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Sujet: accessibilité

Diversité et réussite dans l’enseignement supérieur

Soutenue par les HES-SO, la HETSL a publié un guide pratique pour les étudiantes et étudiants, enseignantes et enseignants, et directions d’institutions pour favoriser l’inclusion et la diversité dans l’enseignement supérieur.

Ce livre est le fruit d’une vaste recherche menée en Suisse romande sur l’inclusion dans les HES, mettant en lumière les défis que rencontrent les étudiant·es ayant des besoins éducatifs particuliers (BEP) dans leur parcours académique.

«Dans les détails, le chapitre du guide consacré aux étudiants énumère dix difficultés souvent rencontrées: sommeil et repos, concentration, gestion du stress et de l’anxiété, expression orale, rédaction, examens, prise de notes, intégration sociale, organisation et gestion du temps, stages et formations pratiques.» (Tribune de Genève)

Par ailleurs, l’Université de Zurich veut supprimer les barrières existantes dans l’organisation et le quotidien universitaire des personnes handicapées. Dans le cadre d’une consultation largement soutenue, 18 mesures ont été élaborées à cet effet. (Universität Zürich)

«L’université peut-elle me refuser l’entrée à cause de ma dyslexie?»

La Constitution suisse interdisant la discrimination des personnes handicapées, les cantons doivent prendre des mesures «que requièrent la prévention, la réduction ou l’élimination des inégalités». Ils sont néanmoins libres de décider comment et sous quelle forme ils le font.

Cependant, le Tribunal fédéral «qualifie un supplément de temps de mesure fondamentalement appropriée pour la compensation des désavantages». «[U]ne université ne peut pas refuser catégoriquement un supplément de temps lors de l’examen d’entrée, même sans réglementation spécifique dans un décret. Elle doit plutôt examiner dans chaque cas concret si le but de l’examen peut également être atteint avec un supplément de temps.» Selon le Tribunal fédéral, les facilités formelles d’examen accordées aux personnes handicapées peuvent également être «de pauses plus longues ou supplémentaires, d’un examen plus structuré, d’un examen en plusieurs étapes, d’autres formes d’examen ou de l’utilisation d’un ordinateur».

Comment mieux intégrer les étudiant-es atteint-es de troubles des apprentissages

La Haute Ecole spécialisée de la Suisse italienne (Supsi) participera à l’initiative précitée baptisée «Insight: Inclusive teaching methods in higher education», un projet Erasmus+, cofinancé par l’Union européenne et – pour la Suisse – l’agence nationale Movetia. Elle collaborera avec diverses institutions, dont des universités en Italie, Autriche, Suède, Espagne et Ukraine, et des associations spécialisées pour identifier, au niveau universitaire, des stratégies d’enseignement inclusives permettant d’améliorer l’apprentissage ainsi que la participation des étudiants concernés par des troubles spécifiques des apprentissages comme la dyslexie, la dyscalculie, la dysorthographie, la dysgraphie (difficultés à écrire), la dyspraxie (trouble de la coordination des mouvements) etc.

Le projet «UZH Accessible»

Le projet « UZH Accessible » étudie actuellement l’accessibilité des applications web de l’UZH par des personnes malvoyantes ou aveugles. Au cours des cinq prochaines années, l’UZH souhaite améliorer l’e-Accessibility dans toute l’université dans le cadre de ses priorités. Une partie de la mise en œuvre sera assurée par les services centraux de l’UZH, l’autre partie par les facultés et les instituts. Il sera également nécessaire de mieux sensibiliser et former les fournisseurs de solutions numériques et les gestionnaires de contenu pour les sites web ainsi que les enseignants à la création de documents accessibles.

Rejet de la demande d’assistance personnelle d’un étudiant handicapé de l’EPFZ

Le Tribunal fédéral a rejeté la demande d’assistance personnelle d’un étudiant handicapé de l’EPF de Zurich. Celui-ci avait déposé une demande de compensation des désavantages liés à son handicap : une assistance personnelle à hauteur de 20% devait lui être financée pour les travaux administratifs et techniques, soit pour collecter, organiser et imprimer des documents de cours.

Le Tribunal fédéral a conclu que les travaux pour lesquels le requérant recevrait un soutien contribueraient également à la réussite de ses études. Selon lui, la capacité à s’orienter dans un cursus donné est une compétence clé des diplômés universitaires. Les compétences requises du cursus en question (sciences de l’environnement) comprennent la capacité à collecter des informations et des données pour comprendre les problèmes et la compétence à utiliser ces informations. Une telle assistance diminuerait de manière inadmissible les exigences des études.

