«Une chercheuse russe, à l’École de médecine de la célèbre université, est menacée d’expulsion vers son pays d’origine qu’elle avait fui pour des raisons politiques.»
15 Mai 2025
15 Mai 2025
«Une chercheuse russe, à l’École de médecine de la célèbre université, est menacée d’expulsion vers son pays d’origine qu’elle avait fui pour des raisons politiques.»
14 Mai 2025
«Avec une hausse de près de 41% du nombre de chômeurs en seulement deux ans, Lausanne traverse une période délicate sur le plan de l’emploi. Pour inverser cette tendance, la Ville mise sur le développement des sciences de la vie.» Le municipal en charge de l’économie, Pierre-Antoine Hildbrand, évoque notamment l’impact du Biopôle («un véritable moteur de croissance ») et l’arrivée du Swiss Data Science Center au Biopôle [en novembre 2024] ainsi que son nouveau statut d’infrastructure de recherche nationale.
14 Mai 2025
Le Conseil scientifique allemand (Wissenschaftsrat) a déclaré dans un communiqué : «Le tournant international en matière de politique de sécurité pose également des défis fondamentaux au système scientifique et à notre société : les cyberattaques, l’influence et la fuite des connaissances menacent les universités et les instituts de recherche allemands.» Le Conseil «appelle à une sensibilisation accrue et à une gestion professionnelle des risques liés au savoir». Il liste ainsi les menaces actuelles envers la recherche:
Finalement, Conseil scientifique allemand plaide pour une plate-forme nationale pour la sécurité des connaissances, qui devrait être mise en place le plus rapidement possible. «En tant que point de contact central, elle doit soutenir les acteurs scientifiques de manière rapide et non bureaucratique dans l’évaluation des risques liés aux connaissances en leur fournissant des informations complètes.» L’article publié sur wissenschaftsrat.de comporte un schéma qui «résume de manière idéale l’évaluation des risques».
14 Mai 2025
L’association cepunige a annoncé via Instagram son occupation du rectorat de l’Université de Genève à UniDufour durant toute la journée. Un grand rassemblement devrait avoir lieu à 17h.
«Prends tes révisions, ton sac de couchage et rejoins-nous», peut-on lire sur un de leur post Intagram, en dessus d’un «stop à la complicité de l’unige !»
14 Mai 2025
«Le Hamas a déjà infiltré le système éducatif américain de manière ciblée depuis de nombreuses années» selon Wendy Sachs, réalisatrice du documentaire «October 8», qui a pour thématique la dégénération de l’antisémitisme dès le lendemain du massacre du Hamas. Entretien avec la réalisatrice Wendy Sachs et son producteur et monteur Nimrod Erez.
Pour Wendy Sachs, le fait que les manifestations anti-israéliennes aient commencé un jour seulement après le massacre du Hamas signifie que les étudiant·es étaient au courant du massacre à venir. «En fait, il y a actuellement un procès devant un tribunal fédéral de district à New York, dans lequel cette accusation est examinée», explique la réalisatrice. Pour elle, des personnes liées au Hamas se seraient concertées avec des sympathisant·es en Amérique. «Le Hamas avait un plan depuis des décennies. Il voulait infiltrer les universités américaines. C’est ce que nous expliquons dans le film. Ce n’est pas une théorie du complot. Il y a des déclarations à ce sujet dans la procédure judiciaire en cours», argumente-elle. «En outre, lors des manifestations, on voit des activistes et des adultes, qui sont peut-être aussi payés.»
Selon la réalisatrice, il serait important, pour le Hamas, d’infiltrer des groupes d’étudiant·es «parce que c’est là que commence la formation de l’opinion. C’est à partir des cercles universitaires que l’état d’esprit se propage. […] On commence par les jeunes esprits influençables. Les esprits les plus brillants de l’élite – car ce sont les futurs leaders.»
Wendy Sachs ajoute que le Hamas ou l’Iran ne seraient pas les seuls à soutenir ces groupes d’étudiant·es, il y aurait aussi d’autres organisations telles que la Fondation Soros, la Fondation Rockefeller et d’autres organisations à tendance de gauche.
