Google a lancé des cours de formation continue certifiés dans les domaines de l’analyse de données, de gestion de projets et du UX design (user eperience design). Dr. Johann Roduit, fondateur de Conexkt innovation studio à Sion, a testé une de ces formations. Dans son article sur cette expérience, il dit: «Je ne sais pas si cela va bouleverser le mode d’enseignement universitaire, mais il est certain que cela va le remettre en question.»
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Sujet: MOOCs
Bilan raconte le bouleversement qu’a été le passage sur le net des enseignements. Les mesures prises et/ou envisagées par l’EPFL, les universités de Genève et de Neuchâtel et la HEIG-VD sont décrites.
Un groupe de onze expert·e·s répondent à la question prospective d’Inside Higher Ed : Une expérimentation forcée à diverses formes d’apprentissage à travers la technologie incitera-t-elle les professeur·e·s et les étudiant·e·s à voir l’enseignement en ligne plus favorablement ou négativement?
«Après avoir créé 58 cours en ligne (MOOCs) destinés à l’Afrique, l’EPFL lance le programme de formation et de recherche Excellence in Africa destiné à supporter 20 des meilleurs jeunes professeurs du continent et 100 doctorants d’universités africaines. Co-piloté avec la nouvelle Université marocaine Mohamed VI Polytechnique, près de Marrakech, la formation de ce programme est menée au travers de projets de recherche en collaboration avec des professeurs de l’EPFL. L’effort d’éducation numérique se poursuit en parallèle, avec 40 nouveaux MOOCs prévus.»
Les Hautes écoles universitaires suisses sont en train de construire une plateforme suisse de «Massive Open Online Courses» (MOOCs) qui correspond à la loi suisse sur la protection des données . L’EPFL y rendra prochainement accessible 70 MOOCs existants.
L’Université de Berne, pour qui la production des MOOCs est trop onéreuse par rapport à son utilité, produit des petites vidéos explicatives sur des sujets d’actualité, des «Flash MOOCs», qui vont également figurer.
Thomas Bieger, Recteur de l’Université de Saint-Gall et Président de la chambre des hautes écoles universitaires de swissuniversities, s’oppose au modèle d’études à distance. («Fernstudienmodell»). Par ailleurs, il estime que dans un pays ou les salaires sont hauts, les universités devraient fournir une valeur ajoutée. A part des connaissances, méthodes et théories, ainsi qu’une pensée critique, elles devraient permettre l’apprentissage de compétences sociales d’interaction, la pensée créative et les capacités de développement et de résolution des problèmes. Il serait donc essentiel de créer une valeur ajoutée à travers des interactions personnelles. En outre, l’apprentissage hybride («Blended Learning») permettraient de consacrer le temps de présence en salle pour développer la pensée critique et les débats. Il faudrait également des lieux dans lesquels les étudiant·e·s, seul·e·s ou groupe, puissent apprendre avec des chercheur·euse·s la pratique, à l’image du «Learning-Center» de l’Université de Saint-Gall.
Richard David Precht, philosophe allemand, estime que la réforme de Bologne était une mauvaise décision, car elle inciterait les étudiant·e·s à compléter un semestre avec de bonnes notes et à peu d’effort au lieu d’acquérir un savoir aussi large que possible. L’enseignement ex cathedra dans des auditoires trop remplis serait également dépassé. Le philosophe préconise l’apprentissage autonome en groupe, à l’aide d’enregistrements de cours «donnés par des Prix Nobel» en ligne, ce qui permettrait aux universités d’épargner beaucoup d’argent dans l’enseignement d’études de base au profit de meilleures études de second cycle («Hauptstudium»).
Une série de cours en ligne lancés en 2016 par l’Université de Genève constitue l’un des six enseignements les plus suivis au monde. L’objectif était d’améliorer la compréhension des marchés financiers. Au total, 60 000 étudiant·e·s auraient suivi un cours, selon Michel Girardin, enseignant collaborant à ces modules.
