«Les étudiants ayant des liens avec le Parti communiste chinois ou inscrits dans des filières sensibles sont dans le viseur de Washington.»
30 Mai 2025
30 Mai 2025
«Les étudiants ayant des liens avec le Parti communiste chinois ou inscrits dans des filières sensibles sont dans le viseur de Washington.»
28 Mai 2025
Steven Levitsky, professeur de gouvernement à Harvard et auteur du best-seller How Democracies Die, «était l’un des initiateurs d’une lettre, en mars dernier, signée par 800 de ses collègues et appelant [Harvard] à faire front face aux «attaques contre les universités américaines, l’un des piliers de la démocratie américaine»».
«Dans une démocratie, il ne coûte rien à personne de critiquer le gouvernement. Aujourd’hui, quand des centaines voire des milliers de politiciens des deux bords, d’universitaires, de patrons d’entreprise, d’éditeurs ou de journalistes réfléchissent à deux fois avant de prendre la parole, nous ne sommes plus dans un environnement entièrement démocratique», avertissait-il mardi sur la chaîne CNN.
«Il estime que les autocrates s’en prennent systématiquement aux universités, sous «différents prétextes» mais fondamentalement parce qu’elles sont des «foyers de dissidence». «Les Etats-Unis glissent vers l’autoritarisme. C’est tragique. Mais le déclin n’est pas irréversible, positive-t-il. Ce pays a assez de muscles financiers et organisationnels ainsi que de talents pour se défendre et restaurer la démocratie.»»
28 Mai 2025
Selon le New York Times, Selon l’administration Trump a envoyé une lettre aux agences fédérales demandant que tous les contrats gouvernementaux restants avec Harvard soient résilié jusqu’au 6 juin. La valeur estimée de ces contrats est d’environ 100 millions de dollars.
Le document demande également aux autorités de rechercher des «fournisseurs alternatifs» pour les services futurs. «Cette mesure marque la fin de la relation commerciale de longue date entre le gouvernement américain et la célèbre université.»
28 Mai 2025
BeOne Medicines, avec un chiffre d’affaires Chiffre d’affaires de 3,8 milliards de dollars en 2024, transfère son siège à Bâle.
«Bâle est très attractive pour une entreprise de recherche», explique Reto Kessler, Country Manager de BeOne Medicines en Suisse : «Nous avons ici accès à 400 entreprises de biotechnologie différentes et à plus de 30’000 talents dans le secteur des sciences de la vie.»
Le conseiller d’Etat Kaspar Sutter ajoute : « En particulier dans la période actuelle, avec ces tensions mondiales, cette décision montre que nous offrons une sécurité de la recherche et une sécurité juridique ».
27 Mai 2025
The Economist (accès via la BCU) a publié toute une série d’articles sur les effets de la politique de l’administrative Trump sur les sciences, aux Etats-Unis et ailleurs.
p. 10 «America’s assault on science»
Pendant que le gouvernement Trump s’en prend aux universités d’élite et à la recherche, «des véritables problèmes de fonctionnement de la science en Amérique sont négligés», notamment la bureaucratie: «Les meilleurs chercheurs américains déclarent passer deux jours sur cinq à remplir des formulaires et à effectuer d’autres tâches administratives, plutôt qu’à travailler en laboratoire. La recherche devient de plus en plus incrémentale («incremental»). De nouveaux modes de financement, tels que les loteries, méritent d’être expérimentés. Jusqu’à présent, cependant, la Maison Blanche n’a pas présenté de plans visant à améliorer le fonctionnement de la science. En effet, lorsque les scientifiques ne savent pas si leurs travaux seront encore financés ou s’ils saisissent les tribunaux pour contester la suppression arbitraire de subventions, la science américaine perd de son efficacité, au lieu d’en gagner.» Par ailleurs, les triomphes économiques américains et sa force militaire sont étroitement liés aux succès scientifiques. «En se retirant, l’Amérique cédera du terrain à la Chine autoritaire en tant que superpuissance scientifique, avec tous les avantages que cela comporte.»
p. 37 – «The revolution comes for Boston»
Les politiques du président Donald Trump sur les universités et les réductions proposées par son administration pour le financement de la science menacent non seulement l’écosystème tentaculaire de recherche et de biotechnologie du Massachusetts, mais aussi l’avantage concurrentiel du pays en matière d’innovation, en biotechnologie en particulier.
p. 68 – «The science subsidy»
Par rapport aux retombées internationales, «c’est presque certain que l’Amérique enregistre un excédent scientifique avec le reste du monde, en fournissant beaucoup plus aux étrangers qu’elle ne reçoit en retour», que cela soit par la formation des étudiant·es étrangers·ères, la publication scientifique, la recherche et le développement, la technologie, et le savoir-faire et l’investissement.