Finalement, pour Wendy Sachs, Harvard «obscurcit» actuellement son rapport sur l’antisémitisme en publiant en même temps une étude sur l’islamophobie. Pour elle, ces deux problématiques n’ont pas du tout la même portée.
14 Mai 2025
La liberté de la science est l’un des acquis les plus précieux des démocraties occidentales. Elle est toutefois actuellement menacée dans de nombreux pays, notamment aux Etats-Unis. «Pour que la science en Europe ne s’égare pas elle aussi sur une pente glissante, il faut que les choses changent ici», écrit un journaliste de la NZZ Sven Titz. Selon lui, «la science doit faire deux choses : d’une part, si elle défend l’indépendance de la recherche face aux gouvernements, elle doit expliquer encore mieux que jusqu’à présent la valeur de la liberté scientifique ; d’autre part, pour sa crédibilité, elle doit veiller davantage à la protection de la liberté scientifique en interne.»
«Depuis longtemps, l’Occident ne remet plus fondamentalement en question la liberté de la science. C’est pourquoi sa vulnérabilité a été quelque peu oubliée», explique le journaliste. Il ajoute que la science manque d’un lobby fort et n’a guère de moyens de pression. En effet, les conséquences de lacunes dans la recherche ne se sentent souvent que des années plus tard. Il complète: «la liberté de la science ne sert pas uniquement à garantir l’utilité de la recherche pour la société. […] La liberté scientifique sert aussi à défendre une culture de la curiosité et de l’usage critique de la raison qui est essentielle pour nos pays.»
Finalement, le journaliste écrit: «L’ouverture des résultats est une caractéristique essentielle de la recherche scientifique, et cela doit rester ainsi. Mais pour pouvoir défendre cette valeur de manière convaincante face à l’Etat, la science doit prouver plus clairement qu’elle fait de la liberté scientifique le critère de son action, même en son sein.»
14 Mai 2025
«Le 14 mai 2025, le Conseil fédéral a approuvé un rapport sur la promotion de la relève et l’augmentation de la proportion des femmes dans les professions MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles et technique). Ce rapport indique qu’un grand nombre de mesures ont déjà été mises en œuvre dans ce contexte et qu’il est prévu de les reconduire. […] Le Conseil fédéral […] considère qu‘il n‘y a actuellement pas lieu d‘agir à l‘échelle fédérale.»
13 Mai 2025
Interview sur la liberté de la science et la mise en danger de la démocratie avec Luciana Vaccaro, présidente de swissuniversities et rectrice de la Haute École spécialisée de Suisse occidentale, et Walther Rosenthal, président de la Conférence allemande des recteur·ices d’université.
Luciana Vaccaro et Walther Rosenthal affirment que nous sommes en train de vivre une des plus grandes atteintes à la liberté académique. En Suisse, pour l’instant, l’EPFZ est la seule institution à avoir reçu un questionnaire des Etats-Unis, faisant acte de pression. En Europe, la plus grande menace actuellement est probablement de perdre l’accès à des banques de données très importantes aux Etats-Unis. Bien que les chercheur·euses réalisent des copies de ces bases, «cela ne peut pas remplacer la mise à jour quotidienne de ces bases de données», explique Walther Rosenthal. Luciana Vaccaro affirme: «Nous devons absolument devenir plus souverains. Nous devrions réfléchir en Europe, en tant que continent, à notre propre base de données, à nos propres clouds.»
Actuellement des étudiant·es et chercheur·euses d’Europe ne participent plus aux conférences qui ont lieu aux États-Unis, certain·es n’étant même pas autorisé·es à entrer sur le territoire américain. A l’inverse, des scientifiques américain·es n’ont pas été autorisé·es à venir en Europe.
Alors qu’il y a actuellement plus de demandes de candidatures en provenance des Etats-Unis, Luciana Vaccaro s’attend surtout à ce que «beaucoup moins de personnes de Suisse ou de l’UE aillent aux États-Unis». «Nous devons maintenant veiller à ce que les talents restent ici.» Pour Walther Rosenthal, l’Europe ne devrait pas «mener une guerre des talents» en s’efforçant d’activement attirer des scientifiques américain·es.