L’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL), utilise des outils numériques, comme les MOOCs, Typsy (programme d’auto-apprentissage pour l’industrie de l’hospitalité) ou Novility (programme pour stimuler les gestes hôteliers) pour former ses étudiant·e·s, mais «la transposition d’un cours ex cathedra sous une forme électronique atteint vite sa limite». Par ailleurs, le responsable de l’innovation de l’Ecole hôtelière Rémi Walbaum déclare que la création d’un campus à Singapour pour l’année 2021 est en bonne voie.
Les plateformes d’apprentissage universitaires telles que Coursera rassembleraient des données sur les apprenant·e·s telles que celles liées à l’attention et enregistrent sur des cookies les URL des sites visités en parallèle. Elles présenteraient également des défauts de sécurité, les enseignant·e·s peuvent ainsi accéder à des données au contenu sensible, par exemple l’état de santé ou la religion des utilisateurs·trices. Par ailleurs, les offres de formation (algorithmes, machine learning, programmation) suivraient avant tout la demande d’investisseurs·euses en capital-risque et de groupes de société comme Google ou Facebook.
Patrick Aebischer, ancien Président de l’EPFL, estime que l’enseignement universitaire du futur se trouve avant tout en ligne et qu’un nombre réduit d’universités de recherche suffisent en Suisse. «La Confédération et les cantons doivent gentiment prendre la décision de financer un petit nombre d’universités, qui se focalisent fortement sur la recherche et qui ont la mission de générer de nouvelles connaissances. Ils devront encourager d’autres hautes écoles à repenser leur modèle dans lequel elles abandonnent la recherche de pointe dans les domaines coûteux et se concentrent plus sur la formation. Ainsi, le mélange de la formation en classe et de cours en ligne semble avoir un avenir plus prometteur.»
Présentés il y a cinq ans par les universités américaines comme une révolution pédagogique, l’emballement médiatique autour des MOOC était lancé. Présentée comme révolutionnaire aux Etats-Unis, l’absence «physique» du professeur·e inquiéta une partie des professeurs d’université. «Tout le monde est d’accord sur le fait que les cours magistraux dans des amphithéâtres bondés sont à bannir, mais les professeurs n’en sont pas moins des acteurs de théâtre qui sentent les réactions du public et pas des acteurs de cinéma», estime Pascal Engel, philosophe et Directeur d’étude à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).
A ces critiques, d’autres enseignant·e·s répondirent que les MOOC ne devaient pas «remplacer» le professeur·e mais l’accompagner, comme une ressource supplémentaire pour construire son cours. Mais au moment où le ministère de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur se lançait, fin 2013, dans la création d’une plate-forme de MOOC francophones, résumée à son acronyme FUN (France université numérique), les premières études vinrent donner raison aux sceptiques. Aux Etats-Unis, les taux d’abandon étaient vertigineux. Une étude de l’Université de Pennsylvanie, publiée en décembre 2013, montrait que la moitié des inscrits consultait une seule séance du cours et seuls 4 % d’entre eux allaient jusqu’au bout. Autre enseignement, une large majorité des inscrits étaient déjà diplômés de l’enseignement supérieur. Les plates-formes américaines Coursera et Udacity avaient déjà changé de modèle économique, l’une se positionnant sur les certificats payants et la revente des données des utilisateurs et l’autre sur le commerce de formation professionnelle pour les entreprises. La même tendance se fit naturellement sentir sur la plate-forme francophone.
Les cours en ligne des hautes écoles romandes rencontrent un succès international, mais seule une minorité d’étudiant·e·s vont jusqu’au bout des programmes. De plus, la valeur du certificat obtenu est difficile à vérifier.
Selon une étude, les étudiant·e·s les moins bien préparé·e·s pour les études supérieures et avec un profil à risque sont les plus susceptibles de faire baisser leur moyenne et d’abandonner leurs études lorsqu’ils prennent des cours en ligne – alors que ces derniers ciblent justement les personnes n’ayant pas un parcours académique traditionnel.
Inauguré jeudi, un incubateur situé dans l’Innovation Park de l’EPFL accueillera une trentaine de start-up actives dans les nouvelles technologies de l’éducation. Les plates-formes d’éducation digitale constituent un marché en pleine croissance, dont les investissements devraient dépasser les 250 milliards de francs dans le monde en 2020.