«La Chine, qui dépasse déjà l’Amérique dans certains domaines scientifiques, peut espérer tirer parti de cette situation. Pourtant, peu d’étrangers souhaitent faire leur doctorat en Chine. Un système politique fermé ralentit la diffusion des innovations au-delà des frontières internationales. Il en va de même pour la barrière de la langue.» D’ailleurs, «des décennies de recherche sur les clusters économiques montrent qu’elles sont rarement répliquées» ailleurs: «If America’s scientific system sneezes, the rest of the world will catch a cold.»
69 – 71 «Looming disaster»
Le président américain espère réduire le budget des NIH (National institutes of health) de 38 %, soit près de 18 milliards de dollars, celui de la NSF (National Science Foundation) de 4,7 milliards de dollars, soit plus de 50 %, et supprimer près de la moitié de la direction de la mission scientifique de la NASA. «Au total, les réductions proposées pour les agences fédérales de recherche s’élèvent à près de 40 milliards de dollars. Nombre d’entre elles sont déjà passées sous le bistouri», et les coupes «sont plus larges et plus profondes qu’il n’y paraît» à première vue, et de manière plus chaotique et des fournitures de laboratoire sont devenues plus difficiles à obtenir. Selon des documents fuités, la branche recherche de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) cesserait très probablement d’exister et les satellites d’observation de la Terre de la NASA seraient également mis à mal, par exemple.
71 – «Chilling effects»
Des citoyens ordinaires vont être affectés par ces coupes, comme par exemple les fermiers dépendent de prévisions météorologiques fiables, les malades ont besoin de données du CDC sur la distribution et le traitement des maladies, et l’EPA (Environmental Protection Agency) met en place des régulations qui protègent le public de contaminants, et plusieurs agences alertent le public dans le cas des différentes catastrophes naturelles.
«Le gouvernement finira peut-être par comprendre que le fait d’avertir les gens des tempêtes mortelles et de faciliter l’accès aux soins médicaux permet d’aider bien d’autres personnes que les élites. Mais pour l’instant, du moins, il y a peu de signes d’un tel revirement de politique.»
72 «Your loss is our loss»
«An exodus from the world’s scientific superpower beckons.» Le nombre de postulations pour des postes académiques hors des Etats-Unis ont augmenté de manière significative, de 32% sur le site de Nature, et selon un sondage de ce même journal, 75% des scientifiques dans les Etats-Unis envisagent de partir. Par ailleurs, des candidatures de l’étranger ont baissés de 25%, selon les données da Nature, et cette tendance est plus accentuée encore pour les candidatures au doctorat: Sur le site FindAPhD il y a eu 50% de candidatures en mois venant de l’Europe.
Les données du site web Studyportals montrent un intérêt moindre des Américains pour les doctorats nationaux et une augmentation de l’intérêt pour les bourses d’études internationales par rapport à 2024, près de 50% plus de renseignements sur les programmes en Suisse par rapport à l’année passée. Et aussi les personnes des pays non-américains s’intéressent particulièrement aux programmes PhD en Suisse, avec une augmentation de plus de 40% par rapport à l’année passée, ce qui range le pays en deuxième place après l’Australie.
«Et ce n’est pas fini.» La National Science Foundation (NSF), autre grand bailleur de fonds fédéral, pourrait perdre 52 % de son financement. Si le budget est adopté par le Congrès, The Economist estime que plus de 80 000 chercheurs pourraient perdre leurs emplois. «Le financement américain de la science universitaire serait nettement inférieur à celui de la Chine ou de l’Union européenne, après ajustement des coûts.» Et le financement n’est pas le seul problème, mais également l’insécurité actuelle concernant les visas. D’autres encore craignent que le gouvernement s’immisce dans leurs recherches. Kevin Hall, chercheur au NIH, a démissionné en avril après deux incidents : une fois, des membres du gouvernement l’auraient demandé de ne pas utiliser un mot impopulaire auprès des partisans de Trump et une fois il a été empêché de présenter une étude des collaborateurs de Robert F. Kennedy qui auraient édité les réponses aux interviews sans son consentement.