Walther Rosenthal affirme: «La science en Europe doit devenir plus attrayante. L’objectif de 3% n’est atteint que dans quelques pays de l’UE. Mais nous avons aussi trop de bureaucratie en Europe.»
De son côté, Luciana Vaccaro déclare: «Nous devons faire trois choses : premièrement, investir davantage dans la recherche, car il en va de notre souveraineté et de notre prospérité. […] Deuxièmement, nous devons protéger la liberté académique. Et troisièmement, nous devons continuer à mener une politique de portes ouvertes. 50% des professeurs des universités suisses sont des étrangers, dans les hautes écoles spécialisées, ils sont 30%. Nous avons un système de concurrence ouvert que nous devons maintenir.» Elle ajoute encore: «Le Conseil fédéral a proposé les mesures d’économie avant que la crise géopolitique ne s’aggrave. Je pense qu’à un moment où la souveraineté est globalement menacée, les réflexions seront différentes. Faire des économies aurait des conséquences dramatiques, et pas seulement pour les universités : L’économie manquerait de personnel qualifié.»
Finalement, les président·es d’université s’accordent sur l’importance des sciences humaines, alors que l’Europe ne semble «s’intéresser qu’aux disciplines techniques». Luciana Vaccaro déclare ainsi: «Le progrès le plus important du siècle dernier a été notre démocratie. Il y a cent ans, je n’aurais pu ni étudier, ni travailler, ni voter. Nous devons défendre cela. Ces jours-ci, nous voyons à quel point ces acquis sont fragiles. C’est pourquoi nous continuons à encourager fortement les sciences humaines en Suisse. L’éducation est la meilleure protection contre l’extrémisme.» Walther Rosenthal ajoute: «Je suis tout à fait d’accord. D’un point de vue global et chez nous aussi en Allemagne, de moins en moins d’étudiants choisissent ces matières. Cela me préoccupe. Pour comprendre la radicalisation politique, par exemple, nous avons besoin de sociologues et de psychologues. Et la société a également besoin d’études sur le genre, même si Trump ne veut pas l’admettre.»
13 Mai 2025
«La Suisse est confrontée à un défi croissant : un manque flagrant d’expertise académique sur les relations internationales de l’Asie. Alors que l’importance économique et géopolitique du continent ne cesse de croître, cette pénurie devient de plus en plus importante.», estiment Simona Grano, responsable du domaine de recherche « Relations Chine-Taïwan » et maître de conférences («senior lecturer») à l’Université de Zurich et Lionel Fatton, professeur assistant et responsable du programme de bachelor en relations internationales au Campus Webster de Genève et collaborateur de recherche à l’Institut de recherche sur l’histoire des transferts d’armes à l’échelle mondiale de l’Université Meiji [à Tokyo]. «Sans une expertise solide, le pays risque de devenir simplement réactif face aux crises futures, plutôt que de façonner les résultats dans son propre intérêt.»
«Si plusieurs universités suisses proposent des cours de langue et de culture liés à l’Asie, très peu se concentrent sur la politique internationale ou la dynamique stratégique de la région. Seules deux institutions – l’Institut d’études asiatiques et orientales de l’Université de Zurich et le Master en études asiatiques de l’Université de Genève – proposent des programmes complets en études asiatiques. Même là, l’expertise en matière de géopolitique et de relations internationales est limitée et souvent concentrée entre les mains d’une poignée de chercheurs [et chercheuses].»
13 Mai 2025
Alors que le Tribunal fédéral vient d’autoriser l’UNIL et l’EPFL à retirer le statut d’association universitaire à la société étudiante exclusivement masculine Zofingue, l’Université de Genève «n’a pas encore arrêté de position définitive sur les conséquences de la nouvelle jurisprudence du Tribunal fédéral». Marco Cattaneo, porte-parole, de l’UNIGE, affirme: «L’UNIGE, dont la charte d’éthique proscrit elle aussi toute discrimination fondée notamment sur le sexe, sera bien entendu attentive à cette jurisprudence.» Marco Cattaneo précise: «certains groupes de travail ou certaines activités peuvent faire exception, lorsque les discriminations pratiquées ont un lien objectif avec leur but légitime».
