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Sujet: privatisation des hautes écoles

«Nos hautes écoles vont s’aligner sur le système américain»

La Confédération a planifié d’économiser, à partir de 2027, 460 millions de francs par an dans le domaine de la formation. Elle propose alors de doubler les taxes pour les étudiant·es suisses et de les quadrupler pour les étudiant·es étrangers·ères.

Le recteur de l’EPFZ, Günther Dissertori, parle d’un «changement de paradigme». Il s’inquiète : «Cette mesure est un premier pas vers la privatisation du système éducatif». Pour lui, une telle décision devrait être prise dans le cadre d’un large débat de société, et non pas sur la base d’un exercice d’économie à court terme. «Tôt ou tard, nos universités s’aligneraient sur le système américain», affirme-t-il. «Si les étudiants payaient autant pour leur formation, ils s’attendraient également à recevoir un diplôme. Cela pourrait entraîner une baisse de la motivation des étudiants. «Ils deviennent des clients et des clientes – et l’université se retrouve dans l’obligation d’apporter quelque chose». Cela affaiblirait l’engagement élevé dont font preuve les étudiants de l’ETH aujourd’hui.»

«Si l’EPF veut se conformer aux plans de la Confédération, elle doit économiser 78 millions de francs au total. Comme l’Ecole polytechnique est également concernée par les coupes prévues dans le Fonds national suisse, Innosuisse et d’autres domaines, il manquerait au total jusqu’à 125 millions de francs.»

«L’Espagne renforce les règles pour les universités privées»

En Espagne, pour 50 universités publiques, on compte aujourd’hui 46 universités privées. Pour le gouvernement, ce déséquilibre menace l’égalité des chances dans l’enseignement. En effet, les universités privées ne sont souvent ouvertes qu’aux étudiant·es aisé·es, et les diplômé·es du secteur public ne sont pas aussi bien loti·es que ceux·celles du secteur privé. Le gouvernement souhaite désormais renforcer les règles pour les universités privées. Elles devront à l’avenir accueillir au moins 4’500 étudiant·es en cinq ans et répondre à des critères de qualité plus stricts.

La Webster University risque l’amende

«Le Canton de Genève a lancé une procédure d’amende pénale contre la Webster University, à Bellevue, qui utilise le qualificatif university sans en avoir le droit. La loi prévoit des sanctions allant jusqu’à 200’000 francs.» Un changement de la loi sur l’encouragement et la coordination des hautes écoles, effectif depuis janvier de cette année, conditionne les appellations. C’est une «volonté fédérale de renforcer la protection de la crédibilité et de l’image des hautes écoles suisses».

«La Webster University – basée à Saint-Louis, dans le Missouri (États-Unis) – [a répondu à la Tribune de Genève par e-mail] et en anglais par la voix du directeur de son campus genevois, Eric Click. Selon ce dernier, l’institution est dûment certifiée, ainsi que toutes ses filiales internationales, par un organe américain, la Higher Learning Commission. Le Département de l’instruction publique (DIP) indique, lui, avoir rappelé les obligations à cette institution en décembre dernier et que celle-ci a répondu qu’elle n’entendait pas renoncer au mot university dans son nom.»

De leur côté, l’International University in Geneva et la Swiss UMEF University ont toutes deux retiré le terme «university» de leur nom.

Universités entre Etat et marché

Thomas Bieger, Professeur d’économie d’entreprise et Recteur à l’Université de Saint-Gall ainsi que Président de la chambre des hautes écoles universitaires de swissuniversities, craint la privatisation des universités moyennant des MOOC. Ceci aurait comme résultat une concentration de l’offre sur des cursus qui ne sont pas chers à «produire» et où il y a une grande demande, au détriment des certains domaines et hautes écoles.

Il plaide pour une plus grande autonomie des hautes écoles qui les rendrait aptes d’agir stratégiquement. L’accréditation d’universités privés selon la LEHE devrait être liée à la condition que ces universités contribuent au système en investissant dans la recherche et la relève académique.