D’autres pays pourraient attirer ces chercheurs américains cherchant à s’exiler, mais «la perturbation nuirait à la science dans son ensemble».
27 Mai 2025
Les conséquences des coupes budgétaires de Donald Trump envers les National Institutes of Health (NIH) ont des répercussions dans le monde entier, y compris en Europe. C’est en effet eux qui investissent de loin le plus d’argent dans la recherche médicale au monde. Ces conséquences pourraient même avoir des impacts sur le long terme.
Alors que «dès son premier jour au pouvoir, [Donald Trump] a imposé une interdiction de communication à tous les collaborateurs des NIH», et qu’«il a ordonné à l’agence de vérifier si tous les projets qu’elle soutient correspondent aux priorités du nouveau gouvernement», actuellement «bien que des millions aient déjà été investis dans leurs études, de nombreux chercheurs doivent maintenant les abandonner ou faire une pause forcée. Selon les données de la plateforme Internet «Grant Watch», plus de 800 projets de recherche sont désormais concernés.»
«Les projets directement stoppés ne sont toutefois que la pointe de l’iceberg – ils concernent environ 1 pour cent de tous les projets de recherche actuellement financés par les NIH. L’ancien directeur de l’Institut de médecine générale des NIH, Jeremy Berg, met en évidence un autre problème, encore plus important: Les NIH accordent actuellement nettement moins de promesses de financement que d’habitude. Alors que l’année dernière, entre janvier et mi-mai, environ 10 milliards de dollars de fonds ont été distribués, cette année, sur la même période, ils ne sont que 7 milliards environ.»
«Si les National Institutes of Health n’ont effectivement pas dépensé une grande partie de leur budget à la fin de l’année, le gouvernement pourrait s’en servir comme argument pour procéder à de véritables coupes budgétaires. C’est en tout cas ce que craignent des observateurs comme Jeremy Berg. Dans une proposition récemment publiée pour le budget de l’année prochaine, le gouvernement a proposé une réduction de 40% du budget des NIH. En outre, il ne devrait plus rester que cinq des 27 instituts des NIH. Les experts s’attendent toutefois à ce que le Congrès rejette la proposition du gouvernement et ne réduise pas ou peu le budget de l’agence de recherche.»
Le chercheur Mathias Jucker parle de «mettre certains projets dans une sorte de mode d’économie d’énergie. On pourra probablement continuer à suivre les patients, mais les essais thérapeutiques tant attendus ne pourront pas commencer pour l’instant. […] Cela a des conséquences pour tous les patients atteints […] Le sable dans les rouages scientifiques retarde le processus de découverte et donc le développement de nouveaux médicaments.»
27 Mai 2025
«Katrin Milzow et Thomas Werder Schläpfer ont pris les rênes du FNS le 1er avril. Tous deux sont convaincu·es que le FNS est bien armé pour relever les défis à venir grâce à l’engagement de ses collaborateurs·trices.» Leur vision du FNS? «Une organisation d’expert·es, qui continue d’être agile, innovante et efficace, travaillant en partenariat avec le Conseil de la recherche.»
Katrin Milzow explique que l’adaptation historique du FNS est notamment possible «grâce au système de milice». «Nos principes de soutien éprouvés, tels que la compétitivité, la qualité et l’indépendance, restent inchangés. Nous encourageons ainsi la créativité et la flexibilité des chercheuses et des chercheurs. […] Notre objectif est de mettre en place des mécanismes de financement simples, qui s’inspirent de notre conception élargie de l’excellence et favorisent une culture de recherche performante. Cela renforce en effet la résilience de la recherche et, partant, la capacité de notre société à assurer son avenir. L’échange avec des partenaires tels que les hautes écoles, les académies, Innosuisse et le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) joue ici un rôle central. Notre Assemblée des délégué·es constitue également une base solide à cet égard», déclare Katrin Milzow.
Thomas Werder Schläpfer dénonce de son côté le risque actuel de dépendance de l’étranger de notre pays face aux coupes budgétaires proposées par le Conseil fédéral.