Interrogée, la présidente de l’association Venusia Genevensis, société sœur de Zofingue exclusivement féminine, affirme avoir «peur que cette décision entrave maintenant les sociétés féminines». (Tribune de Genève)
A Zurich, «les effets de la décision du juge lausannois sont à peine perceptibles, voire pas du tout. Cela s’explique par le fait que les relations entre les hautes écoles et les associations d’étudiants en tout genre sont réglées différemment qu’à Lausanne.»
A l’EPFZ, c’est l’association des étudiant·es (VSETH) qui est chargée de reconnaître les organisations étudiantes. La reconnaissance de l’EPFZ existe toutefois, mais «aucune association d’étudiants n’y est enregistrée. Elles ne peuvent donc pas perdre leur statut d’organisation reconnue, contrairement à l’EPFL.» De plus, il serait difficile d’obtenir cette reconnaissance car une condition est en effet que les organisations soient ouvertes à tous·tes.
L’Université de Zurich, de son côté, compte 19 associations d’étudiant·es, dont certaines sont exclusivement masculines et une exclusivement féminine. «Jusqu’à présent, aucune mesure concrète n’a été prise concernant le retrait de l’accréditation», a déclaré Melanie Nyfeler du service de presse de l’université de Zurich. «Le jugement sera examiné et la suite de la procédure sera évaluée.» (NZZ)
Le journaliste du In$ide Paradeplatz juge la décision du Tribunal fédéral comme un signe que «l’égalité des chances est depuis longtemps passée sous les roues d’une uniformité motivée par une politique identitaire. Ce qui ne convient pas est exclu. [..] L’arrêt du Tribunal fédéral apporte une réponse inquiétante – et remet ainsi en question les valeurs fondamentales d’une société ouverte.»
13 Mai 2025
Dans son dernier ouvrage, le sociologue Dominique Glaymann analyse le sentiment de perte de sens exprimé par une partie des enseignant·es-chercheurs·euses français·es, s’appuyant sur une enquête de plus de 800 scientifiques, menée entre 2020 et 2022.
Il estime que ce sentiment est un effet de la mise en œuvre du Nouveau management public, notamment de la «massification du supérieur», la «professionnalisation» des études supérieures qui met maintenant plus l’accent sur l’enseignement de compétences (plutôt que des connaissances), ainsi que de la «bureaucratisation néolibérale», de la course à l’excellence et des difficultés financières des universités depuis leur autonomie en 2007.
«[…] [I]l y a, je crois, une grande partie des collègues qui le vivent effectivement mal car, outre le rythme intense et le temps qui manque toujours, ils voient leur métier changer et ont le sentiment de travailler toujours plus pour une qualité de moins en moins bien assurée, pour l’enseignement comme pour la recherche.»
Dominique Glaymann avance l’hypothèse d’une « déprofessionnalisation » à l’œuvre chez les enseignant·es-chercheurs·euses, «l’éparpillement des tâches qu’ils vivent, ainsi qu’une forme de déqualification, en devant endosser des activités ne correspondant ni au contenu ni au niveau de leur «fiche de poste».
«Il y a ensuite la perte d’autonomie, avec un métier de plus en plus soumis aux logiques d’évaluation, de production à tenir, d’appels à projet, dans un système de moins en moins régulé par les pairs. Et il y a, enfin, le sentiment, exprimé par un nombre croissant d’enseignants-chercheurs, d’une perte d’utilité et de reconnaissance sociales».
13 Mai 2025
Fin 2022, l’Université de Zurich a suspendu une étudiante qui a raté de peu un examen en ligne qu’elle devait repasser, car elle a dû s’occuper, durant l’épreuve, de soins médicaux d’urgence pour sa maman. Souhaitant poursuivre son examen suite à l’incident, sa mémoire lui aura causé des troubles, qu’un médecin spécialiste diagnostiquera par la suite. L’étudiante évoque des circonstances exceptionnelles et indépendantes de sa volonté auprès de son Université, mais l’alma mater «reste inflexible» et lui indique qu’elle peut faire recours.
