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Sujet: Prix Nobel

Interview du Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz

Dans une interview donnée à la RTS et au Temps, le Prix Nobel d’économie en 2001 Joseph Stiglitz fait un point de la situation aux États-Unis et évoque les risques liés à la deuxième présidence de Donald Trump.

Le scientifique affirme que lorsque le président accuse une université d’avoir violé une loi, il n’y a pas de procès, ni de jury, mais uniquement le jugement du président, ce dernier faisant du chantage en demandant aux universités de payer en échange de l’obtention de contrats gouvernementaux. Le Prix Nobel s’inquiète particulièrement de l’érosion de la démocratie américaine, dont le monde universitaire fait partie intégrante. «Le monde universitaire a été créé afin de porter un regard sur ce qui se passe dans notre société, notre gouvernement, nos entreprises, et signaler ce qui ne fonctionne pas correctement. C’est absolument nécessaire dans une démocratie.» Le monde universitaire est cependant actuellement particulièrement inquiet de la suppression de la liberté académique.

Des idées pour améliorer l’équité au travail

Iris Bohnet, professeure en économie à l’Université de Harvard, a récemment publié un livre sur l’équité à la place de travail («Make work fair»). Elle estime que plutôt que d’essayer de changer la mentalité des gens, «il est plus efficace de rendre le terrain de jeu équitable». Elle propose plusieurs mesures, comme l’anonymisation du processus de candidature.

Elle a notamment convaincu le comité du Prix Nobel de modifier le formulaire de proposition de candidatures pour permettre la proposition de plusieurs candidat·es : «Notre recherche a montré que nous faisons un choix multiple plus rationnel qu’un choix unique.»

Un autre exemple: «une grande entreprise australienne voulait savoir comment elle pourrait motiver les bons candidats et les candidates qui ont été rejetés de justesse à postuler à nouveau pour un autre emploi plus tard. Il s’est avéré que les femmes le faisaient deux fois moins souvent que les hommes. Nous avons posé quelques questions de diagnostic à la direction de l’entreprise : comment les candidats apprennent-ils qu’ils doivent postuler à nouveau? Et à qui écrivent-ils? L’entreprise a envoyé aux 20% les plus performant·es un e-mail les invitant à postuler à nouveau. Nous avons simplement ajouté une phrase à l’e-mail : «Vous faites partie des 20 meilleurs pour cent». Cette seule phrase a suffi à combler l’écart entre les sexes.»

Iris Bohnet avance par ailleurs qu’il est scientifiquement prouvé qu’un congé parental est favorable pour l’égalité des chances, et qu’il faudrait aussi introduire des incitations pour que les hommes prennent effectivement le congé de paternité.

 

Réactions vis-à-vis du prix Nobel

««Je suis ravie et fière, c’est l’éloge d’une femme scientifique sans compromission, à l’origine d’un vaccin qui a eu un impact majeur et qui a sauvé des millions de vies, s’enthousiasme Alexandra Calmy, responsable de l’unité VIH du service des maladies infectieuses des Hôpitaux universitaires de Genève. Le prix de cette femme au parcours si singulier et exemplaire, qui a poursuivi malgré tout ce que les gens pensaient de sa recherche, est un modèle qui va aider les femmes à aller de l’avant .»» (24 Heures)

Jacques Dubochet, prix Nobel de chimie en 2017, «[…] espère que la semaine des Prix Nobel réveillera les politiciens, qui ont relégué la question européenne au second plan durant cette période électorale. C’est symptomatique de la gestion à courte vue de notre politique» dit-il. Il aimerait «que le prix soit plus souvent attribué à des institutions plutôt qu’à des personnes. Dans [son] cas, il aurait été bien de le remettre à l’ensemble du laboratoire. […] Le fonctionnement actuel favorise l’ego et la gloire individuelle. Pourtant, l’aventure scientifique est une aventure humaine.» (Le Courrier)