Finalement, la nouvelle co-direction souligne que «dans la situation géopolitique actuelle, il est en outre particulièrement important d’anticiper et d’intensifier de manière ciblée la coopération internationale». (snf.ch)
Alors que la base de données du Fonds national suisse (FNS) indique près de 900 projets de recherche liés aux États-Unis, Torsten Schwede, président du Conseil de la recherche du FNS, affirme que tous «se poursuivront sans restriction» du côté suisse. Cela est possible car «l’argent est séparé, même pour les projets communs. Aucun franc suisse de recherche ne traverse l’Atlantique». Si de l’argent venait à manquer du côté américain, le FNS s’assurerait ainsi que la partie suisse d’un projet soit garantie, car sinon les investissements du FNS seraient perdus. Des plans précis de refinancements ne sont toutefois pas encore précisés. «Pour l’instant, il s’agit plutôt de limiter les dégâts que d’avoir vraiment le sentiment que nous pourrions influencer massivement les choses», explique Torsten Schwede. «Attendre de voir ce qui se passe, et réagir si quelque chose se passe.» (SRF)
26 Mai 2025
Jeudi 22.05.2025, l’administration Trump a annoncé qu’elle retirait le droit d’accueillir des étudiant·es étranger·ères à la prestigieuse université privée Harvard, l’accusant d’antisémitisme et d’une prétendue collusion avec le PC chinois.
La ministre Kristi Noem a assorti sa décision choc d’un ultimatum: si Harvard veut retrouver ce «privilège», elle doit fournir dans les 72 heures toute une série d’informations dont elle disposerait sur d’hypothétiques activités «illégales» de ses étudiants étrangers dans les cinq dernières années.
Une juge a provisoirement mis un terme à l’interdiction des étudiants étrangers à Harvard, mais la situation reste précaire.
Près de 1300 étudiants chinois sont actuellement inscrits à Harvard selon les chiffres officiels et près de 300’000 étudient dans d’autres universités aux États-Unis. (20 minutes)
«L’université de science et technologie de Hong Kong (HKUST) a déjà invité vendredi les étudiants internationaux inscrits à Harvard à poursuivre leurs études à HKUST, promettant des «procédures d’admission simplifiées et un soutien académique pour faciliter une transition sans accroc pour les étudiants intéressés»». (Blick)
Mathias Risse, professeur de droits humains et affaire contemporaines à Harvard, avance: «Personne ne nie qu’il y a eu des incidents antisémites à Harvard. […] Mais premièrement, l’université a commencé à les traiter systématiquement bien avant l’arrivée de Trump au pouvoir. Deuxièmement, des études ont montré que l’épicentre de l’antisémitisme aux Etats-Unis se situe clairement dans les milieux d’extrême droite et non dans les universités.» Il accuse l’administration Trump de ne pas se préoccuper de l’hostilité envers les juifs mais de s’en servir comme prétexte ». (Tages-Anzeiger)
Le 24 heures livre un «retour en cinq actes sur cette guerre entre Donald Trump et la plus ancienne et puissante université américaine, depuis le 10 mars. (24 heures)
Pour le semestre d’automne, 12 personnes de l’Université de Saint-Gall se sont inscrits pour un programme d’échange. Et actuellement, 32 étudiant·es de Suisse sont inscrits à Harvard, dont 22 de l’EPFZ, la seule université suisse à avoir un accord de partenariat avec Harvard. Celle-ci suit les derniers développements aux Etats-Unis « avec une inquiétude croissante». Si les échanges internationaux venaient à manquer, la haute école estime que la force d’innovation de la science ainsi que la compétitivité de la Suisse seraient également menacées. (SonntagsBlick)
Dans un commentaire publié dans le Tages-Anzeiger, le journaliste Peter Burghardt estime que les universités de Harvard et de Columbia méritent notre solidarité parce qu’ils s’engagent pour la liberté académique et une société ouverte. (Tages-Anzeiger)
Steven Pinker, professeur en psychologie à Harvard, estime que les universités américaines doivent «se redresser et regagner la confiance du public. Cela semble banal, mais trop souvent les universités ont été guidées par le désir d’apaiser leurs étudiants, d’éviter de se faire des ennemis et de ne pas faire la une des journaux. Nous avons vu comment cela a fonctionné.» Au lieu de cela, les dirigeants des universités devraient être prêts à affirmer l’objectif primordial d’une université – la découverte et la transmission du savoir – et les principes nécessaires à sa poursuite. Les universités ont le mandat et l’expertise nécessaires pour poursuivre la connaissance, et non la justice sociale. La liberté intellectuelle n’est pas un privilège des professeurs, mais le seul moyen pour des êtres humains faillibles d’acquérir des connaissances. Les désaccords doivent être négociés par l’analyse et l’argumentation, et non par les récriminations du sectarisme et de la victimisation.» Il regrette que les opinions conservatrices soient largement surreprésentées à Harvard, mais relativise: «la politique des étudiant·es n’est pas plus imputable à l’endoctrinement des professeurs que leurs cheveux verts et leurs cloisons nasales percées.» (New York Times)