La jeune femme a fait appel à un avocat, qui manque malheureusement le délai de recours. L’exclusion de l’Université devient donc définitive. L’avocat essaiera un recours jusque devant la Cour européenne des droits de l’homme, qui l’a rejeté. L’étudiante «ne pourra plus jamais s’inscrire en économie dans une université suisse. Le choc a été tel qu’elle a dû être hospitalisée en clinique psychiatrique pendant un temps.»
13 Mai 2025
«Hier soir, reprenant à son compte le principe du town hall – forme de conférence publique – introduit par le rectorat à l’automne passé, la CUAE [association faîtière et syndicat des étudiant.e.x.s de l’Université de Genève] s’est chargée d’organiser un débat questionnant ouvertement la position des autorités universitaires sur le génocide en Palestine. L’occasion aussi d’aborder plus largement la question de la démocratie au sein de l’alma mater, mise à mal, ont estimé les intervenant·es, par l’invisibilisation répétée d’une partie des voix de la communauté académique.»
«Le problème [démocratique] n’est pas vraiment nouveau: en 2019, une commission formée au sein de l’Assemblée universitaire avait planché sur un rapport intitulé «Vers une excellence démocratique», pour répondre à ce qui était alors qualifié de «crise démocratique». Les pistes d’amélioration de ce rapport comprenaient une meilleure répartition des corps de l’université dans les instances participatives, mais aussi une meilleure prise en compte des décisions de ces organes, et une meilleure valorisation de l’engagement et de la critique. Six ans plus tard, ce rapport a semble-t-il été oublié dans un tiroir.»
Edouard Gentaz, vice-recteur chargé du vivre-ensemble, était le seul représentant du rectorat présent lors de cette soirée. La date du town hall organisé par le rectorat lui-même n’est pas encore connue, bien que l’évènement soit annoncé depuis des semaines.
13 Mai 2025
«Tour d’horizon des mesures prises par le gouvernement de Donald Trump et de leur impact sur les étudiantes et étudiants de l’EPFL.»
12 Mai 2025
Depuis fin avril, plusieurs revues savantes américaines ont reçu un courrier inquisiteur de la part du procureur fédéral du district de Columbia, Edward R. Martin, leur reprochant d’être partisanes dans le débat scientifique. «Le public a certaines attentes et vous avez des responsabilités», leur écrit le procureur.
Deux revues consacrées aux liens santé-environnement ont annoncé le 23 avril «avoir suspendu, jusqu’à nouvel ordre, la réception des articles de recherche et études qui leur sont soumis pour publication, «en raison de changements récents dans les moyens opérationnels» qui leur sont alloués».
Interrogés, les National Institutes of Health (NIH) «assurent que la mise en pause actuelle n’est pas le signe de la fin du journal: il s’agirait d’opérer «une transition vers un modèle plus rationnel maintenant la capacité d’EHP [une des revues (Environmental Health Perspectives) ayant stoppé ses nouvelles publications] à publier des recherches à fort impact».
Manolis Kogevina, rédacteur en chef adjoint de la revue, «estime pour sa part que la revue devrait sortir du giron des institutions fédérales et être cédée à une organisation tierce si elle veut poursuivre ses activités librement». «Il semble que l’administration [américaine] actuelle ne soit pas en mesure de garantir l’indépendance du journal, dit le chercheur. On ne peut pas publier une revue scientifique dans ces conditions.»
12 Mai 2025
Les membres de la Coordination étudiante pour la Palestine, qui occupaient depuis mercredi midi le hall du bâtiment principal de l’Université de Genève, ont quitté les lieux jeudi soir. Ils et elles souhaitaient éviter une arrestation par la police qui avait été sollicitée à intervenir par le rectorat. Ce dernier avait également menacé, par mail, de déposer une plainte pénale, comme il l’avait fait l’année passée, avant de la retirer.
Jeudi après-midi, une délégation de la Coordination a participé à un entretien d’une cinquantaine de minutes avec la rectrice Audrey Leuba, «qui n’est pas entrée en matière sur la suspension des partenariats avec les universités israéliennes. A plusieurs reprises, elle a invité ses interlocuteur·rices à se référer au rapport produit en mars par le comité scientifique, dont la mission était de se pencher sur le rôle de l’université dans le débat public». (Le Courrier)
Une réunion publique est annoncée ce lundi à 18 h 30 à Uni Dufour, en collaboration avec la CUAE, la faîtière des associations étudiantes. (Tribune de Genève)
Par ailleurs, 5 membres de la Coordination étudiante pour la Palestine (CEP) ont été élus à l’Assemblée du corps étudiant de l’UNIGE, ce qui représente la moitié des sièges du corps étudiant.
