En fin janvier, six nouveaux pôles de recherche nationaux ont été lancés, et aucun ne concerne les sciences humaines ou sociales. Une lettre ouverte signée par plus d’un millier de professeurs et de membres du corps intermédiaire universitaire.
«Les accusations sont lourdes : seuls les projets économiquement exploitables seraient soutenus, et le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) serait soupçonné de discriminer thématiquement la recherche sur le genre.» (SRF)
Le SEFRI a annoncé qu’il allait mettre des fonds de côté et organiser un deuxième tour séparé pour les sciences humaines et sociales. Lea Haller, Secrétaire générale de l’Académie suisse des sciences sociales et humaines (ASSH), commente : «Cela donne l’impression comme si la procédure a été suivie, mais que [les acteurs] se sont rendu compte à la fin qu’il manquait quelque chose et qu’il fallait maintenant corriger le tir.»
Caspar Hirschi, professeur d’histoire à l’Université de Saint-Gall, ajoute que ce type d’encouragement de recherche défavorise les sciences humaines et sociales, qui se considèrent comme une instance critique qui remet en question la société et la politique. «Le principal obstacle pour eux était la politique, c’est-à-dire le SEFRI et le Conseil fédéral, qui n’ont pas pris en considération les projets.»
Parmi les onze projets retenus pour la dernière phase figurait un projet de recherche intitulé « Gender and Justice » : il portait sur la violence à l’égard des femmes, la prévention des maladies dans une perspective de genre ou les questions de fertilité en Suisse. Ce projet a été jugé excellent, mais il a néanmoins été écarté par le SEFRI. Les signataires de la lettre ouverte y voient une « discrimination thématique inquiétante à l’égard de la recherche sur le genre». Interrogé à ce sujet, le SEFRI répond : « L’évaluation a été effectuée indépendamment de l’appartenance disciplinaire. L’excellence scientifique était au premier plan. »
Par ailleurs, le nombre d’étudiants en sciences du langage a chuté de près de moitié au cours des dix dernières années. Caspar Hirschi estime qu’il s’agit d’une perte d’importance et de prestige, ce qui est paradoxal pour lui, car «d’autre part, les bouleversements considérables que nous traversons actuellement et les incertitudes politiques et économiques montrent que les connaissances en sciences humaines sont très demandées par le grand public».