Le journal Nature partage «[u]ne analyse [qui] montre que le délai moyen entre la publication des travaux et l’obtention d’un des prix scientifiques a presque doublé au cours des 60 dernières années. Parmi les trois prix scientifiques, c’est en chimie que le «délai Nobel» [‘Nobel lag’] est le plus long (30 ans en moyenne au cours de la dernière décennie) et en physiologie ou en médecine qu’il est le plus court (26 ans).» (Nature.com)

Didier Queloz: «La curiosité fait partie des attributs fondamentaux de tout scientifique»

Dans une interview donné à la RTS, le prix Nobel de physique 2019 Didier Queloz revient sur son parcours et sur les défis rencontrés par la science aujourd’hui.

Le scientifique a remarqué «une certaine méfiance d’une partie de la population envers la science» pendant la pandémie de Covid-19 et il pense que cela démontre «la difficulté de communiquer le savoir de manière générale. […] Donc [il] pense qu’en tant que scientifique, on doit vraiment se demander comment on peut améliorer cette communication.»

Animé par une curiosité insatiable, «Didier Queloz sait qu’il ne verra jamais la fin de son projet, mais «ça fait partie du jeu».» Il serait «frustré» s’il obtenait immédiatement les réponses à toutes ses questions.

Produit du système éducatif suisse, il salue sa «capacité d’innovation extraordinaire.» Il pense que l’argent mis dans l’éducation est bien investi et que «la Suisse prend beaucoup de soin à mettre l’argent qu’il faut dans un système éducatif qui se veut large et ouvert à tous.» Néanmoins, il s’inquiète quant à la sortie du pays du programme Horizon. «On a une industrie extraordinaire, on a un système éducatif extraordinaire, mais on est tout petit.» Il pense que les effets négatifs risquent de se faire sentir sur le long terme.

Classement de Shangaï : l’UNIGE dans le top 50

L’Université de Genève (UNIGE) obtient la 49e place du classement de Shanghai, remontant de 13 places par rapport à l’année dernière. Selon son recteur Yves Flückiger, cela est dû à «la qualité du travail de recherche et de formation que [leurs] collaborateurs et collaboratrices accomplissent jour après jour», mais est aussi la «conséquence directe de la médaille Fields reçue l’an dernier par le professeur Hugo Duminil-Copin.»

Aurélien Roux, Professeur en biochimie à l’UNIGE, se réjouit, mais émet quelques réserves. Selon lui, «ce classement privilégie notamment la recherche et les sciences dures» et néglige les étudiant∙es qui feront partie du marché du travail ainsi que leur potentielle ascension professionnelle. Surreprésentation d’anciens Prix Nobels, absence de la notion de valeurs des institutions académiques ou du bien-être des chercheur∙euses… Les critiques se multiplient, selon l’auteur de l’article ce type de classement «incarne et favorise l’hypercompétitivité du monde académique», ce qui mènerait à une hausse de la précarité, du mobbing et du harcèlement dans le monde scientifique.

Le programme britannique de visas pour les scientifiques lauréats ne reçoit aucune demande

«Pas un seul scientifique n’a déposé de demande de visa auprès du gouvernement britannique pour les lauréats du prix Nobel et d’autres prix depuis son lancement il y a six mois, révèle New Scientist. Le programme a fait l’objet de critiques de la part des scientifiques et a été décrit comme une «blague».»

Jessica Wade, scientifique des matériaux au Imperial College London, n’est pas surprise de ce résultat. «L’accès des scientifiques britanniques aux financements européens est incertain, nous ne sommes pas très attractifs pour les étudiants européens […], nos retraites sont réduites et les postes scientifiques au Royaume-Uni sont à la fois rares et précaires.»

L’idée de privilégier l’entrée au Royaume-Uni des lauréats de prix scientifiques est erronée, juge le géoscientifique Christopher Jackson de l’université de Manchester, qui est devenu en 2020 le premier scientifique noir à animer les conférences de Noël de la Royal Institution. Selon lui, ces prix sont intrinsèquement biaisés et un système d’immigration basé sur eux ne fera que reproduire le manque de diversité dans les sciences.