12 Mai 2025
Entretien sur la liberté de la science avec Mitchell Ash, historien des sciences et professeur émérite d’histoire du début de l’ère moderne à l’Université de Vienne, américain d’origine.
Pour l’historien, la stratégie du président américain est la suivante: «on s’attaque à une université, et si elle cède, on s’attaque à la suivante. On monte ainsi les universités les unes contre les autres, selon la devise «diviser pour mieux régner».» Le fait que le gouvernement veuille maîtriser la politique du personnel des universités, orientée vers le mot-clé DEI (Diversity, Equity and Inclusion) «est vraiment inadmissible. Car la politique du personnel est un élément important de la liberté scientifique, c’est-à-dire de la question de savoir qui peut faire de la recherche et enseigner.»
Mais pour Mitchell Ash, cette action contre les universités ne serait qu’une partie d’une stratégie globale. «En outre, le régime tente de contrôler le contenu de la recherche, un autre élément de la liberté scientifique. Il fait dépendre les fonds de recherche de l’apparition de certains mots comme diversity ou gender dans les demandes de recherche. […] C’est la culture du cancel à l’état pur. Jusqu’à présent, la cancel culture était un reproche des conservateurs contre les gauchistes. Mais maintenant, cela s’exerce réellement, et d’une manière que même de nombreux conservateurs trouvent effrayante.»
En Europe, la liberté de la science, c’est-à-dire le libre choix des thèmes de recherche et le libre choix des organes de publication, est aussi menacée. «En Allemagne, beaucoup de choses passent par ce que l’on appelle le Deal Consortium. Il est censé améliorer l’accès à la recherche en concluant des contrats avec de grands éditeurs. Cela semble bien, mais il y a un hic: ceux qui veulent publier en dehors de ces structures ont souvent moins de chances dans la profession ou sont discriminés à l’université. Cela limite la liberté de décider soi-même où et comment publier sa recherche – et c’est précisément l’un des fondements de la liberté scientifique. Elle est donc structurellement menacée. C’est presque plus dangereux, car cela ne concerne pas seulement les «fauteurs de troubles» dans les sciences sociales et culturelles, mais toutes les disciplines.»
Est-ce que l’Europe peut profiter de ce qu’il se passe aux Etats-Unis, par de la fuite des chercheur·euses par exemple ? «En Europe aussi, l’argent est rare. Et cela ne résout pas le problème global. […] L’évolution actuelle ne peut en fait profiter qu’à la Chine. Le pays est déjà en tête en ce qui concerne le nombre de publications de haute qualité.» Étant donné que la Chine n’est pas une démocratie, il n’y existe pas de liberté scientifique, toutefois «une sorte de flexibilité scientifique» y est présente. «Le régime laisse faire les chercheurs s’il voit un intérêt à long terme. En l’occurrence, la chronologie du Parti communiste chinois est différente de celle des Etats-Unis, où des élections ont lieu tous les deux ans. Ils comptent en décennies et en générations.»
Finalement, pour l’historien, l’exil des cerveaux américains «n’est pas une solution» pour le contexte actuel du monde de la recherche américain. «Cela sauve bien sûr la psyché individuelle de la pression. Mais ce n’est pas une solution pour le système. Je ne dis pas cela comme une critique fondamentale, c’est simplement une description objective de cette stratégie. Les stratégies qui sont efficaces sont institutionnelles. C’est ce que fait Harvard actuellement. L’université se défend et poursuit le gouvernement en justice. Nous verrons si cela aboutit.»
8 Mai 2025
L’UNIGE lance en effet un programme de chaires d’excellence, créées pour attirer les meilleurs talents dans des domaines stratégiques : La médecine, les neurosciences, la physique, les mathématiques, voire le domaine de la vie dans l’Univers forment les piliers de cette première phase, mais d’autres disciplines pourraient suivre, selon les opportunités.