23 Mai 2025
«L’administration Trump a annoncé jeudi qu’elle retirait le droit d’accueillir des étudiants étrangers à la prestigieuse université privée Harvard, privant d’un moyen de rayonnement important l’institution contre laquelle le gouvernement américain a lancé une vaste offensive.» (RTS : La Matinale : Le journal de 6h, à partir de 8:39 min),
Commentaire de Ryan Enos, professeur à Harvard. (RTS : La Matinale : Le journal de 7h, à partir de 8:29min)
Pour de nombreuses universités américaines, les revenus des étudiants internationaux représentent une part importante du budget – notamment parce que ces derniers paient souvent des frais de scolarité nettement plus élevés que les étudiants nationaux. (SRF)
23 Mai 2025
La RTS présente dans son émission Histoire vivante une mini-série de 5 épisodes sur le savoir et le pouvoir, avec des experts de l’UNIL. L’occasion de la publication de cette série sont les attaques à la liberté des sciences aux Etats-Unis, les réactions en Europe par rapport à cela (c.f. le premier épisode).
20 Mai 2025
Lors d’un discours à l’Académie nationale des sciences (NAS), Michael Kratsios, conseiller scientifique du président américain Donald Trump, a défendu les coupes drastiques dans le financement fédéral de la recherche comme une mesure nécessaire pour «revitaliser» la science américaine. Il a affirmé que la communauté scientifique offre un rendement décroissant depuis 1980 et doit apprendre à faire plus avec moins.
Kratsios a critiqué la culture actuelle de la recherche, estimant que les biais politiques et l’accent mis sur la diversité, l’équité et l’inclusion (DEI) ont sapé la confiance du public envers les universités et détourné la science de sa quête objective de vérité, par exemple le manque d’auto-critique concernant l’enseignement à distance durant la pandémie de COVID-19, qu’il considère comme des preuves du conformisme nuisible à la science, et une affaire de manipulation de données dans le laboratoire du neuroscientifique Marc Tessier-Lavigne, qui est devenu président de l’Université de Stanford après [et qui a démissionné depuis].
Il a également soutenu la réduction des remboursements indirects aux universités et les a incitées à rechercher des financements privés. Bien qu’il ait promis de réduire les lourdeurs administratives imposées aux chercheurs, il n’a donné aucun détail concret.
Kratsios a rejeté l’idée que ces coupes poussent les scientifiques à quitter les États-Unis, affirmant que le pays reste le leader mondial de la recherche scientifique.
15 Mai 2025
«Une chercheuse russe, à l’École de médecine de la célèbre université, est menacée d’expulsion vers son pays d’origine qu’elle avait fui pour des raisons politiques.»
13 Mai 2025
Interview sur la liberté de la science et la mise en danger de la démocratie avec Luciana Vaccaro, présidente de swissuniversities et rectrice de la Haute École spécialisée de Suisse occidentale, et Walther Rosenthal, président de la Conférence allemande des recteur·ices d’université.
Luciana Vaccaro et Walther Rosenthal affirment que nous sommes en train de vivre une des plus grandes atteintes à la liberté académique. En Suisse, pour l’instant, l’EPFZ est la seule institution à avoir reçu un questionnaire des Etats-Unis, faisant acte de pression. En Europe, la plus grande menace actuellement est probablement de perdre l’accès à des banques de données très importantes aux Etats-Unis. Bien que les chercheur·euses réalisent des copies de ces bases, «cela ne peut pas remplacer la mise à jour quotidienne de ces bases de données», explique Walther Rosenthal. Luciana Vaccaro affirme: «Nous devons absolument devenir plus souverains. Nous devrions réfléchir en Europe, en tant que continent, à notre propre base de données, à nos propres clouds.»
Actuellement des étudiant·es et chercheur·euses d’Europe ne participent plus aux conférences qui ont lieu aux États-Unis, certain·es n’étant même pas autorisé·es à entrer sur le territoire américain. A l’inverse, des scientifiques américain·es n’ont pas été autorisé·es à venir en Europe.