Quelle est la pertinence du prix Nobel ?

Le journaliste scientifique Alan Niederer discute de la pertinence du Prix Nobel pour la communauté scientifique. L’article part du constat que le prix semble dépassé et met en lumière une critique qui lui est souvent émise : Le prix ne peut être décerné qu’à trois personnes au maximum dans chaque discipline. Or, cette règle ne rend pas compte de la réalité des projets de recherche qui reposent souvent sur un travail d’équipe. Le prix consoliderait une image erronée de la recherche, celle du professeur solitaire qui crée du génie dans son laboratoire et manque de reconnaître le travail mené en collaboration. Malgré ces défauts, ce serait une erreur de supprimer ou réorienter le prix, argumente Alan Niederer. Sa célébrité aurait un effet positif pour le monde scientifique en termes de marketing.

 

L’institut Karolinska en Suède efface les noms de scientifiques racistes

«Le prestigieux institut Karolinska (KI) de Stockholm va débaptiser certains de ses locaux et des rues qui portaient le nom de scientifiques racialistes ou pro-nazis.» [Le 22 octobre, le Temps avait publié un article, qui traite les réflexions qui ont été menés avant la prise de cette décision.] «[L’Institut Karolinska] abrite notamment le comité chargé de décerner le prix Nobel de médecine.

Le Prix Nobel Didier Queloz quitte l’Université de Genève pour l’EPFZ

Dider Queloz, Prix Nobel de physique (2019) va rejoindre l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) et donc quitter l’Université de Genève (UNIGE). L’astrophysicien genevois y dirigera un nouveau centre sur l’origine de la vie. «A l’EPFZ, il y a l’excellence, le nombre critique de chercheurs, un financement et une volonté stratégique de faire quelque chose de nouveau», explique le chercheur dans Le Temps.

Tandis que l’editorial du Temps commente ce transfert comme une «triste nouvelle pour le bassin lémanique», Joël Mesot, président de l’EPFZ, y voit une manière de positionner son haute école «[…] pour renforcer la place de la recherche suisse et européenne».

Pour Yves Flückiger, recteur de l’UNIGE, «le départ de Didier Queloz n’enlève rien à la qualité» de son université. En tant que président de «swissuniversities», il voit dans le départ de Didier Queloz également un renforcement de la place Suisse.

 

Nobel, un Prix qui oblige?

«On en a trois en Suisse, trois Prix Nobel du moins du côté des scientifiques, Jacques Dubochet, Michel Mayor et Didier Queloz. Ce Nobel oblige-t-il? A quoi oblige-t-il? Quelles sont les responsabilités qui vont avec ce prix prestigieux? Et la science, à la fois si populaire et si décriée, comment se porte-t-elle?»

Quelle influence des universités au prix Nobel?

En juillet 2018, lors d’une séance des recteurs et rectrices des hautes écoles universitaires suisses, il a été question, dans un cadre informel, si et comment les hautes écoles suisses pourraient avoir (encore) plus souvent de lauréat-e-s du prix Nobel. L’idée était d’abord d’identifier des potentiel-le-s candidat-e-s. Le Recteur à l’Université de Genève Yves Flückiger se souvient: «Nous avons voulu présenter ces chercheurs et leurs travaux de pionnier de manière systématique aux grands prix scientifiques considérés comme hall d’entrée au temple du prix Nobel.» L’idée était que les universités et EPFs envoient des lettres de soutien, à l’image des universités américaines. Le fait que les universités apportent leur plein soutien aurait, selon Yves Flückiger, souvent eu une influence lors de la remise du prix.

Même son de cloche chez le Recteur de l’Université de Zurich Michael Hengartner: «Si nous faisons le bien, nous devons en parler.» Une autre stratégie consiste à inviter des prix Nobel et leur présenter à l’occasion es recherches importantes, car ceux-ci ont la possibilité de proposer des futur-e-s candidat-e-s.