La question de savoir si l’école supérieure doit prendre en charge certains frais de logement liés aux séminaires est renvoyée au Tribunal administratif fédéral.

La compensation des désavantages – le rectorat zurichois prend position

L’Université de Zurich a organisé un débat public sur l’accessibilité des études. Au début de l’évènement, 40 des 100 personnes présentes ont tourné le dos au recteur en protestation.

La source principale du conflit est le droit à des «compensations des désavantages» («Nachteilsausgleiche»).  Il s’agit des adaptations individuelles des conditions d’études et d’examens, approuvés par l’université. Manque de ressources humaines dans le bureau qui traite les demandes, cela peut prendre deux mois pour avoir une réponse du bureau compétent. La vice-rectrice Gabriele Siegert explique que seulement 10% des demandes ont pris un retard, ce qui serait «assez acceptable» vue que le nombre des demandes a triplé depuis 2019.

Le recteur Michael Schaepman a affirmé qu’il a compris depuis – suite [aux réactions] à une interview que l’Université de Zurich n’a pas répondu de manière assez cohérente aux besoins et aux droits des personnes concernées. Il a pris des mesures pour ajouter des ressources humaines pour traiter les demandes de compensation en 2024, et qu’une facilitation du processus est en cours.

 

Les étudiant-es handicapé-es sont peu écouté-es à l’Université Zurich

Selon la Loi nationale sur l’égalité des personnes handicapées, les universités sont tenues de leur offrir, dans la mesure du possible, les mêmes conditions que pour tous les autres. Si cela n’est pas possible, elles doivent prendre des mesures pour adapter l’offre de formation aux besoins des personnes handicapées. Seraina Eisele, de l’association d’étudiant-es VSUZH, déclare : «L’université fait preuve d’une méconnaissance effrayante dans le domaine de l’inclusion. Elle ne semble pas connaître les besoins réels des étudiants handicapés. Malgré cela, la direction de l’université refuse depuis des mois d’entamer un dialogue avec nous».

L’université elle-même voit les choses différemment : elle s’engage «sans réserve» en faveur de l’inclusion, dit-elle dans un communiqué publié en automne. Les barrières sont systématiquement supprimées, les personnes concernées sont impliquées et les ressources sont augmentées.

Dans une publication de la Zürcher Studierenzeitung en mai 2023, plusieurs personnes concernées faisaient état de la bureaucratie et des longs délais d’attente pour les demandes d’aide. En effet, en faculté des lettres (philosophische Fakultät), une personne sur dix a dû attendre plus longtemps que les six semaines prévues pour obtenir une réponse.

Et puis une interview avec le recteur Michael Schaepman avait choqué la conférence des handicapé-es du canton Zurich (BKZ). Se référant aux aides aux handicapé-es, appelés «Nachteilsausgleich», avait dit: « »Il n’y a pas de jugement de valeur, nous voulons prendre en compte tout le monde : Mais nous ne devons pas non plus parler de  «Vorteilsausgleich» (péréquation des avantages) . (Rit.)» Martina Schweizer, responsable de la BKZ, parle à la NZZ d’une «attitude problématique» de l’université.

Les critiques des associations portent sur deux choses: la procédure complexe de la demande de compensation des désavantages, qu’il faut renouveler pour chaque semestre même quand le handicap est chronique ou de naissance, et l’enregistrement des cours, qui a diminué suite à la pandémie (selon un sondage, 64% des personnes avec handicap déclarent que leur quotidien a été facilité par les nouvelles formes d’apprentissage)

Le recteur de l’université a justifié ce choix ainsi: «Si nous ne proposions des podcasts qu’à ces personnes, nous les favoriserions et les autres réclameraient pour être désavantagés». Des enregistrements généralisés risqueraient de pousser les étudiant-es à l’isolement.

L’EPFZ organise une exposition sur le thème du handicap [physique]

L’EPFZ organise une exposition sur le thème de la mobilité et l’inclusion.

«Cette exposition explique quelles activités quotidiennes peuvent être entravées, par exemple par une paralysie médullaire, et met en évidence les dysfonctionnements. Elle présente de manière ludique les solutions techniques qui permettent de compenser partiellement ces handicaps afin de promouvoir l’égalité des chances et l’autodétermination. Elle donne un aperçu de la vie des personnes handicapées et de leurs défis quotidiens. Ainsi, cette exposition tente de contribuer à une société plus inclusive.»