Alors qu’il y a actuellement plus de demandes de candidatures en provenance des Etats-Unis, Luciana Vaccaro s’attend surtout à ce que «beaucoup moins de personnes de Suisse ou de l’UE aillent aux États-Unis». «Nous devons maintenant veiller à ce que les talents restent ici.» Pour Walther Rosenthal, l’Europe ne devrait pas «mener une guerre des talents» en s’efforçant d’activement attirer des scientifiques américain·es.
Walther Rosenthal affirme: «La science en Europe doit devenir plus attrayante. L’objectif de 3% n’est atteint que dans quelques pays de l’UE. Mais nous avons aussi trop de bureaucratie en Europe.»
De son côté, Luciana Vaccaro déclare: «Nous devons faire trois choses : premièrement, investir davantage dans la recherche, car il en va de notre souveraineté et de notre prospérité. […] Deuxièmement, nous devons protéger la liberté académique. Et troisièmement, nous devons continuer à mener une politique de portes ouvertes. 50% des professeurs des universités suisses sont des étrangers, dans les hautes écoles spécialisées, ils sont 30%. Nous avons un système de concurrence ouvert que nous devons maintenir.» Elle ajoute encore: «Le Conseil fédéral a proposé les mesures d’économie avant que la crise géopolitique ne s’aggrave. Je pense qu’à un moment où la souveraineté est globalement menacée, les réflexions seront différentes. Faire des économies aurait des conséquences dramatiques, et pas seulement pour les universités : L’économie manquerait de personnel qualifié.»
Finalement, les président·es d’université s’accordent sur l’importance des sciences humaines, alors que l’Europe ne semble «s’intéresser qu’aux disciplines techniques». Luciana Vaccaro déclare ainsi: «Le progrès le plus important du siècle dernier a été notre démocratie. Il y a cent ans, je n’aurais pu ni étudier, ni travailler, ni voter. Nous devons défendre cela. Ces jours-ci, nous voyons à quel point ces acquis sont fragiles. C’est pourquoi nous continuons à encourager fortement les sciences humaines en Suisse. L’éducation est la meilleure protection contre l’extrémisme.» Walther Rosenthal ajoute: «Je suis tout à fait d’accord. D’un point de vue global et chez nous aussi en Allemagne, de moins en moins d’étudiants choisissent ces matières. Cela me préoccupe. Pour comprendre la radicalisation politique, par exemple, nous avons besoin de sociologues et de psychologues. Et la société a également besoin d’études sur le genre, même si Trump ne veut pas l’admettre.»
13 Mai 2025
«Tour d’horizon des mesures prises par le gouvernement de Donald Trump et de leur impact sur les étudiantes et étudiants de l’EPFL.»
12 Mai 2025
Depuis fin avril, plusieurs revues savantes américaines ont reçu un courrier inquisiteur de la part du procureur fédéral du district de Columbia, Edward R. Martin, leur reprochant d’être partisanes dans le débat scientifique. «Le public a certaines attentes et vous avez des responsabilités», leur écrit le procureur.
Deux revues consacrées aux liens santé-environnement ont annoncé le 23 avril «avoir suspendu, jusqu’à nouvel ordre, la réception des articles de recherche et études qui leur sont soumis pour publication, «en raison de changements récents dans les moyens opérationnels» qui leur sont alloués».
Interrogés, les National Institutes of Health (NIH) «assurent que la mise en pause actuelle n’est pas le signe de la fin du journal: il s’agirait d’opérer «une transition vers un modèle plus rationnel maintenant la capacité d’EHP [une des revues (Environmental Health Perspectives) ayant stoppé ses nouvelles publications] à publier des recherches à fort impact».
Manolis Kogevina, rédacteur en chef adjoint de la revue, «estime pour sa part que la revue devrait sortir du giron des institutions fédérales et être cédée à une organisation tierce si elle veut poursuivre ses activités librement». «Il semble que l’administration [américaine] actuelle ne soit pas en mesure de garantir l’indépendance du journal, dit le chercheur. On ne peut pas publier une revue scientifique dans ces conditions.»
12 Mai 2025
Entretien sur la liberté de la science avec Mitchell Ash, historien des sciences et professeur émérite d’histoire du début de l’ère moderne à l’Université de Vienne, américain d’origine.