La rectrice Audrey Leuba, qualifie ce moment de lancement de «particulièrement opportun», «puisque la science est menacée de toutes parts. Financées par la Fondation Hans Wilsdorf à hauteur de 10 millions de francs en 2025, ces chaires joueront également un rôle d’accélérateur, en facilitant l’accès à des financements compétitifs et en stimulant les partenariats stratégiques. »
8 Mai 2025
Une septantaine de jeunes (100 selon la NZZ, 200 selon Le Courrier) de la Coordination étudiante pour la Palestine de l’Université de Genève (CEP-UNIGE) occupent à nouveau le bâtiment d’Uni Mail depuis mercredi midi, ayant principalement deux revendications: la suspension immédiate des collaborations entre l’UNIGE et des universités israéliennes, et un appel public à l’ensemble des institutions académiques suisses pour qu’elles en fassent autant. Cette occupation a lieu un an jour pour jour après une action similaire. «L’année dernière, les étudiants propalestiniens étaient restés dans le hall d’Uni Mail pendant une semaine, jour et nuit, avant d’être finalement évacués par la police.» (RTS)
«Contactée, l’UNIGE assure de son côté qu’elle reste un lieu de dialogue, mais elle précise quand même que ces locaux doivent normalement être réservés pour de telles manifestations. Elle rappelle aussi que le bâtiment d’Uni Mail ferme ses portes à 23h. Elle juge l’occupation nocturne illicite et a déjà prévenu la police.» (RTS: Forum)
«Le calendrier appartient aux forces de l’ordre», avance le porte-parole de l’Université Marco Cattaneo. «La liberté d’expression est essentielle et doit être respectée mais les règles de l’institution aussi» . (RTS : Le 12h45)
Un étudiant du CEP témoigne que des manœuvres policières auraient été observées pendant la nuit. (Le Courrier)
«Parallèlement à l’occupation d’Uni Mail par la CEP, le collectif Change for Palestine s’est également adressé au rectorat» dans un email envoyé lundi. Ce dernier s’appuie sur une note juridique selon laquelle l’université de Genève peut engager sa responsabilité si «elle maintient des partenariats avec des entités impliquées dans des crimes graves» en «omettant de diligenter un audit ou une évaluation malgré des alertes récurrentes». La note recommande le lancement d’un audit interne des collaborations institutionnelles ainsi que la suspension, en l’attente des résultats, des partenariats concernés.» Le collectif a laissé le rectorat jusqu’au 12 mai pour réagir. (Le Courrier)
8 Mai 2025
Nous sous-estimons l’influence et le poids que les universités -«les cerveaux de nos pays» – ont dans des discussions politiques, «et nous nous laissons trop souvent et trop rapidement entraîner dans la politique quotidienne», estime le vice-recteur de l’Université de Vienne Helmut Kern. Pendant qu’il serait bon de «garder une certaine distance» par rapport à la politique, les universités devaient «répondre aux politiciens» lorsqu’elles étaient attaquées. D’autre part en ces temps difficiles sur le plan économique et politique, l’internationalisation et la formation de partenariats avec d’autres universités sont «une question de survie» pour son université.
Christopher Cripps, vice-président pour l’Europe et les affaires internationales de l’Institut polytechnique de Paris, est d’accord sur ce point: «En temps de crise, on se tourne vers ses amis.» Toutefois, il ajoute que les universités «doivent savoir quand tirer un trait, quand se retirer» lorsqu’un partenariat ne fonctionne plus ou qu’il y a un conflit de valeurs. «Ces valeurs, vous pouvez l’imaginer, incluent la liberté académique comme élément non négociable, la souveraineté et la sécurité, [et] la propriété intellectuelle. […] Si les valeurs ne voyagent pas, elles ne sont que du marketing.»
Funmi Olonisakin, vice-présidente chargée de l’international, de l’engagement et des services au Kings College London, considère par ailleurs que le travail de partenariat entre les universités européennes est loin d’être suffisant. Par ailleurs, si les universités «ne prennent pas des mesures prudentes pour créer un environnement de mentalité mondialisée, la même polarisation existera à l’intérieur des universités».