Jacques Dubochet, prix Nobel de l’UNIL, n’a pas de sympathies pour de telles actions coordonnées. Par ailleurs, il ne proposerait pas de chercheur-e-s juste parce qu’ils ou elles sont compatriotes et qualifie son propre palmarès de prix [avant le Nobel] comme «assez misérable».

L’article est également paru dans dans le Tages-Anzeiger.

 

Le Nobel, «signe réjouissant d’une Suisse ambitieuse, curieuse et ouverte sur le monde»

Deus ans après le prix Nobel en chimie pour Jacques Dubochet de l’UNIL, l’annonce du prix Nobel en physique pour deux chercheurs de l’Université de Genève serait devenu une «fierté légitime pour l’arc lémanique, bien sûr, mais surtout un élan qui doit profiter à tout le pays» et «la preuve que la Confédération et les Cantons ont raison d’investir dans la
formation de pointe», avance le journaliste Patrick Monay. Il rappelle qu’il y a une «menace qui plane sur la place scientifique Suisse», l’initiative UDC dite «de limitation». «Un tel prix doit donner envie aux jeunes d’entreprendre des études exigeantes, d’aller se former et enseigner à l’étranger».

«A Genève, le génie s’épanouit»

Selon le journaliste Pierre Ruetschi, le succès de l’Université de Genève – la bonne place dans le classement des universités, les deux prix Nobel en physique et la médaille Fields – sont due à son orientation internationale ainsi qu’à la multiplicité des champs de recherche. «À la pluridisciplinarité [de l’alma mater] s’ajoute en effet celle des 37 organisations internationales et des quelques centaines d’ONG qui peuplent la Rive droite.» L’auteur mentionne comme autres exemples d l’IHEID, le Health Valley et le sommet sur la finance durable organisé cette semaine.

Deux « Nobel Stars » au « firmament », la presse encense les lauréats romands
Au lendemain de l’attribution du prix Nobel de physique aux deux chercheurs romands Michel Mayor et Didier Queloz, la presse suisse est dithyrambique et souligne l’importance de la recherche scientifique dans notre pays.
Dans l’éditorial du Temps, on peut lire notamment: «A Lausanne comme à Genève, ce sont des travaux de fort longue haleine qui sont récompensés, dans des disciplines facilement désignées comme théoriques. Alors que Guy Parmelin, prenant ici la suite directe de Johann Schneider-Ammann, paraît vouloir mettre l’accent sur la formation professionnelle et l’innovation la plus en phase avec les marchés, les lauriers lémaniques soulignent le fait que la science et la technologie foisonnent dans des environnements complexes, qui s’épanouissent sur toute l’échelle de la matérialité brute jusqu’à l’abstraction. La Suisse peut briller toujours plus sur la carte mondiale si elle prend bien conscience de cette nécessité de cultiver des creusets d’intelligence multiples et ouverts.»
Un autre article du même journal note «L’honneur apparaît comme une revanche après la surprise Dubochet à Lausanne.» Le recteur genevois Yves Flückiger se veut bon joueur dans un article de la NZZ: «Plus encore que dans d’autres régions de Suisse romande, les Romands savent que les meilleurs résultats sont obtenus grâce à une coopération étroite entre les universités, ce qui se traduit non seulement par des échanges animés de chercheurs, mais aussi par des acquisitions coûteuses.» Il souligne toutefois qu’il n’y a ni jalousie ni concurrence malsaine entre les différentes régions du pays.
Le prix Nobel de physique attribué à Michel Mayor et Didier Queloz de l’Université de Genève

Deux professeurs de l’Université de Genève et un  se verront attribué le prix Nobel pour la découverte d’une toute première exoplanète. C’est le Canado-Américain James Pebbles qui a été le premier cité par le Comité Nobel pour ses recherches sur la cosmologie. Il a compris avant tout le monde l’importance du cosmic radiation background, le fond diffus cosmologique.