Pour l’historien, la stratégie du président américain est la suivante: «on s’attaque à une université, et si elle cède, on s’attaque à la suivante. On monte ainsi les universités les unes contre les autres, selon la devise «diviser pour mieux régner».» Le fait que le gouvernement veuille maîtriser la politique du personnel des universités, orientée vers le mot-clé DEI (Diversity, Equity and Inclusion) «est vraiment inadmissible. Car la politique du personnel est un élément important de la liberté scientifique, c’est-à-dire de la question de savoir qui peut faire de la recherche et enseigner.»
Mais pour Mitchell Ash, cette action contre les universités ne serait qu’une partie d’une stratégie globale. «En outre, le régime tente de contrôler le contenu de la recherche, un autre élément de la liberté scientifique. Il fait dépendre les fonds de recherche de l’apparition de certains mots comme diversity ou gender dans les demandes de recherche. […] C’est la culture du cancel à l’état pur. Jusqu’à présent, la cancel culture était un reproche des conservateurs contre les gauchistes. Mais maintenant, cela s’exerce réellement, et d’une manière que même de nombreux conservateurs trouvent effrayante.»
En Europe, la liberté de la science, c’est-à-dire le libre choix des thèmes de recherche et le libre choix des organes de publication, est aussi menacée. «En Allemagne, beaucoup de choses passent par ce que l’on appelle le Deal Consortium. Il est censé améliorer l’accès à la recherche en concluant des contrats avec de grands éditeurs. Cela semble bien, mais il y a un hic: ceux qui veulent publier en dehors de ces structures ont souvent moins de chances dans la profession ou sont discriminés à l’université. Cela limite la liberté de décider soi-même où et comment publier sa recherche – et c’est précisément l’un des fondements de la liberté scientifique. Elle est donc structurellement menacée. C’est presque plus dangereux, car cela ne concerne pas seulement les «fauteurs de troubles» dans les sciences sociales et culturelles, mais toutes les disciplines.»
Est-ce que l’Europe peut profiter de ce qu’il se passe aux Etats-Unis, par de la fuite des chercheur·euses par exemple ? «En Europe aussi, l’argent est rare. Et cela ne résout pas le problème global. […] L’évolution actuelle ne peut en fait profiter qu’à la Chine. Le pays est déjà en tête en ce qui concerne le nombre de publications de haute qualité.» Étant donné que la Chine n’est pas une démocratie, il n’y existe pas de liberté scientifique, toutefois «une sorte de flexibilité scientifique» y est présente. «Le régime laisse faire les chercheurs s’il voit un intérêt à long terme. En l’occurrence, la chronologie du Parti communiste chinois est différente de celle des Etats-Unis, où des élections ont lieu tous les deux ans. Ils comptent en décennies et en générations.»
Finalement, pour l’historien, l’exil des cerveaux américains «n’est pas une solution» pour le contexte actuel du monde de la recherche américain. «Cela sauve bien sûr la psyché individuelle de la pression. Mais ce n’est pas une solution pour le système. Je ne dis pas cela comme une critique fondamentale, c’est simplement une description objective de cette stratégie. Les stratégies qui sont efficaces sont institutionnelles. C’est ce que fait Harvard actuellement. L’université se défend et poursuit le gouvernement en justice. Nous verrons si cela aboutit.»
8 Mai 2025
L’historienne des sciences juive de Harvard Naomi Oreskes évoque les raisons des attaques de l’administration Trump et les éventuels aspects positifs qu’elles pourraient avoir.
