale socialiste Sarah Wyss (SP, Bâle) propose une alternative : créer un fonds alimenté par les excédents de la Banque nationale suisse (BNS) afin de financer les universités, en particulier les filières d’importance nationale comme les sciences de la vie. Ce fonds impliquerait à la fois la Confédération et les cantons.
Actuellement, ces excédents servent à rembourser les dettes liées à la pandémie Covid-19. Le projet de Sarah Wyss suscite donc la controverse : certains, comme le président de la SVP bâloise Peter Riebli, estiment qu’une nouvelle solution fédérale est nécessaire, mais se demandent qui paiera les dettes si les excédents sont utilisés autrement. D’autres, comme le centriste Marc Scherrer, jugent l’idée réaliste et digne d’examen, compte tenu des difficultés financières du canton de Bâle-Campagne.
Sarah Wyss admet que sa proposition n’est pas une solution définitive, mais souhaite ouvrir un débat national sur un financement équitable et durable des universités. Elle suggère que certains cursus, considérés d’intérêt national, soient financés par ce fonds, comme l’ETH de Zurich l’est par la Confédération.
La commission des finances du Parlement discute actuellement de l’usage des excédents de la BNS. Sarah Wyss veut y soulever la question de savoir s’il est vraiment pertinent de rembourser la dette au moment où la quote-part d’endettement de la Suisse est historiquement basse.
Enfin, la conseillère nationale Florence Brenzikofer (vert·es) soutient cette démarche et plaide, elle aussi, pour un modèle de financement à long terme des hautes écoles, garantissant la stabilité et l’investissement dans la formation, considérée comme la principale ressource du pays.