Manque de femmes dans les hautes écoles: c’est un choix des femmes elles-mêmes

Deux chercheuses ont été chargées «par l’Université de Zurich d’étudier les raisons pour lesquelles les femmes étaient si peu représentées dans les hautes écoles». Par exemple, dans une discipline typiquement féminisée comme la médecine vétérinaire, «la part des femmes au niveau du bachelor est de 82% à Zurich, mais elle n’est plus que de 27% au niveau des postes de professeur·es ordinaires». Une enquête à grande échelle (10’000 participant·es) a été alors menée à l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) et à l’Université de Zurich (UZH), et la conclusion est que de «nombreuses étudiantes n’ont pas ou n’ont que peu d’ambitions de carrière». Si «les femmes travaillant dans des disciplines masculines ont des ambitions de carrière beaucoup plus grandes» (39%), «les femmes qui étudient dans des disciplines féminines sont plutôt favorables à l’image traditionnelle de la famille, dans laquelle l’homme est le principal soutien de famille» (81%). (SonntagsZeitung)

Ainsi, «ce constat expliquerait le succès limité des mesures actuelles en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes». (20 minutes)

Les deux chercheuses concluent que «l’appel à des quotas de femmes ou à une garde d’enfants à prix réduit repose sur l’hypothèse que la sous-représentation des femmes dans les postes supérieurs disparaîtrait si elles bénéficiaient d’un traitement préférentiel en termes d’opportunités de carrière et de responsabilités familiales. Mais d’après [leurs] constatations, cette hypothèse n’est pas fondée» . Néanmoins, elles estiment que des actions doivent être faites pour les doctorantes ayant des enfants. En plus, les deux chercheuses estiment que lors de la nomination pour le poste de professeur·e, le tirage au sort serait le mécanisme plus juste non seulement envers les femmes mais aussi pour les hommes. (SonntagsZeitung)

Qui a le droit d’étudier l’art?

Une étudiante en Bachelor avec le syndrome d’Asperger est déçue du manque de considération de la part de la HES zurichoise des beaux-arts ZHdK par rapport à sa situation. Elle s’est attendue à une compensation des désavantages, dans son cas une réduction de son obligation de présence, mais en vain. L’auteur de l’article conclut: «En comparaison avec d’autres hautes écoles, la pratique à la ZHdK semble rétrograde.»

Par ailleurs, l’EPFZ a récemment lancé une carrière pour l’accessibilité de l’école polytechnique.

Nouvelle plateforme «Autism & uni»

Destinée aux étudiant·e·s autistes de l’Université de Fribourg, la plateforme «Autism & uni» fournit des pistes pour se repérer, s’organiser et s’intégrer avant, pendant et après les études universitaires. «L’outil devrait servir de base aux hautes écoles qui souhaiteraient l’adapter à leur contexte.» Par ailleurs, l’étudiante autiste Romane Garcia et la collaboratrice scientifique et enseignante en pédagogie spécialisée Nathalie Quartenoud Macherel ont commencé à rédiger «un petit guide pour les chargés de cours, leur indiquant notamment quelles adaptations seraient nécessaires pour les étudiants autistes.»

Erasmus+ : augmentation de fonds pour plus d’inclusivité

Erasmus+, sera considérablement développé ces prochaines sept années. Plus de 26 milliards d’euros seront disponibles de 2021 à 2027, selon un accord préliminaire conclu par les États membres de l’UE et le Parlement européen à Bruxelles, qui doit encore recevoir l’aval du Parlement et les États membres de l’UE..

Le programme prévu deviendrait aussi plus inclusif pour les personnes handicapées ou socialement défavorisés. Par ailleurs, le nombre de participant-e-s attendus tripleraient pour atteindre 12 millions. Erasmus+ couvrirait alors non seulement l’enseignement supérieur, mais aussi toutes les autres formes d’éducation et de formation.

 

 

Vers un «pool» d’enseignant-e-s spécialisé-e-s dans l’enseignement à distance?

Cesla Amarelle, Cheffe du Département de la Formation, de la jeunesse et de la culture (VD),   évoque l’idée de la création d’un «pool» d’enseignant-e-s spécialisé-e-s dans l’enseignement à distance. Ceci faciliterait l’accès au contenu des cours pour les élèves qui ne peuvent pas suivre l’enseignement présentiel, ou voudraient compenser leurs retards parce qu’ils ou elles sont allophones ou dyslexiques.