La professeure déclare: «Il y a eu des problèmes d’antisémitisme à Harvard. Mais les attaques du gouvernement américain contre l’université sont motivées par des raisons politiques. […] L’administration Trump fait toute une histoire de l’antisémitisme. Pourtant, Harvard fait également état d’hostilité envers les musulmans. Mais le gouvernement ne défend pas les étudiants musulmans. Cela montre qu’il y a quelque chose de louche.» (NZZ)
La professeure ajoute: «Je pense que les coupes budgétaires soulèvent des questions légitimes [comme par exemple] la question de l’équilibre entre les disciplines à l’université. […] La répartition des subventions a entraîné une croissance des sciences naturelles et de l’ingénierie au détriment de nombreux autres domaines, dont les sciences humaines traditionnelles, les sciences sociales et les arts. Cela a entraîné un énorme déséquilibre intellectuel, [alors que] les sciences historiques et culturelles font partie des moyens les plus importants pour comprendre le monde. Le monde a aussi besoin de nous. […] Les faits ne sont pas des choses simples. Il faut beaucoup de travail pour les ancrer dans la société. Pour cela aussi, les sciences humaines et sociales sont nécessaires.» (Tages-Anzeiger)
La professeure conclut: «Si l’évolution actuelle conduit à une institution [Harvard] peut-être un peu plus autocritique, peut-être un peu moins exagérément focalisée sur les sciences naturelles et la technique, et qui se penche plus intensément sur l’éventail de disciplines, d’approches et de points de vue dont nous avons besoin, je trouve que c’est une bonne chose.» (Tages-Anzeiger)
8 Mai 2025
Jeudi dernier, les National Institutes of Health ont annoncé geler une grande partie de leurs financements internationaux. Cette décision touche des dizaines d’organisations suisses, parmi lesquelles les université de Berne (3,9 millions de dollars), Lausanne, Fribourg et Genève qui ont reçu des financements au cours des deux dernières années.
«Les sommes provenant des États-Unis sont souvent relativement modestes, tempère l’immunologiste français Alain Fischer pour «Euronews»: en ce sens, la nouvelle politique est «plutôt symbolique». Même sans financement direct, de nombreuses formes de coopération restent envisageables. Néanmoins, cette décision américaine représente un obstacle supplémentaire à la coopération scientifique internationale, dans un contexte de forte concurrence pour les financements.»
6 Mai 2025
«Face au « diktat » de l’administration Trump en matière de recherche, Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron ont annoncé lundi des enveloppes de plusieurs centaines de millions d’euros pour attirer en Europe et en France les scientifiques étrangers, particulièrement menacés aux États-Unis.» L’objectif du programme «Choose Europe for Science» est de réaffirmer la recherche comme un enjeu de développement économique et de positionner la France et l’Europe comme des espaces de stabilité et de liberté académique. La Commission européenne va proposer une nouvelle enveloppe de 500 millions d’euros pour la période 2025-2027.
Dans une interview avec la RTS, Luciana Vaccaro, présidente de swissuniversities et rectrice de la Haute École spécialisée de Suisse occidentale, juge que cette enveloppe budgétaire est également un moyen de garder «nos» chercheurs, puisqu’il y a une «fuite de cerveaux» en Suisse et à l’Union européenne.
5 Mai 2025
«Jocelyne Bloch et Grégoire Courtine, reconnus internationalement pour leurs travaux ayant permis à des patients paraplégiques de remarcher grâce à l’utilisation de technologies reconnectant le cerveau à la moelle épinière, ont récemment été nommés, par le média américain Washington Post, parmi les 50 personnalités qui façonneront 2025.» Il et elle sont interviewé·es dans ce cadre par Le Temps, «l’occasion de parler de l’attaque américaine contre la science, des développements attendus de leur recherche, mais aussi de leur communication très «glamour»…» Il et elle déclarent, entre autres:
Grégoire Courtine: «Il est crucial de se rappeler que tous les grands problèmes de l’humanité ont été résolus grâce aux avancées scientifiques et que les enjeux immenses auxquels nous faisons face, comme le réchauffement climatique ou l’approvisionnement en énergie, ne seront pas réglés par des politiques conservatrices, agressives et restrictives. Il est donc fondamental d’investir encore davantage dans la science et non de couper les financements dans ces secteurs.»
Jocelyne Bloch:«Une partie de notre financement, à hauteur de 6 millions, provient du Département de la défense des Etats-Unis. […] On nous a récemment demandé d’ôter toutes les mentions faisant référence à la non-binarité au sein de nos essais cliniques, faute de quoi ces fonds nous seraient retirés. Il est malheureusement difficile de s’opposer à une telle injonction.»
Grégoire Courtine: «[Le fait que les universités forment peu les jeunes scientifiques à l’entrepreneuriat] est l’un des problèmes que l’on a en Suisse, en tout cas assurément à l’EPFL. Surtout si l’on compare notre situation à celle du Massachusetts Institute of Technology ou de Stanford, où les étudiants sont davantage préparés à ce que cela signifie de monter une entreprise.»
Grégoire Courtine: «Nous mettons beaucoup d’efforts dans l’illustration de nos résultats scientifiques afin qu’ils soient compris par le plus grand nombre et que les contribuables voient que leur argent sert une recherche qui a potentiellement un impact sur l’être humain.»